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Pour Lvova-Belova et consorts, l'heure de La Haye se rapproche




Tortures, viols, cibles civiles… Au mépris de toutes les conventions internationales, la Russie multiplie en Ukraine les crimes de guerre. L’enlèvement et la déportation d’enfants est peut-être le plus révulsant d’entre eux. L’abondante documentation publiée par les humanités depuis début septembre sur ces déportations et leur principale architecte, Maria Lvova Belova, se trouve au cœur d’une communication transmise fin décembre au Procureur de la Cour pénale internationale par l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre. En novembre, déjà, nous parlions de « génocide » : cette accusation particulièrement grave est juridiquement étayée dans la communication à la CPI (document in extenso inclus dans l’article ci-dessous). Pour Maria Lvova-Belova (elle-même aux ordres de Poutine) et ses complices, il ne saurait y avoir d’impunité. Tôt ou tard (et le plus tôt serait le mieux), l’heure des comptes viendra.


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Maria Lova-Belova ne manque pas d’aplomb. La commissaire présidentielle russe aux droits de l’enfant, alias « poutinasse rafleuse d’enfants » comme nous l’avions surnommée dans un précédent article, s’est fendue le 19 décembre dernier d’un long entretien dans Izvestia, le premier dans lequel elle entreprend de justifier les évacuations hors d’Ukraine des "enfants du Donbass".

Pourquoi se prête-t-elle à un tel exercice ? Depuis les premières révélations des humanités, début septembre, ensuite étayées par plusieurs publications complémentaires, Maria Lova-Belova est devenue une véritable star internationale. On ne compte plus le nombre d’articles et d’enquêtes qui mettent en cause son rôle, prépondérant, dans la déportation d’enfants ukrainiens en Russie. The New York Times, Associated Press, The Washington Post, sont venus apporter de nouvelles révélations, tout comme des rapports de Human Rights Watch, du New Lines Institute et du Centre Raoul Wallenberg, de deux ONG ukrainiennes, Eastern Human Rights Group et de l’Institut d’études stratégiques, et d’Amnesty International.

En grande partie grâce au travail de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre, organisatrice d’une conférence de presse le 15 novembre dernier, la presse française, quelque peu à la traîne, s’est enfin emparée du sujet. Tout le travail d’investigation des humanités a été largement repris… sans pour autant être jamais cité ! (voir par exemple un tout récent article de France 24).


Dans les colonnes d’Izvestia, c’est donc autant à destination du public russe que de l’opinion publique internationale que Maria Lvova-Belova déploie son plaidoyer auto-justificateur. Et que l’on ne compte pas sur la journaliste d’Izvestia pour poser des questions embarrassantes. Ce journal, plutôt lu par l’élite intellectuelle, et qui avait défendu à partir de 1987 la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, a été mis au pas en 2004, après la prise d'otages de Beslan, avec la destitution de son rédacteur en chef. C’est donc sans risque d’être contredite que Maria Lvova-Belova peut tisser un "narratif" qui, sans surprise, reprend certains fondamentaux de la propagande du Kremlin.

interview Izvestia)

IZVESTIA 19_12_2022_Entretien Lvova Belova
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Tortionnaire, Lvova-Belova ? Au contraire, c'est une "sauveuse d'enfants" ! « Ces enfants [ceux du Donbass -NdR] ont peur des bruits forts, ils sont inquiets pour leur avenir », dit-elle dans l’entretien à Izvestia : « Ils ont été dans des orphelinats pendant longtemps, ils ont traversé huit années difficiles où ils étaient assis dans des abris anti-bombes, où il y avait des raids aériens, où ils étaient constamment inquiets pour leur vie. Il était donc particulièrement important pour nous de trouver des personnes qui puissent les soutenir dans ce moment et devenir vraiment proches d'eux. »


