3 février. L'indépendance de "l'île Chocolat", Gutenberg et Oum Khaltoum.
- Jean-Marc Adolphe
- il y a 13 minutes
- 11 min de lecture

Le 3 février fait dialoguer luttes d’indépendance, révolutions culturelles et figures mythiques : de São Tomé-e-Príncipe à Gutenberg, jusqu’à la voix inoubliable d’Oum Khaltoum, une date où s’entrecroisent histoire politique, circulation des savoirs et mémoires culturelles.

L'IMAGE DU JOUR
En tête de publication - A São Tomé-e-Príncipe, un monument rend hommage aux Santoméens tués lors du massacre de Batepá en 1953 pour avoir résisté au travail forcé et à la domination portugaise.

On ne parle pas tous les jours de São Tomé-e-Príncipe ! Situé sur l'équateur dans le golfe de Guinée, c'est le deuxième plus petit État d'Afrique (avec une superficie de 1.001 km²). Composé de deux îles principales — São Tomé (850 km²) et Príncipe (142 km²) —, cet archipel volcanique, se trouve à 239 km des côtes gabonaises et 216 km de la Guinée équatoriale. Son relief culmine au Pico de São Tomé (2.024 m) et son climat équatorial abrite une biodiversité exceptionnelle : en 2012, l'Unesco a classé l'intégralité du pays en réserve mondiale de biosphère, une première mondiale.
Ancienne colonie portugaise découverte en 1470, l'archipel est devenu indépendant le 12 juillet 1975 après cinq siècles de domination marqués par l'esclavage, la traite négrière et les plantations sucrières, puis cacaoyères. Le pays compte aujourd'hui environ 242.000 habitants (2025), dont 76% vivent en zone urbaine, principalement dans la capitale São Tomé (53 000 habitants). La population, métissée, parle portugais (langue officielle) et plusieurs créoles (forro, angolar, principense).
Surnommée « l'île Chocolat », São Tomé-e-Príncipe fonde traditionnellement son économie sur le cacao, dont elle fut au début du XXe siècle l'un des premiers producteurs mondiaux. Les anciennes roças (plantations coloniales) témoignent de ce passé. Classé parmi les pays les plus pauvres (68% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté), l'archipel est toutefois sorti en décembre 2024 de la liste des Pays les moins avancés (PMA).
Si on parle aujourd'hui de São Tomé-e-Príncipe, c'est que ce 3 février y est dia dos mártires da liberdade, autrement dit le jour des martyrs de la liberté, en mémoire du « massacre de 53 », ou massacre de Batepá, qui désigne la répression sanglante menée le 3 février 1953 par l’administration coloniale portugaise contre les Santoméens, principalement les Forros, sur l’île de São Tomé. Sous prétexte de déjouer un prétendu complot « communiste », le gouverneur Carlos de Sousa Gorgulho instrumentalise les tensions autour du travail forcé dans les plantations et lance la police indigène, des soldats venus d’autres colonies et des colons blancs contre la population.
Arrestations massives, tortures, exécutions sommaires, incendies de maisons et disparitions se multiplient pendant plusieurs jours, notamment dans la région de Trindade et de Batepá. Le nombre exact de victimes reste incertain : les estimations vont de quelques centaines à plus d’un millier de morts, proportion immense à l’échelle d’un micro‑État qui comptait alors environ 60.000 habitants. Longtemps occulté par le régime portugais, l’épisode devient, après l’indépendance, un pilier de la mémoire nationale et un symbole de la lutte anticoloniale.
Lors des cérémonies de ce "jour des martyrs de la liberté", on jouera naturellement l’hymne national, Independência total, écrit par la poétesse et militante Alda do Espírito Santo (musique de Manuel dos Santos Barreto de Sousa e Almeida), adopté en 1975 au moment de l’indépendance.
Post-scriptum. L'équipe nationale de São Tomé-e-Príncipe de curling ne devrait pas participer à la première compétition des Jeux olympiques d'hiver, demain à Milan-Cortina, vu que sur l'archipel, le curling est encore assez peu développé.
LA CITATION DU JOUR

Décédé il y a quinze ans, le 3 février 2011, Édouard Glissant (1928‑2011) est un écrivain, poète et philosophe martiniquais, né à Sainte‑Marie et engagé très tôt contre le colonialisme. Lauréat du prix Renaudot en 1958 pour son roman La Lézarde, il développe ensuite une œuvre foisonnante – romans, essais, poésie – où il pense les sociétés antillaises depuis elles‑mêmes, notamment dans Le Discours antillais. Militant anticolonial, il fonde le Front antillo‑guyanais pour l’autonomie, dirige le Courrier de l’UNESCO, enseigne aux États‑Unis et crée en 2006 l’Institut du Tout‑Monde. Sa réflexion sur l’« identité‑relation », la mémoire de l’esclavage et le métissage culturel en fait l’une des grandes voix intellectuelles du XXe siècle tardif.
