Poutine, la bérézina qui vient
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 1 jour
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Photo Mikhail Metzel
De Pékin à Kherson, des raffineries en flammes aux fissures dans la propagande du Kremlin, Vladimir Poutine accumule les revers. Tandis que Xi Jinping ménage surtout ses propres intérêts, l’Ukraine frappe désormais au cœur du territoire russe et la lassitude gagne jusque dans les rangs du pouvoir et de la société. Alliés qui prennent leurs distances, recrutement forcé déguisé, économie sous tension : derrière les postures martiales et les menaces nucléaires recyclées, le régime russe donne de plus en plus l’image d’une puissance en fin de règne.
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Lui aussi a eu droit à son tapis rouge : c’est bon pour l’image, coco. Quelques jours après la petite excursion chinoise de Trump, le tsar du Kremlin s’en est allé à son tour papoter avec Xi Jinping. Pour Trump et la délégation américaine XXL, le banquet fut copieux et complaisamment divulgué : saumon mijoté à la sauce moutarde, côtes de bœuf croustillantes, canard laqué pékinois, légumes de saison braisés, porc sauté et… homard à la soupe de tomates. Pour Poutine, on ne sait pas. Si homard il y eut (ou peut-être simple surimi ?), il est possible qu’il ait été accompagné d’une soupe à la grimace. En tout cas, Poutine est reparti bredouille de Pékin : l’achèvement du projet de gazoduc « Power of Siberia », censé offrir à Moscou un débouché massif vers la Chine pour compenser le marché européen, est resté dans les cartons.
Sur la guerre en Ukraine, Xi est d’une prudence toute confucéene : ni condamnation, ni soutien trop manifeste. Dans le nouveau désordre mondial où les « grandes puissances » se tiennent par la barbichette, les « allés » sont aussi des concurrents. La Chine « n'a tout simplement pas besoin que la guerre en Ukraine prenne fin », estime Jiangli Yang, un politologue chinois affilié à l'Université Harvard : « La guerre en Ukraine — ainsi que les sanctions occidentales imposées à la Russie — permettent à la Chine d'acheter du pétrole et du gaz à moindre coût à la Russie. (…) D'un autre côté, la Chine souhaite également participer à la reconstruction d'après-guerre, tant en Ukraine qu'en Russie. Ainsi, en fin de compte, Xi Jinping se moque bien de savoir si la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine prendra fin, ni quand. » (1)
Dans un grand numéro de langue de bois, les deux dirigeants ont signé une déclaration commune longue comme un jour sans pain, qui appelle à un « renforcement du partenariat stratégique global » et qui, sans rire, met en garde contre un retour à « la loi de la jungle » dans les affaires internationales. Ce serait là, pour certains commentateurs, « une critique à peine voilée à l'égard de Washington ». On peut aussi penser que Poutine en prend pour son grade, à l’insu de son plein gré…
Avant de prendre l’avion pour Pékin, le tsar du Kremlin avait donné le feu vert à un grand ramdam d’exercices nucléaires russes : missiles tactiques en “alerte renforcée”, déclarations sur la préparation à répondre à une attaque occidentale, images de véhicules lance‑missiles tournant en boucle sur les chaînes d’information. Officiellement, il s’agit de “dissuasion”. Les exercices nucléaires sont devenus la bande‑annonce récurrente du régime : à chaque moment de faiblesse diplomatique ou militaire, un nouveau teaser atomique, un nouveau clip de missiles qui roulent, un nouveau communiqué sur la “préparation totale” des forces stratégiques. On commence à s’habituer.
Sans tambour ni trompette, les forces ukrainiennes ont pour leur part frappé un grand coup. Ce mercredi 20 mai, à Henicheska Hirka, dans la partie occupée de la région de Kherson, une escouade de drones a frappé le quartier général du FSB russe, détruisant un immeuble de plusieurs étages ainsi qu'un système de défense antiaérienne Pantsir-S1, utilisé pour protéger des objectifs ponctuels jugés sensibles (postes de commandement, dépôts, bases), dont le coût est estimé entre 15 et 20 millions de dollars. Une centaine de soldats russes auraient été tués ou blessés lors de l'opération.
