De quoi Sébastien Lecornu est-il le souci ?

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, à Paris, le 10 septembre 2026. Photo Ludovic Marin / AFP
Entre l’essence qui rallume les colères, les pompiers et soignants qui manquent de moyens, les salariés condamnés au Smic, l’Aisne qui serre les dents, les associations qui font tenir le pays et la danse qui refuse de céder la scène aux sinistres, cette chronique part à plusieurs entrées. Elle se termine, naturellement, dans les eaux troubles de la dynastie Le Pen — où le dauphin Bardella apprend que, dans certaines familles politiques, la succession est une nage en eaux peu hospitalières.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
QUIZ DE LA SEMAINE
Sur la photo en tête de chronique, datée du 10 septembre 2026, pourquoi Sébastien Lecornu fronce-t-il les sourcils ? (Plusieurs réponses sont possibles)
- a/ Parce qu’il est fort marri ne pas avoir eu de place pour le concert de Céline Dion, le 2 septembre à la Plenitude Arena de Nanterre (il avait pourtant répété Pour que tu m’aimes encore dans le miroir de Matignon, et un peu de plénitude, ça lui aurait fait du bien).
- b/ Parce qu’il se fait du souci pour nous.
- c/ Parce qu’il se fait du souci pour lui.
- d/ Parce qu’il a avalé un Macron de travers.
- e/ Parce qu’il n’est pas content du tout que le journal Les Échos ait dévoilé son projet de taxer les retraités (dès 2 000 € de pension mensuelle) pour financer sa retraite à lui, euh, pardon, pour rembourser la dette de la France souveraine.
- f/ Parce qu’il sent venir une nouvelle épidémie de Gilets jaunes.
- g/ Parce qu’il se rend compte qu’il va devoir faire des salamalecs à MLPBE (alias Marine Le Pen Bracelet Électronique) pour que son budget franchisse le Rubicon parlementaire.
Trêve de quizz-galéjade : quelqu’un a déjà vu une photo de Sébastien Lecornu souriant ? On dirait qu’il est toujours constipé de la caboche, que les zygomatiques sont restés bloqués entre République et Nation à la suite d’un « incident voyageur ». A la fin de son contrat matignonesque, il y a peu de chance que l’impétrant soit recruté comme humoriste par France Inter ou Radio Nova, les deux radios-qu’est-ce-qu’on-se-marre.
En clinique, le froncement de sourcils peut signaler la douleur, la colère, l’anxiété, la confusion ou un pénible effort de concentration. Dans la faune gouvernementale, il faut ajouter : l’annonce d’un déficit, la lecture des sondages, le souvenir d’une promesse de campagne, l’arrivée de Marine Le Pen dans l’équation — et, cas particulièrement aigu, la découverte qu’il faudra encore expliquer le budget à des députés. Le corrugator supercilii est un muscle modeste, mais il porte à lui seul une large part de la Ve République.
À la décharge du Premier sinistre, Météo-France annonce un amoncellement de mauvais nuages dans le VIIᵉ arrondissement de Paris, pile-poil au-dessus du 57, rue de Varenne. Avec la nouvelle flambée du prix des carburants, les prévisionnistes de serre-vis annoncent un retour de manivelle sous la forme d’un cumulo-nimbus particulièrement menaçant, baptisé « exaspération sociale ».
Sera-ce une simple bourrasque passagère ou un ouragan dévastateur ? Une ébullition de réseaux sociaux ou un tsunami dans les rues ? Car il est des colères qui ne préviennent pas : elles commencent par un plein d’essence, se propagent de rond-point en rond-point et finissent par s’inviter sous les dorures de la République. Le pouvoir a peut-être oublié le mode d’emploi des Gilets jaunes ; les automobilistes, les retraités, les salariés à voiture contrainte et les habitants des périphéries, eux, n’ont pas nécessairement égaré le leur. En novembre 2018, une hausse programmée de la fiscalité sur les carburants avait mis le feu aux ronds-points et porté au grand jour une colère plus vaste : celle des fins de mois, de l’éloignement des services publics et de l’impression de ne compter qu’au moment de payer.
