Octobre à Paris, le film que la France ne voulait pas voir

Inscription apposée sur un pont à Paris en novembre 1961. Photographie réalisée par Jean Texier
pour le journal L'Humanité, reprise comme affiche du film Octobre à Paris de Jacques Panijel.
Tourné clandestinement dans les bidonvilles de Nanterre et Gennevilliers dans les semaines qui ont suivi le massacre des Algériens du 17 octobre 1961, le documentaire de Jacques Panijel fut saisi, interdit, puis gardé au placard par son auteur lui-même. Précédé d'un court-métrage de René Vautier, Octobre à Paris ressort en salles ce 21 octobre 2026. Soixante-cinq ans après, le film n'a rien perdu de sa force de preuve. Et la question qu'il posait, celle du « crime d'État », n'a toujours pas reçu de réponse officielle.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
« "Laissez passer, ce n'en est pas !" Humiliation. Le racisme, c'est un regard qui vous classe sans appel. »
Bernard Noël, arrêté en taxi à un barrage de police dans la nuit du 17 octobre 1961,
in "Le vécu apparent", L’Outrage aux mots.
Ouf ! « Ray Charles pourra chanter ce soir », écrivait France-Soir il y a soixante-cinq ans, le 20 octobre 1961 : « Après le passage du service de désinfection, le Palais des sports a retrouvé son aspect habituel. » Le Figaro s’inquiétait encore : « On espère que le problème pourra être résolu à temps afin que se déroule normalement le récital du chanteur noir américain prévu à partir de ce soir. » Le « problème », c’étaient six à sept mille Algériens entassés depuis trois jours dans la salle de la porte de Versailles, raflés lors de la manifestation du 17 octobre. On les a « parqués » ailleurs, on a passé le désinfectant, et le Genius a pu chanter.
Dans son autobiographie, Ray Charles se souvient d’une ville où « les bombes explosaient » et d’un message que les Algériens auraient fait passer à son organisateur : « Dites à Brother Ray de ne pas s’inquiéter. » Il ne s’est pas inquiété. Paris non plus. L’« aspect habituel » du Palais des sports est devenu, pour des décennies, l’aspect habituel d’une France qui a expulsé de sa mémoire une nuit de rafles, de sévices et de meurtres.
Un homme, pourtant, a voulu que cette nuit ne disparaisse pas. Il n’était pas vraiment cinéaste, mais biologiste. Il s’appelait Jacques Panijel, et son film, Octobre à Paris, ressort en salles ce 21 octobre, accompagné du court métrage Le Remords de René Vautier.
Une nuit, puis le silence
Depuis le 5 octobre 1961, un couvre-feu frappe les seuls « Français musulmans d’Algérie » de la région parisienne, sur décision du préfet de police Maurice Papon, celui-là même qui, sous Vichy, avait participé à la déportation des Juifs de Gironde. La guerre d’Algérie s’est importée en métropole : attentats du FLN contre des policiers, ratonnades, plasticages de l’OAS, règlements de comptes.
Les pourparlers entre le gouvernement du général de Gaulle et le FLN sont engagés, et chacun sait que l’issue approche. Le 17 octobre, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de Paris et de banlieue à manifester. Hommes, femmes et enfants, en habits du dimanche, sans armes, « même pas un caillou » — consigne stricte, on les fouille au départ —, quittent les bidonvilles pour marcher sur les Grands Boulevards, au Quartier latin, sur les Champs-Élysées.
Ils sont au moins vingt mille, peut-être trente à quarante mille selon les estimations. Ce qui se joue, le philosophe Jacques Rancière l’a formulé avec précision (1) : cette manifestation, « c’était l’apparition des Algériens en lutte comme intervenants politiques dans l’espace public français ». La réponse fut, écrit-il, « un nettoyage policier de l’espace public, soustrayant, par le black-out de l’information, la visibilité même de son opération ». Une violence sans équivalent dans une capitale d’Europe occidentale depuis la guerre : matraquages, tirs, corps jetés dans la Seine depuis les ponts, plus de onze mille arrestations, des détenus battus au Palais des sports, au stade de Coubertin, au centre d’identification de Vincennes, où les violences se prolongent des jours durant.
Le lendemain, la préfecture annonce deux, puis trois morts. Ce chiffre tiendra des décennies. Les historiens retiennent aujourd’hui une centaine de morts au moins, peut-être deux cents. Aucun bilan définitif ne sera jamais établi : beaucoup de corps n’ont été ni repêchés ni identifiés.
« Quelque chose avait été fait chez nous en notre nom, quelque chose qui nous était doublement soustrait », écrit encore Jacques Rancière. Soustrait par la violence, puis par le silence. Octobre à Paris est né de ce refus de l’effacement.
