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Un autodafé sur ordre de Kirill, le patriarche de l’Église orthodoxe russe


Non content de soutenir la « guerre sainte » de Poutine en Ukraine, et de bénir soldats et missiles, le patriarche de Moscou envoie désormais ses émissaires conduire la purification ethnique. Avec l’aide d’agents du FSB, ils ont brûlé tous les livres d’une bibliothèque orthodoxe de Marioupol. En France, les propagandistes de cette logique génocidaire ne sont nullement inquiétés...


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Leur premier geste a été de changer les plaques de la ville, de transformer en russe le nom ukrainien de Marioupol. Il suffit de changer une seule lettre : en ukrainien, Маріуполь ; et en russe : Мариуполь.

A Marioupol, qu’ils occupent désormais, les Russes ont commencé une véritable épuration ethnique, qui vise à faire disparaître toute trace de culture ukrainienne.


L'église de Saint-Pierre Movilă , à Marioupol, où a eu lieu l'autodafé.


Cette politique génocidaire (il n’y a pas d’autre mot) vient de franchir une nouvelle étape à l’église de Saint-Pierre Movilă (en ukrainien : Петра Могили). Selon plusieurs médias ukrainiens (par exemple, ICI, en anglais) et le maire de Marioupol, Petro Andrushenko, aujourd’hui en exil, tous les livres de la bibliothèque ont été sortis et brûlés dans la cour de l’église. Des exemplaires uniques de publications en ukrainien y étaient conservés et sont désormais perdus à jamais.

Un chapitre de plus à la destruction des biens culturels et patrimoniaux d’Ukraine (lire ICI). Début mai, le ministère de la Culture ukrainien avait fait état de 27 bibliothèques détruites, totalement ou partiellement, depuis le début de l’invasion russe du territoire.


A Marioupol, c’est donc un véritable autodafé qui a été commis, rappelant les sombres heures de l’Inquisition catholique à l’égard des "hérétiques". Ce rappel religieux n’est pas fortuit. A Marioupol, selon les premiers témoignages recueillis, la destruction des livres de la bibliothèque de l’église de Saint-Pierre Movilă a été dirigée par des agents russes du FSB (service de renseignement de la Russie, normalement chargé des affaires intérieures) accompagnés d’une délégation de l’Église orthodoxe russe.

La délégation du Patriarcat de Moscou, arrivée à Marioupol le 23 juin, et une partie de la bibliothèque de Saint-Pierre Movilă.


Cette délégation envoyée par le patriarche Kirill en personne, est arrivée à Marioupol le 23 juin afin "d’inspecter" les églises et bâtiments religieux de la ville. Ces corbeaux en soutane ont d’ores et déjà demandé d’augmenter le nombre de prières pour la protection de l'armée russe et « pour les innocents dont les vies ont été prises par les soldats ukrainiens »… Avant même d’y brûler les livres, ils ont porté une attention toute particulière à l’église de Saint-Pierre Movilă, en prévenant qu’elle devrait être démolie si elle n’est pas transformée pour être conforme aux canons de l’Église orthodoxe russe. En Ukraine, Pierre Movilă jouit d’un culte particulier, et il a donné son nom à une université nationale à Kiev (lire à la fin de cet article).

Le patriarche Kirill avec Vladimir Poutine


Avec cet autodafé, c’est la première fois que le Patriarcat de Moscou se manifeste directement en Ukraine depuis le début de la guerre. Soutien sans faille de Vladimir Poutine, qu’il qualifie de « miracle de Dieu », la patriarche Kirill, 75 ans, a soutenu dès le début « l’opération spéciale » en Ukraine : pour lui, c’est une « guerre sainte », il bénit en conséquence soldats russes et missiles de destruction, et condamne naturellement les « forces du mal » qui s’opposent à la main-mise de la Russie sur l’Ukraine. Profondément homophobe, qualifié de "métropolite du tabac et de la vodka" (il a fait fortune sur l’exemption de taxes sur l’alcool et le tabac dont jouissait l’église russe), il est soupçonné depuis longtemps d’être un agent du FSB. Il exerce un pouvoir religieux sur 150 millions d’orthodoxes russes, mais ses positions pro-Poutine ont conduit le synode élargi de l'Église orthodoxe d'Ukraine à rejeter son autorité, et a demandé à toutes les autres Églises orthodoxes de faire en sorte que Kirill soit déchu de son mandat de patriarche.


Début juin, à la demande de la Hongrie, l’Union européenne a ôté au dernier moment le patriarche Kirill d’un nouveau lot de sanctions contre la Russie. C’est donc en toute impunité que l’Église orthodoxe russe poursuit son œuvre de propagande, notamment à Paris. Début avril, comme rapportait Le Monde, « le métropolite Hilarion (Président du département des relations extérieures du patriarcat de Moscou) a rencontré de nombreux diplomates européens en poste dans la capitale russe. Le 6 avril, il s’est rendu à l’ambassade de France pour s’entretenir avec l’ambassadeur, Pierre Lévy » , afin de « protéger les intérêts de l’Eglise russe à l’étranger – éviter la fermeture de ses églises en Occident, l’expulsion de membres de son clergé en place en Europe, le gel de ses avoirs, etc. »

La cathédrale orthodoxe de la Sainte-Trinité, à Paris (photo de gauche), avec à sa tête Mgr Antoine Sevriouk (photo de droite)


Le joyau de l’Église orthodoxe russe à Paris, c’est la Cathédrale de la Sainte-Trinité, siège épiscopal du diocèse de Chersonèse, qui comprend la France et la Suisse, et centre de l'exarchat d'Europe occidentale du patriarcat de Moscou. Elle est située dans le 7e arrondissement de Paris, près du pont de l'Alma, au commencement du quai Branly.