Pour justifier "l'évacuation et la réhabilitation des enfants du Donbass", la propagande russe a abondamment mis en scène, avant même le 24 février 2022, des récits selon lesquels l’Ukraine aurait, depuis 2014, massacré des civils au Donbass, et particulièrement pris pour cible des enfants, lesquels seraient en proie à une "peur constante" et n’auraient plus aucun souvenir d’une vie normale sans bruits d’explosions. C’est ce que révèle une toute récente étude de l’ONG Detector Media, qui a passé au crible près de 9.000 messages postés sur les réseaux sociaux et comptes Télégram, en Russie et dans les territoires occupés par la Russie en Ukraine. Dans le contexte plus large d’une propagande qui dénonce la "russophobie" du gouvernement ukrainien évidemment présenté comme "nazi", les enfants du Donbass deviennent les « enfants russes du Donbass », qui « étudiaient secrètement le russe », avaient « peur de parler de leur position pro-russe », et attendaient que la Russie vienne les sauver. Des récits inventés de toutes pièces mettent en scène des militaires du bataillon Azov qui terroriseraient des enfants en menaçant de leur tirer dans les jambes, ou encore des soldats ukrainiens qui n’hésiteraient pas à violer les enfants. Plus largement, la machine de propagande russe entretient le « mythe des 8 ans » [depuis l’annexion de la Crimée et "l’autonomie " des territoires séparatistes de Donetsk et Louhansk] selon lequel les enfants ont dû, depuis 2014, « se cacher des bombardements et ont souffert de la cruauté des Ukrainiens ». C’est exactement l’argumentaire repris par Maria Lvova-Belova.


La propagande russe accuse les pays occidentaux de « parrainer le meurtre des enfants du Donbass »


Depuis le début de ce que le Kremlin qualifie d’opération spéciale, cette propagande s’est évidement amplifiée, en renouvelant son registre. Des reportages sur des enfants envoyés dans des « camps de vacances », des vidéos mises en scène sur des enfants dans des familles adoptives, les propres publications de Maria Lvova-Belova sur son compte Télégram, cherchent à véhiculer des messages selon lesquels « la Russie aide et sauve les enfants », voulant ainsi donner des motifs "nobles" à l'agression de la Russie contre l'Ukraine. D’autant que la propagande russe, qui ne recule devant aucune énormité, accuse les pays occidentaux de parrainer le « meurtre des enfants du Donbass » en fournissant des armes à l'Ukraine. Renversant totalement la charge de l’accusation, cette même propagande affirme encore que « l'Ukraine sera jugée pour les crimes commis contre les enfants du Donbass ».


Rien n’est dit, évidemment, de la responsabilité de l’armée russe, par exemple en ce qui concerne la destruction de Marioupol. Là encore, le « mythe des 8 ans » (lire ICI, en anglais) occulte toute autre considération. Et sans aucune allusion aux bombardements qui ont frappé les populations civiles depuis le 24 février, les enfants du Donbass auraient été victimes, depuis 2014, des cruels Ukrainiens, et le traumatisme qu’ils auraient subi imposerait, aujourd’hui, leur "réparation". C’est, là encore, un argument repris par en boucle Maria Lvova-Belova. Le 28 décembre dernier, elle annonçait l’organisation en 2023 de dix nouvelles sessions de « réhabilitation sociale et psychologique des adolescents affectés par des opérations militaires ». Depuis le mois d’août dernier, précisait-elle, plus d’un millier d'enfants des régions de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson sont déjà passés par un tel programme de « réhabilitation », sous le nom de code « Day After Tomorrow », grandement financé par la Tinkoff Bank. Comme nous l’avions révélé le 12 décembre, le créateur de cette banque en ligne, Oleg Tinkov, critique de la guerre en Ukraine, a été contraint de céder fin avril ses actions à Vladimir Potanine, magnat du nickel, l’un des richissimes oligarques les plus proches de Poutine (il a notamment grandement financé les Jeux olympiques de Soichi).


