27 décembre, jour de l'humus. Politique et sexualité chez Donald Trump, Michel Piccoli avant Michel Piccoli, etc
- Jean-Marc Adolphe

- 27 déc. 2025
- 13 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 déc. 2025

Normalement, l'humus (dont c'est le jour) recycle la pourriture. Nous sommes donc allés consulter un éminent sexologue qui, bien que mort il y a 24 ans, a bien voulu nous livrer son diagnostic sur Donald Trump, le sexe et la politique. Son analyse est fort éclairante : « La société qui l’a porté au pouvoir forme avec lui un couple pathologique, soudé par la colère, le ressentiment et le fantasme de revanche ». En d'autres termes, on n'est pas sortis de l'auberge, même si on ne roule pas en Coccinelle nazie et qu'on n'a pas prêté allégeance au FMI. Heureusement il reste des voix, même éteintes, qui n'en finissent pas de nous lever, comme celles, aujourd'hui, de Marlene Dietrich ou d'Hervé Guibert, et tout particulièrement, de Michel Piccoli, qui aurait eu 100 ans ce 27 décembre 2025
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L'IMAGE DU JOUR
En tête de publication. Seuls certains esprits tordus pourraient imaginer que la photo du jour, en tête de publication, est peut-être issue des "Epstein files". La jeune fille nubile (comme en raffolait Donald Trump) ici photographiée s'appelle Amarayllis, elle a éclos pendant la nuit de Noël dans un appartement bruxellois.
L’amaryllis appartient à la famille des Amaryllidacées, cousine du lys et de la jonquille. C’est une fleur spectaculaire, souvent rouge, blanche ou rose, dont la hampe haute porte de grandes corolles en trompette. Originaire d’Afrique australe, elle symbolise dans le langage des fleurs la fierté, la beauté éclatante et la persévérance — car elle refleurit même après de longues périodes de repos. Son nom vient du grec ancien Amaryllis, nom de bergère chez Théocrite et Virgile. Dans la poésie pastorale, Amaryllis incarne l’amour pur, lumineux, un peu inaccessible — la beauté qu’on ne peut posséder sans la blesser. C’est aussi un prénom mythique, souvent porté dans la littérature baroque et romantique pour évoquer l’élégance ou la résistance du féminin. En somme, l’amaryllis, c’est à la fois la fleur orgueilleuse et l’image du désir idéal : fragile et tenace, terrestre et solaire.
Ces deux photographies ont été publiées sur sa page Facebook par Isabelle Françaix, écrivaine, journaliste et critique culturelle, aujourd'hui photographe et vidéaste (son site internet : http://www.isabellefrancaix.com). Elle vient de publier Animal, une série de portraits noir et blanc sur fond noir, où chaque personne, enfant ou adulte, a accepté de vivre une expérience intime devant l’objectif sur des musiques de son choix : « Dans cet espace-temps poétique entre photographe et photographié·e, le corps se déraidit et les masques tombent. Un autre visage se révèle, instinctif et sauvage. Le regard nous relie, révélant notre étrangeté. Peut-on trouver en soi la curiosité sautillante du corbeau, la lenteur patiente de l’ours ou la légèreté de l’oiseau ? Chevillé à nos gestes et réveillant nos instincts les plus archaïques, quelque chose palpite au rythme des souffles et des sons. Animal ou anima, nous sommes des êtres titubant aux frontières de la nature et de la culture. Anima ou animal, qu’est-ce qui nous anime ? » (ICI).
LA CITATION DU JOUR

Il est mort à 36 ans, le 27 décembre 1991. Écrivain, photographe et critique, Hervé Guibert demeure l’une des figures les plus vives de la littérature française contemporaine. Révélé dès les années 1980 au Monde et à Minuit, il impose une écriture à la fois crue et bouleversante, mêlant l’intime et la mise en scène de soi. Son œuvre, traversée par la maladie, le corps et l’image, repense la frontière entre la vie et la fiction.
Ami de Roland Barthes et de Michel Foucault, Hervé Guibert explore la photographie comme prolongement du regard autobiographique — une quête de vérité autant qu’un art de la disparition. Ses livres À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie ou Le Protocole compassionnel disent avec une lucidité sidérante l’expérience du sida et la mort en sursis. Il laisse une œuvre brève mais incandescente, où chaque phrase cherche à sauver quelque chose du corps aimé, de la lumière, du réel même.
