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En quête de chemins nouveaux, de Magellan à Africolor, en passant par Lévi-Strauss

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La série Les Quatre Saisons, attribuée à l'atelier de Giuseppe Arcimboldo (1527-1593),

exposée dans la salle de vente de Christie's à Londres, le jeudi 27 novembre 2025. Photo Kirsty Wigglesworth / AP


Ça s’est passé un 28 novembre mais pas « en même temps » (qu’on laisse à Emmanuel Macron). Pendant que le général Leclerc se crashait en Algérie française, Fernão de Magalhães, alias Magellan, fendait les flots et ouvrait le détroit qui allait porter son nom, et Claude Lévi-Strauss, qui venait tout juste de naître il y a cent dix-sept ans, ne savait pas encore qu’il serait un jour mondialement célèbre avec ses Tristes tropiques. Ce même 28 novembre, enfin, s’ouvre en Seine Saint-Denis le vibrant festival Africolor. On s’y invite sans arrogance avec la chanteuse malienne Fatoumata Diawara.

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 L'IMAGE DU JOUR


En tête de publication : La série Les Quatre Saisons, attribuée à l'atelier de Giuseppe Arcimboldo (1527-1593) est exposée dans la salle de vente de Christie's à Londres, le jeudi 27 novembre 2025, où elle devrait être vendue entre 800.000 et 1.200.000 livres sterling (910.000 à 1,37 million d'euros) lors d'une vente aux enchères du 2 décembre (Photo Kirsty Wigglesworth / AP). Ces quatre tableaux à l'huile sur toile (74,9 x 61,8 cm chacun), portraits anthropomorphes composés de fruits, légumes et fleurs symbolisent le Printemps, l'Été, l'Automne et l'Hiver, typiques du style d'Arcimboldo. Il s'agit d'un rare ensemble complet d'atelier, apparu rarement aux enchères ; les séries originales (1573) sont dispersées (Musée du Louvre, Vienne).


 LES CITATIONS DU JOUR

« Chaque jour est un voyage, et le voyage lui-même est maison. » (Bashō, ouverture de "Oku no Hosomichi").​

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Mort il y a 331 ans, Matsuo Bashō (松尾 芭蕉), né Matsuo Kinsaku, est le poète haïku le plus célèbre de l'époque Edo, ayant élevé cette forme poétique de 17 syllabes en art majeur en y intégrant nature, états transitoires et introspection.​ Issu d'une famille de samouraïs, il sert jeune un seigneur local, Tōdō Yoshitada, qui l'initie à la poésie renga et haïkaï. Après la mort de ce mentor en 1666, Bashō abandonne son statut de samouraï pour se consacrer à la poésie, s'installant à Edo (Tokyo) vers 1672 où il gagne une réputation comme maître et enseignant.​ Ses pérégrinations à pied à travers le Japon, souvent solitaires et périlleuses, inspirent ses haïkus et haïbun (prose + haïku), capturant l'essence des saisons (kigo) et le sabi (beauté de l'impermanence). Oku no Hosomichi ("Le Chemin étroit du Nord profond", 1694, publié en 1702) relate son voyage de 1689 dans le nord, mêlant prose poétique et haïkus iconiques.

« … il ne peut s’agir dans un pays démocratique de caporaliser les distractions et les plaisirs des masses populaires et de transformer la joie habilement distribuée en moyen de ne pas penser. » (Léo Lagrange)

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Né il y a tout juste cent vingt-cinq ans, le 27 novembre 1900, Léo Lagrange était un homme politique socialiste français, député du Nord et premier sous-secrétaire d'État aux Sports et à l'Organisation des loisirs sous le gouvernement du Front populaire en 1936. Pionnier des congés payés, il créa le billet populaire offrant 40% de réduction sur les trains, favorisa les auberges de jeunesse, les trains spéciaux pour la neige et les croisières populaires.​ Seul député à s'engager volontairement en 1939, il est mort au front le 9 juin 1940 à Évergnicourt, lors d'une mission de reconnaissance pour détruire une usine occupée par les Allemands, transformée en place forte. La Fédération Léo Lagrange, fondée en 1950, perpétue son œuvre en éducation populaire et loisirs laïcs.​


« La culture est la première condition de la liberté. » (Maria Goyri)

