Quand la chouchoute russe de Bolloré crucifiait un enfant de 3 ans
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 2 heures
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Le 11 novembre 2018, pour Russia Today, Ksenia Fedorova interviewe Vladimir Poutine à Paris, lors de sa venue pour les commémorations du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale. Captures d'écran (la vidéo de l'interview a été retirée de You Tube)
Avec Ksenia Fedorova, ce n'est pas seulement une "propagandiste" que couve Vincent Bolloré, mais une faussaire sans scrupule, vraisemblablement "recrutée" par le FSB il y a plus de vingt ans, capable d'inventer ou de couvrir les pires machinations. Alors que la propagande russe vient d'inventer l'histoire d'une petite fille qui se serait terrée dans une cave pour échapper aux drones ukrainiens, retour sur une célèbre fake news de 2014, l’affaire de « l’enfant crucifié de Slaviansk », mise en scène à la télévision russe. Un monument de désinformation. A l'époque, Ksenia Fedorova était aux premières loges...
les humanités, ça n'est pas pareil.
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L’histoire est « très très émouvante ». C’est celle d’une petite fille : Sofia, 10 ans, que l’armée russe aurait courageusement sauvée en Ukraine. Sa mère et ses grands‑parents auraient été tués par un drone ukrainien. Sofia se serait cachée, toute seule, dans une cave à la périphérie de Konstantinivka, ville de la région de Donetsk âprement disputée entre forces russes et ukrainiennes. Heureusement, nous dit la narration officielle, elle aurait été repérée par de valeureux soldats russes qui lui ont apporté de la nourriture pendant près d’un mois, avant de pouvoir l’évacuer, le 8 juillet dernier. Ouf : elle serait désormais « en sécurité ».
La première chaîne de télévision russe et l’agence TASS ont massivement diffusé cette histoire. Dans une vidéo d’une quinzaine de minutes, la petite fille raconte : « Les soldats ukrainiens sont venus, ils ont emmené mon grand‑père dans la cuisine. Et ils ont tous promis qu’ils nous sortiraient de là. Ils ne l’ont pas fait. Ils ont menti. Ils savent mentir, ces “Uk…” » – expression intraduisible qui compare les Ukrainiens à des animaux. Puis vient le passage le plus étrange, où le texte semble basculer dans un mélange d’éléments de langage et de confusion politique : « Je me sens beaucoup mieux dans mon for intérieur, tellement heureux de quitter cette maudite Ukraine, où Trump a déclenché cette guerre. (…) Je peux déjà me connecter à Internet. Ils m’ont installé Telegram et Max hier. »
Le "sauvetage" de "Sofia" par des soldats russes à Konstantinivka, et son "témoignage" :
trois séquences d'une vidéo fdiffusée par des médias russes.
À ce stade, le spectateur russe est censé être bouleversé : une enfant traumatisée, des Ukrainiens cruels, des Russes magnanimes, et un ennemi lointain – un « Trump » sorti de nulle part – pour achever de brouiller la perception de la guerre. Sauf que… les seules traces de frappes de drones ukrainiens dans les alentours de Konstantinivka concernent des colonnes russes, des objectifs militaires, pas des caves abritant une famille. Quant à Konstantinivka elle‑même, encore sous contrôle ukrainien, plusieurs reportages de terrain – Les Échos, RFE/RL, TV5 Monde – la décrivent comme une ville où civils et militaires ukrainiens vivent sous la menace constante des drones et des bombardements russes. Dans ces récits, ce sont les habitants de Konstantinivka qui se terrent dans les sous‑sols pour échapper aux frappes venues de l’est, pas une petite fille russophone cachée des drones « ukrainiens ».
Le « témoignage » fabriqué
L’histoire « bouleversante » de Sofia est donc, en réalité, un récit fabriqué, scénarisé, calibré pour la propagande. Et c’est là que le malaise devient vertige : qu'a-t-il fallu d’endoctrinement – voire de menaces – pour amener cette petite fille de dix ans (qui ne s’appelle peut‑être même pas Sofia) à réciter, face caméra, son « témoignage ». Quel texte lui a été écrit ? Combien de fois lui a‑t‑on fait répéter ces phrases sur les « Uk… » qui « savent mentir », sur « Trump » qui aurait déclenché la guerre, sur sa « joie » de quitter cette « maudite Ukraine » ? Derrière la fable héroïque, il y a une réalité brute : un enfant instrumentalisé, un centre de « réinsertion » transformé en studio de propagande, et un pouvoir qui utilise la voix des plus vulnérables pour travestir le sens même de la guerre.
