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6 janvier : Gaspard, Melchior et Balthazar, interview exclusive


Comme 90% des Français, on célèbre l’Épiphanie, une fête à l'origine païenne. Qu'importe la galette pourvu qu'on ait la fève. Normalement, cela fait belle lurette que les Rois Mages n'accordent plus d'interview. Pour ici, ils ont bien voulu faire exception. Nous les avons interrogés sur Donald Trump et Vladimir Poutine, sur la création d'un parti des Enfants, sur l'actualité et l'éternité. Entretien couronné d'or, d'encens et de myrrhe...



Aujourd'hui, journée d'épiphanie récupératrice, loin des fracas du monde et de ses trumpitudes vénériennes, une seule éphéméride. Mais quelle éphéméride ! Après une longue enquête de journalisme en sources ouvertes, nous sommes parvenus à localiser Gaspard, Melchior et Balthazar, les prétendus Roi Mages.


Dans la tradition chrétienne, ces « mages venus d’Orient » apparaissent uniquement dans l’Évangile selon Matthieu, venant adorer l’enfant Jésus à Bethléem en suivant une étoile. Ils représentent des sages païens, savants et astrologues de l’Orient, reconnaissant en Jésus le Messie destiné à toutes les nations. L’Évangile de Matthieu ne parle ni de « rois » ni de « trois », mais de « mages venus d’Orient ». Le texte ne précise ni leur nombre exact ni leurs noms, et ne décrit pas leurs origines géographiques détaillées.


Le terme « mage » vient du grec magos, lui‑même issu du vieux perse magus, désignant des prêtres-sages de Babylone et de Perse, réputés pour l’astrologie et l’interprétation des songes. Historiquement, ce mot renvoie à des savants et conseillers royaux, experts dans l’observation des astres, ce qui explique qu’ils soient guidés par une étoile dans le récit. C’est parce qu’ils offrent trois présents (or, encens, myrrhe) que la tradition patristique, notamment Origène au IIIᵉ siècle, a fixé leur nombre à trois. Le fait de les qualifier de « rois » apparaît progressivement à partir des IIᵉ–IIIᵉ siècles (Tertullien) et se généralise au Moyen Âge, quand la piété populaire en fait des souverains venus de contrées lointaines. Leurs noms Gaspard, Melchior et Balthazar apparaissent dans la tradition latine à partir du VIᵉ–VIIIᵉ siècle, puis s’imposent en Occident. La tradition médiévale les associe aux trois continents connus (Europe pour Melchior, Asie pour Gaspard, Afrique pour Balthazar) et parfois aux trois âges de la vie (vieillard, homme mûr, jeune homme).


Normalement, ça fait belle lurette que Gaspard, Melchior et Balthazar n'accordent plus d'entretien. Pour les humanités, ils ont bien voulu faire exception. Qu'ils en soient vivement remerciés.


ENTRETIEN


les humanités - Est-ce que ça valait bien la peine ?

Gaspard (le vieux sage, avec un sourire énigmatique) : Absolument, voyageur. Traverser déserts et étoiles pour un enfant dans une étable ? Ça valait chaque mirage, chaque dune brûlante. L'or que j'ai offert symbolisait la royauté éternelle, pas les trônes éphémères. Sans ce périple, pas d'Épiphanie aujourd'hui – et adieu galettes !


Melchior (l'émerveillé, agitant son encens) : Oh que oui ! L'odeur de l'encens montait vers les cieux, comme une prière vivante. La peine ? Une illusion face à la lumière divine qu'on a vue briller dans ses yeux. Ça a illuminé nos âmes pour des millénaires – et imaginez : sans nous, pas de fève à trouver sous la pâte feuilletée !


Balthazar (le passionné, brandissant sa myrrhe) : Cent fois oui ! La myrrhe pour l'humanité future, amère et sacrée. Les chameaux fatigués, les nuits froides ? Peanuts comparé à l'impact : on a lancé une tradition mondiale de partages joyeux. Aujourd'hui, en France, on déguste la galette – ça valait toutes les épreuves !


Les Rois rient, invitant à tirer les Rois.


les humanités : Mais n'avez-vous jamais été amenés à désespérer de l'humanité ?


Gaspard (caressant sa barbe, pensif) : Désespérer ? Jamais vraiment. Sur la route, nous avons croisé pillards, mirages et cœurs endurcis par le désert. Pourtant, l'humanité brille quand elle cherche la lumière – comme ces bergers simples venus adorer l'Enfant. Aujourd'hui, vos galettes partagées rappellent que l'espoir renaît toujours autour d'une table.