La guerre rentre en Russie
Le 20 avril dernier, dans "Poutine, à l’usure" (ICI), outre les difficultés économiques qui commencent à sérieusement fissurer l’Empire, nous évoquions déjà l’intensification des frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes. Celles-ci n’ont pas cessé. Depuis le 20 avril, la raffinerie de Touapsé, sur la mer Noire, a vu brûler vingt‑quatre réservoirs de fioul, tandis que celle de Iaroslavl, au nord‑est de Moscou, a été touchée en plein cœur de ses installations de distillation. À plus de 1 000 kilomètres de l’Ukraine, les terminaux de Novorossiïsk et de Primorsk, pivots des exportations russes sur la mer Noire et en Baltique, ont découvert à leur tour que le « loin du front » n’a plus guère de sens. Et hier encore, le 21 mai, dans la région de Samara, une nouvelle attaque a paralysé la raffinerie de Syzran, déjà visée par le passé. Les mêmes sites peuvent donc être frappés, réparés, puis frappés de nouveau. Il y a visiblement, dans la défense russe, plus d’un trou dans la raquette.
Sur les frappes elles‑mêmes, le réflexe du pouvoir reste le même : annoncer un nombre élevé de drones « interceptés », minimiser les dégâts (« incendies maîtrisés », « pas d’impact sur l’approvisionnement »), et insister sur la « barbarie » ukrainienne soutenue par l’OTAN. Sur le terrain intérieur, le gouvernement présente les interdictions d’exportation et le rationnement comme des mesures « patriotiques » pour protéger le consommateur russe, en effaçant autant que possible le lien entre difficultés à la pompe et frappes ukrainiennes. Les médias à la botte du Kremlin insistent sur les « réparations rapides », le déploiement d’unités mobiles de raffinage et la « mobilisation des travailleurs » dans le secteur énergétique, transformant les attaques en récit d’endurance et d’ingéniosité nationales.
Dans le même mouvement, les autorités interdisent la diffusion d’images trop parlantes : vidéos d’incendies géants, vues aériennes de réservoirs éventrés, files d’attente interminables aux stations‑service. Dès qu’elles circulent sur Telegram ou sur des chaînes régionales, elles sont soit effacées, soit dénoncées comme « fake » ou « propagande ennemie ». La guerre doit rester un bruit de fond abstrait : des communiqués sur des drones abattus, quelques clichés de techniciens héroïques et de pipelines rapiécés, mais surtout pas ce qui ferait comprendre au pays que la ligne de front passe désormais par ses raffineries, ses ports et ses pompes à essence.
Ce qui filtre malgré tout, ce sont les vidéos de pénuries et de longues files d’attente diffusées sur les réseaux sociaux des régions périphériques, qui contredisent le récit d’une Russie totalement protégée et laissent affleurer un mécontentement régional, encore très fragmenté, éclaté en petites colères locales qui ne se coordonnent pas, ne se structurent pas en mouvement national et restent le plus souvent confinées à quelques fils Telegram ou conversations de station‑service.
Trois visages de la lassitude
Dans sa dernière chronique sur Facebook (ICI), André Markowicz évoque « plusieurs vidéos (…) retransmises par les chaines youtube ukrainiennes [où] les gens s’en prennent directement à Poutine – sans le nommer (jamais... ce qui dit le niveau de terreur quotidienne intégrée dans l’inconscient), mais en l’appelant simplement « Il ». A partir de ce même genre de vidéos, mais aussi de témoignages glanés sur VKontakte (VK), Odnoklassniki et Telegram, un journaliste russe en exil, ami des humanités, dresse trois portraits de la lassitude ambiante, a partir de figures-types auxquelles nous avons donné un prénom fictif.
