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5 janvier : lumières de justice, éclats d’humanité

Photo Jean-Pierre Garbisu.


"Passé, présent, ou avenir, Quand me viennent en souvenir, Mon cœur en pensées n’est pas coi"... Chronique d’un 5 janvier : des ténèbres de l’injustice aux lumières de la non‑violence, de l’art et de la poésie, avec l’astronome Nicole-Reine Lepaute, l'explorateur Ernest Shackleton, le capitaine Dreyfus, Alexandre Dubček, Lanza del Vasto, Nicolas de Staël, Pierre Seghers et Charles d’Orléans. 



L'IMAGE DU JOUR


En tête de publication : Un cercle de silence sur une plage des Landes, le 21 mars 2022, en soutien à l'Ukraine (photo Jean-Pierre Garbisu). Le mouvement des cercles de silence naît en 2007 à Toulouse, pour protester contre l’enfermement des sans‑papiers en centres de rétention administrative, par une présence silencieuse sur l’espace public. L’initiateur se réclame explicitement d’une formation auprès de Lanza del Vasto et de la tradition de l’Arche (voir éphéméride ci-dessous), citant comme sources d’inspiration l’Évangile, Gandhi, saint François d’Assise… et donc, en creux, cette culture de la non‑violence héritée de Lanza del Vasto (1901‑1981), fondateur en 1948 des Communautés de l’Arche, laboratoires de vie communautaire et d’action non‑violente en France, sur le modèle des ashrams gandhiens. Son héritage structuré (CANVA, Jeunesse et non‑violence, etc.) irrigue ensuite des actions de rue non‑violentes : jeûnes, marches, veilles silencieuses. A partir de Toulouse, les Cercles de silence se sont diffusés dans tout le pays. Au plus fort du mouvement, près de 180 villes en ont accueilli régulièrement ; aujourd’hui encore, on en recense environ une centaine, de Strasbourg à Bordeaux, de Paris à de nombreuses villes moyennes (voir ICI). 


ÉPHÉMÉRIDE


Des éphémérides astronomiques aux éphémérides des humanités


En ce 5 janvier, la lumière du matin mène un dernier combat contre la nuit. Depuis plusieurs jours, le soleil se lève à 8h45 (heure de Paris -son lever le plus tardif de l’année, suivant l’Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Éphémérides Astronomiques IMCCE). Demain, le soleil se présentera un peu plus tôt à l’horizon, dès 8h44 : retournement mystérieux passant inaperçu, grande victoire contre l’obscurité, modèle non-violent de lutte contre l’obscurantisme, en quelque sorte, que les humanités aiment faire sortir de terre.


Nicole-Reine des éphémérides astronomiques


En première place au milieu des hommes, en ce 5 janvier, une femme qui suivait le chemin des étoiles. Le 5 janvier 1723 naît, à Paris, Nicole-Reine Lepaute, dont le talent s’affirma au milieu des hommes de son temps, une mathématicienne des sciences qui sut transmettre ses Lumières, acquises en participant aux découvertes de son mari, horloger du roi (avec lui, elle conçut et construisit une horloge astronomique) puis de l’astronome Jérôme de Lalande. Elle contribua à de très nombreux calculs, notamment pour préciser les « éphémérides astronomiques », qui déterminent les positions des planètes, de leurs satellites, de la lune, du soleil, des étoiles…, publiées dans La Connaissance des temps (une publication qui existe encore aujourd’hui, avec des moyens de calcul sans commune mesure avec ceux de Madame Lepaute) (ICI).


A gauche : anonyme, Portrait de Madame du Châtelet à sa table de travail. A droite : Guillaume Voiriot, Portrait de Nicole-Reine Lepaute
A gauche : anonyme, Portrait de Madame du Châtelet à sa table de travail. A droite : Guillaume VoiriotPortrait de Nicole-Reine Lepaute

On trouve sans difficulté un portrait de Nicole-Reine Lepaute, figée dans une posture classique et passive : c'est le seul portrait que l'on trouve d'elle, réalisé par le portraitiste Guillaume Voiriot (ICI), mais il semble qu’il y en ait un autre qui la montre au travail, un compas en main, des livres d'éphémérides astronomiques ouverts devant elle, plongée dans un de ses calculs et non des moindres : la trajectoire de la comète de Halley. Ce qui permet d’imaginer que cette représentation rare d’une femme attelée à un travail intellectuel au XVIIIe siècle pourrait bien être son portrait, et non celui d’une autre mathématicienne à qui il est encore aujourd’hui associé, la ci-devant marquise du Chatelet, qui n’était pas « femme astronome » malgré tous les talents (dont celui d'avoir été la compagne de Voltaire) qui ont fait sa notoriété.


