Jacques Bonnaffé, Lampedusa et Hölderlin
- Nadia Mevel

- il y a 2 jours
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Abysses : Léon et Jacques Bonnaffé devant le manuscrit de Davide Enya. Photo DR
Créé aujourd'hui à Cognac, Jacques Bonnaffé offre avec Abysses un récit où l’intime se mêle au tragique du monde. À partir de ses séjours à Lampedusa, Davide Enia tisse une parole bouleversante : celle des migrants rescapés, des sauveteurs, des pêcheurs, mais aussi celle d’un fils et de son père face à leurs propres naufrages. Et aussi, en prime pour aujourd'hui : des histoires papales, un papillon cosmique, une sénatrice australienne en burqa, une fusillade à Washington et des élections au Honduras... Au fait, la foire de la Saint-Siffrein, qui débute ce jour à Carpentras, rime-t-elle avec la poésie du Colombien José Asunción Silva, né il y a tout juste 160 ans ?
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L'IMAGE DU JOUR

Après la fusillade près de la Maison Blanche à Washington, mercredi 26 novembre 2025. Photo Evan Vucci / AP
Que s'est-il passé hier à Washington ? En plein Thanksgiving, à quelques pâtés de maisons de la Maison Blanche, un "tireur isolé" a fait feu sur des membres de la Garde nationale déployés par Trump dans la capitale fédérale. Deux agents seraient dans un état critique. Le suspect serait Rahmanullah Lakanwal, un ressortissant afghan âgé de 29 ans, entré aux États-Unis en 2021 dans le cadre de l'opération « Allies Welcome », un programme de l'administration Biden qui a permis d'évacuer et de réinstaller des dizaines de milliers d'Afghans après le retrait américain du pays. Cette fusillade contre des membres de la Garde nationale intervient dans un contexte de batailles judiciaires et de débat public sur le recours à l'armée par l'administration Trump pour lutter contre ce que les responsables qualifient de "problème de criminalité incontrôlable". Trump a aussitôt ordonné l'envoi de 500 membres supplémentaires de la Garde nationale à Washington, et a appelé à la réouverture de l'enquête sur tous les réfugiés afghans entrés sous l'administration Biden : « S'ils ne peuvent pas aimer notre pays, nous ne voulons pas d'eux ». En France, ça s'appellerait : "incitation à la haine raciale".

Pendant ce temps, Katie Wilson (photo ci-contre / The Seattle Times), une activiste démocrate à tendance socialiste, a été élue maire de Seattle, la ville qui a vu naître Amazon, délogeant le maire sortant Bruce Harrell. Âgée de 43 ans et nouvelle en politique élective, elle est issue du monde associatif et a fait campagne sur des thèmes clés comme la crise du logement, la taxation des hauts revenus pour financer le logement social, et la protection du statut de ville sanctuaire. Sa victoire marque un tournant à gauche pour Seattle, qui était déjà un bastion démocrate, et s’inscrit dans une dynamique nationale où des démocrates progressistes socialistes gagnent dans plusieurs grandes métropoles américaines.
Katie Wilson, qui a co-fondé l’organisation Transit Riders Union qui regroupe des usagers des transports publics, est entrée dans la course à la mairie de Seattle après que le maire sortant, avocat d’affaires qui se définit comme un démocrate modéré, ait promu une initiative visant à bloquer une nouvelle taxe sur les hauts revenus destinée à financer la construction de logements.
Hier, Katiev Wilson a annoncé la composition complète de son équipe de transition, liste de 60 personnes qui comprend des représentants du mouvement syndical, de groupes communautaires et d'institutions civiques. Parmi elles : Lisa Daugaard, codirectrice exécutive de l'organisation à but non lucratif Purpose Dignity Action, qui lutte contre le "sans-abrisme", et Dominique Davis, directrice générale de l'association Community Passageways, qui vient en aide aux jeunes en difficulté. (Source : The Seattle Times)
LA CITATION DU JOUR
« La poésie n'est pas l'imitation du réel, mais la création d'un idéal qui plaît et persuade. » (Jacopo Mazzoni)

