top of page
Naviguez dans
nos rubriques

Lluís Llach, citoyen du monde (entretien exclusif)


A 75 ans, Lluís Llach ne donne plus d’interview. Pour les humanités, il a fait exception, encore qu’il s’agit davantage d’une conversation que d’une interview stricto sensu. Une heure durant, nous avons parlé de tout et de rien. De tout, surtout. De musique et de poésie, de la vie et des désirs qui l’engagent. Et bien sûr, nous avons parlé de la Fondation que Lluís Llach a créée au Sénégal. Avec quelques pépites ajoutées...


Pour grandir, ou simplement continuer, les humanités, média alter-actif et engageant, ont besoin de vous. Pour s'abonner : ICI. Pour s'inscrire à notre infolettre : ICI


Depuis si longtemps, amoureux de Lluís Llach.

Amoureux de ses chansons, de ses mélodies. Et aussi de la personne humaine, d’une immense générosité.

Bien dire "Lluís" Llach, et pas "Luis". Lorsqu’il est né, en 1948, dans l’Espagne franquiste, les prénoms catalans étaient interdits. A l’état civil, il est donc "Luis". Mais tout jeune, il savait, au fond de lui-même, il savait qu’il était "Lluís", avec deux ailes (ll).


1968. Il n’avait que 20 ans lorsqu’il a composé et écrit L’Estaca, chanson qui fut interdite par le franquisme, mais qui, très vite, est devenue "l’hymne catalan", et pas seulement :


Elle a notamment été traduite en corse, en basque, en breton, en occitan, en niçois, et reprise par de nombreux artistes, comme le collectif musical réuni autour du groupe Zebda sur l'album Motivés". Le magazine musical catalan Enderrock, qui a publié un grand reportage sur l'aventure de la célèbre chanson de Llach, recense pas moins de 250 versions différentes, dans plus de dix-sept langues différentes. Symbole de la lutte contre les pouvoirs autoritaires, elle a été chantée dans de nombreux mouvements de contestation. Le syndicat Solidarność fait de la version polonaise Mury, écrite et interprétée par Jacek Kaczmarski, son hymne contre le régime communiste de la République Populaire de Pologne. Cette traduction a servi de modèle à une traduction en biélorusse qui accompagne, en 2020, les manifestations contre le "président-dictateur" Alexandre Loukachenko. En arabe dialectal tunisien, c'est la version Dima Dima, écrite par Yasser Jradi, qui est interprétée par la chanteuse Emel Mathlouthi (qui représenta la Tunisie lors de la remise du Prix Nobel de la Paix aux dirigeants de la transition démocratique tunisienne) lors de manifestations de rue pendant la Révolution de Jasmin.. La version russe, Steny (Стены, Les murs, 2012) interprétée par le groupe Arkadiy Kots lors de rassemblements anti-Poutine, a connu un succès retentissant en Russie à la suite de l'arrestation des membres du groupe. (source : Wikipédia)


Ce dimanche 14 mai 2023, en direct depuis le Sénégal où il se trouve, avec Lluís Llach, une heure durant, nous avons bien sûr parlé de L’Estaca, mais pas seulement. Nous avons parlé de tout et de rien. De tout, surtout. De musique et de danse (Un nuvol blanc, le spectacle qu’il avait créé en 1988 avec la chorégraphe Kilina Cremona). De Narcis Llansa i Tubau (le vieux républicain qui lui enseigna la politique en l’amenant pêcher), de Léo Ferré et d’Atahualpa Yupanqui, "un dieu", pour Lluís Llach.


Lluís Llach n’est pas seulement un immense artiste-poète (de lui-même, il préfère dire qu’il est "un cuisinier"), il est aussi un homme d’engagements, catalaniste convaincu (député au parlement de Catalogne de 2015 à 2017, il présida ensuite de 2018 à 2019 le Conseil consultatif pour la promotion d’un forum civique et social pour le débat constituant). Je lui ai demandé comment il était possible d’être à la fois anarchiste et "nationaliste". Il répond, magnifiquement, en « citoyen du monde ».


Et nous avons parlé, bien sûr, de la Fondation que ce « citoyen du monde » a créé en 2014 au Sénégal, plus précisément à Palmarin, dans le Sine-Saloum, fief de la culture sérère (troisième ethnie du Sénégal et les Peuls, lire ICI). Avec sa fondation, Lluís Llach a notamment contribué à la construction d’un centre de santé, et d’une bibliothèque, à laquelle a été donnée le nom de Nelson Mandela.


Tout cela, et le reste, est à écouter, avec quelques rires qui ponctuent la conversation.


Jean-Marc Adolphe, 14/05/2023

Photo en tête d’article : Lluís Llach à Palmarin, au Sénégal, en 2012 (photo extraite du documentaire Yayoma)


Pépites jointes :



Lluís Llach, L'estaca, au stade du Football Club Barcelone en 1985 (sous-titré français)


Dix versions internationales de L’estaca :


Le dernier grand concert de Lluís Llach (avec notamment les chansons Vida et Laura) au Palau Sant Jordi, à Barcelone, le 18 décembre 2021 :


Atahualpa Yupanqui, "un dieu" pour Lluís Llach. "Tierra querida” : https://youtu.be/LtlMfSxB5xY



Le site de la Fondation Lluís Llach : https://www.fundaciolluisllach.com/


Yayoma (2012), un documentaire réalisé par Lluís Danés avec la musique de Lluís Llach, un voyage au Sénégal où Lluís Llach a créé une Fondation pour aider les plus défavorisés.

À travers une série de personnages réels, nous découvrirons la réalité du pays, la situation des femmes et le désespoir des jeunes pour trouver une vie meilleure au-delà des mers. "Yayoma" est le nom d'un des projets de la Fondation, qui consiste à promouvoir la pêche durable en construisant des bateaux pour que les jeunes puissent avoir un travail et ne pas avoir à partir au péril de leur vie.

Grâce aux témoignages de Mady et de Bubakar, Lluís découvre l'expérience des jeunes qui veulent quitter la région et qui risquent tout ce qu'ils ont pour obtenir une place sur un bateau ou un cayuco qui les emmènera vers une vie meilleure. Leur expérience sera révélatrice pour la mise en place du projet principal de la Fondation : la construction de bateaux de pêche.

Ce projet s'appelle "Yayoma", qui est la conjonction des mots "Yaye" (mère) et "Oma" (mer) en langue sérère. L'objectif principal de la construction de bateaux de pêche est de devenir un outil de travail pour les habitants de Palmarin et d'éviter une émigration massive. En bref, donner à la communauté un espoir pour l'avenir.

Entièrement gratuit et sans publicité ni aides publiques, édité par une association, le site des humanités entend pourtant fureter, révéler, défricher, offrir à ses lectrices et lecteurs une information buissonnière, hors des sentiers battus.

Pour encourager cette aventure, dès 1 € :















785 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

Comments


bottom of page