Poutine a-t-il les chocottes ?
- Dominique Vernis
- 13 avr.
- 3 min de lecture

Un drone ukrainien, comme ceux qui ont interrompu début avril la production de l'usine métallurgique d'Alchevsk,
dans la région occupée de Louhansk.
Pendant que l’armée russe bricole des lanceurs soviétiques recyclés pour tenir le front, le Service fédéral de protection hérisse les résidences de Poutine de missiles antiaériens : la guerre des drones ne menace plus seulement les bases et les raffineries, mais aussi les refuges du président.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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La Russie en est réduite à ressortir la caisse à outils soviétique pour protéger son ciel. Un lanceur au sol armé de quatre missiles air‑air R‑77‑1 a été photographié près d’Oriol, à environ 160 kilomètres de la frontière ukrainienne. Ces missiles, conçus pour des avions, sont désormais vissés sur un camion, dans une configuration artisanale qui trahit surtout la pénurie d’intercepteurs antiaériens modernes.
L’idée de tirer des R‑77 depuis le sol ne date pourtant pas d’hier : elle remonte aux années 1980, quand les ingénieurs soviétiques cherchaient déjà à adapter cette arme à des systèmes de défense existants. Moscou a relancé ces vieux projets après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, en février 2022, et un système similaire a été testé en 2024 sur le polygone de Kapoustine Iar.
L’apparition de ce lanceur bricolé autour d’Oriol, ville régulièrement ciblée par les drones et missiles ukrainiens depuis l’automne 2025, laisse penser que ces systèmes sont désormais déployés, au moins à petite échelle. Ils illustrent surtout les pressions croissantes sur la défense aérienne russe, mise à mal par les frappes ukrainiennes et contrainte de combler ses trous de couverture avec des solutions de fortune dignes de la fin de l’URSS.
Drones / petits UAV vs grand chef au bunker
En février 2022, lorsqu'il lance sa guerre en Ukraine, Poutine ne sait sans doute pas grand-chose des drones. Certes, la Russie a déjà une longue expérience de drones de surveillance en Géorgie, en Ukraine dès 2014 et surtout en Syrie, où les drones guident l'artillerie et corrigent les tirs. Mais l'état‑major russe en sous‑estime l'ampleur et la vitesse de diffusion comme arme de masse. Le Kremlin semble avoir pensé que le drone resterait un outil d'appui réservé à quelques unités spécialisées, et non un consommable de masse au niveau de la section d'infanterie. En Ukraine, la surprise ne vient pas tant de la découverte du drone que de l'explosion de l'usage de petits UAV bon marché, civils ou bricolés, capables de saturer le champ de bataille.
Cinq ans plus tard, la Russie a eu le temps de rattraper son retard, notamment grâce à l'aide de l'Iran, sans se mettre pour autant à l'abri des dégâts causés par la riposte ukrainienne. Cela vaut pour les installations militaires et énergétiques, mais aussi, sait‑on jamais, pour Poutine lui‑même.

En mars dernier, le Service fédéral de protection de Russie a publié un projet d'arrêté proposant une zone protégée de plus de trois kilomètres carrés autour de la luxueuse résidence Bocharov Routcheï de Poutine à Sotchi, sur les rives de la mer Noire. Les restrictions envisagées interdiraient les vols de drones de toute catégorie de poids, la construction d'héliports, de stands de tir, d'installations de paintball, ainsi que toute activité impliquant des armes factices à proximité du complexe.
Ce n'était qu'un début : des images satellites viennent de révéler que la Russie a construit sept nouvelles tours équipées de systèmes de défense aérienne Pantsir autour de la résidence de Poutine à Valdaï, selon une enquête du service russe de Radio Free Europe/Radio Liberty. Certaines tours sont déjà dotées de systèmes de missiles antiaériens opérationnels. Le dispositif défensif reproduit le schéma tactique utilisé pour protéger Moscou, avec des systèmes Pantsir‑S1 disposés en deux anneaux concentriques de grand et petit diamètre autour de la résidence.
Cette résidence, sur la presqu'île de Dolguié Borody, dans le parc national de Valdaï, dans l'oblast de Novgorod, est considérée comme stratégiquement importante. Des enquêtes menées par le projet « Sistema » – cellule d'enquête journalistique russe en exil, spécialisée dans les investigations sur Vladimir Poutine, son entourage et l'architecture de pouvoir et de sécurité du régime – indiquent que le domaine abrite des répliques des bureaux du Kremlin et constitue la résidence permanente de la famille présumée de Poutine, notamment l'ancienne gymnaste Alina Kabaeva et leurs fils, Ivan (né en 2015 en Suisse) et Vladimir (né en 2019 en Russie). Cette supposée paternité n'a jamais été confirmée par le Kremlin : c'est secret‑défense.
Ce serait bête, quand même, de perdre sa chère famille dans un accident de drone...
Dominique Vernis






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