Thierry Malandain, portrait sensible
- Nicolas Villodre
- 14 mai
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 mai

Thierry Malandain en répétition avec les interprètes du Centre chorégraphique national - Ballet Biarritz.
Photogramme du film de Raphaël Gianelli-Meriano.
À l’heure de transmettre les rênes du Ballet Biarritz qu’il a fondé, Thierry Malandain se dévoile dans un documentaire aussi intime qu’artistique. Entre répétitions, souvenirs et confidences, Raphaël Gianelli‑Meriano esquisse le portrait sensible d’un créateur habité par la danse, la transmission et une émotion longtemps tenue à distance.
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Sa réalisation a demandé trois ans : Malandain, quand l’amour prend corps. En 70 minutes (pour la version intégrale), Raphaël Gianelli‑Meriano signe un ciné-portrait de Thierry Malandain, choréauteur d’une cinquantaine d’œuvres de style classique et néoclassique au moment où celui-ci, à 66 ans, s'apprête à se retirer du Ballet biarrot qui porte son nom. Il passera alors le relais à Martin Harriague, un de ses anciens danseurs devenu chorégraphe, nommé par le ministère de la Culture, les autorités locales et le conseil d'administration du ballet à la direction du Centre chorégraphique national – Ballet Biarritz, créé en 1998 par Malandain.
Le documentaire revient sur certains faits marquants de sa vie de danseur - et de sa vie tout court d’homme réservé, mais avec une sensibilité à fleur de peau. Une séquence émotion casse l'ambiance et le cours tranquille du récit lorsque Malandain révèle une part d'ombre, un stigmate, pour ne pas dire un secret de famille. Il évoque sa sœur Fabienne qui fut victime d'une méningite et devint le centre d'intérêt et objet de rivalité de la fratrie. Il livre ses réflexions sur la création et sur l'art, définit simplement la danse comme « une façon d'être au monde », sort de derrière les fagots des photos de lui, jeune danseur qui, après s'être fracturé le ménisque de la jambe gauche, bondissait sur scène comme si de rien n'était. Il évoque ses débuts comme chorégraphe en 1976 et la naissance de sa première compagnie, en 1986, à Nancy, avec l'ami fidèle Richard Coudray, son actuel maître de ballet. Ce passionné d'histoire de la danse déniche la carte de visite de la ballerine du temps jadis Léontine Beaugrand qui remerciait Théodore de Banville pour ses écrits élogieux sur elle.
Dans son discours d'entrée à l'Académie des Beaux-Arts, où il a été élu le 24 avril 2019 comme premier membre de la nouvelle section de chorégraphie, il rend grâce à ses membres d'avoir accueilli Terpsichore sous l'auguste coupole. Comme il se doit dans tout documentaire consacré à la danse, nombre de scènes montrent le chorégraphe au travail, préparant avec son maître de ballet et les danseurs de sa compagnie la nouvelle création au programme, Chambre d'amour (2025) ou révisant une des pièces à succès du répertoire, Les Saisons (2023). Malandain confie à son interlocuteur ce qu'est pour lui le danseur idéal. Il prend pour exemple Hugo Layer, qui « n'a pas peur de dépasser les limites » et que, de ce fait, il distribue dans les premiers rôles. Du coup, celui-ci a droit à une longue variation suivie d'un changement de costume en coulisse. Hugo Layer est un peu pour Thierry Malandain ce que représentait Jorge Donn, danseur fétiche de Béjart, pour ce dernier.
La danseuse Claire Lonchampt, magnifique étoile féminine du Ballet depuis 2011, se souvient de son entrée à l'École de danse de l'Opéra de Paris à l'âge de 9 ans et demi. Parlant de son travail au sein de la compagnie Malandain et de son métier, elle rappelle l'usage quotidien de la barre depuis sa tendre enfance. Dans une autre séquence choc, alors que le chorégraphe s'applique à rectifier les détails et les défauts repérés par lui, inscrits sur son cahier de notes, celui-ci s’emporte soudain, laissant les danseurs médusés. Il se reprend vite mais demeure lui-même remué de s'être de la sorte montré soupe au lait, découragé sans doute par le travail à accomplir pour parfaire l’œuvre avant sa représentation à l’auditorium Atalaya de l'ancienne gare du midi.
Le film a reçu un accueil enthousiaste lors de sa présentation parisienne, au Christine cinéma-club. Sa réussite tient pour beaucoup au soin apporté par une équipe de collaborateurs relativement réduite : le réalisateur et Michel Jakobi à l'image, Pascal Roque au son, Pascaline Aumond au montage. Raphaël Gianelli‑Meriano a pu s'immerger dans le quotidien des danseurs et recueillir, in situ et à son domicile, les propos du chorégraphe, le cas échéant avec les moyens du bord : des caméras en basse résolution, avec des cadres allant du 16/9 au 9/16 ou HEIC de son smartphone, en passant par le 4/3 de la vidéo légère. Le travail de montage remarquable enchaîne subtilement des prises de vues diverses, en studio, au théâtre, dans les loges, les couloirs, les coulisses. Sans parler des solos et duos de danse captés en extérieur, à l'air libre, au bord de l'océan.
Nicolas Villodre
Le documentaire de Raphaël Gianelli‑Meriano est disponible jusqu’à la fin de 2026 sur la plateforme de france.tv dans sa version courte (52 minutes), ICI
Prochaines projections du film en version longue (70 minutes) :
- au cinéma de Boulazac, le 21 Juin 2026, en clôture du festival Danse et Cinéma de Périgueux
- au cinéma Le Royal de Biarritz, en septembre 2026, dans le cadre du Temps d’aimer la danse
- à Paris, en septembre 2026, lors des représentations du Ballet Malandain au Théâtre des Champs-Élysées
- au cinéma Les Arcades de Cannes, le 28 novembre 2026 à 10h30, au festival de danse de Cannes.




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