Huit ans plus tard, nul ne sait si l’histoire repassera les mêmes gilets fluorescents. Mais l’essence reste inflammable, au sens économique comme au sens figuré. Et le macronisme, qui a tant promis de réconcilier le pays avec lui-même, pourrait découvrir une fois encore que la pompe à essence est aussi une pompe à ressentiment.
Le prix de l’essence n’est pas, au demeurant, le seul coup de pompe qui provoque la colère des Français. Les sapeurs-pompiers professionnels sont en grève depuis le 8 septembre — préavis national courant, à ce stade, jusqu’au 20 octobre — et le gouvernement laisse courir l’incendie, dans l’attente d’une manifestation à Paris le 29 septembre.
« Les secours, maintenant, c’est la roulette russe », lance un syndicaliste dans l’Aisne. Dans ce seul département, l’intersyndicale estime qu’il faudrait près de seize embauches par an, pendant cinq ans, pour rattraper les retards d’effectifs et faire face à l’augmentation de l’activité. Les effectifs axonais auraient été réduits puis gelés depuis 2016, tandis que les interventions se multiplient et s’allongent.
Dans ce même département de l’Aisne, qui cumule plusieurs marqueurs de fragilité sociale — pauvreté, chômage, bas revenus, recul démographique et forte dépendance automobile — tout en affichant un vote RN exceptionnellement élevé, les pompiers ne sont pas les seuls à être concernés, ni consternés. Aux européennes de 2024, la liste Bardella y a obtenu 50,64% des suffrages exprimés, soit plus de dix-neuf points au-dessus de son résultat national.

Les infirmiers et infirmières de bloc, au centre hospitalier de Soissons, en grève depuis le 10 septembre. Photo Paul Thiry / France Télévisions
Au centre hospitalier de Soissons, les infirmières et infirmiers de bloc ont reconduit leur grève le 10 septembre, pour dénoncer un projet de réorganisation des astreintes qui entraînerait, selon eux, des pertes de rémunération comprises entre 200 et 600 euros mensuels (Voir ici)
La pédopsychiatrie n’est pas mieux lotie. Samedi, le collectif Prémontré en lutte — mouvement syndical et citoyen impulsé notamment par la CGT Santé de l’Aisne — organisait à l’Établissement public de santé mentale départemental (EPSMD) de Prémontré une journée de rencontres et de débats. Objectif : alerter sur la souffrance des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE), ainsi que sur le manque de structures adaptées et l’urgence de la pédopsychiatrie.
Non moins poignant, L’Union publiait, le 9 septembre, les témoignages de « travailleurs condamnés au Smic à vie ». Dans le public comme dans le privé, les personnes interrogées disent ne plus supporter l’absence de progression salariale durable. La CFDT appelle cela le « plancher collant », ou la « smicardisation » : des grilles salariales demeurent sous le salaire minimum ; les salariés ont beau gravir les échelons dans leur entreprise, ils restent englués au ras des pâquerettes. Dans la grande distribution, « de nombreux salariés restent toute leur vie au Smic », relève ainsi Carrie Jacquin, secrétaire générale de la CFDT Grand Est.

A Soissons, l'association Wisu Capoeira participe pour la première fois au forum des associations, ce dimache 13 septembre. Photo DR
Toujours à Soissons, ce dimanche 13 septembre, se tient le Forum des associations. Une dizaine de nouvelles structures y font leur première apparition, relève L’Union. Ce n’est pas rien : au milieu des tableaux de restrictions, des grèves et des colères comptables, il reste des gens qui s’organisent, donnent du temps, transmettent un geste, une musique, une adresse, une possibilité de ne pas rester seul.
Parmi les nouveaux venus, Wisu Capoeira, présidée et dirigée par Michel Lopes Semedo, propose de s’initier à la capoeira, cet art martial afro-brésilien « qui allie danse et combat ». Les Hirondelles Sax’onnaises, créées il y a un an, veulent quant à elles « faire découvrir et partager la musique instrumentale à travers le saxophone » — elles donneront deux prestations au cours de la journée.