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Décédée il y a soixante-et-onze ans, le 27 novembre 1954, María Goyri, de son nom complet María Amalia Vicenta Goyri de Menéndez Pidal, était une philologue, hispaniste, éducatrice et féministe espagnole, première femme à obtenir un baccalauréat et une licence en philosophie et lettres à l'université de Madrid.​ Née en 1873 à Madrid d'une mère célibataire cultivée, elle reçoit une éducation novatrice hors des normes sociales pour les femmes, incluant dessin, gymnastique et apprentissage précoce de la littérature. Mariée en 1899 à Ramón Menéndez Pidal, elle collabore à ses travaux sur les romances populaires, collecte des chants traditionnels et enseigne la littérature à la Residencia de Señoritas (1915) et à l'Instituto-Escuela (1918), réformant les programmes pour intégrer grammaire, oralité et poésie. Militante de l'éducation comme vecteur d'émancipation, elle collabore à des associations philanthropiques comme l'Unión Iberoamericana, publie des chroniques féminines et contribue à la collecte de folklore, tout en luttant contre les normes patriarcales.


 ÉPHÉMÉRIDE


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Magellan et sa flottille découvrant le détroit qui portera son nom / National Geographic / AKG


Magellan, les voiles et la foi


« Voyage, voyage » chantait dans les années 1980 Desireless [nom de scène de Claudie Fritsch-Mentrop, une chanteuse française célèbre pour ses hits des années 1980 comme Voyage, Voyage et John]. Voyage, certes, mais au long cours pour ce 28 novembre… 1520. Ce jour-là, l’explorateur portugais Fernand de Magellan découvre un passage maritime naturel dont l’enjeu stratégique va s’avérer immense pour créer des liens inédits entre l’Europe et le reste du monde. Ce détroit, situé à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud, portera désormais son nom. Fernão de Magalhães, alias Magellan, navigateur et explorateur portugais, passé au service du roi d’Espagne, a affrété une flotte de cinq navires, servie par 237 hommes, pour trouver une voie maritime passant par l’ouest, vers les Indes orientales et les îles Moluques. Ces lieux sont considérés comme des cornes d’abondance tant ils sont riches en épices, poivre et muscade : un trésor dont toutes les cours européennes raffolaient. La valeur de certains sacs d’épices (comme le poivre) pouvait atteindre l’équivalent du salaire à vie d’un artisan. Mais pourquoi chercher une voie maritime par l’ouest ? Parce que la route traditionnelle, orientale, est monopolisée par les Ottomans depuis la chute de Constantinople en 1453. Le but de Magellan est donc de les contourner afin de rendre le commerce des épices plus rentable.

 

Cet aventurier tente d’accomplir le projet inabouti de Christophe Colomb en 1492. Pour réussir un tel exploit, Magellan s’est certes appuyé sur l'expérience de ses expéditions précédentes vers l’Inde et l’Afrique. Mais il a pressenti l’existence d’un détroit en se basant sur des observations géographiques, sa connaissance des courants marins et la configuration des côtes. Son intuition se nourrit également des informations et des récits qui courraient en Europe, notamment celui d’une expédition portugaise ayant navigué dans le golfe du Río de la Plata, à l’estuaire formé par la confluence des fleuves Paraná et Uruguay, frontière naturelle entre l’Argentine et l’Uruguay.

 

Après quatorze mois de navigation, partis de Séville le 10 août 1519, Magellan et ses équipages longent les côtes de l’Amérique du Sud. Le 21 octobre 1520, la flotte atteint le cap Virgenes, à l’entrée du détroit, qu’ils baptisent "Estrecho de Todos los Santos" (Détroit de Tous les Saints). Et de la foi, il leur en faut pour traverser ce détroit, long de quelque 611 kilomètres, marqué par des vents violents et d'imprévisibles courants. Magellan et ses quatre navires (l’équipage de l’un d’entre eux, le San Antonio, se mutine, fait défection et rebrousse chemin) vont mettre plus d’un mois pour franchir ce passage maritime des plus risqués, longeant fjords et falaises, avant d’entrer enfin, le 28 novembre 1520, dans un océan qu’ils baptisent de "Mar Pacifico" en raison de son calme apparent comparé à l’Atlantique et aux flots particulièrement agités qui viennent d'être traversés.

 

« La foi est le vent qui remplit les voiles d’un bateau » affirmait Fernand de Magellan. Il aurait pu y ajouter le désir fou de l’aventure.


Avec Claude Lévi-Strauss, d'autres chemins nouveaux


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Claude Lévi-Strauss en 2005. Photo Michel Ravassard / UNESCO


Magellan découvrait des passages, Claude Lévi-Strauss, né il y a tout juste cent dix-sept ans, le 28 novembre 1908, cherchait lui aussi des chemins nouveaux pour découvrir les réalités cachées de nos sociétés. Ethnologue et anthropologue, le chercheur conçoit les cultures humaines comme des systèmes organisés par des structures cachées, comparables à la structure d’une langue. Cette théorie, inspirée notamment par la linguistique de Ferdinand de Saussure et développée dans les années 1940-1950, vise à découvrir les lois universelles qui gouvernent l’organisation des sociétés humaines, au-delà de leurs différences apparentes. Sous le nom de "structuralisme", son succès va être planétaire.


