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Cinédanse : une généalogie féminine en mouvement

Maya Deren (1917-1961), Personnalité majeure du cinéma expérimental américain des années 1940.

Photographie Saint Lucy Books / Howard Gotlieb Archival Research Center / Boston University


Adapté d’une thèse et allégé pour l’édition française, un livre d’Erin Brannigan propose une histoire critique de la cinédanse, où la pensée théorique accompagne l’analyse d’œuvres et met en lumière l’apport décisif des femmes à ce champ encore trop peu documenté.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 



Un ouvrage traduisant le mot dancefilm par cinédanse et débutant par une citation de 1988 du père fondateur de la Cinémathèque de la Danse, Patrick Bensard ne peut pas être mauvais. Voici la phrase en question : « Ce n’est pas un hasard si la danse moderne commence au même moment que l’invention du cinématographe et si les premiers tourbillons des voiles de Loïe Fuller se déroulent à la même époque que les premiers tours de manivelle des frères Lumière ».


EUR ArTeC et Les presses du réel viennent de publier, sous la direction de Chloé Déchery, le livre d'Erin Brannigan Cinédanse, chorégraphie et image en mouvement, une généalogie féminine, traduit de l'anglais par Anne-Gaëlle Argy, préfacé par Marion Carrot et postfacé par Barbara Formis.


Dans la préface, Marion Carrot remarque que le livre est tiré de la thèse de doctorat soutenue par Erin Brannigan en 2005 à l'université de New South Wales, en Australie. Ce qui est perceptible par endroits, dans les références obligées, les notes, la bibliographie, les citations de grands auteurs, poètes, théoriciens, philosophes connaissant sur les bouts des doigts leur domaine, mais pas spécialement ou pas du tout celui du 7e Art, celui de l'art de Terpsichore, encore moins celui de la cinédanse. Selon la préface, pour l’édition française, « Erin Brannigan a travaillé avec Chloé Déchery, à l’initiative de ce projet de traduction, à désépaissir la discussion théorique pour se concentrer sur l’analyse d’œuvres ». Nous pouvons témoigner que, dès le début des années 2000, Erin Brannigan a mis la main à la pâte filmique en programmant ce qui se faisait de mieux dans son festival ReelDance.


Erin Brannigan au Cnd en 2016. Photo Nicolas Villodre
Erin Brannigan au Cnd en 2016. Photo Nicolas Villodre

Non seulement, ReelDance présentait les films d'auteurs, de choré-auteurs, de ciné-auteurs les plus intéressants d'Australie, de Nouvelle Zélande et de Grande Bretagne, mais elle était férue d'histoire de l'art, de danse contemporaine et de cinéma d'avant-garde. Elle avait invité à deux reprises la Cinémathèque de la Danse et permis de découvrir l'œuvre de réalisateurs marquants comme David Hinton, Babette Mangolte ou, naturellement, Maya Deren. Pour n'en citer que quelques-uns. Grâce à ReelDance, nous avions pu apprécier nombre de cinéastes australiens, malheureusement peu montrés en France, faute en bonne partie de soutien réel des services culturels de ce pays - ce qui n'était le cas, à la fin du siècle dernier, ni de la production britannique ni de la canadienne.


David Hinton avait loué à juste titre, en quatrième de couverture de la version originale du livre, l’ouverture d’esprit d’Erin qui y traitait aussi bien des films les plus commerciaux que des œuvres les plus pointues. Le corpus fait la part belle à la production américaine mais prend en considération l'apport hexagonal en la matière. On pourra regretter l'absence de références aux cinédanses et, surtout, aux vidéodanses allemandes, aux artistes qui ont donné naissance cinéma abstrait - prémices de l'acinéma cher à Jean-François Lyotard et du NRI théorisé par sa disciple Claudine Eizykman, aux fonds d'archives qui restent à analyser, aux colloques dédiés à ce domaine qui se sont tenus à Cologne et à Brême.


Pour son auteure, l’ouvrage analyse « la confrontation historique de disciplines créatives ayant contribué au développement de la cinédanse en [s’]appuyant sur les théories du cinéma et de la danse et sur la philosophie pour décrire les modèles esthétiques ou les méthodes qui dominent cette forme d’art. Cela a donné naissance à une terminologie interdisciplinaire qui permet de désigner les nouvelles pratiques filmiques et chorégraphiques instaurées par la cinédanse, reliant ainsi cette forme d’art à de nombreux autres domaines de création et d’enquête critique. » 


Le sous-titre du livre, Une généalogie féminine se justifie dans la mesure où les femmes créatrices ont largement contribué au film de danse. Toutes ne sont pas dans l'ouvrage mais nous pouvons en citer un certain nombre : Maya Deren, certes, mais également Katherine Dunham, danseuse, chorégraphe et ethno-cinéaste, dont la pionnière du cinéma underground fut la secrétaire, Loïe Fuller, danseuse serpentine, artiste cinétique, productrice et cinéaste, Germaine Dulac, Yvonne Rainer, chorégraphe et réalisatrice (plus dans le domaine du cinéma militant que dans l'expérimental), Babette Mangolte, photographe-cinéaste familière de la modern dance...


Sans oublier Chantal Akerman, Anna Alexandre, Pina Bausch, Anna Belle, Joëlle Bouvier, Marine Brutti, Jacqueline Caux, Doris Chase, Régine Chopinot, Shirley Clarke, Virginie Combet, Nicole Corsino, Birgit Cullberg, Mura Dehn, Germaine Dieterlen, Germaine Dulac, Maïder Fortuné, Patricia Foy, Christine Graz, Amy Greenfield, Alice Guy, Marisa C. Hayes, Heide-Marie Härtel, Sue Healey, Geneviève Hervé, Pascale Houbin, Anna Kendall, Alla Kovgan, Sabine Krayenbühl, Francine Lancelot, Annie Leibovitz, Denise Luccioni, Margaret Mead, Tracie Mitchell, Meredith Monk, Valérie Müller, Dore O, Zeva Oelbaum, Eiko Otake, Karel Pearlman, Cécile Proust, Jackie Raynal, Dominique Rebaud, Karine Saporta, Sally Sommer, Meryl Tankard, Valérie Urrea, Clara van Gool, Martine Zévort, etc., etc.


Nicolas Villodre


  • Erin Brannigan, Cinédanse, chorégraphie et image en mouvement, une généalogie féminine, traduit par Anne-Gaëlle Argy, Paris, EUR ArTeC et Les presses du réel, avril 2026, 184 pages, 12 € (ICI)


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1 commentaire


yanitz2018
il y a 2 jours

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