Nina, mère de soldat
Nina vit dans une petite ville de Russie centrale. Sa guerre à elle se joue dans les files d’attente et sur Telegram : lettres au parquet militaire, formulaires sans réponse, groupes de mères où l’on échange noms, mensonges officiels et photos de cercueils. Elle n’a jamais fait de politique, mais elle ne croit plus à rien de ce qu’on lui dit depuis que son fils est parti « pour quelques mois » et qu’il n’est jamais revenu en permission.
Sergueï, mobilisé quinqua
Sergueï a un peu plus de cinquante ans. Ancien chauffeur d’une région pauvre, il a signé un contrat avec l’armée pour payer ses dettes, attiré par une solde qu’il n’a jamais vue de sa vie et par la promesse que « ce sera rapide ». Il se retrouve dans une tranchée, mal équipé, entouré d’hommes trop jeunes ou trop vieux. Pour sa famille, la guerre est devenue un pari : soit la prime et le crédit remboursé, soit un père estropié – ou une notification de décès.
Irina, travailleuse précaire
Irina a 35 ans et enchaîne les petits boulots dans une ville moyenne : caisse, rayon, ménage. Avant la guerre, elle vivait déjà à la limite de la précarité ; depuis, tout coûte un peu plus cher, tout fonctionne un peu moins bien. Elle ne voit pas le front, seulement le prix du litre d’essence, les rayons vides certains jours, les collègues qui partent « sous contrat » parce que l’armée paye mieux que le supermarché. Une fatigue muette qui a pour seule forme d’opposition le fait de baisser le son quand Poutine parle à la télé.

Pour le député communiste Renat Souleïmanov, « une fin des combats aussi rapide que possible est nécessaire »
Une contestation au sein même de la Douma
Il y a un mois, nous avions évoqué Victoria Bonya, cette influenceuse bling-bling qui avait fait grand bruit dans le landernau russe avec une vidéo sur Instagram qui exprimait une certaine exaspération face à la « réalité du pays » sans aller jusqu’à incriminer directement Poutine ni davantage faire allusion à la guerre en Ukraine (ICI). Aujourd’hui, c’est au sein même de la Douma qu’une voix a osé s’élever. Le 20 mai dernier, Renat Souleïmanov a souhaité « une fin des combats aussi rapide que possible est nécessaire » : « Officiellement, 40% du budget fédéral est consacré à la défense et à la sécurité. De quel développement, de quels investissements ou placements peut-on encore parler dans ces conditions ? » En 2022, ce même député demandait la capitulation de l’Ukraine. Mais là, face une “opération spéciale” qui dépasse désormais en durée la « Grande Guerre Patriotique » et qui coûte bonbon, fini de bomber le torse ! Certes, ce Renat Souleïmanov ne fait pas partie de Russie Unie, l’écurie présidentielle. Il est l’un des 57 députés du Parti communiste de la Fédération de Russie à la Douma d’État, sur un total de 450 sièges. Mais quand même : ce petit symptôme parlementaire est un signe intéressant de fissure dans le consensus affiché par le Kremlin.
