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21 janvier. A en perdre la tête


Photo Oleg Petrasiuk / 24e brigade mécanisée ukrainienne via AP


« Le public voit bien que c’est truqué, non ? ». — « Justement : on lui apprend à trouver ça confortable ». Le dialogue post mortem entre Georges Méliès et George Orwell, tous deux décédés un 21 janvier, ne manque pas de sel. Et ça parle encore un peu d'aujourd'hui. Sainte Agnès fut canonisée pour avoir résisté à l'humiliation masculiniste, comme on dirait aujourd'hui. Elle est, entre autres, la patronne des victimes de violences sexuelles : plus de vingt siècles que ça dure... C'est à en perdre la tête, mais pas sur l'échafaud, comme Louis XVI le 21 janvier 1793 : on peut fêter ça avec la recette du jour, tête de veau à la façon Dumas. Sans oublier qu'en Ukraine, la guerre et le froid, ce n'est pas truqué. « Bonne soirée dans le monde encore en paix », nous dit depuis Kharkiv une photojournaliste qui doit d'abord penser à vivre et se réchauffer avant de pouvoir nous adresser ce qu'elle documente, par moins 15 degrés.



L'IMAGE DU JOUR


En tête de publication : Sur cette photo fournie par le service de presse de la 24e brigade mécanisée ukrainienne, des militaires tirent avec un obusier automoteur 2S1 Gvozdika en direction des positions russes près de la ville de Tchassiv Yar, dans la région de Donetsk, en Ukraine, dimanche 18 janvier 2026. (Photo Oleg Petrasiuk / 24e brigade mécanisée ukrainienne via AP).


L’arme du froid est devenue la stratégie. À Davos, les émissaires de Trump et Poutine bavardent de paix introuvable, tandis que missiles et drones éteignent le chauffage en Ukraine, transformant chaque degré en champ de bataille intérieur, chaque batterie rechargée en acte de résistance silencieuse.


L’arme du froid. Ce n’est plus la diplomatie mais l’obscénité. Hier encore, en marge du Forum de Davos, Donald Trump a demandé à ses missi dominici (son propre gendre, Jared Kushner, et le promoteur Steve Witkoff) de rencontrer l'émissaire russe, Kirill Dmitriev, pour d'énièmes "pourparlers" d'une paix introuvable, Poutine ne sortira pas du seul vocabulaire qu'il connaisse : celui des bombes.. Au demeurant, Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, n'a pas même cherché à faire croire au Père Noël en janvier : l’agenda de Dmitriev à Davos, a-t-il précisé, est centré sur les questions « commerciales, économiques et d’investissement ». Il se trouve que là, c'est un langage que Trump comprend très bien.


Les chars, eux, ne négocient rien sur la neige ukrainienne. Quatre ans après le 24 février 2022, la guerre s’est figée dans un hiver sans fin, et la température est devenue un champ de bataille à part entière. Dans la nuit du 19 au 20 janvier, plus de 300 drones et missiles balistiques ou de croisière se sont abattus sur le réseau électrique ukrainien, comme un essaim mécanique visant les centrales plutôt que les casernes. À Kyiv, plus de 5.600 immeubles d’habitation ont vu leur chauffage s’éteindre d’un coup, pour beaucoup à peine reconnectés après le pilonnage du 9 janvier. Dehors, le thermomètre plonge vers moins 20 degrés, dedans l’eau se fige dans les canalisations, les murs transpirent la glace, les corps comptent les heures.


À Odessa aussi, ville-port que l’on imagine d’ordinaire ouverte aux vents tièdes de la mer Noire, les missiles frappent les infrastructures, les bus, les parkings, laissant derrière eux des camions calcinés et des civils fauchés. La frappe de décembre a tué huit personnes, en a blessé vingt-sept autres, rappelant que le port, naguère horizon de départs, est devenu une cible comme une autre, un nœud énergétique à briser.


La logique poutinienne est nue : faire du froid une arme, de l’électricité un privilège, de l’eau courante une faveur. Priver de chauffage, c’est tenter de casser les nerfs plus sûrement que les lignes de front, espérer que la lassitude fissure ce que les obus n’ont pas entamé. Pendant que les diplomates énumèrent des points de plan de paix, les missiles écrivent en traînées de feu la seule phrase réellement assumée par Moscou : il n’y aura pas de trêve tant que le gel pourra encore mordre.


La photojournaliste Marylise Vigneau (ICI), arrivée en Ukraine le 20 décembre dernier, devait nous envoyer un journal photographique. Mais d'abord, il faut vivre, et arriver à recharger la batterie du téléphone, trouver une connexion internet, ça ne va pas de soi. Avant-hier, nous nous sommes brièvement parlé, via une messagerie cryptée. Elle était à Kharkiv. Par moins 15 degrés, il y avait dans sa voix de la fatigue, du froid, et aussi de la colère face à l'inertie des "puissances occidentales" : A la fin, elle a dit : « Bonne soirée dans le monde encore en paix ».


