Alliance contre les humains
- Dominique Vernis
- il y a 1 heure
- 2 min de lecture

Le 23 avril 2026, accompagné de son ministre des Affaires étrangères Pablo Quirno (à sa gauche),
Javier Miliei reçoit à la Casa Rosada Peter Thiel (deuxième à sa gauche).
Javier Milei promet de faire de l’Argentine un paradis pour l’intelligence artificielle et les cryptomonnaies, avec des « sociétés automatisées » sans humains aux commandes. En s’y installant, Peter Thiel, patron de Palantir et idéologue d’une « république technologique », voit dans Buenos Aires un laboratoire dérégulé où tester un capitalisme algorithmique affranchi des contre‑pouvoirs démocratiques.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Peter Thiel et Javier Milei s’entendent comme larrons en foire. Le premier, patron de Palantir, gourou néo-fascisant de la Tech et chantre d’une « république technologique » (qui n’aurait plus rien de « république »), a décidé de s’installer en Argentine, où règne le libertatien à rouflaquettes.
Peter Thiel ne choisit pas seulement un havre fiscal pour milliardaires de la tech : il parie sur un laboratoire politico‑juridique où Javier Milei teste une dérégulation intégrale de l’économie… et désormais de l’intelligence artificielle.
Le président argentin présente au Congrès un projet de « société automatisée » qui va beaucoup plus loin qu’une réforme technique du droit des sociétés. Il consacre l’idée d’entités juridiques sans humains, gérées par des algorithmes, de la gouvernance interne aux décisions d’investissement, en passant par la conformité. Pas de conseil d’administration, pas d’assemblée générale, des décisions exécutées par des agents d’IA, sécurisées par la blockchain, et un environnement fiscal ultra‑compétitif pour attirer capitaux et startups globales.
Pour Milei, c’est la suite logique de son offensive pro‑cryptomonnaies : faire de l’Argentine un « Far West » numérique où les innovations financières et technologiques ne sont plus entravées par les régulations, les syndicats ni les contre‑pouvoirs. Une tribune qu’il vient de publier dans le Financial Times, « L’Argentine invite l’IA à se libérer », en donne la clé idéologique : la liberté n’est plus celle des citoyens, mais celle des marchés et des algorithmes.
C’est là que Thiel intervient comme figure emblématique. Co‑fondateur de PayPal, investisseur de Palantir, chantre d’un libertarisme technologique prêt à contourner la démocratie si elle freine l’« innovation », il trouve en Milei un allié naturel. L’Argentine devient un terrain d’expérimentation où se dessine un nouveau pacte : en échange de la promesse d’emplois et de croissance, l’État renonce à encadrer l’IA, et ouvre la voie à des entreprises sans responsable humain clairement identifiable.
Les risques sont évidents : opacité des décisions, irresponsabilité en cas de fraude ou de catastrophe, marginalisation des travailleurs dans un pays déjà ravagé par le chômage et la pauvreté. Mais pour les Thiel et les Milei, c’est précisément l’enjeu : tester, depuis le Sud global, un capitalisme automatisé qui pourrait ensuite servir de modèle – ou d’avertissement – au reste du monde.
Dominique Vernis






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