Avant une prochaine audience de la Cour européenne des droits de l’homme
Pourquoi ce récit surgit‑il précisément maintenant ? Peut‑être pour faire contre‑feu à ce qui s’annonce à Strasbourg. Le 22 septembre prochain, la Cour européenne des droits de l’homme tiendra une audience dans l’affaire « Ukrainian Helsinki Human Rights Union on behalf of ten Ukrainian children v. Russia » (requête n° 6719/23), qui concerne des enfants ukrainiens placés dans des structures de protection en Crimée au moment de l’occupation de la péninsule par la Russie en 2014.
Si l’affaire ne porte formellement que sur dix enfants, le communiqué de presse de la Cour va beaucoup plus loin : « À la suite du 27 février 2014, date à laquelle la Russie a revendiqué la juridiction sur la Crimée, plus de 4 000 enfants privés de soins parentaux ont été automatiquement déclarés ressortissants russes. Malgré les demandes du gouvernement ukrainien, la Russie aurait refusé de transférer les enfants aux autorités ukrainiennes et aurait ouvert des procédures d’adoption. »
Autrement dit, derrière ces dix cas, il y a une politique de masse : changement forcé de nationalité, refus de restitution aux autorités ukrainiennes, adoption organisée au bénéfice de familles russes. Les observations conjointes déposées auprès de la Cour par l’International Partnership for Human Rights et le Humanitarian Research Lab de Yale situent précisément ces enfants dans un système plus vaste de déportation, de « passeportisation » et d’adoptions illégales – un dispositif centralisé qui vise des milliers de mineurs ukrainiens.
Cela ne fait que confirmer ce que nous avons documenté, depuis le début de l’année : bien avant l’invasion de 2022, la Crimée a servi de « laboratoire génocidaire » à la politique russe envers l’enfance ukrainienne (ICI). Maillage de foyers et d’orphelinats, transferts d’enfants vers la Russie, russification administrative et identitaire, endoctrinement dans des camps « patriotiques » : tout ce que la Cour pénale internationale qualifiera plus tard de crime de déportation forcée d’enfants a déjà été expérimenté, testé, rodé sur la péninsule annexée.
La fabrique russe des « enfants martyrisés »
De toute façon, l’« affaire Sofia » ne sort pas de nulle part. La propagande russe invente, plus ou moins régulièrement, des fictions où des enfants sont martyrisés par les « méchants nazis ukrainiens ». C’est devenu un motif récurrent du récit de guerre : l’Ukraine transformée en bourreau d’enfants, la Russie en protectrice compatissante.
On a vu fleurir à Moscou des portraits d’enfants ukrainiens, affichés dans les rues, présentés comme victimes d’atrocités, parfois sans que l’on sache si les photos correspondent à des personnes réelles, à des cas authentifiés, ou à des figures recomposées pour les besoins du récit. On a entendu, jusque dans l’enceinte des Nations unies, des accusations de « trafics d’organes » visant l’Ukraine, lancées par des représentants russes et relayées par le réseau médiatique d’État : des déclarations spectaculaires, jamais étayées, qui font de l’enfant ukrainien une figure sacrifiée sur l’autel de la barbarie occidentale.

