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Canicule : les climatosceptiques ne désarment pas

Une fillette se rafraîchit dans une fontaine publique à Vilnius, en Lituanie, le 26 juin 2026. Photo Mindaugas Kulbis/AP


Canicule sur l’Europe, climatisation à fond dans un centre de congrès à Londres : pendant que les services météo et les hôpitaux tirent la sonnette d’alarme, l’Alliance for Responsible Citizenship offre une tribune aux négationnistes du climat et aux VRP des énergies fossiles. Entre Chris Wright, ex‑patron du gaz de schiste devenu ministre de Trump, et un Rassemblement national qui préfère promettre des climatiseurs plutôt que de réduire les émissions, se dessine une même internationale réactionnaire, soudée par la défense du vieux monde pétrolier et la guerre contre toute politique climatique ambitieuse.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », lançait Jacques Chirac il y a vingt‑quatre ans, le 2 septembre 2002, au Sommet de la Terre de Johannesburg consacré à l’urgence écologique et au développement durable. Jacques Chirac se trompait en partie. Certains, en effet, ne regardent pas ailleurs. Ils voient bien la maison brûler, mais comme aurait dit le même Chirac, ça leur en touche une sans faire bouger l’autre (comme par hasard, il s’agit presque exclusivement de « mâles alpha »).

 

Alors que la canicule écrasait l’Europe, que services météo et hôpitaux multipliaient les alertes, une salle confortablement climatisée du centre de congrès Olympia London, dans le quartier de Kensington à Londres, accueillait du 23 au 25 juin un millier de responsables politiques et de militants anti‑climat réunis par l’Alliance for Responsible Citizenship (ARC) pour « rétablir une énergie fiable » et célébrer la « reconstruction » de la civilisation occidentale.

 

Fondée autour de Jordan Peterson et financée notamment par le hedge funder brexiteur Paul Marshall et le groupe d’investissement Legatum, ARC s’est imposée en quelques années comme un hub de la droite radicale transatlantique, mêlant climatosceptiques, conservateurs religieux et figures de l’« anti‑woke » culture (lire sur The Guardian).


Pour Chris Wright, secrétaire d’État à l’Énergie de Trump, « il n’y a pas de crise climatique ».


Chris Wright, VRP en chef des fossiles

 

Invité vedette par visioconférence, le secrétaire à l’Énergie de Donald Trump, Chris Wright, ancien patron de la société de services de fracturation Liberty Energy, n’a pas déçu son public. Au moment même où les services météorologiques européens parlaient de « danger de mort » lié aux températures, il est venu affirmer que « toujours plus de gens meurent en hiver qu’en été », qualifiant le réchauffement de « phénomène lent » que la technologie finira bien par régler. Devant un auditoire conquis, il en a profité pour appeler le Royaume‑Uni à « changer de cap », à renoncer à la transition énergétique et à embrasser à nouveau sans complexe le gaz de schiste, censé apporter « renaissance industrielle », emplois et baisse des factures.

 

Difficile de faire plus transparent : l’homme qui minimise la canicule est un millionnaire du pétrole et du gaz, administrateur de longue date de la Western Energy Alliance, un lobby représentant plus de 300 entreprises fossiles et farouche opposant à toute régulation du secteur. Avant d’entrer au gouvernement Trump, Wright faisait campagne sur les réseaux sociaux avec un slogan simple – « il n’y a pas de crise climatique » – en contradiction frontale avec les rapports du GIEC qui jugent « sans équivoque » la responsabilité humaine dans un réchauffement aux conséquences déjà meurtrières. Installé désormais au sommet de l’appareil énergétique américain, il recycle à Londres les arguments de l’industrie – le froid tuerait plus que la chaleur, le gaz serait la grande « solution » – dans un moment où les profits des majors fossiles battent record sur record.

 

L’Alliance for Responsible Citizenship, laboratoire politique des anti‑climat

 

La conférence londonienne n’est pas un simple colloque d’idées, mais un dispositif politique sophistiqué où se côtoient responsables de la droite britannique, figures trumpistes, dirigeants d’entreprises fossiles et activistes anti‑avortement. Derrière la rhétorique de la « prospérité » et de la « reconstruction », ARC promeut un programme cohérent : torpiller les objectifs de neutralité carbone, disqualifier les politiques de transition comme « sinistres » ou « appauvrissantes » et transformer la défense des combustibles fossiles en bataille civilisationnelle. À Londres, pendant que le thermomètre affole les services d’urgence, on explique doctement que l’ère des hydrocarbures est la condition du « développement humain » ("flourishing") – l’expression fétiche de ce réseau – et que toute critique des fossiles relèverait d’une « religion séculière ».


La conférence de l'Alliance for Responsible Citizenship, du 23 au 25 juin à Londres.


En France, le Rassemblement national, qui a longtemps nié ou relativisé la réalité du changement climatique, s’est rallié du bout des lèvres au diagnostic scientifique, tout en concentrant désormais ses attaques sur les politiques de transition dénoncées comme une « écologie punitive » pour les ménages.

 

L’extrême droite française reste accro aux fossiles

 

Sous l’impulsion de Marine Le Pen puis de Jordan Bardella, le RN ne conteste plus frontalement l’existence du réchauffement, mais en minimise l’ampleur et l’urgence, en s’opposant systématiquement aux mesures de réduction des émissions qui touchent le logement, la voiture ou l’énergie, au nom du pouvoir d’achat. Et pour sortir de la fournaise, le parti d’extrême droite vient d’improviser un « plan clim » à 40 milliards d’euros (financé par on ne sait quel coup de baguette magique), censé permettre de financer l’installation de la climatisation dans les hôpitaux, écoles, maisons de retraite et logements privés.

 

Questionner les causes du changement climatique ? On verra ça plus tard, c’est‑à‑dire jamais. Car le Rassemblement national et ses satellites, malgré les dénégations de circonstance, restent fortement ancrés dans la défense des énergies fossiles.

 

Selon l’Observatoire des multinationales (ici), l’édition 2026 de la conférence de l’Alliance for Responsible Citizenship à Londres réunissait une délégation française largement issue de l’extrême droite : plusieurs collaborateurs de députés du Rassemblement national (Julien Odoul, Gérault Verny, Nicolas Bay), l’eurodéputée Marion Maréchal, le fondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie Nicolas Pouvreau‑Monti, ainsi que des militants et cadres d’organisations comme SOS Chrétiens d’Orient, l’Institut pour la justice ou le projet Périclès financé par le milliardaire ultra‑conservateur Pierre‑Édouard Stérin. La présence conjointe de ces acteurs montre qu’ARC sert de lieu de socialisation politique, de formation idéologique et de mise en réseau avec les think tanks anglo‑saxons et les bailleurs liés aux liés aux intérêts fossiles, hostiles aux politiques climatiques ambitieuses.

 

À de très rares exceptions près (dont Reporterre), la presse française a totalement occulté cette conférence londonienne et la participation de l’extrême droite. Mais tout le monde parle déjà du « plan clim » du RN qui devrait être présenté à l’Assemblée nationale le 30 juin ou le 1er juillet. De l’art de brasser du vent…

 

Dominique Vernis


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