Pour Lévi-Strauss, ce qui importe n’est pas tant l’élément isolé (un mythe, un rite, une relation de parenté), que les relations entre les éléments, oppositions et corrélations, qui forment un système cohérent. Ces structures sont souvent inconscientes. Ainsi, dans Les Structures élémentaires de la parenté (1949), il démontre que les interdits comme celui de l’inceste ne sont pas arbitraires, mais structurent la société selon des règles précises.


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La mission Lévi-Strauss dans son campement, Nalike, Serra Bodoquena, sud du Mato Grosso, Brésil, 1935-1936.

Photo musée du quai Branly, fonds Claude Lévi-Strauss.


Tristes Tropiques, publié il y a soixante-dix ans, en1955, joue un rôle particulier dans son œuvre. Traduit en 26 langues et vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, Tristes Tropiques fut accueilli Dès sa sortie avec enthousiasme tant par la presse intellectuelle que par les médias dits "grand public". Raymond Aron, Georges Bataille et Michel Leiris couvrent le livre d’éloges. Fruit de son immersion chez les peuples indigènes du Brésil, notamment les Nambikwara, Caduveo ou Bororo, Tristes Tropiques est, plus qu’un simple récit de voyages, une déambulation ethnographique et philosophique, qui pose la question de la rencontre et de la compréhension des "autres". Le regard que porte Lévi-Strauss est marqué par une mélancolie profonde, confronté à la disparition de ces sociétés traditionnelles, emportées par l’acculturation et la colonisation. Il déconstruit les hiérarchies culturelles héritées du colonialisme et développe sa méthode structuraliste, qui scrute les textures profondes des cultures et des mythes pour en révéler les invariants, dépassant ainsi leurs apparences, supposées superficielles.


Un vent de sable emporte le général Leclerc de Hauteclocque


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Le général Charles de Gaulle et le général Leclerc (au centre) à Paris, en octobre 1945. Photo François Lochon / Getty.


Colonialisme encore, tapi dans l’ombre d’un dramatique événement le 28 novembre 1947. Ce jour-là, le général Philippe Leclerc de Hauteclocque meurt dans un accident d’avion près de Colomb-Béchar, en Algérie, alors encore française. Il effectuait une mission d’inspection militaire lorsqu’un vent de sable provoqua le crash de l’appareil, qui prit feu. Le général fut promu maréchal à titre posthume. Cette personnalité particulièrement appréciée des Français possédait une vista, rare dans son milieu, sur le colonialisme et son avenir.


Philippe Leclerc de Hauteclocque joua un rôle d’importance au cours de la Seconde Guerre mondiale, notamment en Afrique, où il fut chargé par le général de Gaulle de rallier les colonies françaises à la France libre. Envoyé au Cameroun, il réussit à faire basculer du côté des Alliés ce territoire, ainsi que le Gabon, jusqu’alors liés au régime collaborationniste de Vichy. En Afrique équatoriale française, il mena ensuite des campagnes militaires audacieuses, comme la conquête du Fezzan, en Libye italienne, avec des troupes souvent composées de soldats africains, montrant un commandement qui mêlait l’efficacité militaire et une gestion pragmatique, oserai-je dire empathique, des forces issues des colonies.


Mais pour les Français, le nom de Leclerc est surtout attaché à l’odyssée de la 2e division blindée (2e DB), dont il fut le fondateur en août 1943. Cette division armée et équipée selon le modèle américain regroupait 16.600 hommes et plus de 5.000 véhicules, dont les fameux chars Sherman. Elle rassemblait des soldats des troupes d’Afrique, des spahis (*), des compagnies de chars reconstituées en Angleterre, mais aussi des volontaires de la métropole, dont de nombreuses unités de Républicains espagnols réfugiés en France après la prise de pouvoir de l’assassin et dictateur Franco à Madrid.


La 2e DB, placée sous le commandement du général Leclerc, débarqua en Normandie en juillet 1944, intégrée à la 3e armée américaine du général Patton. Elle s’illustra par son efficacité et son audace dans plusieurs batailles clés, participant à la libération de territoires normands, notamment Alençon, puis remonta le plus rapidement possible vers Paris. La division entra dans la capitale le 25 août 1944, jouant, aux côtés des Forces françaises de l’intérieur (FFI), dirigées par le résistant communiste Rol-Tangy, un rôle crucial dans sa libération, obtenant la reddition du gouverneur allemand Von Choltitz. Le 26 août, la 2e DB défilait en vainqueur sur les Champs-Élysées aux côtés du général de Gaulle.