Ci-contre : portrait de Jacopo Mazzoni vêtu d'un manteau à fourrure. Graveur : Claudio Artaria.
Né il y a 477 ans, le 27 novembre 1548, Jacopo Mazzoni était un philosophe, philologue et critique littéraire italien de la Renaissance, né à Cesena. Il est surtout connu pour ses travaux en critique littéraire, notamment pour sa défense de La Divine Comédie de Dante. Mazzoni a révolutionné la notion de mimésis en poésie en concevant l'imitation non pas comme la reproduction du réel mais comme la création d'un idéal, qu’il nomma idol. Pour lui, le critère principal de la poésie est la crédibilité plutôt que la vérité. Il voyait la poésie comme une activité sophistique dont le but est de persuader et de plaire, en suscitant le plaisir par des images crédibles. Il a aussi insisté sur l’importance de la fonction civique de la poésie et a influencé la critique littéraire moderne, anticipant des idées proches de celles de Jean Baudrillard.
ÉPHÉMÉRIDE

Benjamín Mendoza y Amor. La batterie de Ringo et le saxophone de Teodoro. Aquarelle sur carton, Londres, 1980, 26,9 x 37,5 cm
Histoires papales
Il s’appelait Benjamín Mendoza y Amor Flores, ce qui, déjà, n’est pas banal. Artiste peintre bolivien, se réclamant du surréalisme, il a pas mal bourlingué, en Argentine, aux États-Unis, au Japon, à Hong Kong et aux Philippines. Il a aussi exposé en Union soviétique et à Hawaï… Toutefois, ce n’est pas en tant qu’artiste que Benjamín Mendoza y Amor Flores (mort à Lima, au Pérou, le 2 août 2014) est passé à la postérité. Il y a tout juste cinquante cinq ans, le 27 novembre 1970, à Manille, déguisé en prêtre et armé d’un kris (une dague traditionnelle) il se jeta sur le pape Paul VI qui venait d’arriver au Philippines. Heureusement pour Paul VI, le port d’un collier rigide autour du cou, et l’intervention de ses assistants qui freinèrent le geste de l’assaillant, les blessures furent sans trop de gravité. Lors de son procès, Mendoza a affirmé qu’il voulait « sauver l’humanité de la superstition »…
Encore une histoire de pape, mais des années, voire des siècles plus tôt. Il y a tout juste cinq cents ans, en 1525, Clément VII (né Giulio di Giuliano de' Medici, issu de la célèbre famille Médicis comme son nom l'indique, et protecteur de Leonard de Vinci) pondit une bulle pour fixer au 27 novembre la date de la foire de la Saint-Siffrein, à Carpentras. Évêque de Carpentras au VIe siècle, Saint Siffrein était considéré comme un protecteur contre les calamités : chaque année, un pèlerinage lui était dédié. Aujourd'hui, la foire de Saint-Siffrein dure quatre jours, et du pélerinage d'antan, il ne reste plus, en ouverture de la manifestation, qu'un Défilé des reliques de Saint Siffrein. En clôture de la première journée, ce 27 novembre à 17 h, on conseille vivement la retraite aux flambeaux dans les rues de Carpentras : « le cortège, animé par les musiciens du Félibrige, réunira comédiens costumés, lanterniers, moutons, chevaux, poneys et ânes. Calèches, danseurs, accordéoniste, sonneurs de cloches et cors des Alpes accompagneront la parade, dans une ambiance à la fois poétique et populaire » (ICI).
LE TOUR DU JOUR EN 80 MONDES

CHILI. Papillon cosmique
Au Chili, un télescope au Chili a capturé une image spectaculaire d’un magnifique papillon cosmique. Pris le mois dernier par le télescope Gemini South, ledit Papillon est situé à 2.500 à 3.800 années-lumière dans la constellation du Scorpion. Une année-lumière équivaut à 9.656 milliards de kilomètres. Au cœur de cette nébuleuse bipolaire, une naine blanche a libéré il y a longtemps ses couches externes de gaz, formant des ailes semblables à celles d’un papillon. La chaleur de l’étoile fait briller ce gaz. Des écoliers chiliens ont choisi ce sujet pour célébrer les 25 ans d’activité de l’Observatoire international Gemini.
HONDURAS. Politique et sexisme