Pour Édouard Glissant, la créolisation n’est pas seulement le mélange des cultures, mais un processus sans centre ni hiérarchie, où des langues, des imaginaires et des pratiques hétérogènes se rencontrent et produisent de l’imprévisible. Elle se distingue du simple métissage : là où le métissage pourrait encore viser une synthèse stabilisée, la créolisation demeure ouverte, inachevée, toujours en train de se faire. Elle prend appui sur l’histoire violente de la traite et des plantations, mais en tire une poétique de la Relation : les identités ne sont plus closes et racinaires, elles deviennent « rhizomes », mouvantes, reliées au Tout‑Monde. Glissant y voit une condition contemporaine globale – des Antilles aux banlieues du monde – et une ressource politique : apprendre à vivre avec l’opacité de l’autre, sans réduire ni uniformiser, dans une mondialité qui n’efface pas les différences mais les met en résonance.
Institut du Tout-Monde : www.tout-monde.com
ÉPHÉMÉRIDE

La mort de Gutenberg, l'inventeur dépouillé
Il y a 558 ans, le 3 février 1468. À Mayence, capitale de la Rhénanie‑Palatinat, l’hiver s’accroche aux toits comme une encre gelée. Dans une chambre sans vitraux, un homme tousse. On l’appelle Gutenberg. Sur la table, il n’y a plus de caractères, seulement des ombres de plomb dans ses mains. Les presses sont ailleurs, saisies, revendues, déjà reprises par d’autres mains plus sûres, plus riches, plus pressées de faire tourner la machine. Lui, Johannes, regarde ses doigts vides comme on regarde une phrase qu’on a perdue.
Gutenberg ferme les yeux. Il entend le bruissement des feuilles qu’on tourne dans des villes qu’il ne verra jamais, à Venise, à Paris, à Bâle. Les lettres se souviennent de lui mieux que ses contemporains. Elles s’alignent, se justifient, s’envolent dans des marges qu’il n’a pas prévues. Il a fabriqué une machine qui n’obéit plus. Un instant, le lit se transforme en atelier. La chambre se remplit du claquement sourd de la presse, du grincement de la vis, de l’odeur d’encre et de métal chauffé. Les pages sortent comme des enfants impatients. Il croit voir la Bible qu’il a imprimée, ses colonnes impeccables, ses lettres noires comme des astres très proches. Il ne sait pas qu’un jour, on l’accusera d’avoir rendu possible toutes les hérésies, toutes les guerres de pamphlets, tous les catéchismes en série. Il ne sait pas qu’on le remerciera aussi pour l’humanisme, la Réforme, les livres de poche et les tracts de grève. Il ne sait pas qu’on inventera des mots comme « infox », « viral », « buzz », pour désigner l’incendie qu’il allume aujourd’hui au ralenti.
À cet instant, au jour de sa mort, il ne reste qu’un vieil artisan, dépossédé de son invention : 13 ans plus tôt il a perdu son procès contre Johannes Fust (1). Le récit officiel dira : Fust, son « associé », le « bienfaiteur » qui a permis l’invention. Mais l’histoire matérielle dit autre chose : sans argent, pas d’atelier ; sans atelier, pas d’imprimerie ; sans imprimerie, pas de livres. Alors l’argent réclame son dû, et plus encore. L’inventeur, soudain, n’est plus propriétaire de sa propre invention. Il devient salarié de son propre geste, puis simple figurant.
Fust ne lui vole pas l’idée. Il fait mieux : il s’empare de la machine, du plomb, du papier, des stocks, des apprentis. Il récupère le présent, et laisse à Gutenberg le rôle d’ancêtre. En langage contemporain, on appellerait ça une OPA réussie, un rachat d’actifs, une optimisation du risque. Dans les mots de la chronique, on dira simplement : un créancier qui prend la presse et laisse l’inventeur sur la paille. Fust a prêté, il veut le retour sur investissement. En d’autres termes, la naissance de l’imprimerie et la promesse de diffusion des savoirs qui lui est liée sont d’emblée sous tutelle du capital.
Gutenberg perd son atelier comme tant de rédactions, plus tard, perdront leur indépendance. Fust gagne un outil comme tant de fonds d’investissement gagnent un média, un réseau social, une plateforme. L’histoire ne se répète pas, elle se met en page avec les mêmes marges : en haut, le nom du propriétaire ; en bas, les petites mains qui composent.
On pourra toujours se consoler en disant que les livres ont quand même circulé, que l’humanisme a fleuri, que des idées subversives ont traversé les frontières, qu’avec Gutenberg, l’alphabet a pris la fuite et que des mots n’eurent plus à demander la permission ni au prince ni au curé. C’est vrai. Mais il ne faut pas oublier que, dès le départ, l’imprimerie a été un champ de bataille : entre ceux qui fabriquent les outils de la parole, et ceux qui les financent pour mieux les tenir.
