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La mafia orthodoxe russe, au cœur des déportations d'enfants

Le patriarche Kirill, avec Maria Lvova-Belova, à Penza, le 19 juin 2022


19 juin 2022 : sous couvert d’œuvres caritatives, un accord secret engage l’Église orthodoxe russe dans la déportation d’enfants ukrainiens, sous l’œil direct du Kremlin. Longtemps dissimulée, cette mécanique commence à apparaître au fil de l’enquête. Reste une question vertigineuse : où sont passés les milliers d’enfants ? Pour continuer l'enquête : mise en place d'une cellule d'investigation, et appel à contributions.


L'ENQUETE SUIT SON COURS


Photo en tête de publication : le 19 juin 2022, 115 jours après le début de ce que Poutine appelle une "opération militaire spéciale" en Ukraine, Kirill (alias Vladimir Gundyaev), patriarche de l’Église orthodoxe russe, ex-agent du KGB (nom de code «Mikhailov») et aujourd'hui encore courroie de transmission du FSB, avec un train de vie hors du commun (patrimoine immobilier, montres de luxe, yacht privé, etc.) rend visite à Maria Lvova-Belova, la "poutinasse rafleuse d'enfants", dans son fief de Penza.


Il faut retenir cette date du 19 juin 2022. Officiellement, Kirill vient saluer les charitables "œuvres sociales" que met en œuvre Lvova-Belova avec sa "fondation" (laquelle a surtout permis son enrichissement personnel, y compris en détournant l'argent des handicapés qui y sont "hébergés"). Dernière la vitrine officielle, tout autre chose se joue. C'est ce jour-là, en effet, qu'est scellé l'accord qui va impliquer l’Église orthodoxe russe dans les déportations d'enfants ukrainiens, qui ont débuté dès le 24 février (et même quelques jours plus tôt). Le tout sous la supervision directe de Vladimir Poutine, avec qui Lvova-Belova est en contact quasi permanent.



Jusqu'à présent, tout était soigneusement dissimulé. Et depuis le mandat d'arrêt lancé à son encontre par la Cour pénale internationale (le 17 mars 2023), Lvova-Belova est devenue beaucoup plus prudente quant à ce qu'elle "communique". Depuis que l'enquête a été lancée et documentée, ici-même ; enquête dont une partie des "coulisses" a été récemment dévoilée (ICI), une question reste en suspens.Selon les estimations du Human Research Laboratory rattaché à la Yale School of Public Health (auquel Donald Trump a coupé les vivres, pour éviter que ses chercheurs continuent une investigation qui pourrait embarrasser Poutine), il y aurait environ 35.000 enfants ukrainiens déportés en Russie. Peut-être beaucoup plus. Mais alors, où sont-ils ? Moins de 3% de ces enfants ont été effectivement adoptés par des familles russes. Et par ailleurs, En Russie, les orphelinats sont déjà encombrés. Certes, nous avons déjà identifié un hôpital militaire en Crimée où des médecins à la Mengele peuvent se livrer, en dehors de tout contrôle déontologique, à des "expérimentations" sur le cerveau des enfants (*) : une dizaine d'enfants tout au plus. Certes, ont été identifiés des "camps" où ces enfants seraient disséminés, mais dans la plupart des cas, il s'agit de "centres de séjour" (à caractère patriotico-militaire) en Russie, mais aussi en Tchétchénie et en Biélorussie, conçus pour de séjours de courte durée (quelques semaines tout au plus), pas pour de l'hébergement permanent.