Ashanti Crisanto, artiste et candidate députée pour le Parti Innovation et Unité, manifeste le 25 novembre 2025 à Tegucigalpa
contre les violences faites aux femmes. Photo Marie Griffon / RFI
Dans quelques jours, le 30 novembre, on vote au Honduras : présidentielle, législatives et municipales. La présidente sortante, Xiomara Castro, du parti de gauche Liberté et Refondation, se représente. Face à elle : onze partis en lice, dans un contexte politique tendu, marqué par de vifs débats autour de la sécurité, de la corruption, et de l'économie fragile du pays.
Pour RFI, un reportage de Marie Griffon (ICI) met en lumière les violences politiques contre les femmes. Malgré leurs divergences idéologiques et partisanes, une trentaine de députées, mairesses et candidates dénoncent l'impunité généralisée (90% des cas de violences de genre non poursuivis). Les témoignages révèlent un manque de respect systématique : agressions physiques ignorées (comme celle de la députée Fatima Mena), menaces de mort, harcèlement en ligne, blagues sexistes, deepfakes et rumeurs de "mafia" via l'IA, particulièrement contre des figures comme Rixi Moncada (Parti Libre) ou Palma Ashantianto (PINU), y compris au sein de leurs partis. Les femmes garifunas, comme Ash Cris, subissent en plus racisme et stéréotypes. Un projet de loi contre la violence de genre stagne depuis dix ans, saboté par un "pacte machos" au Congrès.
ITALIE : Féminicide se dit "femminicidio"
En France, pas encore. En Italie, c'est fait : Les députés italiens se sont prononcés, mardi 25 novembre, en faveur d'une proposition de loi qui introduit dans le Code pénal italien le crime spécifique de féminicide, passible de la réclusion à perpétuité. Le texte, fruit d'une initiative gouvernementale et déjà approuvé par le Sénat en juillet, a recueilli 237 voix. Cette décision unanime des députés italiens instaure le féminicide comme un délit spécifique passible de la réclusion à perpétuité. Le nouvel article 577 bis du Code pénal définit ce crime comme l’homicide d’une femme commis en raison de sa condition de femme, incluant les actes de discrimination, de haine, ou de domination liés au genre.
AUSTRALIE. Une députée en burqa

Pauline Hanson est une figure controversée de la politique australienne, leader du parti d'extrême droite One Nation qu’elle a fondé en 1997. Elle vient d'être suspendue sept jours du Sénat australien après avoir porté une burqa lors d’un débat, une action destinée à dénoncer ce vêtement dans l’espace public. Depuis les dernières élections fédérales, One Nation connaît un regain de popularité, atteignant jusqu’à 15% dans les sondages...
BRÉSIL. La taule pour Bolsonaro
Il a voulu s'émanciper de son bracelet électronique... L'ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans et trois mois pour avoir orchestré un coup d'État visant à renverser le résultat de l'élection présidentielle de 2022 a été mis à l'ombre dans un centre de détention fédéral à Brasilia.
LE SPECTACLE DU JOUR
Un soulèvement contre le naufrage
D’abord on est saisi par la violence des images, les corps portés par la mer, les récits relatifs aux coups reçus, l’abattement. Et pourtant tout est tenu par le souci de respirer, garder la tête indemne, se regrouper sur la cellule familiale. Alors ce serait l’histoire d’un fils et son père, l’histoire de vies traversées face au monde et à son tumulte. Ce 27 novembre à l'Avant-scène de Cognac, Jacques Bonnaffé crée Abysses, de Davide Enia, écrivain Italien dont la réputation s’est établie en France avec le délectable Italie-Brésil 3 à 2, récit d’un match de football au sein d’une famille italienne. Là, il s'agit de Lampedusa, l’île italienne connue pour ses accostages sans nombre et son centre d’accueil ou de rétention des migrants. La volonté de Davide Enia est de nouer son vécu familial (son père - son oncle), au drame de ces familles échouées. Il injecte un matériau documentaire, composant une rythmique poignante, mots des sauveteurs, ceux aussi des pêcheurs et des habitants de l’île à propos de ces destins naufragés qui viennent bouleverser leurs rêves et leur travail. Des naufrages de chacun, on avance au sauvetage, notre seule issue. On peut aussi présenter la pièce par ces simples mots : une écriture de plein fouet illustrant la Méditerranée, notre berceau dans l’Europe.
Jacques Bonnaffé parle de la pièce Abysses. Vidéo mise en ligne le 25 juin 2025
De la pièce à la réalité : Jacques Bonnaffé joue la pièce avec son fils, Léon :
« On s'y remet et cette fois pour de bon ! Père et fils en Abysses. (...) L’auteur, Davide Enia, nous laisse ce titre, sans y revenir après. Profondeur intenable de la mer, celle que le plongeur-sauveteur peut entrevoir dans une des scènes de la fin. Abysses comme le contenant implicite de toute tragédie : des grands fonds parcourus de plaintes, d’apocalypses étouffées, de cris ou de silences. Termes trop encombrants pour s’exposer nus au théâtre, et sur la plaquette. Qu'ils restent en fond. Remontant à la surface, la pièce nous fait voir un père et son fils plusieurs fois. Elle nous fait entendre un appel d’abord. Devant l’ampleur du tableau, tel un champ dévasté et la mort qui rôde, le fils appelle son père. Pour être précis : le directeur d’un théâtre appelle le fils qui appelle son père, qui appelle les souvenirs, la famille au secours, la mort. Plus loin dans le texte, un père appelle son fils dans la noyade. Parfois, le fils assomme le père, cela arrive dans les sauvetages. (...) Tous deux sortent de naufrages, voilà ce qui nous saute aux yeux, en laissant remonter nos images au gré des courants, et des répétitions. Le fils et le père, par jeu ou pour de vrai, acteurs et parentés, ils suivent une ascension difficile. Depuis Lampedusa premier jour, le quai de débarquement des migrants, puis le cercle des amis, l’enquête assidue auprès des pêcheurs, des personnes actives, du gardien de cimetière. Ils parviennent au sommet. Submergés par la réalité soudaine (parvenir à sortir "de son propre naufrage", dit le fils) ils cessent d’être des enfants, ils grandissent, c’est ainsi qu’ils vont (là où croit le péril, là grandit ce qui sauve, leur souffle Friedrich Hölderlin). (...) Ce soulèvement même, contre le naufrage, c’est notre "Abysses". »
Abysses, le 27 novembre à l'Avant-scène de Cognac (ICI)
POEME DU JOUR

