Saumon, lithium, data centers : que pèse la voix des Amérindiens à l'heure des midterms ?

Des autocollants et des bandanas figuraient parmi les objets promotionnels distribués en lien avec le vote
des populations autochtones lors du congrès des jeunes du National Congress of American Indians (NCAI),
le 18 octobre 2026 à Palm Springs, en Californie. Photo / Antonia Gonzales
L'administration Trump a de la ressource : il ne s'agit plus d'exterminer les Amérindiens, mais de les rayer des chiffres, grâce à une réforme du recensement. À l'heure des élections de mi-mandat aux États-Unis, les peuples autochtones ne cherchent pas seulement à faire entendre leur voix, mais à peser sur les décisions. Du saumon d’Alaska aux terres du Minnesota, des centres de données du Nouveau-Mexique au lithium du Nevada, leurs mobilisations interrogent les promesses et les limites de la représentation politique américaine.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
Le 10 septembre 2026, l’administration Trump a déposé un projet de réforme du recensement fédéral, dont les consultations publiques se sont achevées hier, 2 novembre, à la veille des élections de mi-mandat. Quel rapport ? Le recensement qui, depuis 1790, dresse tous les dix ans le portrait démographique du pays sert aussi à établir le nombre de représentants et de grands électeurs à assigner à chaque État, et à définir les financements publics dans différents domaines, dont la mise en œuvre du Voting Rights Act de 1965, visant à prévenir les discriminations raciales dans l’exercice du droit de vote. La réforme vise à exclure du décompte les immigrés irréguliers et d’autres étrangers dépourvus du statut de résident permanent, et à éliminer des formulaires les questions touchant, entre autres, à l’origine ethnique, nécessaires à la collecte de données indispensables à la mise en œuvre des politiques publiques. Dans l'angle mort de la réforme : les Amérindiens et les autochtones d'Alaska. En 2020, le recensement en dénombrait 9,7 millions ; demain, faute de question sur l'origine, il pourrait ne plus savoir les compter.
Le 2 octobre, 500 représentants tribaux ont tenu une visioréunion avec des fonctionnaires du Census Bureau, pendant laquelle l’agence s’était voulue rassurante : les registres internes des communautés pourront remplacer les données qui échapperont au recensement une fois la réforme approuvée ; celle-ci ne touche d’ailleurs pas à d’autres instruments fédéraux qui permettent de recueillir des données ethniques, notamment l’American Community Survey. Dans une lettre adressée au Census Bureau le 29 octobre, Larry Wright Jr, directeur exécutif du National Congress of American Indians (NCAI), n’était pas rassuré du tout. « En effet, les données du recensement décennal constituent une base essentielle au calcul des formules annuelles de financement fédéral et à la détermination des crédits alloués par le Congrès aux programmes destinés aux populations tribales, dans le cadre des responsabilités du gouvernement fédéral envers les nations tribales. […] Les données de l’American Community Survey, les fichiers fiscaux ou le recours à d’“autres administrations” ne constituent pas des substituts adéquats au recensement décennal pour dénombrer avec exactitude les populations amérindiennes et autochtones d’Alaska. »
« Le recensement décennal est la seule enquête qui vise à dénombrer l’ensemble des ménages du pays, tandis que les autres enquêtes ne fournissent que des statistiques par sondage, en ne recensant que de petits échantillons des communautés », ajoutait-il. Ce n’est pas qu’une question administrative : derrière la discussion autour de la réforme du recensement fédéral, c'est toute la question de la participation autochtone à la démocratie américaine qui est en jeu.

Des membres d’équipage remontent une prise à bord du navire de pêche F/V Progress,
en mer de Béring, au large de l’Alaska, le 22 juillet 2026. Photo Annika Hammerschlag / AP.
Alaska : la pêche au pouvoir
Loin devant l’Oklahoma et le Nouveau-Mexique, l’Alaska est l’État où la population amérindienne et autochtone représente la plus forte proportion des habitants. Selon les données recueillies lors du recensement de 2020, 160 287 personnes se déclaraient American Indians ou Alaska Natives, soit près de 22 % de la population, répartie sur une pluralité de peuples et d’ensembles linguistiques. Le Bureau of Indian Affairs compte 229 entités tribales reconnues au niveau fédéral, dotées de conseils qui assurent l’autogouvernement des communautés.
Dans les bassins du Yukon et du Kuskokwim, dans l’ouest, la pêche du saumon représente pour ces populations à la fois un moyen de subsistance et un moyen de transmission culturelle. Deux organisations territoriales réunissent les populations autochtones, en renforçant leur participation à la gestion de la ressource. Dans le Yukun, la Yukon River Inter-Tribal Fish Commission (YRITFC) rassemble 45 gouvernements tribaux, pour permettre aux autochtones de la région de collaborer avec les autorités fédérales et nationales à l’élaboration des règles qui gouvernent la pêche, mais aussi pour organiser, sous la direction des communautés, la conservation, la protection et la restauration des pêcheries. Dans le Kuskokwim, la Kuskokwim River Inter-Tribal Fish Commission (KRITFC), créée en 2015, vise à donner aux 33 communautés qui la composent une place effective dans la gestion du saumon, de l’amont du Kuskokwim jusqu’à la mer.