Parmi les grandes figures tonitruantes de la propagande belliciste, on note par ailleurs une certaine « baisse de volume ». Même en Russie, plus grand monde ne prête attention aux éructations de l’ancien président Dmitri Medvedev qui, en février dernier, menaçait de frapper Paris au motif que la France serait en train de livrer en secret l’arme nucléaire à l’Ukraine. Vladimir Soloviev, l’aboyeur en chef de la première chaîne de télévision, qualifiait le mois dernier Giorgia Meloni de « bête sauvage » ou encore d' »idiote certifiée », et Emmanuel Macron de « crétin » et de « nazi ». Mais là, il a du mal à tenir le rythme. Fatigué, le Soloviev ? Quant à l’idéologue frappadingue Alexandre Douguine, même s’il continue de plaider pour une « accélération » et une radicalisation de l’affrontement civilisationnel, il se fait beaucoup plus discret. Dans l’une de ses dernières interventions sur Radio Sputnik, il a expliqué que les pays engagés sur la voie de la « multipolarité » comme la Chine, l’Iran et naturellement la Russie, devaient accepter de payer « un prix très élevé ». Mais il n’est pas certain que les chaumières russes soient sensibles à l’argument de la « multipolarité » version Douguine…
Le proche étranger se dérobe
Quand ça ne va pas très bien soi, on peut être tenté d’aller chercher du réconfort auprès d’amis ou chez des voisins. On a vu qu’avec « l’ami » Xi Jinping, ça avait été moyen-moyen. Quant au voisinage… Cette semaine, les autorités du Kirghizistan ont ordonné la suspension simultanée des activités de 50 sociétés de commerce de gros, de transport et de logistique, jugées à “haut risque de sanctions” pour contournement probable des mesures occidentales contre la Russie. Le Kirghizistan est pourtant un allié traditionnel de Moscou, avec une base aérienne russe à Kant depuis 2003 et un système de défense antiaérienne conjoint décidé en 2023. En novembre dernier, Poutine et le président Sadyr Japarov avaient même signé une déclaration sur « l’approfondissement des relations d’alliance et de partenariat stratégique ». Mais aujourd’hui, cet « allié » craint d’être à son tour entraîné dans l’usure économique et diplomatique de la guerre. Après le Kazakhstan, qui a publiquement refusé de reconnaître les “républiques” séparatistes du Donbass, et l’Arménie, déçue par l’inaction russe face à l’offensive azerbaïdjanaise de 2023, qui remet publiquement en cause la fiabilité de Moscou comme garant de sécurité, quelle sera la prochaine défection dans la sphère poutinienne ?

Prospectus destinés au recrutement de combattants africains en mai 2024. Capture d'écran du site des Renseignements militaires ukrainiens.
Même en Afrique, ça commence à ruer dans les brancards. Entre avril 2023 et mai 2024, la Russie aurait recruté plus de 1 500 ressortissants étrangers, principalement en Asie du Sud et de l’Est, mais aussi dans certains pays africains. En juillet 2025, Poutine a signé un décret élargissant la possibilité pour les étrangers de servir dans l’armée russe. En avril dernier, un rapport publié par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, Truth Hounds et le Kazakhstan International Bureau for Human Rights, intitulé « Combattants, mercenaires ou victimes de la traite des êtres humains ? L’exploitation des combattants étrangers par la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine » (PDF ci-dessous en anglais, 112 pages), estime qu’« au moins 27 000 ressortissant·es étranger·es issu·es de plus de 130 pays » ont été recrutés par la Russie depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, et précise que ce chiffre est en hausse constante. Les auteurs soulignent qu’il s’agit d’une stratégie « délibérée et institutionnalisée » de recrutement, qui dépasse largement le cadre de quelques volontaires isolés.
Ci-dessous, une enquête de la BBC (27 janvier 2026) sur l'une des opérations militaires les plus secrètes de la Russie : le recrutement de ressortissants étrangers comme soldats de première ligne pour son invasion de l'Ukraine. Ce documentaire révélateur de BBCEye suit la journaliste Nawal Al-Maghafi alors qu'elle lève le voile sur les réseaux de recrutement qui ciblent les jeunes hommes issus de pays pauvres et déchirés par la guerre, comme la Syrie et le Yémen. Attirés par des promesses de prospérité et de citoyenneté, ils sont entraînés dans un conflit brutal dont beaucoup ne reviendront jamais.
En mars dernier, le Premier ministre kényan, Musalia Mudavadi, a demandé à la Russie de cesser d’enrôler des ressortissants de son pays, et Nairobi a lancé une enquête sur les réseaux de recrutement. Deux responsables d’une agence nommée Global Face Human Resources ont d’ores et déjà été inculpés pour des recrutements « à des fins d’exploitation par le biais de la tromperie ». Dans un article paru en février dernier (ICI), Fredrick Odhiambo Ojiro, membre de l’organisation panafricaine de défense des droits humains Vocal Africa, pointait le rôle de l’Église orthodoxe russe dans ces recrutements. Cette même ONG à 500 le nombre de Kényans envoyés combattre en Ukraine. « Les familles déplorent que leurs « fils » aient été « attirés, trompés et abandonnés dans une guerre étrangère », après avoir été « recrutés dans des circonstances obscures et abusives » », écrivait Le Monde dans un reportage publié le 25 avril dernier.