À cette trajectoire de la comète de Halley, Nicole-Reine Lepaute travaille en 1759. «Pendant six mois, nous avons calculé du matin au soir… L’aide de Mme Lepaute a été telle que je n’aurais pas pu m’attaquer à cette tâche énorme sans elle» : ainsi reconnue comme un "maître plutôt qu’un émule" par Lalande, son travail sur les tables d’oscillations des pendules et les prédictions célestes dépasse souvent les contributions masculines de son époque. Plus qu’une savante calculatrice, c’est une passionnée pour l’astronomie. Elle signera de son nom la cartographie de l’éclipse annulaire du soleil du 1er avril 1764 - sur une carte publiée (ci-dessus), sous son nom -accompagné de deux autres femmes, graveuses, dans les Mémoires de Trévoux (ICI).


Élue à l’Académie de Béziers en 1761, elle entend humaniser la science, avec ténacité. Un astéroïde (7720 Lepaute) et un cratère lunaire portent son nom : dans l’immensité cosmique, une femme peut représenter l’infini. En 2023, l’Observatoire de Paris la mentionnait en premier dans la liste des « huit femmes méconnues de l’histoire des sciences, qui ont pourtant œuvré "pour" ou "grâce à" notre institution » (ICI).


Le spectacle de l’injustice – Un même théâtre de cruauté


La tête dans les étoiles, comment notre astronome fut-elle informée d’un fait divers impressionnant, monté en régicide ? Ce mot désigne l’assassinat d’un monarque et l’auteur de cet acte. Régicide ?


Le 5 janvier 1757, Robert‑François Damiens blesse légèrement Louis XV d’un coup de canif, à lame de 8 cm, alors que le roi monte en carrosse à Versailles. Condamné comme régicide, Damiens subit le 28 mars 1757, en place de Grève, le dernier écartèlement de l’histoire de France, au terme de quatorze heures de torture publique. Une foule immense se presse, les fenêtres donnant sur la place se louent à prix d’or, chacun voulant « voir » la justice à l’œuvre.


L’exécution, pour punir la réputée sauvagerie d’un crime, met en scène son anéantissement : corps brisé, chair brûlée, hurlements et maladresses des bourreaux composent un spectacle où la souffrance terrifiante, en public, est censée refonder symboliquement l’ordre monarchique. Dernier écartèlement de l’histoire de France. Souffrances extrêmes dont Michel Foucault reprend la description détaillée (et insupportable) au début de Surveiller et punir (1975).


Comme d’autres représentants actifs des Lumières, Nicole-Reine Lepaute resta-t-elle insensible à la brutalité de cette exécution ? Elle ne suscita qu’une profonde indifférence des Philosophes, alors même que l’usage de la violence par le pouvoir judiciaire était fortement critiqué dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert ? Damiens était considéré comme un fanatique, au mieux comme un porte-parole du « petit peuple ». Ce « petit peuple », qui figurait parmi les badauds, assistait place de Grève à ce supplice interminable : un rituel sanglant où le corps écartelé réaffirme bien la majesté du roi, un spectacle pour le maintien de l’ordre.


A gauche : la dégradation d'Alfred Dreyfus, le 5 janvier 1895 dans la cour de l’École Militaire. Dessin d'Henri Meyer en couverture du Petit Journal du 13 janvier 1895, légendé « Le traître ». A droite : Anonyme, Dégradation militaire du capitaine Dreyfus, Ecole militaire, Paris, 1895 : épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif au gélatino-bromure d'argent.
A gauche : la dégradation d'Alfred Dreyfus, le 5 janvier 1895 dans la cour de l’École Militaire. Dessin d'Henri Meyer en couverture du Petit Journal du 13 janvier 1895, légendé « Le traître ». A droite : Anonyme, Dégradation militaire du capitaine Dreyfus, Ecole militaire, Paris, 1895 : épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif au gélatino-bromure d'argent.