Projetée en 2007 avec le soutien de Nicolas Sarkozy et de Vladimir Poutine, elle a été construite entre 2013 et 2016 par l'architecte Jean-Michel Wilmotte. Dédié à la Sainte-Trinité et aux « relations historiques, culturelles et spirituelles entre la France et la Russie », l’ouvrage (surnommé le « Kremlin-sur-Seine », « Saint-Vladimir » ou encore la "cathédrale Poutine") a été inauguré en le 15 octobre 2016, par l’ambassadeur de Russie en France, en présence du secrétaire d'État Jean-Marie Le Guen, de la maire de Paris Anne Hidalgo, de la maire du 7e arrondissement Rachida Dati, et d'autres personnalités politiques françaises comme Jean-Pierre Chevènement et le député Front national Gilbert Collard.


Depuis son siège de la Saine-Trinité, l’Église orthodoxe russe en France est commandée depuis le 7 juin par Mgr Antoine Sevriouk , 37 ans, qui a désormais hérité du titre de Antoine de Volokolamsk. Il n’est pas là tout à fait par hasard. Comme l’écrivait Benoît Faucher dans La Croix du 9 juin : « C’est un homme de toute confiance pour Kirill, qui en avait fait son secrétaire particulier. C’est encore Kirill qui l’a fait monter avec rapidité dans l’échelle des titres orthodoxes : moine, hiérodiacre, hiéromoine, archimandrite… » Son prédécesseur, poursuit La Croix, « ne semblait pas en parfait accord avec Kirill quant au positionnement de l’Église orthodoxe russe dans le conflit avec l’Ukraine. Mgr Antoine Sevriouk, lui, fera ce que Kirill lui dira de faire ».


Début avril, dans un post sur Facebook, je m’étais déjà étonné de la grande mansuétude dont bénéficie l’Église orthodoxe russe de Paris. Aujourd’hui, l’autodafé qui vient d’être commis à Marioupol, qui s’inscrit dans une logique génocidaire et de purification technique, n’imposerait-il pas au gouvernement français de faire preuve de fermeté vis-à-vis de propagandistes qui se dissimulent derrière la foi ? Dans son dernier discours, le 17 juin, devant des représentants du Département des relations ecclésiales extérieures, Mgr Antoine Sevriouk a reconnu des « circonstances difficiles ». Sans citer nommément l’Ukraine, il a ajouté : « La situation dans le domaine des relations inter-orthodoxes est particulièrement alarmante aujourd’hui. L’unité de l’Église est gravement menacée, ils essaient de nous imposer un nouvel ordre d’existence de l’Église, brisant l’ancien, selon lequel l’Église a vécu pendant des siècles, ils essaient d’imposer une ecclésiologie étrangère à l’orthodoxie ». Ben voyons. L’enfer, c’est toujours les autres.


Jean-Marc Adolphe


Note sur Pierre Movilă, dont l’église de Marioupol porte le nom

Pierre Movilă (1595-1646) (en roumain : Petru Movilă ; en ukrainien : Петро Могила : Petro Mohyla ; en polonais : Piotr Mohyła), fut le métropolite orthodoxe de Kiev et de Halych (Galicie) de 1633 à sa mort.

Il parlait roumain, latin, grec, slavon, ukrainien, polonais, russe, néerlandais et français. Il est particulièrement connu pour la réforme importante de l'éducation et de la liturgie dans l'Église orthodoxe. Après avoir quitté la Moldavie, Pierre a vécu et œuvré dans ce qui est aujourd'hui l'Ukraine. C'était à l'époque le royaume Polono-lituanien dit Rzeczpospolita. Il a fait des études dans plusieurs pays européens, à l'académie polonaise de Zamość, puis dans des universités hollandaises et enfin à Paris, à la Sorbonne.

En 1625, Pierre Movilă entre au monastère à Kiev. Il propose en 1629, au Synode de Kiev le Liturgiarion, descriptif de la liturgie orthodoxe, ouvrage loué par sa hiérarchie. En 1632, devenu métropolite de Kiev, il s'inspire des méthodes pédagogiques des Jésuites pour créer la première académie orthodoxe apte à former des élites cultivées capables de rivaliser avec les catholiques. Il est souvent perçu comme ayant beaucoup fait pour « occidentaliser » l'Église orthodoxe. Il joua également un rôle diplomatique important en tentant au maximum de concilier les revendications d'indépendance des Cosaques avec les exigences des rois de Pologne. On peut dire que Pierre Movilă fut l'une des personnalités qui contribuèrent le plus à la définition de la culture ruthène, ancêtre des nations ukrainienne et biélorusse. À ce titre, il est autant une personnalité historique ukrainienne, que roumaine et polonaise.

Il a donné son nom à l'Université nationale de Kiev-Mohyla-Académie, qu'il a fondée en 1632.

(Source : Wikipedia, extraits)


Vidéo sur l'église Saint-Pierre Movilă à Marioupol




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