La manifestation et la répression du 17 octobre 1961. Photogrammes issus de Octobre à Paris, de Jacques Panijel
Un biologiste derrière la caméra
Rien ne destinait Jacques Panijel (1921-2010) au cinéma. Biologiste au CNRS, ancien résistant, il a cofondé en 1959 le Comité Maurice-Audin, du nom de ce jeune mathématicien torturé à mort par les parachutistes à Alger en 1957. Signataire du « Manifeste des 121 » en faveur du droit à l’insoumission, il a déjà été inculpé en 1960.
Au matin du 17 octobre, un camarade algérien le prévient que « quelque chose va se passer ». Le soir, en traversant les Champs-Élysées, il découvre « des centaines d’Algériens assis par terre entre deux rangées de flics en uniforme ». Dès le lendemain, il propose au comité Audin de faire un film. Le comité accepte, à condition qu’un cinéaste de renom le signe pour le protéger. Panijel frappe à toutes les portes : « Le silence fut assourdissant. » Seul Jean Rouch répond, mais il veut une production légère ; Panijel tient au 35 mm, parce qu’« il s’agissait d’un événement majeur ». Il tournera donc lui-même, fort d’une seule expérience, La Peau et les Os, coréalisé avec Jean-Paul Sassy et couronné du prix Jean-Vigo.
Pour entrer dans les bidonvilles, il faut l’accord du FLN, qui propose même de financer un film à sa gloire. Panijel décline : le comité Audin n’est « pas strictement opposé au FLN », mais il marque son « désaccord avec le réseau Jeanson » (2). Le tournage commence fin octobre, avec à l’image Jacques Huybrecht, ancien ouvrier de Renault devenu photographe. Quand l’hélicoptère de la police survole le bidonville de Gennevilliers, on cache le matériel et on recommence le lendemain.
Bande-annonce du film de Jacques Panijel. Les Films de l'Atalante, 2026
La preuve par le film
Le film s’ouvre sur la Seine, un bateau-mouche au loin ; puis la caméra tangue, et nous voilà dans les baraquements. C’est le premier geste du film : déplacer le regard du Paris des cartes postales vers celui qu’on ne montre pas.
Des hommes, assis serrés dans l’espace exigu où ils vivent, racontent les rafles, les coups, les centres de détention, et la géographie de la torture se dessine dans Paris et sa banlieue. Ils montrent leurs cicatrices. C’est presque irrespirable. Dans la cave du 28, rue de la Goutte-d’Or, au milieu des bouteilles et des détritus, d’autres décrivent les interrogatoires menés par les harkis de la Force de police auxiliaire, chargés de faire parler des hommes qui n’étaient pas toujours des militants. « Une pièce pour neuf personnes, sans water, sans eau, sans cuisinière, sans rien du tout », dit un habitant pendant que les enfants vont remplir des bidons à la borne-fontaine.
Panijel ose un humour noir, presque brechtien. Devant un groupe d’hommes : « Ceux à qui on a cassé la gueule, levez le doigt ! » Deux seulement gardent la main baissée.
Puis vient ce qui fait la singularité du film : la reconstitution « à chaud ». Ceux qui ont transmis les consignes au bidonville de Gennevilliers rejouent, au petit matin, la réunion de cellule du 16 octobre, les itinéraires, la fouille au départ. Panijel y voyait une question « que le genre documentaire ne pose pas, celle de la morale de la fiction ». Rejouer, ici, c’est attester : la manifestation était pacifique, et ce sont ses acteurs qui le démontrent.
De la nuit elle-même, il n’existe pas d’images animées. Panijel filme les photographies d’Élie Kagan, l’un des rares à avoir couvert la répression (3), et les anime au banc-titre : un landau renversé contre un arbre, des hommes effarés, entassés dans un car. Une musique concrète fait monter les cris, puis le silence. Cinq minutes au cœur du film. Ensuite, un jeune homme raconte comment il a été « flanqué à la Seine » après avoir été matraqué, et comment il a attendu, caché, jusqu’à quatre heures du matin. L’équipe est retournée sur place : « l’endroit est tel qu’il nous l’avait décrit, preuve qu’il ne mentait pas ». Le cinéma comme pièce à conviction.
Le tournage se prolonge jusqu’au début de 1962, et le montage intègre Charonne, où la police de Papon, encore, fait neuf morts parmi les manifestants contre l’OAS (4). Le film se clôt comme il s’est ouvert, sur Kader, figure d’une amitié possible entre Algériens et Français : « D’accord, Kader ? »
Le film invisible
L’État qui avait effacé la nuit va s’employer à effacer le film. Dès 1962, il est interdit et les copies saisies. Panijel le montre pourtant à Cannes, dans une salle louée rue d’Antibes en marge du festival, puis à Venise, où les carabiniers finissent par fermer la salle ; à Paris, au Studio Bertrand, la police intervient « une fois sur deux ». La fin de la guerre n’y change rien. En mai 1968, il passe brièvement au Quartier latin. Il faut attendre 1973 et la grève de la faim de René Vautier, l’auteur d’Avoir vingt ans dans les Aurès, pour qu’Octobre à Paris obtienne enfin son visa.