L’Afrique du Sud, pourtant « alliée » de la Russie au sein des BRICS, commence aussi commence elle aussi à faire sentir son malaise. Duduzile Zuma‑Sambudla, fille de l’ancien président Jacob Zuma, cristallise ce malaise : connue pour avoir relayé la propagande du Kremlin et lancé le hashtag #IStandWithRussia en février 2022, elle est désormais visée par une enquête pour l’enrôlement de dix‑sept jeunes Sud‑Africains, partis sous couvert d’une formation de gardes du corps et retrouvés coincés sur le front du Donbass. Condamnant « l’exploitation de jeunes vulnérables par des entités militaires étrangères », la présidence sud‑africaine a annoncé traquer activement ces réseaux de recrutement, dans un pays où six jeunes sur dix sont au chômage. Le président Cyril Ramaphosa a lui‑même interpellé Vladimir Poutine sur le sort de ces hommes lors d’un entretien téléphonique. L’affaire, très médiatisée, a contraint Duduzile Zuma‑Sambudla à démissionner de son mandat de députée fin novembre 2025, et à se taire depuis sur “sa” guerre d’Ukraine.

Un panneau d'affichage à Saint-Pétersbourg, en Russie, faisant la promotion d'un contrat au sein des forces de drones russes.
On peut y lire : « Les nouveaux. Les irremplaçables. Les troupes russes sans pilote. » Photo Getty Images
Les “nouveaux indispensables”
A l’intérieur de ses frontières, s’il ne semble pas disposé à décréter une mobilisation générale qui pourrait facile se retourner contre lui, Poutine continue néanmoins de chercher à enrôler à tour de bras. Après les taulards confiés à feu Evguenyi Prigojine, c’est au tout des étudiants que le Kremlin cherche à mobiliser comme opérateurs et ingénieurs de drones. L’Université fédérale d’Extrême‑Orient à Vladivostok, l’Université d’État de génie civil de Moscou et l’Université d’État russe d’hydrométéorologie à Saint‑Pétersbourg, et d’autres écoles d’ingéieurs, sont dans le collimateur. Pour que l’offre soit alléchante, le Kremlin met le paquet : un salaire annoncé autour de 5,5 millions de roubles la première année (environ 68 000 dollars), prime unique de 2,5 millions de roubles après formation, allocation mensuelle de 240 000 roubles, plus une prime supplémentaire versée par l’université.
Sur le papier, il s’agit d’un service high‑tech, loin des tranchées ; dans la pratique, préviennent juristes et ONG, rien ne garantit à ces étudiants qu’ils ne glisseront pas vers l’infanterie et des contrats sans fin, signés à l’ombre des amphis. Des premiers témoignages d’étudiants font état de pressions croissantes, notamment des menaces d’exclusion universitaire en cas de refus des contrats proposés. Malgré cela, le bataillon de « nouveaux indispensables » (comme les qualifie une campagne publicitaire du Kremlin) semble peiner à garnir ses rangs.
Kirill, de l’icône à la sanction
Dernier déboire en date pour Poutine : l’Église orthodoxe russe va enfin être ajoutée à la liste des sanctions européennes. On s’est désolé, ici même, que ce ne fut pas déjà le cas, notamment eu égard à sa complicité active dans les déportations d’enfants ukrainiens. Mais il y avait un os et cet os s’appelait Orbán. En 2022 et encore en 2025, le Premier ministre hongrois avait bloqué l’inscription du patriarche Kirill sur la liste noire européenne, au nom de la « liberté religieuse », obligeant Bruxelles à retirer son nom pour sauver les paquets de sanctions sur le pétrole ou d’autres mesures clés. Depuis la formation d’un nouveau gouvernement à Budapest, ce verrou saute : les autorités hongroises signalent qu’elles sont prêtes à laisser l’UE sanctionner le Kirill, ainsi qu’une poignée d’autres personnalités russes jusque‑là protégées par Orbán.