Mais les autochtones ne sont pas les seuls pêcheurs de la mer de Béring : les chalutiers de la pêche industrielle sillonnent les mêmes eaux, à la recherche notamment de colin, utilisé pour les bâtonnets de poissons et pour les Filet-O-Fish de McDonald’s. Les saumons constituent une partie de leurs prises accessoires (environ 2 %), représentant en moyenne, sur les dix dernières années, environ 18 000 chinooks et 288 000 autres saumons. Même si toutes ces proies ne viennent pas de l’ouest de l’Alaska, les prises accessoires ont un impact immense sur l'écosystème de la pêche autochtone : en 2021, par exemple, 51 000 saumons provenant de l’ouest de l’Alaska sont restés pris dans les filets des grands chalutiers industriels. (ICI)
Mary Peltola, démocrate, est candidate à un poste de sénatrice. Issue du peuple Yup’ik (1), élevée au bord du Kuskokwim, elle a dirigé la Kuskokwim River Inter-Tribal Fish Commission de 2017 à 2022. En 2021, avant son élection au Congrès, elle témoignait des tensions que la pêche industrielle était en train de créer pour les populations autochtones du bassin : « Nous essayons seulement de nourrir nos familles. Nous n’en sommes plus qu’à 20 % de ce que nous prélevions historiquement » (ICI). Forte de son expérience communautaire, elle a proposé des sièges tribaux dans les conseils de gestion des pêches du Pacifique Nord et de la côte ouest, l’inscription de la protection des usages de subsistance parmi les missions de ces conseils, des moyens techniques pour réduire les prises accessoires et des obligations plus contraignantes en la matière.
La revendication dépasse les communautés autochtones : petits pêcheurs commerciaux et opérateurs de pêche touristique dénoncent aussi les captures accidentelles de flétans et de crabes. Dan Sullivan, candidat républicain, défend lui-même des mesures de réduction, mais Peltola va plus loin en réclamant la fin des grands chalutiers-usines, tout en distinguant les petits et moyens opérateurs locaux des grandes entreprises extérieures à l’État. L’élection du gouverneur compte également : il peut proposer les titulaires de cinq des sept sièges nommés avec droit de vote au North Pacific Fishery Management Council, et ainsi peser sur ses orientations. Derrière la bataille du saumon se dessine donc un enjeu de participation : obtenir que les communautés disposent d’une place effective dans les institutions qui décident du devenir de la ressource.

La lieutenante-gouverneure démocrate Peggy Flanagan s’adresse aux électeurs lors d’un meeting de campagne pour le Sénat
organisé dans la réserve de White Earth, le 17 octobre 2026. Photo Max Nesterak / Minnesota Reformer
Minnesota : reprendre terre
Dans la réserve de Leech Lake, au Minnesota, la terre est devenue un enjeu d’autonomie. La communauté cherche à retrouver une assise territoriale lui permettant de se gouverner, de loger ses habitants et de gérer ses ressources.
La réserve a été constituée par des traités et des décisions présidentielles entre 1855 et 1874. Elle devait former le territoire permanent de la communauté ojibwée (2). Mais plusieurs politiques fédérales ont progressivement ouvert ces terres à d’autres propriétaires et usages. En 1889, le Nelson Act, adopté dans le cadre des politiques fédérales de morcellement des terres autochtones, favorisa leur attribution en parcelles individuelles, alors que les terres restantes étaient ouvertes à l’exploitation forestière et à la colonisation. Par la suite, la création d’une réserve forestière fédérale, aujourd’hui la Chippewa National Forest, vint superposer une gestion fédérale à une grande partie du territoire de Leech Lake, sans pour autant arrêter les transferts administratifs ultérieurs retirant davantage de terres aux propriétaires autochtones. Entre 1948 et 1959, le ministère de l’Intérieur a approuvé des transferts de parcelles autochtones au Forest Service, qui dépend du ministère de l’Agriculture. Ces opérations, appelées Secretarial Transfers, ont été effectuées sans le consentement requis des propriétaires ou de leurs héritiers. Ces irrégularités sont d’ailleurs reconnues par les autorités administratives, et rappelées dans un rapport sénatorial de 2025 (ICI). Mais les actions en justice de la part de la communauté se sont heurtées aux délais de prescription. La nation s’est donc tournée vers le Congrès pour obtenir la restitution des terres.