Les photographies de maintenant attendront donc encore un peu. Et dans cette attente, ci-dessous, un seul témoignage, d'un précédent "reportage" en Ukraine. / Jean-Marc Adolphe


Photo Marylise Vigneau, extraite de la série "Frontlines of Dignity" (ICI)
Photo Marylise Vigneau, extraite de la série "Frontlines of Dignity" (ICI)

ANNA ET NIKITA

Nikita envoyait chaque jour des messages à Anna depuis le front, en commençant toujours par « Bonjour, mon rayon de soleil ».Il a été tué par une mine alors qu’il se battait pour l’Ukraine.Ils s’étaient rencontrés à Kyiv en octobre 2024. Deux solitudes s’étaient trouvées, et le lien, la confiance, avaient été immédiats. Mais leur temps ensemble a malheureusement été brutalement écourté.

Nikita était un Biélorusse qui avait autrefois travaillé en Russie pour fuir un foyer difficile. Lorsque l’invasion à grande échelle a commencé, la guerre l’a profondément bouleversé. Elle l’a poussé à quitter la Russie, dans l’espoir de repartir à zéro en Biélorussie. Pourtant, la guerre en Ukraine le hantait, et il a créé une chaîne Telegram pour informer d’autres Biélorusses induits en erreur par la propagande. Bientôt, Nikita a trouvé un moyen de rejoindre un bataillon international et de venir en Ukraine. Se battre pour l’Ukraine, c’était aussi se battre pour la liberté de la Biélorussie.

Au début, il a combattu en première ligne près de Kharkiv avant de devenir opérateur de drones.Son père, farouchement pro‑russe, souhaitait sa mort et le traitait de traître.Le 30 novembre, Anna a reçu l’appel d’un des camarades de Nikita. Les mots étaient simples et dévastateurs : « Nikita 200 » — code militaire pour « tué au combat ».

Anna porte sa veste pare‑balles et sa chemise, en tenant un bouquet de roses qu’il lui avait offertes. Alors qu’elle serre ses gants contre elle, les larmes lui montent aux yeux. Sa voix se brise lorsqu’elle raconte comment elle visite sa tombe avec deux paires d’écouteurs, pour écouter la musique qu’ils aimaient autrefois ensemble. / Marylise Vigneau


ÉPHÉMÉRIDE


Ce 21 janvier a décidément quelque chose avec les têtes. Celles des rois, que l’on roule sur la sciure de l’Histoire avant de les accommoder façon Dumas, en tête de veau républicaine. Celles des révolutionnaires, momifiées sous verre place Rouge, brandies jadis comme étendards de l’avenir radieux et aujourd’hui reléguées au rayon des reliques gênantes. Celles, enfin, des saintes qu’une chevelure miraculeuse protège des mains sales du pouvoir et du désir. Trois têtes, trois cultes, un même vertige : ce que les sociétés font des corps qu’elles exécutent, célèbrent ou canonisent.


Décapitation de Louis XVI / Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie


Tête de roi / tête de veau (à la Dumas)


Le saviez-vous ? Le 21 janvier est une journée de fête pour les Clubs de la tête de veau. Ce mets que Jacques Chirac estimait « honorable » est en effet honoré chaque année en France à cette date, par des confréries de gourmands, en souvenir d’une toute autre tête, celle du roi Louis XVI, dégringolée depuis l’échafaud au beau milieu de la place de la Révolution – aujourd’hui place de la Concorde – le 21 janvier 1793, à 10h22, parmi les cris du peuple acclamant la république.


Au XIXe siècle, paraît-il, les révolutionnaires préparaient encore une tête de cochon pour célébrer la fin de la monarchie. Ce ne fut que plus tard que le cochon fut remplacé par le veau, sous l’influence de confrères révolutionnaires anglais. Ceux-ci mangeaient une tête de veau et s’abreuvaient de vin dans des crânes de veau pour célébrer la décapitation de Charles Ier et la chute des Stuarts – « ce qui prouve que la bêtise est féconde », comme le fera dire Flaubert à l’un de ses personnages de L’éducation sentimentale en 1869. Alexandre Dumas, dans son Grand dictionnaire de cuisine, en liste 9 recettes différentes, qui vont de la « tête de veau au naturel » à la « tête de veau farcie », celle-ci recommandée par un tel « Ch. Sanguin » – nomen omen – dans un manuscrit venant tout droit de la bibliothèque… du roi.