L’association A.B.C.D., présidée par Tarik El Mahdali — également président du club de handball de Soissons — vise à soutenir les personnes les plus précaires ou en cours d’intégration. Dans son local du quartier de Chevreux, elle propose notamment ateliers de couture, cuisine, jardinage et sorties : apprendre, faire ensemble, découvrir la ville et le territoire.
Et puis il y a INITIATIV’Retraite Aisne, qui permet aux retraités du monde agricole de garder le contact avec l’extérieur, de sortir de l’isolement et, accessoirement, de rappeler que la vieillesse ne devrait pas être une assignation à résidence.
Qui a dit que la solidarité serait en berne ? À Soissons, elle joue du saxophone, esquive en roda, jardine, coud, fait du handball — et refuse de laisser les gens décrocher en silence.
A Château-Thierry, les 20 ans du festival C’est comme ça !
Enfin, il y a la danse. Au sud du département, à Château-Thierry, le festival C’est comme ça ! s’apprête à vivre sa vingtième édition, du 17 septembre au 10 octobre. Autant dire un anniversaire. Les Humanités y installeront leurs quartiers de pas encore l’automne. Pour une présentation détaillée, je renvoie au site Danser Canal Historique, animé avec ténacité par Agnès Izrine : c’est ici.
En ouverture du festival, le 17 septembre, L’Échangeur — Centre de développement chorégraphique national (CDCN) — accueille le groupe de danse Singul’art, du Centre d’activités de jour (CAJ) de l’Apei des 2 Vallées. Il réunit des personnes accompagnées par cette structure médico-sociale dans des projets de pratique et de présentation artistiques. Manière de rappeler que l’art et la culture ne sont pas une prime réservée aux bien-portants, aux diplômés ou aux habitants des métropoles. Ils sont aussi — et peut-être d’abord — une affaire de présence, de désir et de droit à paraître sur scène.

Bruno Retailleau a fait hier sa rentrée politique au Pavillon Baltard près de Paris devant 600 jeunes LR.
Bruno Retailleau, qui n’est pas réputé trop doué pour la danse, n’est pas annoncé à Château-Thierry, et l’on ne s’en porte pas plus mal. Hier soir, au Pavillon Baltard de Nogent-sur-Marne, il a réuni un peu moins de monde que Céline Dion. Devant environ 600 militants — quand près d’un millier étaient espérés —, le candidat des Républicains a lancé sa campagne présidentielle en promettant un « combat de civilisation », un « projet de rupture » et, évidemment, de « renverser la table ». Or, dans les enquêtes d’opinion, il demeure généralement entre 6% et 10%.
Selon La Dépêche du Midi, « le doute commence à gagner le cœur des militants » venus écouter le candidat de la droite. Et si l’on peut toujours renverser une table, encore faut-il qu’il y ait assez de convives autour.
Alors, à quel saint les jeunes LR vont-ils se vouer ? À droite, une petite musique monte : celle de David Lisnard, maire de Cannes, président de Nouvelle Énergie et ancien patron de l’Association des maires de France. Il a rompu avec LR, revendique déjà ses 500 parrainages et cultive une offre concurrente, plus libérale sur l’économie, plus obsessionnelle sur la réduction de la dépense publique, tout aussi ferme sur l’autorité, l’immigration et l’identité. Retailleau promet de renverser la table ; Lisnard, lui, suggère qu’il faudrait d’abord en faire l’inventaire, vendre l’argenterie et supprimer le personnel de salle.
Reste à savoir si les électeurs de droite, déjà conviés au bal Philippe, au bal Retailleau, au bal Le Pen et au bal Zemmour, auront encore l’énergie de danser la Lisnard. Mais la campagne est encore loin d’être finie. Voilà que, selon les gazettes — et pas seulement elles —, il y aurait de l’eau dans le gaz entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le gaz était naguère fourni par des banques russes ; pour l’eau, on ne sait pas encore.
