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Élections à la Douma : le régime russe fissuré par la peur d'une nouvelle mobilisation

Illustratiion : Joszef Sta-lin'


À trois semaines des élections législatives russes, le Kremlin affronte une crise à trois visages : le seul parti anti-guerre écarté du scrutin, des députés du camp officiel qui doutent désormais tout haut de la poursuite du conflit, et des milliers de Russes qui fuient vers la Géorgie par crainte d'une mobilisation post-électorale. Un vote censé verrouiller le pouvoir expose, à l'inverse, ses fractures.

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À trois semaines du scrutin législatif prévu du 18 au 20 septembre, la Russie aborde ses élections à la Douma d'État dans un climat que plusieurs analystes qualifient de crise inédite pour l'appareil politique du Kremlin. Trois pressions convergent et s'entremêlent depuis le début de l'été : l'exclusion du seul parti anti-guerre du pays, une lassitude croissante au sein même de l'establishment, et une vague de départs de Russes redoutant une mobilisation après le vote. Ce triple mouvement dessine un paysage électoral verrouillé en apparence, mais traversé de fractures que le pouvoir peine désormais à dissimuler.

L'opposition muselée, les fissures s'élargissent

Le 12 août, la Cour suprême russe a confirmé l'interdiction faite au parti libéral Iabloko de se présenter au scrutin, décision qui prive la course électorale de sa seule formation ouvertement opposée à la guerre en Ukraine, selon The Moscow Times. Le vice-président du parti a, dans le même temps, été condamné à plus de onze ans de colonie pénitentiaire pour avoir appelé à un cessez-le-feu. Selon Anadolu Agency, le bulletin de vote remanié ne comptera plus que dix partis, un chiffre présenté comme le plus bas de l'histoire des élections à la Douma.


Mais les tensions ne se limitent plus à l'opposition déclarée : elles gagnent désormais les partis établis. Le député communiste Viatcheslav Markhaïev réclame un « plan clair » pour mettre fin à la guerre, avertissant que « la Russie est au bord d'un bouleversement social », tandis que son collègue Renat Souleïmanov estime que l'économie « ne pourrait pas supporter une poursuite prolongée » du conflit, selon l'analyse publiée par Carnegie Politika. Le chercheur Andreï Pertsev y observe que le mutisme du Kremlin sur l'avenir du pays « exacerbe le sentiment d'incertitude politique » et installe « une atmosphère de crise et de déclin ».

La peur de la mobilisation provoque un exode

Selon des évaluations des services de renseignement ukrainiens, Vladimir Poutine pourrait ordonner, après la clôture du vote le 20 septembre, la mobilisation de 300 000 à 500 000 personnes. Ce scénario alimente déjà un mouvement de fuite massif : plus de 19 000 personnes ont franchi le poste-frontière de Verkhny Lars vers la Géorgie les 15 et 16 août, un flux dépassant les 20 000 passages le 18 août, avec des files d'attente avançant à environ 50 mètres par heure du côté russe, rapporte TVP World.


Le journaliste russe Mikhaïl Fishman, cité par NV, juge toutefois qu'une mobilisation ouverte est peu probable, car elle nuirait à l'autorité présidentielle. Il anticipe plutôt une « mobilisation larvée » : un recrutement contractuel sous contrainte, mené via des raids sur les lieux de travail et des opérations de conscription de rue.

Un système sous tension

Le président russe a entrepris une tournée régionale préélectorale inhabituelle, un geste que des observateurs interprètent comme le signe d'une inquiétude du Kremlin face à l'humeur de l'opinion publique. Le nombre de pertes russes est estimé à environ 31 000 par mois, tandis que le recrutement volontaire est tombé d'environ 1 200 engagements quotidiens en 2025 à environ 900 en 2026, selon Forces News. Dans le même temps, la demande locative des Russes installés à Erevan, en Arménie, a bondi, les prix ayant grimpé de 30 %, certains s'y préparant déjà à un nouvel afflux de compatriotes.


Le président de la commission de la Défense de la Douma, Andreï Kartapolov, a démenti toute perspective de mobilisation. Or, les autorités russes avaient tenu des propos très similaires à la veille de l'annonce de la mobilisation partielle de septembre 2022 — un précédent qui avait déclenché manifestations et vagues de départs massifs, et dont une répétition ferait courir, quatre ans plus tard, un risque politique plus grand encore au pouvoir en place.

Un scrutin sous surveillance internationale

Le sort réservé à Iabloko a suscité des réactions à l'étranger : le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a appelé Moscou à revenir sur cette interdiction, tandis que la porte-parole de la Commission européenne, Anitta Hipper, a estimé que cette décision montrait que « la Russie a peur, car elle a réellement besoin d'éliminer toute voix dissidente ». Des organisations de surveillance électorale européennes ont par ailleurs recensé une trentaine de militants d'Iabloko déjà écartés individuellement des listes avant même la décision judiciaire d'août, signe d'une purge amorcée de longue date plutôt que d'une décision improvisée.


Ces critiques s'ajoutent aux tensions internes déjà à l'œuvre, dessinant les contours d'un scrutin législatif organisé dans un climat de fragilité politique et sociale sans précédent pour le pouvoir russe depuis le début de l'invasion de l'Ukraine. Entre un establishment qui doute publiquement de la soutenabilité du conflit, une opposition réduite au silence par les tribunaux et une population qui vote avec ses pieds vers les frontières géorgienne et arménienne, le Kremlin aborde ce rendez-vous électoral moins comme une formalité que comme un test de résistance de tout son système.


Dominique Vernis


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