Avec cet usage de la violence, qui s’acharne sur un corps, la justice s’expose. Elle s’exposera à nouveau, non comme corps souffrant mais comme homme d’honneur humilié. Le 5 janvier 1895, dans la cour Morland de l’École militaire à Paris (non loin du Champ de Mars) se déroule la cérémonie de dégradation du capitaine Alfred Dreyfus, avant la déportation perpétuelle à laquelle il est condamné pour haute trahison au terme d’un procès inique. Entouré de soldats, Dreyfus entend la lecture du jugement, puis un adjudant lui arrache insignes, galons et boutons avant de briser son sabre, alors que lui-même réaffirme son innocence.


Sur la photographie conservée au musée d’Orsay la foule se presse derrière les grilles assistant, sans vraiment pouvoir la voir, à l’humiliation ainsi orchestrée. Spectatrice perverse ou soumise à cette pédagogie de la peur, un rituel qui désigne, tel un « monstre », celui qu’il faut exclure : une violence d’État exposée comme un spectacle.


Devenu officier d’artillerie après avoir quitté l’Alsace désormais allemande, d’origine juive, Alfred Dreyfus est victime d’une machination judiciaire : accusé à tort d’être un espion, il est condamné à la dégradation nationale, puis déporté au bagne sur l’île du Diable en Guyane. Informé des preuves de l’innocence de Dreyfus, l’état-major cache l’affaire, mais le scandale finit par éclater. Après de multiples péripéties judiciaires et politiques, mettant en cause l’anti-sémitisme, la publication en 1898 par Emile Zola d’une lettre ouverte au Président de la République, J’accuse…!, Dreyfus est finalement innocenté, réhabilité et réintégré à l’armée française, mais cette réhabilitation sera bien discrète au regard des persécutions qu’il a subies.


Ne jamais s’avouer vaincus


Dans l’histoire des explorations de la surface de la terre, certains noms brillent par leurs conquêtes : leur victoire se mesure à un emplacement sur une carte. Celle d’Ernest Shackleton est tout autre : il appartient à cette trempe rare d’êtres humains qui ne s’avouent jamais vaincus quand il s’agit de sauvegarder dignité et vies humaines... Shackleton incarne admirablement la ténacité, l’éthique du commandement et de la fraternité humaine face à l’adversité. À la tête de l’Endurance broyée par les glaces, devant renoncer à traverser le continent antarctique, il avait fait de l’échec une victoire morale : ramener tous ses hommes vivants, sans céder à la panique ni au désespoir.


A gauche : le voyage de l'explorateur anglo-irlandais Ernest Shackleton, montrant l'entrée de l'Endurance dans la banquise antarctique, son naufrage et le périple de Shackleton vers la Géorgie du Sud. En haut à droite : Le navire d'Ernest Shackleton, l'Endurance, pris dans la banquise dans la mer de Weddell au large de la Terre de Coats pendant son expédition impériale transantarctique, en 1914. En bas à droite : L'épave de l'Endurance a été retrouvée en 2022 près du fond de la mer de Weddell, à une profondeur de 3.048 mètres.
A gauche : le voyage de l'explorateur anglo-irlandais Ernest Shackleton, montrant l'entrée de l'Endurance dans la banquise antarctique, son naufrage et le périple de Shackleton vers la Géorgie du Sud. En haut à droite : Le navire d'Ernest Shackleton, l'Endurance, pris dans la banquise dans la mer de Weddell au large de la Terre de Coats pendant son expédition impériale transantarctique, en 1914. En bas à droite : L'épave de l'Endurance a été retrouvée en 2022 près du fond de la mer de Weddell, à une profondeur de 3.048 mètres.

Le 5 janvier 1922, à 47 ans, Shackleton (explorateur anglo-irlandais, l’un des trois premiers à avoir pénétré loin dans le continent antarctique) meurt subitement d’un infarctus dans la baie de Cumberland, en Géorgie du Sud. Depuis cette île battue par les vents où son nom s’était inscrit dans la légende, il s’apprêtait à repartir vers l’Antarctique pour une nouvelle expédition. Sept ans plus tôt, sur cette terre de montagnes et de glace, il avait vécu une épopée sans conquête – celle du sauvetage héroïque de l’équipage de l’Endurance.