C’est alors Panijel qui ferme la porte. Il ne montrera plus son film sans un « codicille », une préface qui définirait « moralement et politiquement » ce qu’est un crime d’État. Faute de financement, la préface ne sera jamais tournée. Le film dort dans un placard pendant que la mémoire du 17 octobre se reconstruit sans lui : l’enquête de Jean-Luc Einaudi (La Bataille de Paris, 1991), le procès Papon à Bordeaux (1997-1998), la plaque du pont Saint-Michel (2001). Octobre à Paris ne sort en salles qu’en octobre 2011, un an après la mort de son auteur, distribué par Les Films de l’Atalante et précédé d’un avant-propos de Mehdi Lallaoui, tourné à la place du préambule que réclamait Panijel (5).
La ressortie de 2026 est accompagnée d’un court métrage de René Vautier, Le Remords, où un cinéaste témoin d’un tabassage policier trouve mille raisons de ne pas en faire un film. L’hommage tombe à pic : le 22 septembre, la municipalité d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, a retiré le nom de Vautier au cinéma de la ville, rebaptisé « La Bobine illibérienne » au nom de la « neutralité ». Son maire, Steve Fortel, élu en mars sans étiquette mais classé « divers extrême droite » par la préfecture, est un ancien membre du Parti nationaliste français, organisation pétainiste qui a succédé à l’Œuvre française. Le 2 octobre, une centaine de salles ont, le temps d’une journée, pris le nom de René Vautier par solidarité.

À Paris intra-muros, à l'angle du pont Saint Michel, une plaque a été inaugurée le 17 octobre 2001, une stèle en acier de Gérard Collin-Thiébaut depuis 2019. D'autres ponts portent des plaques similaires, mais en banlieue ou ailleurs : pont de Clichy (Clichy/Asnières),
pont de Bezons (Colombes), pont d'Épinay (Épinay-sur-Seine), une passerelle à Aubervilliers, et même le pont Battant à Besançon.
Depuis, les reconnaissances officielles se sont succédé : la « sanglante répression » reconnue par François Hollande (2012), les crimes « inexcusables » nommés par Emmanuel Macron (2021), la résolution de l’Assemblée nationale du 28 mars 2024 souhaitant une journée de commémoration. Mais le mot que réclamait Panijel n’a toujours pas été prononcé. Une trentaine de maires viennent de demander « la reconnaissance pleine et entière du massacre du 17 octobre 1961 comme un crime d’État », ainsi que l’ouverture des archives, des lieux de mémoire, un enseignement plus solide de cette histoire et un accompagnement des survivants et de leurs familles (6).
Soixante-cinq ans après, Octobre à Paris ne vaut pas seulement comme archive. C’est un film qui pose, en acte, la question de ce qu’on laisse voir. Le 20 octobre 1961, au Palais des sports, on avait désinfecté, et Paris avait retrouvé son aspect habituel. On désinfecte encore : à Elne, on gratte le nom de René Vautier au fronton d’un cinéma. Raison de plus pour aller voir, dans une salle obscure, ces soixante-dix minutes en noir et blanc qui refusent, obstinément, l’aspect habituel.
Isabelle Favre et Dominique Vernis
Octobre à Paris, de Jacques Panijel. France, 1962, 1 h 10, noir et blanc, 35 mm. Image : Jacques Huybrecht ; photographies : Élie Kagan. Production : Comité Maurice-Audin, Vérité-Liberté. Distribution : Les Films de l’Atalante. En salles le 21 octobre 2026, avec Le Remords de René Vautier.
Une projection a lieu au cinéma Reflet Médicis, à Paris, le jeudi 22 octobre à 20 h 30, suivie d’une rencontre avec l’historien Laurent Véray et Antoine de Baecque, critique et historien du cinéma. Octobre à Paris est par ailleurs projeté ce mercredi 21 octobre à 20 heures aux 3 Cinémas Robespierre de Vitry-sur-Seine. Le réseau ACRIF annonce également des séances au Figuier blanc d’Argenteuil le 4 novembre, au Rutebeuf de Clichy le 12 novembre et au Jean-Vigo de Gennevilliers le 29 novembre (horaires auprès des salles).
NOTES
(1) Jacques Rancière, « La cause de l’autre », in Algérie-France. Regards croisés, Lignes, n° 30, Hazan, 1997, p. 36-49.