Recette du jour : Procurez-vous donc un monarque de bon poids, court de vues mais long de lignage, déjà bien saigné par les dettes, les défaites et les brochures assassines ; parez-le en lui ôtant titres, insignes et prérogatives et serrez-le bien fort entre les bancs d’une assemblée révolutionnaire, en le laissant mijoter le temps nécessaire à lui faire perdre le goût de droit divin pour acquérir celui, bien plus piquant, de « ci-devant ». Flambez les restes de sa majesté au fer rouge de l’idéal démocratique, en ayant soin qu’aucun cheveu ne subsiste sous la couronne déchue, et faites ensuite monter le tout sur un échafaud, accompagné le cas échéant d’un père confesseur. Arrosez d’un généreux roulement de tambours et d’un seul coup bien droit séparez la tête du reste de la pièce, possiblement sous les acclamations de la foule réunie pour la fin d’un régime. Servez très chaud sur la nappe de l’histoire : les commensaux ne sentiront pas le vague arôme de Terreur qu’il risque de prendre en refroidissant.


La dépouille de Lénine


« Lénine a vécu, Lénine vit, Lénine vivra » Sa dépouille, embaumée et placée sous verre, repose encore dans un mausolée sur la place Rouge, à Moscou, exposée pour le culte public que veulent bien lui dévouer encore les nostalgiques d’une Russie qui semble oubliée dans la nuit des temps, tant l’actuelle version d’elle-même est loin du projet qu’avait eu en tête son fondateur, ce lointain 30 décembre 1922, où vit le jour l’Union des républiques socialistes soviétiques. Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, mourait le 21 janvier 1924, à Gorki, des suites d’une série d’accidents cérébraux qui depuis un moment déjà l’avaient éloigné du pouvoir.


Un siècle après, la Russie de Poutine le boude, et pour cause, étant donné que Lénine fut l’inventeur des droits à l’autodétermination des républiques, dont notamment l’Ukraine. La présence même du mausolée est objet de controverse, avec des projets récurrents de transférer à Oulianovsk – la ville natale de Lénine – cette momie d’une Révolution restée quelque peu sur l’estomac de la nouvelle idéologie poutino-russe. Pourtant, la nouvelle de la mort de Lénine frappa le pays d’un deuil massif et inconsolable : les gens se déversèrent dans les rues, organisèrent des veillées funèbres insouciants du froid qui leur mordait les os et Moscou se trouva étouffée de chagrin, alors que les journaux sortaient listés de noir et des bannières honorant la mémoire du leader apparaissaient un peu partout. Vladimir Maïakovski écrivit un long poème épique débordant d’admiration et tristesse, dont ce seul vers « Lénine a vécu, Lénine vit, Lénine vivra » allait devenir le mot d’ordre d’un culte public, aussi enraciné qu’amnésique des crimes du régime, encore aujourd’hui scandé lors de manifestations commémoratives qui se font de plus en plus rares. Poutine n’a que faire de son encombrant prédécesseur. Il façonne des mémoires plus malléables pour transformer la "grandeur russe" en arme de destruction de masse.


La sainte ébouriffée


Le 21 janvier on honore aussi une tête tout à fait remarquable, sur laquelle une chevelure merveilleuse poussa d’un coup pour couvrir le corps imberbe d’une jeune fille, sur le point de se faire dénuder par des malintentionnés dans un lupanar de Rome, au tournant des IIIe et IVe siècles. Née aux alentours de l’année 290 à Rome, sainte Agnès, que le calendrier célèbre aujourd’hui, était issue d’une famille chrétienne aisée, à une époque où le christianisme était encore clandestin. Vouée à Dieu dès sa plus tendre enfance, la jeune fille, très belle, brise le cœur d’innombrables prétendants, en refusant systématiquement de se marier. Un jour, elle refuse la mauvaise main, celle que sortait de sa tunique le fils du préfet de Rome. Le garçon, offusqué, l’amour propre en pagaille, la dénonce comme chrétienne, et son préfet de père, n’ayant pu la convaincre à force de promesses et menaces, la condamne à être exposée comme Dieu l’a faite dans un bordel.


Le miracle : au fur et à mesure qu’on la dénude, ses cheveux poussent, de façon que personne ne pourra même pas entrevoir ne serait-ce qu’un centimètre de sa peau blanche. Les légendes veulent qu’un jeune homme hardi s’étant approché d’elle pour la toucher tomba raid mort rien qu’en effleurant sa chevelure miraculeuse. Faute de pouvoir la faire plier, on l’exécute.