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Le président Ho Chi Minh reçu à la résidence du gouverneur français, le général Leclerc,

en présence de Jean Sainteny, commissaire de la République du Tonkin, le 18 mars 1946.


Le regard du général Leclerc sur la domination coloniale française fut des plus nuancés. Pour le moins. Nommé commandant du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient en 1945, il fut chargé de rétablir l’autorité française en Indochine, alors sous occupation japonaise depuis 1940. À son arrivée, Leclerc trouva une situation politique complexe : le mouvement indépendantiste vietnamien dirigé par Hô Chi Minh avait proclamé le 2 septembre l’indépendance du Vietnam. Le territoire était divisé entre une occupation britannique au sud et chinoise au nord, selon les accords de Potsdam signés en juillet 1945 par Staline, Truman et Churchill. Leclerc entreprit avec les troupes françaises la reconquête progressive de la Cochinchine, du sud de l’Annam, et du Cambodge, rétablissant la souveraineté française sur ces zones occupées par les Japonais.


Leclerc remonte avec ses troupes jusqu’à Hanoï. Dans cette ville, Ho Chi Minh vient de proclamer une République indépendante dont la Constitution est la copie de celle des États-Unis. Rappelons que le dirigeant communiste (un des fondateurs du PCF en 1920) a travaillé pour les services américains de l’Office of Strategic Services (l’OSS, l’ancêtre de la CIA) pendant la guerre. Leclerc est conscient des changements profonds travaillant les peuples des pays colonisés pour l’obtention de leur indépendance.


Le conflit entre Leclerc et l’amiral Thierry d’Argenlieu, nommé par le général de Gaulle comme Haut Commissaire de France et commandant en chef, va s’accentuer au fil des mois. Le général Leclerc de Hauteclocque comprit très vite, lui, qu’il était nécessaire de négocier avec Ho Chi Minh. Celui-ci était disposé à participer à une Union française renouvelée, comme l’avait proposé de Gaulle en février 1944, à Brazzaville, dans un discours resté fameux… et oublié sitôt que prononcé.


D’Argenlieu, amiral mystique qui parle à Dieu en direct (il se nomme père Louis de la Trinité au sein de l’ordre des Carmes) est persuadé que la reconquête sera « une simple opération de police ». Joignant les canonnières à la parole, il provoque avec ses navires de guerre en rade d’Haiphong un véritable massacre (certaines sources parlent de 20.000 morts civils) le 23 novembre 1946. Comprenant que la messe est dite et que ses efforts de règlement pacifique des différends sont vains, Thierry d’Argenlieu ayant l’oreille d’un général de Gaulle hors sol, Leclerc part vers d’autres cieux. La guerre d’indépendance du Vietnam, du Laos et du Cambodge durera 30 ans et causera plusieurs millions de victimes. Il faudra attendre le célèbre discours de Phnom Penh du général de Gaulle, le ler septembre 1966, devant un prince Sihanouk énamouré, pour voir le début du commencement d’une auto-critique de son erreur tragique. « Il n’y a aucune chance que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et quelle que soit la puissance de ses armes » affirme de Gaulle, tirant, mais un peu tard, les leçons du passé.


(*) - Les spahis sont à l'origine des cavaliers de l'Empire ottoman, recrutés parmi les tribus inféodées, dont le nom dérive du turc-persan sipâhi signifiant « soldat » ou « cavalier ». En Algérie, sous les Barberousse au XVIe siècle, ils forment un corps de prestige au service du dey d'Alger pour contrer les tribus rebelles, avant d'être intégrés à l'armée française après 1830. Après la conquête de l'Algérie, les spahis, d'abord appelés « chasseurs indigènes » ou « Mamelouks », sont officialisés par des ordonnances en 1834-1845, formant trois régiments algériens (Alger, Oran, Bône) participant à la "pacification" (Aurès 1846, Zaatcha 1849, Laghouat 1852). Ils servent ensuite en Tunisie, au Maroc et au Sénégal jusqu'en 1962, avec un encadrement français mixte.