En mars 2022, juste après le début de l'invasion en Ukraine, cette photographie fait partie d'une exposition de propagande
organisée à Saint-Pétersbourg par l'agence de publicité et d'information "Armée de Russie" du ministère de la Défense de la Fédération
de Russie pour recueillir des dons pour les enfants du Donbass. Unec Une série intitulée « Посмотри в глаза Донбассу »
(“Regarde dans les yeux du Donbass”), réalisée par Irina Lashkevich et Daniil Bogdan, a donné lieu à des expositions itinérantes
de portraits d’enfants dans plusieurs pays, présentés comme enfants victimes de la guerre qui ont « perdu leur enfance »
à cause du conflit. En 2025, l'exposition de photos « Дети, которых больше нет » (“Des enfants qui ne sont plus là”)
consacrée aux enfants tués dans le Donbass réunissait une trentaine de photoportraits d’enfants dont la mort est attribuée aux “bombardements ukrainiens”. Plus récemment, début 2026, au centre pour enfants « Orlyonok », une exposition intitulée
« Дети России. Дети Донбасса » présentait, entre autres, 27 portraits de jeunes habitants des “républiques” du Donbass,
peints à partir de photos de correspondants militaires censées montrer des enfants vivant
dans des zones de tirs entre 2014 et 2017.
On a déjà documenté cette mécanique dans plusieurs enquêtes : sur la façon dont la Russie instrumentalise l’Espagne et d’autres pays pour accuser l’Ukraine de trafics d’organes, évidemment sans preuves (ICI), en jouant sur les peurs les plus archaïques autour du corps de l’enfant ; sur la manière dont la propagande masque derrière ces discours un crime de masse bien réel – la déportation et la russification forcée de milliers de mineurs ukrainiens. Dans ces narrations, le bourreau et la victime changent de camp : les responsables des enlèvements et des transferts deviennent des « lanceurs d’alerte » sur des horreurs imaginaires.
Ce motif est porté, depuis des années, par des figures comme Anna Kouznetsova, ancienne commissaire présidentielle aux droits de l’enfant, qui a contribué à diffuser l’idée que les enfants ukrainiens seraient « sauvés » de trafics, de violences, de familles indignes – alors même qu’ils sont arrachés à leur pays, à leur langue, à leurs proches. On a déjà rapporté ses déclarations, en montrant comment ce discours de « protection » sert de paravent à une politique d’enlèvements et de dispersion massive (ICI).
Dans ce paysage, « Sofia » s’inscrit parfaitement : une petite fille soigneusement scriptée pour raconter que les Ukrainiens mentent, tuent, torturent, que les Russes nourrissent, sauvent, adoptent. Elle n’est pas une exception, mais un épisode de plus dans une série où l’enfance est systématiquement convoquée pour blanchir les crimes du régime et salir la résistance ukrainienne.
« L’enfant crucifié de Slaviansk » : monument de propagande
Il faut revenir sur un monument du genre : la tristement célèbre « affaire de l’enfant crucifié de Slaviansk ».
En juillet 2014, une femme présentée comme réfugiée, Galina Pychniak, raconte à la télévision russe que des soldats ukrainiens auraient crucifié un garçon de trois ans sur la place centrale de Slaviansk, devant sa mère, puis l’auraient laissé agoniser pendant une heure. L’interview est diffusée le 12 juillet dans le journal du soir de la chaîne publique Pervyi Kanal, puis rediffusée en boucle par Russia Today. Très vite, des journalistes présents à Slaviansk – agences internationales, médias ukrainiens – ne trouvent aucune trace de la scène décrite : ni témoin, ni corps, ni place conforme au récit. L’« enfant crucifié » devient alors l’exemple canonique d’une fake news télévisuelle, construite pour frapper les esprits et diaboliser l’armée ukrainienne.

Grand sourire... Le 16 juillet 2014, Alexey Volin, alors vice-ministre du Développement numérique, des Communications et des Médias
de la Fédération de Russie (il a été nommé en 2021 directeur général de la Russian Satellite Communications Company)
affirme lors d'un programme de Dojd TV, que l'enquête sur "l'enfant crucifié de Sloviansk"
est "conforme à toutes les normes, règles et critères de l’éthique journalistique".
Si la manipulation a été avérée – absence de preuves, contradictions, démentis locaux –, on n’a jamais su, officiellement, comment la machination avait été montée ni qui en avait décidé la diffusion. Pervyi Kanal a, un temps, défendu son reportage avant de se faire plus discret ; aucun responsable n’a été nommé, aucune enquête indépendante n’a établi la chaîne de commandement précise de ce récit d’horreur.
Aux premières loges : Xenia Fedorova
Aux premières loges de l’histoire, selon une source confidentielle, on trouve un nom qui défraie depuis quelque temps la chronique en France : celui de Xenia Fedorova.