Les monastères et dépendances de l’Église orthodoxe russe, pieuvre tentaculaire sur tout le territoire de la Fédération ? On aurait dû, mais on n'y avait pas pensé. Jusqu'à ce qu'on nous ait transmis, le 8 décembre dernier, une information confidentielle qui nous a mis sur cette piste inédite. Nous avons aussitôt commencé l'enquête avec une première publication, dès le 10 décembre (ICI). Commencer une enquête ressemble parfois à un coup de pied dans une fourmilière. C'est ce qui s'est passé, sauf qu'en l'espèce il ne s'agit pas de fourmis mais de cloportes à barbe et en rasson (la soutane orthodoxe), qui tient davantage d'une mafia du crime organisé que d'un troupeau d'ouailles bigotes, comme il feint d'être. Dieu n'aura pas de mal à retrouver les siens : ils sont tous corrompus et impliqués (à des degrés divers) dans un crime de déportation d'enfants avec, dans certains cas que nous sommes en train de documenter, des extensions qui vont jusqu'à des trafics de pédopornographie et même de prélèvement et vente d'organes. Une mafia, quoi...


Une cellule d'investigation


Autant la première enquête sur les déportations d'enfants a pu être menée en solitaire (au prix de quelques nuits blanches dont on a oublié de tenir la comptabilité), autant là ce n'est pas possible tant les ramifications sont nombreuses, et tant certaines informations ne sont pas évidentes à obtenir. Voilà pourquoi, afin de poursuivre cette enquête en bonne et due forme, et dans les moindres recoins, nous avons commencé à constituer une cellule d'investigation, avec des activistes-enquêteurs (que nous formons au "journalisme en sources ouvertes"), d'autres journalistes internationaux (pour l'heure, la presse hexagonale ne souhaite pas s'intéresser au sujet), deux traductrices (russophones) et même... un détective privé !



Le yacht de luxe, d'une valeur de 4 millions de dollars, offert à Poutine (via la société Loukoil) au patriarche Kirill. Construit dans les chantiers navals du consortium néerlando-russe Timmerman Yachts,

conçu par l'architecte néerlandais Guido de Groth, le "Pallada" (32 m de long, pouvant accueillir à son bord 12 personnes), a été rebaptisé (« Pallada », c'était le nom d'une divinité païenne) "Всецарица" ("la Reine des Reines")

par Kirill, qui y navigue en père peinard sur les eaux de la Moskva.

On l'y a vu accompagné de jeunes femmes grandement dénudées : les voies du Seigneur sont impénétrables !


Mais il y a un MAIS. Si l'on veut bien considérer qu'un tel journalisme d'investigation peut avoir de la valeur, il a aussi un coût : les ressources humaines à mobiliser ne peuvent toutes être bénévoles et corvéables à merci, et certains des outils nécessaires à la traque des criminels ne sont pas gratuits. En plus de quatre ans d'existence, on a appris à faire beaucoup (et bien) avec très peu. Arrive un moment où, même ayant beau pousser leurs limites dans leurs derniers retranchements, ça coince. Il restait 9 jours pour atteindre l'objectif précédemment fixé de 4.000 € (il s'agissait alors, pour l'essentiel, de pouvoir commencer à salarier un.e premier.e journaliste à mi-temps, condition sine qua non requise pour pouvoir bénéficier d'aides publiques, "au pluralisme", en 2026). Le surgissement de cette enquête sur les déportations d'enfants nous contraint à augmenter, de 2.000 €, l'objectif fixé. Il ne s'agit pas de racheter le yacht de luxe de Kirill (la "Pallada", navire de 32 mètres, valeur estimée : 4 millions de dollars), mais de pouvoir rétribuer certaines collaborations et acquérir des outils nécessaires.


(*). Il s'agit du « sanatorium clinique militaire pour enfants E.P. Glinka du ministère russe de la défense » à Eupatoria, ville portuaire de Crimée, qui est présenté comme un « site expérimental » où les médecins (militaires) sont autorisés à toutes sortes d'expérimentations sur les enfants (ukrainiens), notamment en termes de "troubles cognitifs" et autres "psycho-pathologies"...

 J-9 : DONS DÉFISCALISABLES JUSQU'AU 31/12/2025  

Compte à rebours : Il nous reste 9 jours pour espérer réunir d'ici le 31 décembre 6.000 €.

Depuis le lancement de cette campagne (le 31 octobre), cinquante-deux donateurs, 3.350 €.