En 1914, Shackleton lance une expédition : traverser le continent antarctique d’une mer à l’autre, le pôle Sud ayant déjà été atteint par Amundsen et Scott. Mais en janvier 1915, le navire est pris dans les glaces de la mer de Weddell. Longtemps, les hommes dérivent, prisonniers du désert blanc.


Quand la pression finit par broyer la coque du navire, Shackleton ne s’effondre pas. Il transforme l’échec en mission de survie. Son autorité, son humour, son dévouement deviennent essentiels : il entretient la cohésion, maintient l’espoir.


Lorsque la banquise cède, l’équipage embarque sur trois canots de sauvetage vers l’île de l’Éléphant, morne promontoire perdu dans la mer de Scotia. Là, Shackleton comprend qu’aucun secours ne viendra. Alors, avec cinq compagnons, il entreprend l’impensable : traverser 1.300 kilomètres d’Océan Austral à bord d’un frêle canot, le James Caird (photo ci-contre et ICI).


Quinze jours de tempête, de froid, de faim, et enfin la Géorgie du Sud, où ils touchent terre, épuisés mais vivants. Restait encore l’impossible : franchir à pied, sans cartes, sans matériel, une chaîne montagneuse inconnue pour atteindre la station baleinière de Grytviken, sur l’autre versant de l’île et rejoindre les hommes de mer qui l’avaient cru mort.


Il faut encore plusieurs épreuves à Shackelton et ses hommes, avant qu’ils puissent retourner secourir le reste de l’équipage. Mais lorsqu’en août 1916, ils remettent enfin le pied sur l’île de l’Éléphant, tous sont vivants. Tous ceux qui ont attendu. Pas un seul homme perdu, malgré deux ans de froid, de faim, et d’enfermement sur la glace – un exploit d’endurance morale autant que physique. Shackleton n’a pas atteint le pôle Sud. Il a atteint mieux, avec son équipage : les confins de la responsabilité humaine. Dans un monde encore fasciné par les conquêtes et les distances, il a réaffirmé la valeur de la vie et de la solidarité. Son échec est devenu une victoire d’humanité.


Enterré en Géorgie du Sud, « parmi les bruits familiers de la mer et du vent », Shackleton repose là où il avait trouvé la force de sauver les siens. En ce 5 janvier, on se souvient de cet homme dont l’exemple parle encore : résister, protéger, ne jamais céder à la désespérance — quelles que soient les glaces qui nous entourent.


Le 5 janvier 1968, Alexander Dubček devient le Premier Secrétaire du Parti communiste de Tchécoslovaquie, ce qui marque le début du Printemps de Prague. Figure du « socialisme à visage humain », porté par son peuple, Dubček engage des réformes, tente de desserrer l’étau autoritaire sans rompre ouvertement avec le bloc soviétique. ​En août 1968, le Printemps est écrasé par l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie, Dubček est réduit au silence, puis il quitte le pouvoir après la mort de Jan Palach : cet étudiant en philosophie, réclamant l’abolition immédiate de la censure et l’interdiction du journal Zpravy distribué par l’occupant soviétique, s’immole par le feu sur la place Venceslas de Prague, le 16 janvier 1969. Sur cette même place, Dubček apparaîtra avec Vaclav Havel le 24 novembre 1989, au moment de la Révolution de velours, applaudi comme un symbole de la liberté démocratique.


Le 5 janvier 1981 meurt Lanza del Vasto (fils naturel du prince sicilien Giuseppe Lanza di Trabia-Branciforte), philosophe, poète, militant de la paix. Son voyage en Inde pour rencontrer Gandhi en 1937 fut déterminant. Expérience personnelle suivie d’engagements collectifs en faveur des objecteurs de conscience, pour le pacifisme lors de la guerre d’Algérie et la guerre du Viet Nam… Figure tutélaire, la pratique du jeûne et le choix de la non-violence marque les luttes qu’il soutient, par exemple dans le Larzac dès 171 contre l’extension d’un camp militaire sur des terres cultivées (ICI). Penseur de l’utopie, militant actif, et non violent, réanimant les causes perdues pour qu’elles persévèrent, il inspire plus d’un manifestant non-violent, par exemple dans ce qui est devenu « cercle de silence », à l’initiative du frère franciscain.