Un petit topo s’impose. Fedorova est aujourd’hui connue comme l’ancienne dirigeante de RT France, devenue chroniqueuse omniprésente dans les médias de la galaxie Bolloré, où elle déroule sans contradiction les narratifs du Kremlin sur l’Ukraine, l’OTAN, les enfants déportés. Elle est décrite, par plusieurs portraits, comme une protégée très utile : elle apporte la voix de Moscou, les chaînes lui offrent leurs plateaux.
Son CV, lui, est pour le moins lacunaire. Elle s’est attribué un diplôme de journalisme de la prestigieuse faculté de journalisme de l’université d’État de Moscou, où elle n’a, semble‑t‑il, jamais mis les pieds – c’est ce que rappelle Maxime Audinet, auteur d’Un média d’influence d’État. Enquête sur la chaîne russe RT (INA Éditions, 2024), qui reconstitue son parcours et note les zones d’ombre de sa biographie officielle. Plus vraisemblablement, Fedorova serait passée par l’Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), surnommé le « Harvard » russe, placé sous la tutelle directe du ministère des Affaires étrangères, et qui a historiquement servi de vivier pour le KGB.
La « tradition » s’est prolongée avec le FSB, comme l’a montré une enquête du média indépendant Proekt, reprise par The Moscow Times : des étudiants du MGIMO témoignent de convocations dans des bureaux spécifiques à l’intérieur de l’université, où des représentants non identifiés leur proposent des carrières dans le renseignement, avec des missions de surveillance de collègues ou de personnels diplomatiques lors de stages en ambassade. Dans ce cadre, Fedorova aurait été « recrutée » par le FSB, au début des années 2000.
Des plateaux de propagande au sommet de RT
En 2004, sous son nom de naissance (Ksenya Borchik), elle apparaît dans un petit rôle de journaliste dans un film d’action d’Evgueni Lavrentiev, Compte à rebours (Личный номер). Malgré un budget considérable pour l’époque, le film est un nanar total : vaguement inspiré de la prise d’otages du théâtre de Moscou, il ajoute tant d’éléments romanesques qu’il devient un embrouillamini indigeste. L’intrigue n’a qu’un seul objectif : donner une image positive du FSB, qui a financé l’essentiel de la production et a dépêché sur le tournage, comme « consultant », son ancien directeur adjoint, Vladimir Anisimov – lequel sera ensuite mis en cause dans des affaires de contrebande et de fraude liées à des oligarques mafieux.
Peu après la sortie de ce film de propagande, la trajectoire de Fedorova accélère. Engagée par la chaîne Russia Today, elle est propulsée, à 26 ans, directrice du service d’actualités internationales puis productrice exécutive. En 2009, elle devient directrice du bureau de développement et d’avancement des projets médiatiques de RT, puis cheffe de la direction de l’information pour la Russie, la Communauté des États indépendants et les pays baltes. En 2014, elle est appelée à prendre la direction de RT France, dans la phase où la chaîne prépare son expansion francophone.
Autrement dit, au moment où la Russie annexe la Crimée, encourage – pour ne pas dire forme et finance, avec l’appui d’oligarques comme Konstantin Malofeev – les séparatistes du Donbass, Fedorova est au cœur de l’appareil RT qui fabrique et diffuse les récits d’actualité, y compris sur l’Ukraine.
2014 : annexion, Donbass, enfant crucifié
C’est précisément dans ce contexte que surgit, sur les écrans et dans la presse russe, la fameuse affaire de « l’enfant crucifié de Slaviansk ». L’interview de Galina Pychniak est d’abord diffusée le 12 juillet sur Pervyi Kanal, puis reprise dès le lendemain en boucle par Russia Today, qui fait "monter la mayonnaise". Parmi d’autres, l’illuminati Alexandre Douguine renchérit : pour lui, cette crucifixion barbare serait la preuve ultime qu’il y a, dans le Donbass, « un génocide de la population civile ».
Les faits, eux, ne suivent pas. Mais la mécanique est là : une histoire d’enfant martyrisé, une scène de torture pseudo‑chrétienne, un vocabulaire de « génocide », des idéologues comme Douguine pour lui donner une épaisseur métaphysique, et une machine médiatique pour la projeter dans tous les foyers.