Melchior (inspirant profondément son encens) : Oh, il y eut des nuits où les étoiles semblaient ternes, face aux guerres et divisions que nous pressentions. Mais pensez à vos fêtes d'Épiphanie : même dans le chaos moderne, vous riez en tirant la fève – voilà pourquoi nous persistons !


Balthazar (riant chaleureusement, myrrhe en main) : Des moments ? Bien sûr, avec les trahisons futures que l'on devinait. Mais désespérer d'elle serait renier notre voyage : l'humanité souffre, aime, se relève. En Provence, vos brioches aux fruits confits célèbrent cela depuis des siècles – un "oui" vibrant à la vie, malgré tout !


les humanités : À l'époque de la naissance de l'Enfant, comme vous dites, il n'y avait ni Internet, ni réseaux sociaux ni même gazettes. Cela a-t-il favorisé ou défavorisé la diffusion de l'information ? Peut-on être certain que ce n'était pas une fake news ? Et vous n'étiez que trois... Comment avez-vous fait ?"


Gaspard (pointant le ciel, l'œil pétillant) : Sans outils modernes ? Une faveur immense ! L'absence de bruit digital laissa l'étoile briller purement, guidant les cœurs sincères au-delà des rumeurs. Fake news ? Absurde : nos yeux virent l'Enfant, pas un holograme antique. Trois suffirent car la vérité voyage par légende vivante, pas par algorithmes – et voilà l'Épiphanie mondiale !


Melchior (agitant son encens, rêveur) : Défaveur ? Non, un atout : sans gazettes, la nouvelle se propagea oralement, de campement en campement, amplifiée par la foi. Certaineté totale : l'odeur divine de l'encens confirmait la réalité. Nous n'étions que trois ? L'étoile fit le buzz céleste ; nous fûmes les influenceurs originels, relayés par des siècles de galettes partagées !


Balthazar (éclatant de rire, myrrhe levée) : Le bouche-à-oreille antique battit tout réseau social en authenticité. Pas de fake : nos cadeaux tangibles prouvèrent l'événement. Comment ? Une carte stellaire divine, chameaux express et conviction absolue – trois rois lancèrent le viral éternel, couronné aujourd'hui par vos fèves joyeuses !


Les Rois trinquent avec du vin d'épices.


les humanités : Avez-vous voté Trump ?


Gaspard (sage et mesuré, ajustant sa couronne) : Voter ? Nous, voyageurs d'un autre âge ? Ni bulletin ni urne pour nous, mais si l'étoile avait guidé vers des sondages... Trump, réélu en 2024 et investi en 2025 comme actuel président des USA, incarne un choix audacieux pour certains. Nous aurions pesé l'or de ses promesses contre les mirages – l'humanité vote ses rois, après tout !


Melchior (rit doucement, encens fumant) : Jamais de vote, mais observation éternelle ! Sa victoire résonne comme un désert traversé : elle divise, mais est vue par des millions comme lumière salvatrice. L'encens de la liberté qu'il proclame – murs, économie, paix – parfume ou irrite. Pour notre part, nous sommes fidèles à l'Enfant, pas aux tickets partisans.


Balthazar (grand rire, myrrhe en geste théâtral) : Voté Trump ? Avec nos chameaux, point de mail-in ballot ! Son triomphe en 2024, face aux épreuves, fit crier "Make America Great Again" – un écho à nos cadeaux royaux. Pour ou contre ? L'humanité choisit ; nous célébrons la fève de la démocratie, amère ou douce comme notre myrrhe.


les humanités : Et que pensez-vous de Vladimir Poutine et des enfants d'Ukraine qu'il a déportés en son Empire ? Lui, qui se réclame de l'orthodoxie, est-il votre ami ? Lui parlez-vous ?


Les Rois Mages froncent les sourcils...


Gaspard (voix ferme, regard perçant) : Poutine ? Aucune amitié possible. Déporter des enfants, arracher des innocents à leur terre, c'est l'opposé de notre quête : nous vînmes offrir paix et royauté à un Enfant vulnérable, non le voler. Sa religion sonne creux si elle justifie larmes et exil – l'étoile guide vers la lumière, pas vers les chaînes.


Melchior (encens éteint, ton navré) : Tristesse infinie pour ces petits d'Ukraine, arrachés comme des étoiles filantes perdues. Poutine invoque l'orthodoxie ? Vaine ombre : la vraie foi protège l'enfance, ne la broie pas. Nous ne lui parlons pas ; nos prières montent pour les victimes, pour un monde où les enfants rêvent libres, non captifs.