Hier, c’étaient presse, caractères, ateliers. Aujourd’hui : serveurs, clouds, plateformes, IA. La question reste la même : qui tient la machine qui fabrique ce que nous appelons l’« opinion » ?
(1). Le « procès Fust–Gutenberg » désigne le litige qui oppose, à Mayence en 1455, Johannes Gutenberg à son principal bailleur de fonds, le riche orfèvre et financier Johann Fust. Fust avait avancé à Gutenberg d’importantes sommes (environ 1 600 à 1 800 florins, plus intérêts) pour développer l’atelier d’imprimerie et achever, entre autres, la célèbre Bible à 42 lignes. Quand les remboursements n’arrivent pas – ou pas assez vite –, Fust saisit la justice et réclame le capital majoré des intérêts, en soutenant qu’il ne s’agissait pas d’un simple prêt, mais d’un investissement donnant droit à s’approprier l’entreprise. Le tribunal tranche en faveur de Fust : Gutenberg, ruiné, doit lui céder une grande partie de son matériel, de ses caractères et des exemplaires déjà imprimés. Fust s’associe alors avec Peter Schöffer, ancien collaborateur de Gutenberg, et publie sous leurs deux noms des ouvrages majeurs comme le Psautier de Mayence. L’épisode alimente jusqu’à aujourd’hui une ambivalence sur la figure de Fust, perçu soit comme le patron visionnaire qui a permis la mise au point technique de l’imprimerie, soit comme l’homme d’affaires qui a dépouillé l’inventeur de son invention.
Johannes Gutenberg, entretien exclusif (3 février 2026)
les humanités : Maître Gutenberg, on dit que vous avez « donné » l’imprimerie à l’humanité.
Gutenberg : J’ai surtout donné mon atelier à mes créanciers. L’humanité, elle, s’est servie. C’est très bien ainsi. Mais ne confondez pas héritage et spoliation : j’ai connu les deux.
Votre invention a permis les Bibles, mais aussi les pamphlets, les hérésies, les guerres de religion...
Gutenberg : On m’accuse parfois d’avoir semé le chaos. J’ai simplement mis les lettres en mouvement. Quand vous libérez une rivière, vous ne contrôlez pas l’inondation. Les mots n’ont jamais été faits pour rester sages dans les cloîtres.
Aujourd’hui, les textes circulent par écrans, par flux, par plateformes. On parle de "révolution numérique".
Gutenberg : Vous aimez beaucoup le mot "révolution". Vous oubliez que la presse tourne en rond, qu’elle revient toujours au point de départ : qui possède la machine ? À mon époque, c’étaient les marchands et les princes. À la vôtre, ce sont des noms de sociétés que je ne saurais prononcer, mais je reconnais la logique.
Votre presse a démocratisé l’accès au savoir.
Gutenberg : "Démocratisé" est un mot généreux. Disons qu’elle a ouvert une porte… dans les villes où l’on savait déjà lire, pour ceux qui pouvaient payer. La vraie démocratie du texte, c’est quand quelqu’un qui n’existe pas dans les registres officiels se reconnaît dans une phrase. Le reste, ce sont des chiffres de tirage.
Qu’est‑ce qui vous étonne le plus, si vous regardez ce que sont devenus les textes ?
Gutenberg : Leur vitesse. On composait une ligne en une heure, vous imprimez maintenant un mensonge en une seconde, des millions de fois. Et puis cette étrange chose : les machines qui écrivent avec des mots qu’elles ont volés à des bibliothèques invisibles. Vous appelez ça comment, déjà ? Intelligence artificielle ? Chez moi, on aurait dit : fantôme de scribe.
Les médias indépendants se réclament parfois de votre héritage, contre les "grands groupes".
Gutenberg : Chaque petite presse se croit plus pure que la grande. C’est touchant. La vérité, c’est que l’encre tâche pareil partout. Ce qui change, c’est pour qui vous imprimez : pour le prince, pour le marché, ou pour celles et ceux qui n’ont pas voix au chapitre.
Si vous aviez un conseil à donner à celles et ceux qui écrivent et publient aujourd’hui ?
Gutenberg : Ne vous laissez pas confisquer la machine. Apprenez à la démonter, à la réparer, à la déplacer. Un texte n’est pas seulement ce qu’il dit, c’est aussi l’histoire de comment il a été fabriqué, financé, censuré ou sauvé.
Et à celles et ceux qui lisent ?
Gutenberg : Méfiez‑vous des lettres trop bien alignées. Elles cachent parfois des rapports de force très soigneusement justifiés. Lisez la marge, les blancs, les silences. Et souvenez‑vous que la plus grande des innovations, ce n’est pas la presse : c’est votre refus d’avaler tout ce qu’elle vous donne.
