Afghanistan : la répression par balles du « mauvais voile »
- Nadia Mevel

- 10 juin
- 4 min de lecture

Une Afghane passe devant un salon de beauté à Kaboul, en Afghanistan, le 6 juillet 2023. Photo Ali Khara/Reuters
En tirant à balles réelles sur une manifestation dénonçant l’arrestation de femmes accusées de « mauvais voile » à Hérat, les talibans rappellent que leur police des mœurs s’impose par la terreur, sur fond d’« apartheid de genre » et de semi‑isolement diplomatique brisé par la reconnaissance de Moscou.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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En Afghanistan, les talibans ne tolèrent aucune contestation de « l’ordre moral » qu’ils imposent depuis 2021. À Hérat, dans l’ouest du pays, au moins seize femmes – dont une enceinte – ont été arrêtées par la « police des mœurs », structure dépendant du ministère pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, notamment dans le quartier de Lilami, un bazar animé connu pour ses boutiques et ses étals de vêtements d’occasion. Leur crime supposé : ne pas porter le tchador ou la burqa, ces enveloppes textiles qui effacent les corps dans l’espace public.
Défiant la répression, une centaine de personnes se sont rassemblées dimanche 9 juin pour manifester contre ces arrestations. Leur slogan : « Éducation, travail, liberté » – le triptyque de ce que les talibans ont méthodiquement retiré aux Afghanes. À Hérat, dans le quartier de Jebrail, la population tente de préserver une vie normale : accès au savoir via des écoles clandestines, à la santé grâce à des cours délivrés dans les arrière‑boutiques de pharmacies, à la musique lors des fêtes familiales.
La réponse du pouvoir a été immédiate. Des coups de feu, des blessés, des ambulances que certaines victimes refusent d’emprunter par peur d’être arrêtées à l’hôpital. Aucun bilan précis n’est encore disponible. Les autorités talibanes, fidèles à leur stratégie de déni, parlent de « rumeurs » et s’emploient à minorer la portée de l’événement.
Les talibans savent que, sans images spectaculaires, la répression à huis clos des femmes afghanes peine à se frayer un chemin dans un agenda médiatique saturé de crises. À Hérat, dans un secteur populaire proche de la frontière iranienne, la présence d’organisations humanitaires et de la Mission des Nations unies (MANUA) permet au moins de documenter ce que les autorités s’emploient à nier. Richard Bennett, enquêteur des Nations unies sur les droits humains en Afghanistan, s’est dit « alarmé par un recours excessif à la force contre des manifestants pacifiques ».
Un laboratoire d’apartheid de genre
Cette séquence s’inscrit dans une offensive plus large. Depuis le début de l’année, des experts de l’ONU documentent une vague d’arrestations de femmes et de filles, détenues pour « mauvais hijab », parfois pendant plusieurs jours, dans des conditions indignes : cellules surpeuplées, un seul repas par jour, violences physiques et menaces. La libération dépend souvent d’une lettre signée par un proche masculin promettant que la femme « respectera » désormais le code vestimentaire, transformant la famille en relais de la police religieuse. À l’échelle nationale, les femmes doivent être entièrement couvertes dès qu’elles quittent leur domicile, sous peine d’être humiliées, arrêtées, voire blessées.
Hérat n’est donc pas une « bavure ». C’est un laboratoire de ce que des militantes afghanes qualifient d’« apartheid de genre », régime de ségrégation systématique visant à exclure les femmes de l’espace public, de l’éducation, du travail. En tirant sur une foule qui réclame simplement la libération de détenues accusées de « mauvais voile », les talibans envoient un double message : à la population, qu’aucune contestation n’est tolérée ; à la communauté internationale, que les promesses de modération ne sont qu’un vernis diplomatique.

Le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi (à droite), serre la main de l'ambassadeur de Russie en Afghanistan,
Dmitry Zhirnov, lors d'une rencontre à Kaboul, en juin 2025.
Depuis 2021, aucun État occidental ni aucune grande organisation internationale n’a reconnu le gouvernement taliban, tout en maintenant sanctions, suspension de l’aide budgétaire directe et fermeture de la plupart des ambassades ou leur relégation à un format minimal de « présence d’intérêts ». Parallèlement, plusieurs voisins – Pakistan, Iran, Chine, pays d’Asie centrale – ont accepté des ambassadeurs talibans, ouvert des canaux de coopération économique ou sécuritaire, sans aller jusqu’à une reconnaissance officielle formelle.
La Russie de Vladimir Poutine fait exception, devenant en juillet 2025 le premier pays à reconnaître officiellement le gouvernement taliban en recevant les lettres de créance d’un ambassadeur nommé par Kaboul, après avoir retiré le mouvement taliban de sa liste d’organisations terroristes. Moscou présente ce geste comme une « décision courageuse » appelée à faire école, en l’inscrivant dans une stratégie de coopération énergétique, commerciale et sécuritaire avec l’« émirat islamique » et en désignant les talibans comme des « alliés » dans la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue. Une reconnaissance qui rompt partiellement l’isolement diplomatique de Kaboul – mais entérine, de fait, un régime d’apartheid de genre.
Nadia Mevel






"Depuis 2021, aucun État occidental ni aucune grande organisation internationale n’a reconnu le gouvernement taliban", vraiment ?? L’UE s'apprête àrecevoir des representants des Talibans, à propos du renvoi des déboutés du droit d’asile. Et certains pays scandinaves pratiquent déjà le renvoi en Afghanistan.
EN COLÈRE EN COLÈRE EN COLÈRE !!!
Mais tout se paie un jour, tout se paiera un jour c'est sûr.
Ces homonculus tout puissant aujourd'hui, demain seront balayés par l’inexorable balancier géopolitique.
Et les femmes enfin libérées de cette absurde dictature féodale et religieuse.
Une Jazzwoman très libre Carla Bley -Duo avec Steve Swallow- : "Lawns" (2014)
" https://www.youtube.com/watch?v=YkBU5aM_6zM&list=RDYkBU5aM_6zM&start_radio=1 "