(2) Réseau Jeanson : réseau clandestin d’aide au FLN, fondé en 1957 par Francis Jeanson, dont les membres, surnommés « porteurs de valises », transportaient les fonds de la Fédération de France du FLN. Il est démantelé en 1960 et ses principaux membres sont condamnés à dix ans de prison. Le Comité Audin menait, lui, un combat de dénonciation légale de la torture, au nom des principes républicains, que Pierre Vidal-Naquet qualifiait de « dreyfusard ».
(3) Élie Kagan (1928-1999), photoreporter indépendant, enfant juif caché sous l’Occupation, photographie le 17 octobre 1961 à Concorde, Solférino et Nanterre. Ses images, publiées par Témoignage chrétien le 27 octobre, sont le principal témoignage visuel du massacre. Son fonds est conservé à La Contemporaine (Nanterre). Voir ICI.
(4) Le 8 février 1962, au lendemain d’attentats de l’OAS, une manifestation interdite, organisée par les syndicats et la gauche contre l’OAS et pour la paix en Algérie, est chargée par la police de Papon à la station de métro Charonne. Neuf manifestants meurent, étouffés ou frappés. Des centaines de milliers de personnes suivent leurs obsèques le 13 février. Aucun policier ne sera poursuivi.
(5) Mehdi Lallaoui, réalisateur et cofondateur de l’association Au nom de la mémoire, est le fils d’un manifestant du 17 octobre 1961 laissé pour mort par la police. Il est l’auteur du documentaire Le Silence du fleuve (1991, avec Agnès Denis). En 2011, à la demande des Films de l’Atalante, il réalise À propos d’octobre, avant-propos de quinze minutes qui précède le film, avec Jean-Luc Einaudi, Gilles Manceron et Daniel Mermet.
(6) Parmi les signataires figurent notamment Emmanuel Grégoire à Paris, Bally Bagayoko à Saint-Denis, Karim Bouamrane à Saint-Ouen, Patrice Bessac à Montreuil, Azzédine Taïbi à Stains et Ali Rabeh à Trappes.
DANS L'ARCHIVE
Bernard Noël et la guerre d'Algérie
Dans la nuit du 17 octobre 1961, l’écrivain Bernard Noël, engagé avec sa compagne Nathalie L’Hopitault dans le soutien clandestin au FLN, traverse Paris en taxi. Barrage de police. Un gradé examine son visage : « Laissez passer, ce n’en est pas ! » Il écrira : « Humiliation. Le racisme, c’est un regard qui vous classe sans appel. »
Comment se représenter un tueur au travail quand l’ordre et la morale lui font un visage raisonnable ?
Bernard Noël, "Le vécu apparent", in L’Outrage aux mots, Œuvres II, éditions P.O.L
Depuis sa jeunesse, Bernard Noël a été « obsédé par les événements d’Algérie » et par leur répression. Cette obsession pour la violence d’État sous-tend une large part de son œuvre, à commencer par Le Château de Cène, roman volontairement provocateur grâce auquel il voulait devenir un « bougnoul de la littérature » et qui lui a valu un procès.
Histoire personnelle, histoire collective
Bernard Noël a effectué son service militaire de 1950 à 1952, ce qui lui a évité d’être envoyé en Algérie. Le 14 juillet 1953, il assiste à une scène tragique alors qu’il habite rue du Faubourg Saint-Antoine. Depuis sa fenêtre, il regarde passer une manifestation organisée par la CGT et le Parti Communiste pour célébrer la prise de la Bastille. Elle emprunte le parcours de la place de la République à celle de la Nation. L’ambiance est celle d’une fête populaire. Le compositeur Joseph Kosma dirige un petit orchestre sur une camionnette. En fin de cortège, l’atmosphère est plus grave. Plusieurs milliers de « Nord-Africains », membres du MTLD, défilent en scandant « Non au colonialisme ! Nous voulons l’indépendance ! ». Quand la manifestation se termine, des policiers veulent s’emparer des drapeaux algériens et des portraits de Messali Hadj brandis par les manifestants. Des échauffourées éclatent et la police se met à tirer sans sommation, tuant six Algériens ainsi qu’un ouvrier français, et blessant une quarantaine de personnes. Les meurtriers bénéficieront d’un non-lieu et cet épisode restera méconnu pendant plusieurs décennies.