ÉPHÉMÉRIDE. LE JOUR DE L'HUMUS
C’était le jour de l’humus (1). Jour de terre, de retour au mélange des corps et de la matière, septième de nivôse dans le calendrier révolutionnaire. On y célèbre le sol, ce qui se décompose pour nourrir encore. Ce matin-là, la terre de Liévin se souvient du souffle opaque du grisou — quarante-deux mineurs engloutis dans les galeries, les visages noircis des survivants (2). La houille avait fini par se taire, refermant son ventre sur les hommes. L’humus, encore.
Au loin, le même jour, en 1979, d’autres entraient à Kaboul : les chars de l’Armée rouge, l’hiver soviétique s’enfonçant dans le sable afghan (3). Dix ans plus tard, l’empire aura rendu ses armes dans la poussière. La terre, encore elle, a toujours le dernier mot. Comme en Algérie, en 1991, quand la promesse d’un vote s’enlisa dans la peur et les massacres (4) : d’autres entrailles s’ouvraient, d’autres semences d’ombre.
Mais l’humus, c’est aussi la mémoire féconde. Il y a 440 ans, le 27 décembre 1585, Pierre de Ronsard refermait son œil de poète sur un siècle bouleversé ; « Prince des fleurs et des vers », il laissait à la langue un parfum de rosée. Deux siècles plus tard, en Écosse, le philosophe Henry Home (5) rêvait d’harmonie morale, tandis qu’en Russie, Ossip Mandelstam, déjà, écrivait contre la nuit totalitaire – jusqu’à l’exil, jusqu’à la mort dans un camp, le 27 décembre 1938 (6). Ce même humus de l’histoire où s’enterrent les voix insoumises.
Entre ces éclats d’époques, un souffle de cinéma s’élève : Marlène Dietrich naît le 27 décembre 1901, lumière d’acier et de soie, icône androgyne défiant les nationalismes, comme si la chair pouvait refuser les drapeaux. Léon Gaumont, lui, fait chanter les images (7).
Et plus ancien encore, en 1512, les Lois de Burgos prétendaient protéger ceux qu’elles condamnaient à l’encomienda (8). L’humain en cages, sous le soleil du Nouveau Monde. L’humus, ici, n’était pas la terre, mais les corps livrés à l’empire.
Ainsi va le 27 décembre : jour des morts et des commencements. Les poètes rejoignent les mineurs, les armées rejoignent la glaise. Tout finit en terre – et tout renaît d’elle. Peut-être que l’histoire entière n’est qu’un grand compost, où dorment les fragments de Ronsard, les cendres de Mandelstam, la poussière d’un mineur de Lens, et les talons vernis de Marlène Dietrich sur le sol d’un tournage – éclats minéraux d’un humus commun.
(1). Le 27 décembre était généralement le 7e jour du mois de nivôse dans le calendrier républicain, officiellement dénommé jour de l'humus. (2). 27 décembre 1974 : dans la veine de charbon 6 sillons de la fosse 3 dite "Saint-Amé", à Liévin (Pas-de-Calais), un coup de grisou tue 42 victimes, et marque la fermeture du site. (3). 27 décembre 1979 : les troupes de l'Union soviétique envahissent l'Afghanistan. Le président Hafizullah Amin est assassiné, et remplacé par Babrak Karmal. Cette guerre va s'enliser 10 ans, et sera l'une des causes de la chute de l'URSS. (4). 27 décembre 1991 : le Front islamique du salut sort vainqueur des législatives en Algérie ; le régime militaire va invalider les résultats, ouvrant la voie à une "décennie noire" de massacres de toutes parts. (5). Philosophe écossais, né le 27 décembre 1782. Figure majeure du siècle écossais des Lumières. Philosophe, juriste et esthéticien, il incarne ce moment où la réflexion morale, politique et artistique cherche à concilier raison et sensibilité. Son ouvrage le plus influent, Elements of Criticism (1762), tente de fonder une véritable science du goût : comprendre comment les émotions esthétiques naissent de la structure de l’esprit humain. (6). En 1933, Ossip Mandelstam compose un poème satirique sur Staline — un texte transmis oralement, qu’il sait mortel : “nous vivons sans sentir le pays sous nos pieds…”. Dénoncé, arrêté en 1934, il connaît l’assignation, l’exil, puis une seconde arrestation en 1938. Il meurt cet hiver-là dans un camp de