À force de vouloir user l’Ukraine, Poutine a fini par user sa propre armée, son économie, ses alliés et même ses saints protecteurs. La bérézina qui vient n’est peut‑être pas celle qu’il avait imaginée.
Un vainqueur sans victoire possible
« La guerre est déjà perdue pour la Russie », écrivait Galia Ackerman sur Desk Russie après les commémorations du Jour de la Victoire, qu’elle a qualifié de « défilé de la Défaite ». Le problème, c’est que Poutine s’est acculé dans une position où il ne peut pas perdre. Pour tenter de sauver la face, il dit dire qu’il a quand même gagné. D’après l’agence de presse Bloomberg, qui évoque une nervosité croissante au sein de l'élite russe, certains hauts responsables du Kremlin estiment désormais que la guerre est dans une impasse sans issue claire. Et Poutine souhaiterait mettre fin à la guerre en Ukraine avant la fin de l'année 2026, mais en posant ses propres conditions : un contrôle total sur la région ukrainienne du Donbass et un accord de sécurité plus large avec l'Europe qui reconnaîtrait de facto les gains territoriaux de la Russie. Dans une guerre, il est assez rare que ce soit le vaincu qui pose ses conditions. Autour de Poutine, mort de trouille à l’idée de le contrarier, personne n’ose lui dire : “Sire, même pas en rêve.”
Il est clair que la donne a changé à partir du moment où l’Ukraine, cessant d’être sur la seule défensive pour contenir l’avancée russe, a commencé à frapper des cibles stratégiques en Russie. Il faut se souvenir que dès 2022, les États‑Unis et plusieurs pays européens ont lié la livraison d’armes à une condition politique : ne pas utiliser ces systèmes pour frapper la Russie sur son territoire, afin d’éviter tout prétexte à une extension du conflit. L’Ukraine a ainsi été maintenue dans un rôle de victime défensive pour contenir la peur d’une escalade ouverte avec Moscou. La montée en puissance des capacités ukrainiennes (drones à longue portée, missiles de fabrication locale) a permis à Kyiv de frapper la Russie sans impliquer directement des armements occidentaux. Mais la « prudence » occidentale n’a-t-elle pas permis, in fine, que s’éternise une agression russe qui aurait peut-être pu être stoppée bien plus tôt.
Jean-Marc Adolphe
(1). Cité le 21 mai 2026 sur le site de The Kyiv Independant par Karol Łuczka, journaliste indépendant spécialisé sur l’Ukraine et la Russie, qui travaille également en tant que responsable de la défense de l’Europe de l’Est à l’Institut international de presse (IPI) basé à Vienne.






" L'histoire ne se répète pas, elle bégaie " (Georg Hegel, Jules Michelet, Friedrich Engels, Karl Marx, Heinrich Heine, Friederike Nitzsche ou ... John Cépluki)
Souvenir début des années '70, un officier très galonné était venu, dans notre Athénée**, nous haranguer à propos de l'URSS et de son "danger". Des centaine de milliers de soldats, des divisions de blindés incalculables sans parler des si nombreux sous-marin (sic)
Quand le Mur est tombé en 1989, et que le régime soviétique s'est effondré, on a du se rendre compte : le matériel si menaçant, les chars et les sous-marin, étaient vétustes, rouillés ou coulés.
Cette Russie,essoufflée, semble être à l'image de cette URSS à bout de souffle ...
Charlie Parker "Swedish Schnapps…
Le Népal, où plusieurs ressotissants ont été enrôlés, a depuis plus d'un an interdit les visas vers la Russie. Il faut dire que ce pays paie un lourd tribu aux "travaux" inutiles occidentaux, n'oublions pas le nombre de morts pour les stades de la Coupe du Monde!