Le 1er novembre 1954, la « Toussaint rouge » marque le début de la guerre d’Algérie. Dans les mois qui suivent, l’Observateur et l’Express dénoncent la torture employée par le gouvernement socialiste et les protestations se multiplient. En 1956, près de deux mille personnes – dont Bernard Noël – assistent à un meeting salle Wagram pour défendre la liberté de la presse, mais la réunion tourne mal : « Les fascistes attaquent. Algérie française. Bombes lacrymogènes. On casse des chaises. On tape sur des têtes. Traînées de sang. L’Algérie française est jetée dehors. Tout est calme soudain dans la fumée, la toux, les pleurs. La police entre. La police qui devait nous protéger. La foule se lève et peu à peu recule contre l’un des murs. Gendarmes mobiles et gardiens de la paix emplissent tout l’espace qui se libère. Silence. Devant moi, face à face, un gardien de la paix. Silence. Tout à coup, flics et gendarmes crient. Les crosses et les bâtons se lèvent. Je tombe, frappé en travers du front. » Le coup est si fort que Bernard Noël en gardera la marque pendant plusieurs années. En février 1958, il écrit en une semaine cent pages d’une grande violence qui constitueront, onze ans plus tard, la base du Château de Cène.
Le 3 octobre 1960, quelques milliers d’anciens combattants et des militants d’extrême droite défilent sur les Champs-Élysées au cri de « Fusillez Sartre ! ». Le philosophe est favorable à l’indépendance de l’Algérie et il dénonce la torture. Il habite rue Bonaparte, non loin de chez Noël, et ce quartier, où vivent des intellectuels opposés à la guerre, subit fréquemment des plasticages de l’OAS. Un climat de violence règne dans Paris.
Bernard Noël et Nathalie L’Hopitault, sa compagne, se sont engagés dans la résistance algérienne. « Nous n’étions pas des héros, dira Nathalie, mais nous considérions que cette guerre était détestable et qu’en tant qu’êtres humains, aider les Algériens allait de soi. » Tous deux font partie du réseau Curiel mais ils en ignorent le nom parce que l’organisation clandestine est très cloisonnée afin d’être efficace. « De temps en temps, on faisait une action pratique, explique Bernard Noël. On a fait s’évader deux détenus algériens. Mais il y avait beaucoup de parlotes dans les cafés. On ne se connaissait que sous des pseudonymes. On m’a envoyé rencontrer un représentant de l’organisation spéciale du FLN. Je suis tombé sur un Algérien très sympa. On a eu un coup de foudre amical et on a monté un réseau tous les deux. Il me donnait du courrier à aller porter en Belgique, en Suisse ou en Allemagne. Moi, je trouvais des filles pour transporter les colis. » Pour les membres du réseau, le pseudonyme de l’ami algérien est « Daniel », celui de Bernard Noël est « Mao » parce que Nathalie et lui habitent rue du Dragon. Mais toutes ces actions ne sont à ses yeux que « de piètres pansements sur la blessure [qu’il ressent] à l’excès. » Il écrit à Georges Perros : « Ici toute tentative ne peut avoir qu’un caractère désespéré, que ressembler à un cri vite recouvert par la marée toujours montante de la médiocrité. »
Pendant la nuit du 17 octobre 1961, une vaste opération policière est menée dans les rues de Paris sur ordre du préfet de police Maurice Papon, après la manifestation pacifique des Algériens contre les mesures racistes de couvre-feu qui leur sont appliquées. On dénombre des dizaines de morts, des centaines de blessés : les historiens parleront de « pogrom ». Cette nuit-là, Bernard Noël traverse la ville dans un taxi pour porter un texte à son ami Bernard Bertrand qui habite rue Cambacérès, près du ministère de l’Intérieur. Le véhicule est arrêté à un barrage de police. Examinant le visage du passager, un gradé de la gendarmerie déclare : « Laissez passer, ce n’en est pas ! ». « Humiliation. Le racisme, c’est un regard qui vous classe sans appel », écrira Noël. Il se heurte également à celui de certains militants communistes : « Le PCF maniait l’anticolonialisme à son profit pour faire oublier ses problèmes avec l’URSS et les démocraties populaires. Je me souviens de la quasi impossibilité de trouver des planques dans la banlieue rouge pour les militants du FLN en danger. On défendait théoriquement le droit à l’indépendance des Algériens, mais de là à héberger un “bicot” ! »
Séjour en prison
Bernard de Saint-Vincent, un ami fortuné rencontré à l’école de journalisme en 1949, possède une chambre de bonne rue Guillaume Budé, dans l’île Saint-Louis. Bernard Noël lui en demande les clefs, sous prétexte d’héberger une amie. En réalité il y loge « Marcel », un jeune Algérien épuisé par les persécutions, à qui il conseille de se reposer et de ne pas sortir. Malgré ces recommandations, Marcel, un peu déboussolé, va prendre l’air dans la rue et il est aussitôt arrêté par la police. Sous la torture, il donne l’identité de celui qui lui a procuré ce logement. Le 9 décembre 1961, Nathalie et Bernard ont rendez-vous avec Daniel dans un café de la rue du Four pour y réceptionner du courrier qui doit partir en Allemagne. Daniel repère quatre policiers en civil qui viennent d’entrer dans le café et les jeunes gens ont tout juste le temps de cacher les papiers compromettants dans la banquette avant d’être arrêtés. Les policiers les conduisent rue du Dragon pour fouiller longuement leur appartement. Après avoir jeté à terre tous leurs livres et leurs papiers, ils ne trouvent que quelques exemplaires de La Question d’Henri Alleg.