transit près de Vladivostok, brisé physiquement, affamé, anonyme parmi des milliers d’autres. Sa femme, Nadejda Mandelstam, sauvera ses poèmes en les apprenant par cœur et en les reconstituant après sa mort — un acte de résistance littéraire sans équivalent. (7). Le 27 décembre 1910, Léon Gaumont — pionnier du cinéma français — présente au public son Chronophone, système révolutionnaire de synchronisation du son et de l’image. Ce dispositif, souvent appelé de manière simplifiée “gramophone” dans la presse de l’époque, chercha à marier le phonographe et le projecteur : une prouesse technique avant l’heure du parlant. Grâce au Chronophone, des opéras miniatures, des chansons et saynètes filmées pouvaient être projetés tandis qu’un disque en reproduisait fidèlement les voix. La synchronisation restait fragile, mais la promesse bouleversait le rapport au cinéma : on pouvait désormais entendre ce qu’on voyait. Cette invention, perfectionnée par son ingénieure Alice Guy — première réalisatrice de fiction — préfigura les grandes avancées du son au cinéma. (8). 27 décembre 1512 : les lois de Burgos pour la protection des Amérindiens instaurent l’encomienda, attribution de contingent de main-d’œuvre indigène aux colons du Nouveau Monde en échange d’une éducation chrétienne.
Une coccinelle née du nazisme
Tout le monde connait la célèbre sentence d'Adorno selon laquelle il serait devenu impossible d'écrire de la poésie après Auschwitz. Enfin, c'est ce que se sont employés à colporter les fossoyeurs de poésie. Car Adorno n'a d'ailleurs jamais dit ça. Dans Critique de la culture et société (Kulturkritik und Gesellschaft, 1949), où il réfléchit à l’impossibilité morale de poursuivre la culture comme avant, après les camps d’extermination, il écrit « Nach Auschwitz ein Gedicht zu schreiben, ist barbarisch », ce qu'on peut traduire en français par « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Cela ne signifie pas que la poésie doive cesser, mais qu’elle ne peut plus s’écrire comme si Auschwitz n’avait pas eu lieu. Adorno voulait pointer l’effondrement de l’humanisme occidental : si la civilisation a pu engendrer Auschwitz, alors toute forme d’art doit désormais porter cette blessure. Il nuancera d’ailleurs plus tard cette position — notamment dans ses Notes sur la littérature — en reconnaissant que la souffrance exige d’être exprimée, même si cela contredit le silence qu’imposerait l’horreur. L’art, dès lors, devient un devoir de mémoire autant qu’un champ de tension éthique.
Mais en même temps, comme dirait Emmanuel M., personne ne s'est demandé si l'industrie allemande qui s'était compromise avec le nazisme pouvait continuer à faire du business...
Il y a 80 ans, le 27 décembre 1945, la toute première Coccinelle Volkswagen sort de son usine allemande, après sept ans de retard à cause de la Seconde Guerre mondiale. Or, l’histoire de Volkswagen est intimement liée au nazisme — sa naissance même en découle. Le projet naît au début des années 1930, lorsque Ferdinand Porsche conçoit pour Adolf Hitler une “voiture du peuple” (Volkswagen), accessible, simple et robuste. En 1937, le régime fonde la société d’État Gesellschaft zur Vorbereitung des Deutschen Volkswagens mbH, financée et contrôlée par le Front allemand du travail, une organisation directement issue du parti nazi. L’usine est construite à Fallersleben (actuelle Wolfsburg), pensée comme vitrine de la modernité allemande et symbole de la “communauté nationale” unifiée par la mécanique et la consommation. Mais dès 1939, avec le déclenchement de la guerre, la production civile s’efface : les chaînes de montage fabriquent des véhicules militaires (Kubelwagen, Schwimmwagen) pour la Wehrmacht. L’usine fait alors largement appel à des travailleurs forcés, prisonniers de guerre et déportés, venant d’Europe de l’Est, de France et des Pays-Bas. On estime qu’environ 15.000 personnes y furent exploitées dans des conditions effroyables.