Margarita Simonian avec Vladimir Poutine dans les locaux de Russia Today.
Au moment de son assassinat à Moscou, en février 2015, l’opposant Boris Nemtsov travaillait à un rapport sur l’implication du Kremlin en Ukraine. Dans ses notes et dans les fragments rendus publics, l’affaire de l’enfant crucifié est citée comme un exemple emblématique de politique délibérée de propagande de guerre : une histoire fabriquée pour terroriser le public, attiser la haine et justifier l’agression. Mais concrètement, qui a bien pu imaginer un tel montage sordide ?
Il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin. En 2014, la propagandiste en chef de Russia Today, celle qui tient la manette générale des récits, c’est Margarita Simonian. Dès le début de l’année, elle appelle ouvertement à l’annexion du Donbass et tient, sur l’Ukraine, des propos qui lui vaudront d’être décorée par Poutine pour son « objectivité » dans la couverture des événements en Crimée. On la voit encore, en décembre 2023, dans l’émission de Vladimir Soloviov sur la première chaîne de télévision russe, qualifier les Ukrainiens des régions occidentales de « недобитки » – « ceux qui n’ont pas été achevés » – et affirmer que leurs descendants « devront être achevés cette fois », en englobant « leurs enfants et leurs petits‑enfants ». Un appel au meurtre de masse, ni plus ni moins.
Quand on en est à un tel niveau d’ignominie, tous les moyens sont bons. En 2014, si Simonian avait eu la possibilité de crucifier en vrai un enfant de trois ans sur une place de Slaviansk pour en faire ensuite porter la responsabilité à ces satanés « nazis ukrainiens », il n’y a aucune raison de penser qu’elle aurait reculé. La fausse interview de Galina Pychniak a finalement fait long feu, démontée par les journalistes et oubliée des bulletins officiels, mais elle a été suffisamment diffusée et relayée pour faire frissonner d’effroi dans les chaumières russes et s’ancrer dans l’imaginaire comme « preuve » de la barbarie ukrainienne.
Évidemment, Margarita Simonian n’était pas seule à la manœuvre. À l’époque, Xenia Fedorova, directrice de l’information, est l’une de ses plus proches collaboratrices, au centre de la chaîne de décision éditoriale. C’est elle qui pilote la direction de l’information à destination de la Russie, de la CEI et des pays baltes, puis qui prépare l’implantation de RT France. Sa trajectoire, depuis, parle d’elle‑même : Syrie, Ukraine, enfants déplacés, déportations, « trafics d’organes », tout un catalogue de récits où elle joue systématiquement le rôle de relais de la version du Kremlin.
Au vu de sa position en 2014 et de ses méthodes, tout porte à croire que Xenia Fedorova a été au cœur du montage de cette histoire d’enfant crucifié, comme le prétend le témoignage que nous avons recueilli. Ce témoignage reste difficile à prouver – nous ne pouvons pas en publier les sources sans mettre des personnes en danger –, mais il s’inscrit dans une cohérence glaçante : en première ligne dans l’appareil RT, Fedorova n’a pas seulement relayé la fake news, elle en a contrôlé la diffusion, lui a donné une chambre d’écho, l’a transformée en arme de propagande. À ce niveau, c’est au minimum une complicité active dans l’un des sommets de désinformation les plus abjects de la guerre.
Que le catholique Vincent Bolloré en ait fait, selon les informations du Canard enchaîné, sa maîtresse, c’est son problème. La chair est faible, expliquera sans doute le septuagénaire à son confesseur. Mais que le magnat des médias d’ultra‑droite réserve à cette intrigante poutinienne un tel pouvoir d’influence sur les journaux, les télévisions et les radios qu’il contrôle, c’est une autre affaire. Que pense‑t‑il, ce confesseur, des crucifixions d’enfants – réelles ou fabriquées – qui nourrissent la propagande de guerre ? Que pense‑t‑il du fait que l’empire Bolloré offre, en France, une caisse de résonance à celle qui, hier, crucifiait un enfant de trois ans à l’écran pour justifier un « génocide » imaginaire dans le Donbass ?
Jean-Marc Adolphe












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