Pour mémoire, nous avons fait le choix d'un site entièrement gratuit, sans publicité, qui ne dépend que de l'engagement de nos lecteurs. Jusqu'au 31/12/2025, les dons sont défiscalisables (à hauteur de 66% du montant du don). Un don de 25 € ne revient ainsi qu'à 8,50 € (17 € pour un don de 50 €, 34 € pour un don de 100 €, 85 € pour un don de 250 €). Dons ou abonnements ICI


ÉPHÉMÉRIDE


Lavrenti Beria, avec sur ses genoux, la fille de Staline (au fond). Photographie prise le 25 septembre 1931


C'était avant Poutine, mais du pareil au même. Il y a 72 ans, le 22 décembre 1953 à Moscou, était condamné à mort par la Cour suprême d'URSS, et immédiatement exécuté, Lavrenti Beria, jugé coupable de haute trahison, de terrorisme et de participation à un «complot antisoviétique» visant à s’emparer du pouvoir. Loin d'être un saint, Lavrenti Beria a été l’un des principaux dirigeants de l’appareil répressif stalinien, chef de la police politique soviétique et bras droit de Staline de la fin des années 1930 à la mort du dictateur. À la tête du NKVD, Beria a supervisé la fin de la « Grande Terreur » puis de nouvelles vagues de répression : purges de l’Armée rouge, déportations massives de « populations ennemies » (Polonais, Baltes, peuples du Caucase), gestion et expansion du système des camps du Goulag. Il a en outre joué un rôle central dans le massacre de Katyn (exécution d’environ 22.000 officiers et élites polonaises en 1940), ainsi que dans la répression des déserteurs pendant la Seconde Guerre mondiale. À la mort de Staline en mars 1953, il tente de se poser en réformateur et de contrôler l’appareil d’État, mais il est arrêté en juin 1953 par ses rivaux (Krouchtchev, Malenkov, etc.), jugé à huis clos pour complot, trahison et terrorisme, condamné à mort et exécuté le 23 décembre 1953.


Avec lui, six co-accusés pareillement liquidés sur le champ, tous des hauts responsables de la police politique et de l’appareil sécuritaire soviétique : Vladimir Dekanozov, Vsevolod Merkoulov, Bogdan Koboulov, Sergo Goglidze, Lev Vlodzimirsky et Pavel Mechik:


  • Vladimir Dekanozov : cadre du NKVD puis du NKGB, vice‑commissaire aux Affaires étrangères, «émissaire» de Moscou en Lituanie en 1940 pour installer le régime soviétique.​

  • Vsevolod Merkoulov : chef du NKGB (service de sécurité d’État) en 1941 puis 1943–1946, adjoint de Beria au NKVD, impliqué dans de nombreuses opérations répressives (dont Katyn).

  • Bogdan Koboulov : haut responsable du NKVD, bras droit de Beria en Transcaucasie puis à Moscou, impliqué dans les grandes campagnes d’arrestations et de déportations.

  • Sergo Goglidze : dirigeant de la police politique en Géorgie, puis cadre du NKVD à Moscou, autre membre géorgien du «clan Beria».

  • Lev Vlodzimirsky : dirigeant d’un des principaux départements d’enquête du MGB/NKVD, directement impliqué dans les interrogatoires et la torture des accusés politiques.

  • Pavel Mechik (Meshik) : ancien chef du MGB en Ukraine, puis vice‑ministre de la Sécurité d’État de l’URSS, responsable de répression et de déportations dans les territoires soviétiques de l’Ouest.


Et aujourd'hui. Y aura-t-il un Kroutchev pour liquider Poutine ?


AU MEXIQUE, LA NUIT DU RADIS



Heureusement, il y a plus gai.

Au Mexique, à Oaxaca, où Zapotèques et les Mixtèques mènent encore la danse des racines et des métissages, la "Nuit du radis" prouve, chaque 23 décembre depuis plus de cent ans, que traditions et créativité, loin de s'opposer, fomentent de nouvelles alliances.



L'an passé, déjà, on y était. On y retourne ?


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