Bernard, Nathalie et Daniel sont emmenés dans un premier commissariat, puis on les transfère vers celui de la Villette, réputé pour pratiquer la torture. Chaque déplacement s’effectue avec une mitraillette pointée dans le dos. Nathalie est interrogée puis relâchée dans la soirée. Elle charge des amis de récupérer les papiers restés dans le café. Quant à Bernard, après son interrogatoire, il est enfermé dans les toilettes du commissariat pour la nuit. Le lendemain, on l’interroge durant toute la journée. Sans voir de juge, il est condamné au secret pour quinze jours et conduit au dépôt du Parquet de Paris. Un gardien l’amène dans l’une des cellules où la Gestapo sévissait pendant la guerre. Les murs sont encore couverts de graffitis de cette époque. La pièce est nauséabonde et glaciale. On remet au prisonnier une paillasse mouillée mais pas de couverture. Il a droit à une promenade d’une demi-heure par jour dans une étroite cour cellulaire.
Les autres détenus sont tous des Algériens torturés au Fort d’Ivry puis emprisonnés là, le temps qu’ils redeviennent « présentables ». Parmi eux, Bernard Noël croise Daniel qui a subi des tortures. Chaque nuit, une Algérienne hurle à la mort. « Des cris. Ils recommencent encore. Je les entends, et pourtant je n’entends rien. Je voudrais savoir ce qu’ils disent. Des cris comme d’une femme rendue folle. En les écoutant, je me disais : il ne doit rien se passer ici. Il ne se passait rien que ces cris. La nuit, j’avais peur, et j’avais peur d’avoir peur. Sale bicot, m’avaient dit les gardiens. Il est facile de résister à la provocation, plus facile qu’à l’attente. » Un jour où les gardiens ont relâché leur surveillance en raison du froid, deux Algériens racontent à Bernard Noël les violences qu’ils ont endurées.Le temps est long dans la cellule vide et sale. Le prisonnier s’occupe à balayer le sol avec le carton d’un paquet de Gitanes ou à faire un certain parcours dans l’espace restreint en comptant ses pas. « Dans la cellule, il n’y a point de vue sur l’extérieur. On ne voit, par la fenêtre haute, que l’air extérieur, qui n’est même pas le ciel. »
Depuis l’arrestation, Nathalie cherche son compagnon partout, sans succès. Nulle trace de son incarcération… Au bout d’une semaine, elle réussit à savoir où il se trouve et lui fait parvenir des livres. Bernard est libéré le jour de Noël. « La police a mis des flics dans la chambre de bonne et un jour, ils ont cueilli [Bernard de Saint-Vincent] qui est tombé des nues et qui les a déroutés par sa famille riche. Je pense que cela m’a sauvé ainsi que l’approche des accords d’Évian. » Daniel est reconduit à la frontière puis incarcéré en Algérie. Le cœur de Marcel n’a pas supporté les séances de torture et quelque temps plus tard, Bernard Noël apprendra sa mort. La violence policière contre les opposants à la guerre s’intensifie et le 8 février 1962, il y a neuf morts et plus de deux cents blessés à la station de métro Charonne, après que la police a reçu l’ordre de « disperser énergiquement » un rassemblement. Les accords d’Évian sont signés le 18 mars, mettant fin à cent trente-deux années de colonisation française en Algérie.
Manipulation du sens
En 1966, une loi d’amnistie est votée, couvrant les répressions policières. « La loi s’exerce comme s’il n’y avait aucune différence entre le dénonciateur de tortures, à l’époque condamné pour trahison, et le tortionnaire, à l’époque couvert par le patriotisme », constate Bernard Noël, et la société « reste grosse de ses monstruosités. » Durant sept années, le pouvoir a nommé « pacification » et « maintien de l’ordre » ce qui était en réalité une guerre. « Son déroulement était brouillé du fait qu’on ne lui donnait pas sa qualification véritable et qu’un gouvernement de gauche, de plus élu pour faire la paix, avait institué comme son arme la plus efficace l’atteinte systématique aux Droits de l’homme. » Ce brouillage du sens par l’État amènera l’écrivain à créer le mot sensure. « Quand la manipulation du sens n’est plus assez efficace, alors vient l’utilisation raisonnable de la peur. »
Texte publié par Nicole Martoletto sur le site de l'Atelier Bernard Noël (ICI)
« Il fallait que je les fasse revivre à l'intérieur même du bidonville »
Entretien avec Jacques Panijel

Né dans une famille d'origine roumaine, ancien résistant, Jacques Panijel a publié un premier roman (La Rage, Minuit, 1948), avant de devenir biologiste au CNRS. En 1957, il fonde avec Pierre Vidal-Naquet et Laurent Schwartz le comité Maurice-Audin, du nom du jeune mathématicien communiste torturé à mort par les parachutistes à Alger. Signataire en 1960 du Manifeste des 121 sur le droit à l'insoumission, il est inculpé. Au lendemain de la répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961, il entreprend de réaliser Octobre à Paris. Tourné clandestinement jusqu’en février 1962, le documentaire mêle témoignages de rescapés, images des bidonvilles et reconstitutions des événements. Interdit de diffusion, il n’obtient son visa d’exploitation qu’en 1973, à la suite d’une grève de la faim du cinéaste René Vautier contre la censure politique.