Le 13 décembre, Maria Lvova-Belova visite une "famille d'accueil" près de Moscou en compagnie

du chanteur Dima Bilan (compte Télégram de Maria Lvova-Belova, capture d'écran)


Pendant ce temps, Maria Lvova-Belova continue de parader. Ainsi, le 13 décembre, elle rendait visite à une « famille d’accueil » ; près de Moscou, qui a accueilli à elle seule 9 enfants du Donbass : tous orphelins (ou présentés comme tels), tous frères et sœurs d’une même famille : plus c’est gros, plus ça passe (voir ICI). Pour les besoins de la photo, Lvova-Belova n’était pas venue seule. Avec elle, une star : Dima Bilan, chanteur de variétés (Eurovision 2008), l’un de ceux qui avaient interprété l'hymne officiel des Jeux olympiques de Soichi en 2014, ou encore le spectacle de clôture de la « Journée de la Victoire » en 2015 (il avait alors interprété un chant patriotique en uniforme soviétique de la Seconde Guerre mondiale). Peu importe que Dima Bilan ait notoirement quelques problèmes avec l’alcool (l’an dernier au Kazakhstan, il avait eu du mal à terminer un concert, ivre comme un cochon), du moment qu’il soutient la guerre de Poutine, c’est un modèle pour la jeunesse !

Elle continue de parader, et de déporter. « Il n'y a pas d'évacuation pour le moment, car la plupart des orphelins ont été relogés dès les premiers jours », affirmait-elle le 19 décembre dans l’interview pour Izvestia. Quelques jours plus tard, le 23 décembre sur son compte Télégram, elle remerciait pourtant le gouverneur de la région de Krasnodar, Veniamin Kondratyev « pour sa décision rapide d'accueillir 20 orphelins de l'orphelinat de Donetsk »…


Crime de génocide et Cour pénale internationale


Dans la foulée d’une enquête publiée le 24 décembre, The Washington Post publiait un éditorial retentissant : « La guerre est chaotique, inexplicable et dévastatrice pour les enfants qui y sont pris. Mais la guerre n'est pas une excuse pour enlever des enfants à leurs parents et à leur nation, comme le fait actuellement la Russie en Ukraine. Cette pratique est spécifiquement interdite par la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Le transfert d'enfants ukrainiens en Russie - et les tentatives de lavage de cerveau, de suppression de leur langue et de leur culture - est un crime de génocide qui appelle des poursuites. »

27_12_2022 EDITORIAL WASHINGTON POST
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Utilisé par les humanités dès le 17 novembre (Lire ICI), le mot de génocide s’impose désormais pour qualifier le système de déportation d’enfants conduit par Maria Lvova-Belova sous l’autorité directe de Vladimir Poutine, avec de nombreuses complicités au sein de la Fédération de Russie et du parti présidentiel Russie Unie.


Dès le 25 octobre, l’Institut Lemkin pour la Prévention du Génocide et le Centre Régional pour les Droits de l’Homme (ONG ukrainienne) ont soumis au Greffe de la Cour pénale internationale une première communication sur la « Responsabilité des fonctionnaires de la Fédération de Russie, en particulier, pour avoir transféré de force des enfants d’un groupe à un autre groupe ».

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Fin décembre, enfin, par le biais du cabinet d’avocats Vigo (Maîtres Emmanuel Daoud et Gabriel Sebbah), l’association française Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre, a transmis au Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale une nouvelle communication particulièrement étayée, comportant 86 pièces « à conviction » qui établissent des « faits particulièrement graves de transferts forcés d’enfants ukrainiens vers la Russie, pouvant être poursuivis sous les chefs de crime de génocide et de crimes contre l’humanité ». Les humanités rendent accessible (PDF ci-dessous) ce document édifiant, qui comporte beaucoup d’éléments déjà révélés ici-même, resitués dans une perspective juridique où il apparaît bel et bien que « de tels procédés, ainsi que le souhait affiché de « désukrainiser » les enfants transférés de force, sont des signes non-équivoques de la volonté de l’appareil d’État russe d’arracher les enfants ukrainiens à leurs racines nationales, afin de s’assurer de la destruction biologique et culturelle des Ukrainiens en tant que groupe national autonome. Il s’agit sans nul doute d’une agression visant un groupe national comme tel, caractérisée par le transfert forcé d’enfants ukrainiens vers des familles ou des centres de rééducation russes. Ces transferts forcés, accompagnés d’une politique de « russification » et d’une attaque de grande ampleur contre les symboles nationaux ukrainiens, qu’ils soient matériels (bâtiments…) ou immatériels (histoire ukrainienne propre, langue et culture ukrainienne), dénotent une volonté génocidaire au sens de l’article 6 du Statut de Rome. »