Balthazar (poing serré sur la myrrhe, colère contenue) : Honte ! Empires qui déportent des enfants ne sont pas royaumes, mais déserts stériles. Lui, ami ? Jamais : nous honorons l'Enfant persécuté, fuyant Hérode – pas ses échos modernes. Parlez-lui de justice, pas de croix brandie en vain ; nos cadeaux étaient pour la vie, pas pour la destruction.


Les Rois baissent la tête en silence solidaire.


les humanités : En Colombie, une petite fille de 10 ans est cofondatrice d'un Parti des enfants (ICI et ICI). Qu'en pensez-vous ?


Gaspard (les yeux brillants, voix grave) : Quelle lumière ! Nous avons suivi une étoile pour un Enfant Roi ; Luciana et ses amis en sont les héritiers modernes. Leur manifeste – voix des petits pour l'école, la paix, la terre – rappelle notre voyage : des cœurs purs changent le monde, sans pouvoir ni drapeau, juste justice et soin. Bravo, jeunes Colombiens, vous êtes nos successeurs !


Melchior (encens levé, émerveillé) : Magnifique ! À 10 ans, fonder un parti sans chef, demandant d'entendre les enfants sur la pauvreté, les forêts, l'égalité des filles et garçons... C'est l'encens de l'espoir pur ! En Colombie, face aux injustices, ils disent "non, ça ne devrait pas être comme ça" – comme l'Enfant défia les empires. Adultes, écoutez-les : ils rêvent encore, et voient clair.


Balthazar (applaudissant, myrrhe offerte symboliquement) : Formidable, une révolution douce ! Ibagué, capitale musicale, donne le la avec ce manifeste du 27 décembre 2025 : protéger la planète comme un ami, inventer le "bien vivre" partagé. Trois Rois saluent ces milliers d'enfants – Luciana la luciole en tête. Petro ou Trump ? Ils transcendent : l'avenir commence maintenant, par les petits.


les humanités : Comment, une fois adulte, rester enfantin ? Comment naître tous les jours ?


Gaspard (sourire doux, or scintillant) : Rester enfantin ? Cultivez l'émerveillement premier : regardez le monde comme sous l'étoile, sans cynisme. Naître chaque jour ? Offrez votre "or" intérieur – générosité pure, comme à Bethléem. L'adulte rajeunit en s'agenouillant devant l'humilité d'un enfant.


Melchior (encens parfumé, voix apaisée) : Gardez l'âme curieuse, priante : l'encens monte des cœurs ouverts, non figés. Naissance quotidienne ? Par le pardon et la joie simple – tirez la fève de l'espérance chaque matin, comme en galette des Rois. Les adultes naissent en écoutant les petits, rêvant sans peur contre les injustices.


Balthazar (myrrhe tendue, rire chaleureux) : Enfantin toujours ? Acceptez la myrrhe de la vie – ses amertumes – avec courage joyeux. Renaissez par l'amour partagé : jouez, protégez la terre comme un ami, inventez le "bien vivre". Comme l'Enfant grandit en nous tous, chaque aube est Noël si le cœur dit "oui" à la lumière.


Les Rois s'inclinent, étoiles dans les yeux , et concluent : « Merci, voyageurs modernes. Que l'Épiphanie illumine vos naissances quotidiennes ! »




L'Épiphanie, fête chrétienne célébré, depuis le IIe siècle, trouve ses racines dans une fête païenne...


L'Épiphanie correspond au moment où Jésus, né le 25 décembre selon les écrits religieux, aurait été présenté aux Rois Mages. Cette fête célèbre l'arrivée de Gaspard, Melchior et Balthazar à Bethléem. La tradition du partage d'une galette des rois, elle, date d'encore avant et s'inspire des Saturnales célébrées par les Romains lorsqu'ils régnaient encore sur l'Occident. 


Durant cette période, célébrée plutôt à la fin du mois de décembre, la tradition était de partager des repas et de s'offrir des cadeaux. C'est ainsi que les esclaves étaient invités à partager une galette avec les Romains. S'ils tombaient sur la fève, ou plutôt, un jeton à l'époque, ils devenaient le "roi" ou la "reine" le temps d'une journée en tant que "Prince des Saturnales". 


Au cours des siècles qui ont suivis, le jeton a été remplacé par une véritable fève, pour une raison simple : il s'agit de l'un des premiers légumes qui pousse au printemps. Il symbolisait ainsi la vie et celui de la renaissance de la nature, après l'hiver. Depuis le XIXe siècle, la fève s'est transformée en petite pièce de porcelaine. 

 

En France, 60 millions de galettes sont vendues chaque année, et 90% des Français participent à cette tradition. Une seule galette ne contient pas de fève, celle de l'Élysée. En vertu des principes de la République, le Président ne peut pas devenir roi, même le temps d'une journée sucrée...

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