Ci-contre : Photographie de José Asunción Silva, 1885. Copie du manuscrit de El libro de versos, 1891-1896. Bibliothèque Luis Ángel Arango.
Né il y a tout juste cent soixante ans, le 27 novembre 1865, José Asunción Silva, poète colombien, est considéré comme l’un des précurseurs les plus importants du modernisme en Amérique latine. Né à Bogotá dans une famille aisée, il a montré très tôt un talent littéraire, écrivant des poèmes dès l’enfance et maîtrisant plusieurs langues. Sa poésie est marquée par un style mélancolique, symboliste et novateur, influencée par des auteurs européens comme Baudelaire et Oscar Wilde.
Parmi ses œuvres les plus célèbres figure le poème Nocturne (1894), considéré comme un chef-d’œuvre du modernisme colombien. Sa vie a été marquée par des tragédies personnelles : la perte de sa sœur, la quasi-disparition de ses manuscrits dans un naufrage, et des difficultés financières importantes. Ces épreuves le poussèrent au suicide en 1896, à seulement 30 ans. José Asunción Silva laisse une œuvre poétique brève mais essentielle, qui a influencé toute une génération de poètes hispano-américains, notamment Rubén Darío.
José Asunción Silva, Nocturne
Une nuit,
une nuit pleine de parfums, de murmures et de musique d'ailes,
une nuit,
où brûlaient dans l'ombre nuptiale et humide, les fantastiques lucioles,
à mes côtés, lentement, contre moi, toute silencieuse et pâle
comme si un pressentiment d'amertume infinie
au plus profond de tes fibres,
tu marchais sur le sentier qui traverse la plaine fleurie,
et la pleine lune
dans le ciel bleu, infini et profond, répandait sa lumière blanche,
et ton ombre,
fine et languissante,
et mon ombre
projetées par les rayons de la lune,
sur les sables tristes
du sentier se rejoignaient
et n'étaient qu'une
et n'étaient qu'une
Et n'étaient qu'une seule longue ombre !
Et elles ne formaient qu'une seule ombre longue !
Et elles ne formaient qu'une seule ombre longue !
Cette nuit,
seul, l'âme
remplie des infinies amertumes et agonies de ta mort,
séparé de toi-même, par l'ombre, par le temps et la distance,
par l'infini noir
où notre voix ne porte pas,
seul et muet
je marchais sur le sentier,
et j'entendais les aboiements des chiens à la lune,
à la lune pâle,
et le coassement
des grenouilles...
J'ai senti le froid ; c'était le froid qui régnait dans ta chambre
sur tes joues, tes tempes et tes mains adorées,
parmi la blancheur neigeuse
des draps mortuaires !
C'était le froid du sépulcre, c'était le froid de la mort,
c'était le froid du néant...
Et mon ombre
projetée par les rayons de la lune,
allait seule
allait seule
allait seule dans la steppe solitaire !
Et ton ombre svelte et agile,
fine et languissante,
comme en cette nuit tiède du printemps mort,
comme en cette nuit pleine de parfums, de murmures et de musiques d'ailes,
s'approcha et partit avec elle,
s'approcha et partit avec elle,
s'approcha et partit avec elle... Ô les ombres enlacées !
Ô les ombres des corps qui s'unissent aux ombres des âmes !
Ô les ombres qui se cherchent et s'unissent dans les nuits de noirceur et de larmes !...
Nadia Mevel et Dominique Vernis





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