Africolor, en toutes indépendances


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Fatoumata Diawara en concert lors du festival du Bout du Monde de Crozon (4 août 2012)


Pour finir, dépassement du colonialisme. Aujourd’hui s’ouvre le vibrant festival Africolor en Seine-Saint-Denis. Seront célébrées, jusqu’au 24 décembre, les indépendances africaines lusophones, avec un focus sur l’Angola, le Cap-Vert et les Comores. On y retrouvera notamment la magnifique chanteuse et comédienne malienne Fatoumata Diawara. Celle qui commença sa carrière artistique comme actrice, notamment dans le film La Genèse de Cheick Omar Sissoko (1999), et au théâtre dans l'Antigone de Sophocle (*), est surtout connue pour sa musique qui mêle des sonorités afro-folk, groove et jazz, avec des influences traditionnelles du Wassoulou, sa région d’origine au Mali. Voix incontournable, comme on dit, de la scène musicale africaine contemporaine, engagée sur des thèmes sociaux comme la lutte contre les mutilations génitales féminines, l’égalité des sexes, et la mémoire africaine, Fatoumata Diawara collabore avec des artistes prestigieux comme Damon Albarn, Herbie Hancock et Oumou Sangaré.


(*) - Fatoumata Diawara a tenu le rôle de "l'Enfant" dans une adaptation théâtrale de la pièce Antigone de Sophocle, mise en scène par Sotigui Kouyaté et adaptée par Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Cette production s'est jouée au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris à partir de 1998.


A l'affiche de cette nouvelle édition d'Africolor (ICI et sur Instagram), on remarque également, parmi beaucoup d’autres artistes africains, le groupe angolais Bênfôlikan, de la rencontre de deux virtuoses de la guitare, Yacouba Koné et Pierre Durand. Le groupe propose un voyage à travers l’histoire de la musique angolaise traditionnelle, en particulier du semba. Ce genre musical populaire est aussi une danse traditionnelle originaire de la région de Luanda en Angola. Le mot semba vient du kimbundu, une langue angolaise, et signifie littéralement « le corps de l’homme qui entre en contact avec le corps de la femme au niveau du ventre » ou, moins érotiquement, de la taille, durant la danse. Ce geste de contact est une caractéristique principale de la danse semba. Ce genre musical fut un moyen d’affirmer l’identité culturelle angolaise face à la colonisation portugaise.


Le semba et la samba pourraient avoir des origines communes. Le mot « samba » vient probablement d’un terme bantou proche du semba angolais. Ainsi, la samba brésilienne et cubaine serait issue, en partie, des formes traditionnelles de danse et musique apportées par les esclaves africains originaires d’Angola et d’Afrique centrale. Mais qu’importe l’origine pourvu qu’on ait l’ivresse. Pourvu qu’on y chante la fin du colonialisme et de son fils néo.


Pour aujourd'hui, on se quitte avec les paroles de Yada, chantée par Fatoumata Diawara :


En bambara : Hey cè, i tulo bè n’na wa / Wari b’i bolo, sanu b’i bolo / I ma fisa ne ye / Hey cè, i tulo bè n’na wa / Ko tògò b’i la, jama b’i bolo / I ma fisa ni ne ye, Ala / Ile, ile, ile, ile / Jama b’i bolo jama b’i la / I ma fisa ni ne ye / An k’a majigin / An k’a majigin / An k’a majigin / Yada, yada, yada, manyi / Yada, yada, yada, manyi / Yada, yada, yada, manyi / Yada, yada, yada, manyi / Hey cè, ja i tulo bè n’na wa / Wari b’i bolo, sanu b’i bolo / I ma fisa ni ne ye / A ko hey cèee / A ko hey cèeeI ma fisa ni n’ye / Hey ile, hey ile, hey ile / Hey ile, hey ile, hey ile


Ce qui, en en français, reviendrait à dire : Hé mec, tu m'entends ? / Je sais que tu as de l'argent et de l'or / Mais tu n'es pas meilleur que moi / Hé mec, tu m'entends ? / Je sais que tu es célèbre et que tu as beaucoup de fans / Mais tu n'es pas meilleur que moi / Toi, toi, toi / Je sais que tu as beaucoup de fans / Mais tu n'es pas meilleur que moi / Soyons plus humbles / Soyons plus humbles / Soyons plus humbles / Arrête d'être arrogant, ce n'est pas bien / Arrête d'être arrogant, ce n'est pas bien / Arrête d'être arrogant, ce n'est pas bien / Arrête d'être arrogant, ce n'est pas bien / Hé mec, tu m'entends ? / Je sais que tu as de l'argent et de l'or / Mais tu n'es pas meilleur que moi / Hé mec, je te parle / Oui, c'est à toi que je parle / Tu n'es pas meilleur que moi / Hé toi, hé toi, hé toi / Hé toi, hé toi, hé toi


Michel Strulovici



1 commentaire


claude.bernhardt92
il y a 19 heures

Jusqu'à 100 000€!!!! ça va demander un sérieux boulot de rédaction du dossier. Bon, je croise les doigts.

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