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« La solution ne viendra pas de l’Élysée »


De gauche à droite : Romain Certo et Rachid Lakhadari (en haut), Franck Jonet et Marie Gippon, tous iront voter. Photos Karen Kubena / L’Union.


Les humanités entrent en campagne(s) : on prend le pouls de la France comment qu’elle va, avec bonheurs et déboires, depuis les territoires voire terroirs, avec le concours de la presse quotidienne régionale. À trois mois de l’élection présidentielle, la parole est aux habitants de Revin, dans les Ardennes. Pour eux, la réponse à la désindustrialisation qui touche leur ville viendra des élus et des acteurs du territoire. La présidentielle ne changera rien.


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ARTICLE DU QUOTIDIEN L’UNION Ce jeudi, le brouillard a envahi la vallée de la Meuse mais derrière, le massif ardennais se dessine peu à peu. Puis le monument du Maquis des Manises qui fait la fierté des Revinois. « La nuit, il est éclairé, c’est magnifique », déclare Rachid Lakhdari. Ce retraité de 67 ans se rend chaque matin au bar La Civette pour y prendre son petit crème. Les conversations y vont bon train. Il est question du prochain concours de pétanque organisé par Franck Jonet, surnommé Doudou, le patron de l’enseigne depuis cinq ans. L’accueil y est chaleureux. La discussion glisse fatalement vers l’emploi et « le gros couac de la friche Mercier ». Pour Cindy et Franck Jonet, « il y en a marre qu’on critique Revin ! » Doudou, lui, en est certain : « Il y a un vrai potentiel avec cette friche. Il suffirait de 300 à 400 emplois pour relancer la machine. On a tout pour plaire, il ne manque que l’emploi. » Un client commande un demi et lâche « on verra avec les élections présidentielles… » La phrase met le feu aux poudres, le ton monte d’un cran. « Moi, je n’attends plus rien de Paris. Il faut faire confiance à nos élus locaux. » Doudou en est convaincu. « Nos gouvernants sont trop éloignés de nos préoccupations. J’irai voter comme je l’ai toujours fait mais ce n’est pas du côté de l’Élysée que la solution viendra. »


La gauche est morte et enterrée

Rachid Lakhdari peine à placer une phrase. « J’ai passé 30 ans comme cariste chez Électrolux et j’ai la chance d’être arrivé à la retraite. » Mais lui aussi s’accorde à dire que « la friche Porcher ne peut pas rester vide, le potentiel est là. » Doudou insiste : « Il n’y a que des élus locaux, des gens comme Durbecq, Cordier, Dekens qui connaissent notre territoire qui peuvent relancer la machine. On crée 200 emplois et ça devient la locomotive pour faire venir les entreprises. L’emploi, c’est l’Eldorado. Demain, vous nous donnez du travail et on a tout. Droite et gauche, même combat. Aucun candidat ne sait placer Revin sur la carte ! » Pour Doudou : « Paris, c’est loin. Les candidats promettent 50 euros par ci, 50 euros par là pour acheter nos voix. »

Pour Rachid Lakhadari : « Hollande ne valait rien. Valls ne voyait que par le 49.3 avant de partir en Espagne, c’est dire si Revin ça doit l’intéresser . » « La gauche est morte et enterrée », réplique le cafetier. « Mais la place doit être bonne, tous les jours, il y a un candidat qui se déclare. » La discussion glisse sur la météo, la tension redescend d’un cran.

Plus loin, Saïd et Nathalie Berrahma ont ouvert une boutique de bijoux il y a deux mois. Ce couple de quinquagénaires revinois est connu de tous et il fourmille de projets. « Les acteurs locaux ont la volonté mais c’est le président qui a le pouvoir. Ici, les gens attendent des choses simples comme de pouvoir vivre de leur travail », s’accordent-ils à dire. Ils iront voter mais pour qui ? « On a nos idées c’est sur et voter est un droit chèrement acquis mais de là à dire pour qui… »

Mais comme à La Civette, le discours est identique : « Il ne faut pas vivre dans le passé et avancer. C’est du côté des politiques locaux que la solution viendra. » Saïd prend son exemple. « On a bénéficié d’aides financières locales parce que notre projet tenait la route. Il faut un petit coup de pouce financier pour ceux qui veulent investir chez nous. Elle est belle notre vallée, et on dispose de tout pour attirer les investisseurs, notamment l’autoroute. »


« A Paris, ils ont perdu la réalité du terrain »

Il est midi, les clients se succèdent à la friterie située rue Jean-Baptiste Clément, à côté du parc Rocheteau. Romain Certo, 23 ans, attend sa commande. En alternance chez Enedis, il a grandi à Revin. Lui aussi ira voter. Mais le jeune homme se dit déjà « un brin désabusé par la politique. Le dernier candidat déclaré a déjà été condamné pour provocation à la haine raciale. Vous pensez que c’est une belle publicité pour la France ? Je veux un président de la République qui sache se mettre au niveau de chaque Français. Je respecte les études qu’ils ont faites pour arriver là où ils sont mais à Paris, ils ont perdu la réalité du terrain. » Marie Gippon s’est installée à Revin, il y a un an. La jeune mère de famille en est immédiatement tombée amoureuse. « C’est la réalité, il n’y a plus de travail mais rien n’est perdu. Il faut se retrousser les manches. » Marie a fait partie de la délégation de Revinois reçue au ministère de la Cohésion des territoires pour évoquer le dossier Mercier en novembre dernier. « On sait qu’il y a des financements dédiés à la réindustrialisation de la friche Porcher. Maintenant, il faut savoir faire venir les bons investisseurs. Mais il faut également savoir aller les chercher et c’est là que nos politiques peuvent intervenir. On a su intéresser un groupe comme Mercier, on a la possibilité de faire venir un groupe de la même envergure. »

Marie Gippon se rendra au bureau de vote en avril mais comme les autres Revinois interrogés, elle mise sur le potentiel local. « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’on veuille créer de l’emploi ici mais il faut s’en donner les moyens. Allez, 200 emplois ça veut dire des familles qui s’installent, le commerce qui retrouve une dynamique et des classes qui rouvrent. » Elle est décidément belle cette vallée ! Elle brille dans les yeux des Revinois, même par temps de brume.


Repères

Selon les derniers chiffres de l’Insee, la ville de Revin, dans le Nord Ardennes, a dégringolé sous la barre symbolique des 6 000 habitants, avec 5 836 habitants.

Revin enregistre une diminution de presque 14 % de sa population en six ans, avec 947 habitants en moins, devenant ainsi la cinquième ville des Ardennes.

La ville représente à elle seule 9,17 % de la perte globale de population dans le département qui est de 10 325 habitants.

En septembre 2021, Revin affichait 3 311 demandeurs d’emploi soit 13,4 % de la population ce qui représente une baisse de 2,1 % sur un an.

La dette par habitant est de 1.219 euros. À titre comparatif, celle de Charleville-Mézières est de 1.580 euros.

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