Communication au Bureau du procureur de la Cour pénale internationale
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Karim A.A. Khan, Procureur de la Cour pénale internationale.


Dès le 28 février, le Procureur de la Cour pénale internationale, Karim A.A. Khan, prenait la décision d’ouvrir une enquête sur la situation en Ukraine (ICI). Et en mai dernier, le Bureau du Procureur de la CPI envoyait en Ukraine « une équipe composée de 42 enquêteurs, experts en criminalistique et autre personnel d’appui pour faire avancer nos enquêtes sur les crimes relevant de la compétence de la Cour et apporter un soutien aux autorités ukrainiennes. Depuis la création du Bureau, c’est la plus importante mission en termes d’effectifs jamais déployée sur le terrain en une seule fois. »

La CPI n’a pas encore ouvertement parlé de « génocide », mais l’action entreprise par l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre est d’autant plus fondée que Karim A.A. Khan déclarait, le 21 septembre dernier : « Les organisations de la société civile sont des partenaires essentiels dans notre quête commune de justice visant à ce que les auteurs de crimes internationaux répondent de leurs actes. Aujourd'hui plus que jamais, nous devons travailler ensemble pour renforcer notre action commune en faveur de la justice. » Une déclaration à laquelle s’est joint… le Réseau Génocide, créé par le Conseil de l'Union européenne « afin de permettre une coopération étroite entre les autorités nationales lors de l'enquête et de la poursuite des génocides, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre, connus collectivement comme les principaux crimes internationaux. » Le mandat de ce réseau « est de veiller à ce que les auteurs de ces crimes ne bénéficient pas de l'impunité au sein des États membres. »


Jean-Marc Adolphe


Photo en tête d'article : Maria Lvova-Belova, principale architecte de la déportation d'enfants ukrainiens en Russie.


Notes

(1) - Detector Media est une organisation non gouvernementale créée par des journalistes ukrainiens en janvier 2004. Il s'agit d'un organisme d'information en ligne qui compile des articles sur la désinformation afin d'améliorer l'éducation aux médias au niveau national en prévenant la susceptibilité au trouble de l'information. Ses projets sont multiples et vont de l'éducation aux médias à la vérification des faits en ligne en passant par la formation des journalistes. Le portail Media Detector est une plateforme multifonctionnelle unique en Europe centrale et orientale, qui combine la création de contenu médiatique, la recherche sur divers médias, marchés et produits, la modération de discussions professionnelles dans le département de journalisme, le plaidoyer pour des changements législatifs et sociaux liés aux médias, et l'éducation aux médias. https://detector.media/


Compléments


PÉTITION : La pétition « Sauvons les enfants ukrainiens déportés en Russie ! » a réuni à ce jour plus de 175.000 signataires. La signer et la diffuser reste essentiel : https://www.change.org/p/bringbackukrainiankids


VIDÉOS : L’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre dispose désormais d’une chaîne YouTube où ont d’ores et déjà été publiées plusieurs montages vidéo d’1 à 6 minutes : https://www.youtube.com/@pourlukrainepourleurliberte


FACEBOOK : Pour suivre sur Facebook l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre : https://www.facebook.com/groups/3295564010720604


LES HUMANITÉS : Pour soutenir (dons ou abonnements) le travail éditorial sur l’Ukraine, commencé par les humanités dès le mois de mars : ICI

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