Un dernier mot pour ce 3 février ?
Gutenberg : Ne faites pas de moi un saint du calendrier. Faites de chaque page un lieu de lutte. Si vous tenez encore un journal, une revue, un média indocile, alors oui : là, je veux bien que vous disiez que je ne suis pas mort pour rien.
pour copie conforme, Tzotzil Trema
LA VOIX DU JOUR. OUM KHALTOUM
Oum Kalthoum, "Hob Eih" ("Quel amour ?"), filmé au théâtre Qasr al-Nil, au Caire, en 1963.
Paroles : Abdelwahab Mohammed. Musique : Baligh Hamdi.
In memoriam Oum Khaltoum, décédée au Caire il y a 51 ans, le 3 février 1975.
Il reste une voix.Une voix qui n’habite plus un corps, mais des taxis, des cuisines, des cafés où la télévision reste allumée pour tenir compagnie à la solitude. Une voix qui pouvait tenir une note plus longtemps qu’un régime, plus longtemps qu’un président, plus longtemps qu’un mariage arrangé.Quand on dit Oum Kalthoum aujourd’hui, on ne parle pas seulement d’une chanteuse morte en 1975 : on parle d’un pays, d’une époque, d’un désir d’unité arabe qui a brûlé puis s’est effondré, mais dont les braises continuent de crépiter dans ses mélismes.
On l’appelle encore « Kawkab al‑Sharq », l’Astre d’Orient, « la quatrième pyramide », « la voix de l’Égypte ». Les slogans ont survécu au nassérisme, au panarabisme, aux défaites militaires, aux accords de paix et aux guerres civiles. Oum Kalthoum, elle, continue de chanter chaque soir quelque part, sur YouTube, sur des cassettes usées, dans des playlists construites par des algorithmes qui ne comprennent rien à ce qu’ils distribuent.
Ils voient des durées, des fréquences, des taux de clics.
Que reste‑t‑il d’elle ? Des concerts de plus d’une heure autour d’un seul poème, où le public pouvait applaudir au milieu d’un vers, interrompre, faire recommencer, comme si la chanson était un parlement affectif.
Il reste cette manière de tenir le temps, de le dilater, à l’opposé des formats de trois minutes calibrés pour la radio puis pour les plateformes.Dans un monde où la musique sert souvent de fond sonore à la productivité, Oum Kalthoum demande une autre économie : on s’assoit, on écoute, on accepte que le désir et la douleur n’entrent pas dans un jingle.
Il reste une mémoire politique.Elle a chanté pour l’Égypte, pour Nasser, pour la cause palestinienne ; on a voulu faire d’elle la voix d’une unité arabe qui, déjà, se fissurait.Aujourd’hui, cette unité n’existe plus que comme nostalgie, mais ses chansons continuent de circuler de Rabat à Bagdad, de Paris à Montréal, comme un réseau parallèle de souvenirs qui dément les frontières et les murs.
Dans chaque diaspora, il y a une tante, un grand‑père, qui met Oum Kalthoum pour raconter autre chose que la France, le Canada ou l’Allemagne : un temps d’avant, parfois mythifié, parfois lourd de blessures, mais qui lui appartient encore.
Il reste une figure de femme.Non pas « moderne » au sens où l’Occident aime à labelliser les icônes exotiques, mais une artiste qui a négocié âprement ses contrats, choisi ses poètes, imposé ses orchestres, dirigé sa carrière dans un monde d’hommes. On oublie souvent que cette voix, si souvent associée à la plainte amoureuse, a été construite sur des décennies de lutte pour contrôler son image, ses cachets, ses tournées, sa légende.À l’heure où l’on parle beaucoup de « rôle modèle » pour les jeunes filles, Oum Kalthoum continue d’en proposer une version non soluble dans les story Instagram : une femme qui transforme la respectabilité en pouvoir, le voile en scène, la tradition en arme douce.
Il reste enfin une question, la même que pour Gutenberg : qui tient la machine qui diffuse cette voix ? Les États arabes ont fait d’elle un monument national, les plateformes en font un contenu, les maisons de disques une rente patrimoniale. Mais dans les faits, ce sont des oreilles précaires, des existences abîmées par les plans d’austérité, les bombardements, les exils, qui continuent d’en être propriétaires affectifs.Tant qu’un taxi du Caire, un café de Barbès, un salon de Tunis laisseront traîner ce vibrato au fond de leurs murs, Oum Kalthoum ne sera pas une icône figée, mais une question insistante : que reste‑t‑il du peuple quand il n’a plus de tribune, si ce n’est une voix enregistrée qui lui rappelle qu’un jour, au moins, quelqu’un a chanté pour lui ?
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