Le tournage d’Octobre à Paris est entamé quelques semaines après la manifestation tragique du 17 octobre. Quelles circonstances amènent un chercheur scientifique à passer derrière la caméra ?
Au matin du 17 octobre 1961, je suis averti par un camarade algérien que « quelque chose va se passer ». Je n’en sais pas plus. […]. En traversant les Champs-Elysées, je découvre l’horreur : des centaines d’Algériens assis par terre entre deux rangées de flics en uniforme. […]
Au lendemain du 17 octobre, j’ai proposé l’idée d’un film qui retracerait les événements... enfin ce qui s’était passé. Le comité a été d’accord à la condition que le film soit réalisé par un metteur en scène de renom. Je me suis donc mis en quête d’un cinéaste dont la réputation aurait protégé le film et qui aurait accepté de travailler avec les contacts dont nous disposions alors avec les représentants du FLN en France […] Le silence fut assourdissant. Le seul qui ait réagi favorablement fut Jean Rouch. Mais il souhaitait une production légère. Ce que nous refusions car il s’agissait d’un événement majeur. Il fallait à tout prix tourner en 35 mm. […] J’ai donc proposé de réaliser le film moi-même. Mon expérience cinématographique se limitait à la coréalisation au côté de Jean-Paul Sassy de La peau et les os qui avait obtenu le Prix Jean Vigo l’année précédente. Je me suis lancé dans l’aventure avec le soutien de ma femme.
Concrètement comment le tournage est-il rendu possible alors que la guerre touche à sa fin ?
[…] Pour transporter le matériel sur les lieux de tournage, pour que les bidonvilles de Gennevilliers et Nanterre, le quartier de la Goutte d’or, nous soient ouverts, pour obtenir des témoignages de valeur, il nous a fallu l’accord et l’aide des responsables locaux du FLN. Ces derniers ont été jusqu’à proposer de financer un film à la gloire du Front. J’ai expliqué que je faisais partie du comité Audin, que nous n’étions pas strictement opposés au FLN mais que cela voulait dire quand même notre désaccord avec le réseau Jeanson (soutien du FLN). […]
A la Goutte d’or, même si le commissariat n’était pas loin, nous savions que personne ne nous dénoncerait. Qu’il y avait toujours à proximité un responsable du Front pour dire, non laissez, on les connaît. La surveillance était celle des gens du cru. Sur l’une des scènes, on entend l’hélicoptère de la police qui avait l’habitude de survoler le bidonville de Gennevilliers. On arrêtait de tourner et on planquait le matériel pour recommencer le lendemain.
La question majeure que pose Octobre à Paris est celle d’une reconstitution à chaud des événements.
C’est une question que le genre documentaire ne pose pas, celle de la morale de la fiction au sens large. J’ai tourné à partir de la fin 61 et pendant six mois dans les bidonvilles et à la Goutte d’or. Sachant ce qu’avaient été ces journées, il fallait que je les fasse revivre à l’intérieur même du bidonville.
Un autre point que je souhaitais absolument évoquer fut les interrogatoires par les harkis des habitants de la Goutte d’or. Car ce sont eux qui s’en chargeaient pour des raisons linguistiques évidentes. Dans la cave d’un bar de la rue de la Goutte d’or, ce sont eux qui organisaient les séances de torture pour faire avouer à des gens qui n’étaient pas forcément des militants, mais qui peu à peu avaient partagé les idées du FLN. Nous avons filmé l’entrée du lieu depuis un balcon situé en face.
Le plus difficile n’était-il pas de reconstituer la manifestation elle-même ?
[…] Il faut évoquer là le nom d’Elie Kagan qui a été un type admirable. Il m’a laissé utiliser ses photos que j’ai rendues vivantes par le montage et les bancs-titres. Une musique concrète donne le sentiment que les cris montent de la foule, puis les victimes sont là dans le silence.
