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Au Kremlin, épidémie de delirium pas très mince


Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, compare les actions de l’Occident contre la Russie à celles d’Hitler contre les Juifs. Cynisme poussé à l’extrême ou auto-intoxication à une "réalité parallèle" qui semble contaminer tous les étages de la Maison Poutine ?


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Jusqu’à présent, Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, ne s’était pas trop fait remarquer. Un "modéré" ? Non, quand même pas. Des "modérés", au Kremlin, ça ne saurait exister. Mais enfin, comparé aux diatribes hallucinantes d’un Soloviev (principal aboyeur des talk-shows de la télévision russe), d'un Medvedev (ex-président par intérim de la Fédération de Russie) et autres propagandistes plus ou moins délirants de la Maison Poutine, Lavrov s’était jusqu’à présent abstenu de tout dérapage. En tant que ministre des Affaires étrangères, sa fonction n’est-elle pas de faire exister autant que possible une façade diplomatique ?

Mais hier, lors de sa conférence de presse de début d’année, notre bonhomme a fendu l’armure. Il a comparé les actions des pays occidentaux contre son pays à la « solution finale » du régime nazi pour exterminer les Juifs. « Tout comme Napoléon a mobilisé presque toute l’Europe contre l’Empire russe, comme Hitler a mobilisé et conquis la plupart des pays européens pour les lancer contre l’Union soviétique, aujourd’hui les Etats-Unis ont monté une coalition » contre Moscou, a déclaré Lavrov : leur tâche est « la même : la “solution finale” à la question russe. Tout comme Hitler voulait résoudre la question juive, désormais les dirigeants occidentaux (…) disent sans ambiguïté que la Russie doit subir une défaite stratégique. »


Cette rhétorique n’est pas nouvelle. L’Ukraine étant, pour le Kremlin, un régime nazi, "l’Occident collectif" qui soutient l’Ukraine est à son tour nazi : CQFD. Mais cet argumentaire, on le trouvait jusqu’à présent dans les éructations des propagandistes mentionnés plus haut. Là, quelle mouche a piqué Lavrov ? Car enfin, c’est loin d’être un imbécile de seconde zone. Sorti diplômé en 1972 de l'Institut d'État des relations internationales du ministère des Affaires étrangères de l'ex-URSS, il a fait toute sa carrière au service de la diplomatie soviétique puis russe. Certes, il est corrompu comme les autres : sa maîtresse, Svetlana Polyakova (au départ simple employée du ministère des Affaires étrangères) s’est acheté un appartement de 260 m² à Moscou estimé à 6 millions d’euros et possède de surcroit une collection de voitures de luxe, et la fi-fille de ladite maîtresse, Polina Kovaleva, a acheté comptant, à 21 ans, un luxueux appartement dans le quartier Kensington, à Londres. Sans ressources connues, cette jeune femme mène une vie d’influenceuse star dont « l’instagram est celui d’une personne en vacances perpétuelles », a révélé la journaliste d’investigation Maria Pevchikh, proche d’Alexeï Navalny.

Polina Kovaleva, la fille de la maîtresse de Sergueï Lavrov (Photo issue de son compte Instagram aujourd’hui suspendu)


Corrompu, d’accord. Mais dingue ? On ignore le niveau de consommation d’alcool qui aurait pu provoquer, chez Sergueï Lavrov, une crise de delirium tremens. Plus vraisemblablement, et sans qu’il soit besoin d’être expert-psychiatre, on serait tenté de diagnostiquer une épidémie de delirium pas très mince dans les couloirs du Kremlin. Un radicalisme verbal qui semble contaminer tous les étages de la Maison Poutine. Reste un mystère : lorsqu’il compare les actions de l’Occident contre la Russie à celles d’Hitler contre les Juifs, jusqu’à quel point Sergueï Lavrov est-il convaincu par ce qu’il dit ? Extraordinaire cynisme totalement décomplexé, ou symptôme d’auto-intoxication à une « réalité parallèle » où semble s’être enfermé le Kremlin ?

Une photo de Sergueï Lavrov, avec un tee-shirt à l’effigie de Basquiat, prise en novembre 2022 lors du G20 à Bali,

a été allègrement détournée en Russie par les réseaux sociaux.


Inertie française

En tout cas, face à de telles monstruosités, est-ce encore l’heure de ne pas vouloir « humilier Poutine », ou d’appeler à des « négociations de paix » qui ne feraient qu’entériner les crimes de guerre commis par la Russie ? L’un de ces crimes de guerre, désormais qualifié de génocide, concerne les déportations d’enfants ukrainiens en Russie, abondamment documentées par les humanités. Après que la Cour pénale internationale ait été saisie par l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre (Lire ICI), les ministres des Affaires étrangères de l’Allemagne et des Pays-Bas, Annalena Baerbock et Wopke Hoekstra, ont condamné la déportation massive par la Russie d’enfants ukrainiens, lors d’une conférence de presse conjointe à La Haye, lundi 16 janvier. Du côté du gouvernement français, c’est encore silence radio. Mardi, 17 janvier, l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre, s’est adressée à Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères : « La voix de la France, en matière de droits de l’homme, possède un fort retentissement international. C’est pourquoi nous nous permettons de nous adresser à vous : comptez-vous dénoncer également l’ignominie de la déportation des enfants ukrainiens, en vous joignant à deux de nos plus proches voisins européens ? Mieux, pouvez-vous prendre l’initiative d’organiser une déclaration solennelle de l’ensemble des ministres des Affaires étrangères de l’Union Européenne pour exiger de la Russie qu’elle cesse immédiatement les déportations et adoptions d’enfants ukrainiens, et organise le retour en Ukraine de tous ceux qui sont actuellement en Russie contre leur gré ? » Un premier courrier était resté sans réponse. Celui-ci saura-t-il réveiller une bien étrange inertie ?


Jean-Marc Adolphe


Photo en tête d’article : Sergueï Lavrov à Moscou. Photo Pavel Bednyakov / Sputnik

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