La voiture du peuple, promise aux familles allemandes, ne sera jamais livrée avant 1945. Ce n’est qu’après la capitulation, sous supervision britannique, qu’elle renaît — débarrassée de son origine idéologique — pour devenir la célèbre Coccinelle, symbole paradoxal d’optimisme et de reconstruction.
80 ans d'orthodoxie libérale

En même temps que la Coccinelle sortait des chaines de Volkswagen, le 27 décembre 1945, en plein lendemain de guerre, naît le Fonds monétaire international. Héritier des accords de Bretton Woods, il incarne la volonté des puissances victorieuses — États-Unis et alliés — de stabiliser les monnaies, relancer le commerce et éviter le chaos économique des années 1930. La promesse : reconstruire le monde sur l’ordre et la coopération. Mais derrière la façade du multilatéralisme, un déséquilibre s’installe : la domination du dollar et la prééminence de Washington dans les décisions du Fonds. Créé pour garantir la stabilité, le FMI devient lentement le gardien de l’orthodoxie libérale, imposant ses thérapies économiques aux pays endettés du Sud, puis de l’Est.
Des décennies plus tard, de l’Amérique latine à l’Afrique, les plans d’ajustement structurel suscitent des contestations virulentes : privatisations, coupes budgétaires, hausse des inégalités. Pour ses critiques, le Fonds a transformé la dette en instrument de tutelle ; pour ses défenseurs, il reste un filet de sécurité mondial. Soixante‑dix ans après sa création, son paradoxe demeure : sauver les États en les contraignant — réparer le monde en le soumettant à la règle des chiffres.
L'INEDIT DU JOUR. TRUMP, SEXE ET POLITIQUE

Il y a 110 ans, le 27 décembre 1915, naissait William Howell Masters. Ce médecin américain, spécialiste de gynécologie-obstétrique, actif notamment à Saint-Louis (Missouri), a fondé avec Virginia E. Johnson une équipe de recherche sur la sexualité humaine qui allait devenir l’un des pôles majeurs de la sexologie moderne. À partir de 1957, Masters et Johnson mènent des études cliniques et de laboratoire sur la physiologie de la réponse sexuelle humaine (environ 700 participant·es, des milliers de « cycles » observés). Leurs travaux décrivent le cycle en quatre phases (excitation, plateau, orgasme, résolution) et contribuent à faire reconnaître la sexologie comme champ scientifique et clinique à part entière. Ils publient notamment Human Sexual Response (1966) et Human Sexual Inadequacy (1970), devenus des classiques, largement diffusés et traduits.
William Masters est mort le 16 février 2001 à Tucson (Arizona), à l’âge de 85 ans. Nous avons demandé à cet éminent spécialiste de la chose de bien vouloir revenir d'entre les morts, le temps de commenter et analyser, pour les humanités, le rapport entre Donald Trump, sexe et politique...
« 27 décembre. En ce début de XXIᵉ siècle, si l’on me demandait de poser un diagnostic non sur un patient, mais sur un président – Donald Trump, actuel chef de l’État américain – je parlerais moins de politique que de scénarios de désir. Mon métier m’a appris que bien des troubles naissent d’une confusion obstinée entre puissance et relation : l’exhibition de soi tient lieu de lien, la domination remplace l’intimité.
L’homme qui occupe la Maison-Blanche incarne une virilité anxieuse, prisonnière de la performance. Tout, chez lui, fonctionne comme une scène sexuelle ratée : besoin de se montrer, de « gagner » chaque interaction, intolérance à la frustration, recours systématique à l’humiliation de l’autre pour soutenir l’excitation. Ce n’est pas la posture d’un amant sûr de lui, mais celle d’un sujet en perpétuelle anxiété de performance, dépendant de l’applaudissement comme certains dépendent de la réponse de leur partenaire pour se sentir exister.
J’ai décrit autrefois ce que nous appelions le spectatoring : se regarder agir au lieu de vivre ce qui se passe. Trump me semble en être l’illustration politique : il se contemple dans le miroir des foules et des écrans, ajustant son rôle pour provoquer le maximum de réaction. Dans une telle configuration, il n’y a plus de véritable rencontre : seulement un acteur et son public, une excitation sans intimité.