[…] J’ai demandé à ceux qui avaient rapporté les instructions au bidonville de Gennevilliers s’ils voulaient bien recommencer la scène qu’ils avaient vécue. On a tourné cela au petit matin. On a reconstitué la réunion de la cellule, les instructions qu’ils ont données d’emprunter tel ou tel chemin, d’emmener aussi les femmes et les enfants. L’ordre était surtout de ne pas apporter la moindre arme, même pas un caillou. Nous avons donc reconstitué la scène de la fouille des militants au départ du bidonville. Les instructions étaient de manifester pacifiquement, d’emprunter les trottoirs pour ne pas gêner la circulation. Bien sûr, les gens savaient qu’il y avait un risque. Ils avaient ordre de fuir si la police les chargeait. Mais surtout pas de bagarres, pas de coups. Il s’agissait vraiment de manifester pacifiquement. […]
Concernant les exactions policières proprement dites, comment sont-elles suggérées dans Octobre à Paris ?
Il fallait retrouver des hommes qui avaient échappé de justesse à la mort ; retrouver des gens qui avaient été balancés à la Seine et s’en étaient sortis. Le film raconte le parcours d’un garçon qui a été « flanqué à la Seine », comme il le dit lui-même. Nous avons filmé le lieu où les flics l’ont balancé dans le fleuve et il raconte en voix off ce qui s’est passé, qu’il a attendu jusqu’à quatre heures du matin, de voir passer à nouveau des automobiles sur le pont pour sortir de sa cachette. « Ils m’ont matraqué, ils m’ont frappé à la tête, c’est pour cela que j’ai moins de cheveux. Après ils m’ont jeté dans la Seine ». Nous avons cherché l’endroit où il s’est planqué, l’endroit est tel qu’il nous l’ait décrit, preuve qu’il ne mentait pas. […]
Pourquoi Octobre à Paris est-il invisible depuis ?
Dès 1965, j’ai été contacté par des distributeurs. Mais le film ne possédait pas de visa. Le silence est alors retombé. Il faut attendre le procès de Maurice Papon à Bordeaux pour qu’un producteur courageux souhaite qu’Octobre à Paris soit vu du public […] Mais ma condition était — et reste — de tourner un codicille […]. Ce que je demandais était d’avoir la liberté de tourner une préface à Octobre à Paris pour tenter de définir ce qu’est — moralement et politiquement — un crime d’Etat.
En 1973, le film obtient enfin un visa de censure...
Grâce à la grève de la faim du cinéaste René Vautier, l’auteur de Avoir vingt ans dans les Aurès. On avait refusé un visa non commercial à Octobre à Paris qu’il cherchait à distribuer. Il protestait plus largement contre la censure d’Etat et militait pour l’avènement d’une commission de censure indépendante.Cette grève de la faim a été déterminante. Quand une commission de contrôle cinématographique fut enfin mise sur pied, son président a envoyé un télégramme à Vautier qui expliquait en substance : « la commission de contrôle cinématographique n’utilisera plus de critères politiques pour interdire ou accepter un film ». Ce qui n’a pourtant pas plus facilité la diffusion de mon film. Et depuis le film dort dans un placard et j’en interdis toute projection.
Entretien réalisé par Jean-Philippe Renouard et Isabelle Saint Saëns publié dans la revue Vacarme, n°13, automne 2000.
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"La Question" est un livre d'Henri Alleg, publié en 1958.
Henri Alleg raconte et dénonce la torture des civils pendant la guerre d'Algérie.
La censure du gouvernement français est brutale, ses exemplaires sont rapidement saisis pour " atteinte au moral de l'armée " ainsi que les journaux qui communiquent son existence.
Le livre est réédité en Suisse, et circule sous le manteau en France.
A Bruxelles, à 330 kilomètres de Paris, par solidarité, certains libraires exposent dans leur vitrine uniquement des exemplaires de "La Question"
Merci pour ce partage d'émotions, et surtout de prise de conscience de ce qui s'est passé à Paris. Belge, j'en avais entendu parlé bien évidemment, mais un tel document va m'instruire de la vérité!
Les Humanités portent bien haut son nom!!
DU NOUVEAU SOUS LES PONTS (poème de Ludovic Janvier)
ah, ils les foutent à la Seine (Anonyme)
vous parlez d’Octobre 17
moi je pense au 17 octobre »
Il y a eu la journée du 17 octobre. Et puis celle d’avant.
Et puis celles d’après. Et les cadavres dans la Seine, et
les cadavres dans les bois. Aucune enquête sérieuse n’a
été faite ni aucune sanction prise EALV
Paris 61 dix-sept octobre on est à l'heure grise
où le pays se met à table en disant c'est l'automne
lorsque silencieux venus des bidonvilles et cagnas
des Algériens français sur le soir envahissent
de leur foule entêtée les boulevards ils n'aiment pas
ce couvre-feu qui les traite en coupables
décidément ça fait…