Aux dernières nouvelles, en cas de victoire du bracelet électronique, Selfie-Jordan ne serait pas nommé Premier ministre, mais ambassadeur extraordinaire auprès du royaume imaginaire des Deux-Siciles et de la Jet Set. Avec mission de veiller à la bonne tenue du protocole, des photos de plage et de l’héritage bourbonien. C’est que la fifille au papa qui fricotait avec les Waffen-SS n’entend pas dilapider l’héritage familial. La réconciliation avec sa nièce Marion Maréchal, longtemps mise à distance après son départ vers Reconquête ! puis son propre mouvement Identité-Libertés, n’a rien d’une scène de repas dominical : c’est un redéploiement de l’appareil. Marine Le Pen veut la rendre davantage visible dans sa campagne ; Marion Maréchal a annoncé qu’elle y serait « évidemment présente », pour faire gagner sa tante — et, accessoirement, donner une majorité à Bardella.

Nolwenn Olivier : quand Marine Le Pen confie à sa nièce (et ex de Bardella) la direction de communivcatioàn de sa campagne électorale.
Dans la presse, l’épisode a pris la forme d’une petite tragédie de famille. D’après Libération, lorsqu’il a été question d’inviter Marion Maréchal à prendre la parole lors des journées parlementaires RN du Touquet, Bardella aurait quitté le bureau exécutif après avoir lancé : « C’est elle ou moi. » L’intéressé dément avoir prononcé ces mots, assure soutenir Marine Le Pen « à 2 000% » et parle d’une affinité politique et personnelle « indéfectible ». Autant dire que l’affinité indéfectible exige, comme toutes les porcelaines précieuses, un maniement prudent.
Car le retour de la nièce n’est pas le seul indice. Marine Le Pen a aussi confié la direction de la communication de sa campagne à Nolwenn Olivier, sa nièce — fille de Marie-Caroline Le Pen (et accessoirement, ex de Jordan Bardella). Après le père, la fille ; après la fille, les nièces : au Rassemblement national, la lutte contre les élites semble s’accommoder d’une certaine transmission héréditaire des postes stratégiques. Ce n'est plus la course à l’Élysée, c'est Dallas !
On comprend que Bardella se sente parfois de trop dans la photo de famille. Il préside le parti, écrit un livre titré Gouverner, rêve peut-être encore de Matignon ; mais à l’approche de l’Élysée, la dynastie rappelle doucement que le nom sur la boîte aux lettres demeure Le Pen. Et Bardella devrait méditer la sentence du Patriarche : « Le destin des dauphins est de s'échouer ».
Jean-Marc Adolphe
C'est tout pour aujourd'hui, mais ce n'est pas encore fini. La suite demain, vers d'autres rivages, plus internationaux, avec en prime un reportage exclusif que vient de nous envoyer notre correspondante en Amérique latine, qui est retournée en Colombie, un mois après le séisme, sur le lieu-même de son épicentre, dans le Choco.







"Sébastien Lecornu ne fronce pas les sourcils, il est né comme ça." Jacobus Vander Auwera quincailler de son état, place Fernand Coq, Ixelles.
Quant à Bruno Retailleau, son projet pour "limiter l'émigration" est irréaliste car il ne respecte pas la constitution européenne. Constitution à laquelle la France adhère évidement.
Mais B.Retailleau n'est pas à une imbécilité près.
Et hop ! le pôvre Bardella dans les marécages de la familia Corleone/Le Pen ... : Pan !!!
Dizzy Gillespie & Chano Pozo " Manteca " (original RCA Victor, 1947, arrangements Gil Fuller)
Ici Dizzy Gillespie avec the Kenny Clarke / Francy Boland Big Band, 1970.
" https://www.youtube.com/watch?v=A5tRGMHfKrE&list=RDA5tRGMHfKrE&start_radio=1 "