Déchiqueter la forme


Nicolas de Staël, Le Concert (1955), huile sur toile, 350x600 cm, Musée Picasso © Adagp, Paris, 2025
Nicolas de Staël, Le Concert (1955), huile sur toile, 350x600 cm, Musée Picasso © Adagp, Paris, 2025

Le 5 janvier 1914 à Saint Petersbourg naît Nicolas de Staël. De sa peinture, il y aurait tant à dire et surtout à montrer. Sa dernière toile, inachevée, raconte l’histoire d’une rencontre avec un musicien, Pierre Boulez, mort le 5 janvier 2016, 60 ans après la naissance de Nicolas de Staël.


Follement curieux de musique, Nicolas de Staël en avait beaucoup écouté enfant, et cet intérêt ne l’a jamais quitté. Il recherchait à la fin de sa courte vie les sources d’enrichissement mutuel avec sa peinture. En 1953, Staël découvre la Deuxième sonate de Pierre Boulez, puis son analyse du Sacre de Stravinsky « qui prend trente pages d’un livre intitulé Musique russe. Il y a de quoi guérir un bon rhume » rapporte-t-il.  Lors de concerts du Domaine musical (fondé par Boulez en 1954) qui ont lieu les 5 et 6 mars 1955, une dizaine de jours avant de se suicider, Nicolas de Staël échange avec Boulez qui se souvient : « Ayant senti le piège du décoratif dans le pur abstrait, il essayait de plus en plus de s’ancrer dans la réalité, sans sacrifier pour cela l’ordonnance, la structure. […] Il y voyait une justification indispensable à la géométrie en même temps que l’assouplissement de cette géométrie aux besoins de la représentation, de l’expression. » (Le souvenir de Nicolas de Staël, in Nicolas de Staël, catalogue de l’exposition présentée du 12 mars au 30 juin 2023 au Centre Pompidou, Paris, Centre Pompidou, 2003, p.12).


Le 16 mars 1955, Nicolas de Staël écrit à son marchand Jacques Dubourg : « Je n’ai pas la force de parachever mes tableaux ». Il a travaillé à son ultime chef-d’œuvre pendant trois jours, seul face à la Méditerranée. L’artiste d’origine russe, orphelin réfugié en Belgique et en France (dont il acquiert la nationalité en 1948) achève le cours de sa vie. A 41 ans, il se jette dans le vide, laissant inachevé Le Concert : deux formes massives – un piano noir et l’ocre piriforme d’une contrebasse – séparées par le silence d’un orchestre de pupitres et de partitions, vidé de ses musiciens.


Conclure en poésie


Le 5 janvier 1906 naît Pierre Seghers poète et éditeur. Éditeur, d’abord pour éditer ses poèmes et puis…


En 1944, tout en participant à la Résistance contre l’occupant nazi, il crée les éditions Seghers et la collection Poètes d’aujourd’hui. Il deviendra l’un des plus grands éditeurs français de poésie du XXᵉ siècle, avec des monographies de poète méconnu voire inconnu, ou célèbre, accueillant plus tard certains chanteurs « à texte ». Chaque monographie comporte deux parties : une étude consacrée au poète, puis un choix de textes, de poèmes. La présentation du poète est souvent rédigée par un écrivain « alter ego » du poète. Un petit format carré, devenu collector pour certains.


Le 5 janvier 1465 meurt Charles d’Orléans. Prisonnier pendant 25 ans dans la tour de Londres (après la défaite d’Azincourt en 1415, un des principaux épisodes de la Guerre de Cent ans entre la France et l’Angleterre), il composa de nombreux poèmes : ballades, rondeaux et chansons, sans musique.


Extrait d’une chanson écrite par Charles d’Orléans, consacrée au temps qui passe :


Passé, présent, ou avenir, Quand me viennent en souvenir, Mon cœur en pensées n’est pas coi

[…]

Pour bien apprendre et retenir, Assez ai connu, je m’en crois

[…]


Et en version originale :


« Qui ? Quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ? Passez, presens, ou avenir, Quant me viennent en souvenir, Mon cueur en pensez n’est pas coy. Au fort, plus avant que ne doy,Jamais je ne pense en guerir.Qui ? quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ? Passez, presens, ou avenir,

On s’en peut rapporter à moy Qui de vivre ay eu beau loisir, Pour bien aprendre et retenir, Assez ay congneu, je m’en croy. Qui. Quoy ? comment ? à qui ? pourquoi ?Passez, presens, ou avenir. »


Isabelle Favre


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