La société qui l’a porté au pouvoir forme avec lui un couple pathologique, soudé par la colère, le ressentiment et le fantasme de revanche. Beaucoup de mes patients arrivaient avec des scripts rigides, appris très tôt ; les scripts politiques ne sont pas différents. Ici, le script dit : « dominer ou être écrasé », « jouir ou disparaître ». La démocratie devient alors un corps à posséder, non une partenaire à écouter.
Si je devais écrire une ordonnance, elle ne concernerait pas un individu, mais cette union tout entière. Il faudrait inventer d’autres récits de puissance, où la force se mesure à la capacité de supporter la différence, négocier le désaccord, partager le plaisir de construire ensemble. C’est vrai au lit comme dans les urnes : aucune relation ne survit longtemps quand l’un des partenaires confond son orgasme avec l’ordre naturel du monde. »
William Master, 27 décembre 2025
(pour copie conforme, Tzotzil Trema pour les humanités)
Pour aller plus loin, quelques références bibliographiques (inédites en français) : Michael D’Antonio, The Truth About Trump (Thomas Dunne Books, 2016) : portrait complet fondé sur des entretiens, analysant le narcissisme, la virilité et l’obsession de puissance sexuelle dans sa trajectoire ; Jane Mayer, “Donald Trump’s Ghostwriter Tells All”, The New Yorker (2016) : explore comment The Art of the Deal a construit le mythe d’une masculinité conquérante et politique du désir ; The New York Times – “The Assault Allegations Against Donald Trump” (2019) : dossier récapitulatif des accusations d’agressions sexuelles et de comportement coercitif, replacées dans le contexte de son rapport au pouvoir ; Laura Tingle, “Trump’s Masculinity and the Politics of Outrage”, Political Psychology (2018) : analyse la sexualisation du discours politique et sa fonction de domination symbolique ; Lisa Wade, “Gender, Populism, and the Performance of Virility in the Trump Era”, in Signs: Journal of Women in Culture and Society (2020) ; Rhodri Jeffreys-Jones, Sexual Politics in the Age of Trump (Edinburgh University Press, 2021) : étude sur la sexualisation du pouvoir et la culture d’impunité masculine dans le populisme américain et Showtime, The Comey Rule (2020) : fiction politique qui éclaire la manière dont le scandale sexuel sert de théâtre de pouvoir et de loyauté.
LA VOIX DU JOUR. MICHEL PICCOLI
Fils d’un violoniste italien et d’une pianiste française, il a décidé de rejoindre les étoiles qu'il tutoyait déjà, le 12 mai 2020, à 94 ans. S'il n'avait pris cette funeste décision, Michel Piccoli, né à Paris le 17 décembre 1925, aurait pu souffler aujourd'hui ses 100 bougies.
On les soufflera donc à sa place, avec sa voix. Il y avait l'embarras du choix : avec Romy Schneider dans "La chanson d'Hélène" in Les choses de la vie (film de Claude Sautet, 1970), lisant la poésie de Baudelaire (ICI), les essais de Montaigne (ICI), ou... un poème de Victor Hugo dédié à Louise Michel (ICI). On a finalement choisi de faire entendre Michel Piccoli d'avant Michel Piccoli. Son premier rôle au cinéma, à 24 ans, dans Le Point du jour (film de Louis Daquin, 1949). Si sa voix n'est pas encore entièrement calée, elle possède déjà cette qualité singulière qui fera sa marque : un grain chaud, assourdi, avec une retenue presque timide. Le ton est naturel, ancré dans le quotidien, à mille lieues du jeu emphatique alors courant dans le cinéma français d’après‑guerre. Sa diction légèrement traînante, relâchée, trahit une jeunesse populaire et mélancolique ; elle reflète une époque où le réalisme social s’invite à l’écran, empreinte de régionalisme et de conscience ouvrière (Louis Daquin vient du cinéma engagé du Front populaire). On y entend une voix encore gauche, mais profondément humaine, marquée par un accent neutre, sans affectation théâtrale — celle d’un homme ordinaire. Ce timbre, à la fois clair et voilé, porte déjà ce mélange de tendresse et de résistance intérieure qui deviendra, chez Piccoli, une sorte de signature : une parole contenue, presque rugueuse, toujours traversée par la gravité des pensées.





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