Depuis, sainte Agnès est l’une des figures les plus vénérées à Rome, et chaque 21 janvier on apporte à la basilique qui porte son nom des agneaux pour qu’ils soient bénis, leur laine servant à tisser les pallia, étoles blanches que le pape impose aux archevêques. On la vénère comme patronne des jeunes filles, de la chasteté et, plus largement aujourd’hui, des victimes de violences sexuelles, en raison des humiliations qu’elle a subies et qu’elle a su retourner en témoignage de foi et de dignité. C’est en effet une figure inspirante, face aux statistiques glaçantes des violences faites aux femmes, y compris dans nos sociétés soi-disant inclusives et pour l’égalité des genres. Il y a encore – trop – de quoi prendre soin de sa chevelure… / Anna Never


L'INÉDIT DU JOUR : DIALOGUE ENTRE GEORGES MÉLIÈS ET GEORGE ORWELL


À gauche, George Orwell ; à droite, Georges Méliès


Tous deux sont morts un 21 janvier à trente‑deux ans d’écart, l’un avec des bobines de pellicule plein la tête, l’autre avec les mains sur sa machine à écrire. Georges Méliès (1938) et George Orwell (1950) n’ont jamais pu se rencontrer, mais ont accepté d’échanger post mortem pour les humanités sur leur art, notamment sur leur façon bien à eux de se payer la tête des puissants. Dialogue forcément inédit, en exclusivité.


George Orwell — « Monsieur Méliès, vous les décapitiez joliment, vos puissants : un peu de fumée, un coup de ciseaux dans la pellicule, et hop, la tête tombe. »

Georges Méliès — « Et vous, monsieur Orwell, vous les coupez où ? Dans la réalité ou dans la cervelle ? »

George Orwell — « Dans la cervelle. Chez moi, on ne se paye plus la tête des puissants, ce sont eux qui louent nos têtes à l’année. Ils n’ont même plus besoin de guillotine : un écran, un algorithme, et tout le monde pense pour eux. »

Georges Méliès — « Charmant. À mon époque, le bourgeois montait encore sur scène. Je le transformais en lune grimaçante, en sorcier ridicule. Il sortait du cinéma, il avait un doute sur sa dignité. C’était un début. »

George Orwell — « Les miens ont réglé le problème : ils se déguisent eux‑mêmes, en “serviteurs du peuple”, en “ministres de la Vérité”. Ils inventent le trucage permanent. Vous faisiez disparaître un chapeau ; eux, ils font disparaître la réalité. »

Georges Méliès — « Oui, mais le public voit bien que c’est truqué, non ? »

George Orwell — « Justement : on lui apprend à trouver ça confortable. Plus c’est absurde, plus ça rassure. Double pensée, appelons ça. »

Georges Méliès — « Alors il nous reste quoi, pour se payer leur tête ? »

George Orwell — « Vos films rayés et mes livres écornés. Une lune avec un obus dans l’œil et un visage écrasé par une botte. De quoi rappeler qu’un pouvoir qui n’a plus peur du ridicule est déjà en train de perdre la tête. »


(Tzotzil Trema, pour copie conforme).


George Orwell, journaliste et écrivain que son 1984 a rendu mémorable forgeron de consciences politiques, naît le 25 juin 1903 à Motihari, dans les Indes britanniques  et meurt de la tuberculose le 21 janvier 1950 à Londres. Il est le fils d’un fonctionnaire colonial, mais il se détourne très tôt de l’Empire : après quelques années dans la police impériale en Birmanie, expérience qui nourrit son dégoût de l’impérialisme, il décide de vivre de sa plume. Reporter, essayiste, combattant aux côtés des miliciens républicains en Espagne, il observe de près les totalitarismes et les hypocrisies de la gauche comme de la droite. Ses deux œuvres les plus célèbres, La Ferme des animaux (1945) et 1984 (1949), dénoncent les mécanismes de propagande, la manipulation du langage et la surveillance de masse ; elles feront de « Big Brother » et de la « novlangue » des images‑clefs pour penser les pouvoirs qui veulent entrer dans nos têtes.


Georges Méliès naît à Paris le 8 décembre 1861 et meurt le 21 janvier 1938 à l’hôpital Léopold‑Bellan, emporté par un cancer, avant d’être enterré au Père‑Lachaise. Prestidigitateur et directeur du théâtre Robert‑Houdin, il découvre le cinéma des frères Lumière en 1895 et comprend aussitôt que cette machine peut prolonger la magie : par surimpressions, arrêts de caméra et décors peints, il invente les premiers effets spéciaux. Auteur de centaines de films, il reste célèbre pour Le Voyage dans la Lune (1902), où un obus-vaisseau vient se ficher dans l’œil d’un astre grimacier, image devenue emblématique de l’irrévérence poétique du cinéma naissant. Ruiné et oublié un temps, il sera redécouvert après la Première Guerre mondiale et salué comme « créateur du spectacle cinématographique », formule qui figure encore aujourd’hui sur sa tombe.


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