Les revendications du gouvernement tribal, portées notamment par le directeur de la Division of Resource Management de Leech Lake, Richard Robinson, ont été défendues au Congrès par la sénatrice démocrate Tina Smith et la représentante démocrate Betty McCollum. Une loi promulguée le 23 décembre 2020 a autorisé le transfert de 4 759 hectares, soit environ 47,6 km², de la Chippewa National Forest au ministère de l’Intérieur, pour qu’ils soient détenus en trust au bénéfice de Leech Lake. La restitution, célébrée lors d’une cérémonie communautaire, est devenue effective en 2024. Des recherches ultérieures menées pour mettre en œuvre la loi ont pourtant démontré l’existence d’autres transferts irréguliers, qui concerneraient, selon le Bureau of Land Management, 1 765 hectares supplémentaires. Un nouveau projet de loi, présenté par Tina Smith et Amy Klobuchar, adopté à l’unanimité au Sénat en décembre 2025, attend d’être examiné à la Chambre des représentants pour permettre la restitution (ICI).
Peggy Flanagan, candidate à la succession de Tina Smith au Sénat, est attendue pour reprendre le dossier et assurer que le projet de loi aboutisse. Citoyenne de la White Earth Nation (3), elle a grandi à St. Louis Park, dans l’agglomération de Minneapolis. Avant d’occuper des fonctions politiques, elle a fondé et dirigé le Native American Leadership Program au sein de Wellstone Action, une organisation de formation à l’action politique et sociale. Élue à la Chambre des représentants du Minnesota en 2015, où elle a siégé jusqu’à 2018, elle est lieutenante-gouverneure depuis janvier 2019, première femme autochtone à exercer cette fonction.
Peggy Flanagan ne fait pas l’unanimité dans le monde autochtone du Minnesota. À White Earth, la militante Winona LaDuke lui reproche de ne pas avoir davantage combattu le projet d’oléoduc Line 3 lorsqu’elle était lieutenante-gouverneure, une infrastructure reliant l’Alberta, au Canada, au terminal de Superior, dans le Wisconsin, en traversant le Dakota du Nord puis le nord du Minnesota. L’oléoduc, exploité par la société Enbridge, a été contesté devant les tribunaux par les communautés de Whit Earth et Red Lake, qui craignent pour les ressources naturelles et leurs activités de subsistance (ICI). Mais à Leech Lake, sa candidature suscite l’espoir de poursuivre les restitutions. Si elle est élue, elle pourrait devenir l’une des premières femmes autochtones à entrer au Sénat des États-Unis.

Le Projet Jupiter, campus de data centers en cours de construction à Santa Teresa, Nouveau-Mexique, le 21 avril 2026.
Photo Corrie Boudreaux / El Paso Matters
Nouveau-Mexique : la soif de données
À Santa Teresa, au Nouveau-Mexique, un projet monstre concernant la construction d’un campus de data centers destinés aux activités d’Oracle et d’OpenAI soulève des questions – et des appréhensions : quelle pression sur les ressources en eau ? Qui supportera les coûts énergétiques ? Quelle place les habitants auront-ils dans les décisions ?
En 2025, les élus de Doña Ana, le comté dans lequel le projet est en cours de réalisation, ont approuvé jusqu’à 165 milliards de dollars d’obligations de financement industriel – un mécanisme financier permettant un montage fiscal avantageux, et non une subvention publique équivalente – pour développer le projet sur environ 570 hectares. Les porteurs du projet promettent de créer des emplois et d’investir dans les infrastructures. Mais il reste de nombreuses zones d’opacité concernant les conditions de réalisation et de contrôle, notamment en ce qui concerne la gestion de l’eau, déjà défaillante dans la région (ICI). Un média indépendant, Source New Mexico, suit le dossier de près.
En avril 2026, les promoteurs ont annoncé qu’ils allaient remplacer les turbines à gaz et les générateurs diesel, initialement prévus pour assouvir les besoins énergétiques de la structure, par un micro-réseau alimenté par des piles à combustible. Les émissions annuelles estimées passeraient de plus de 14 millions à environ 10 millions de tonnes de gaz à effet de serre : une diminution proche de 30 %, mais jugée insuffisante par les opposants (ICI). Le 15 octobre, Oracle a annoncé une nouvelle baisse à venir, qui réduirait les émissions de l’alimentation de la structure à 5,7 millions de tonnes. Mais il s’agit de projections annoncées par l’entreprise, qui n’ont pas fait à ce stade l’objet d’une vérification indépendante (ICI).
« Nous sommes allés à la mairie et à la commission du comté, et personne ne nous a écoutés », déplore Irene Rodriguez, habitante de Sunland Park, lors d’une manifestation en août (ICI). Les griefs portent aussi sur les autorisations de prélèvement d’eau et les conditions d’examen des émissions atmosphériques : les opposants demandent non seulement des garanties, mais la possibilité d’intervenir avant que les décisions soient arrêtées.
Deb Haaland, citoyenne de Laguna Pueblo, ancienne secrétaire à l’Intérieur de Joe Biden et candidate démocrate au poste de gouverneur, s’inscrit dans cette controverse avec des revendications qui dépassent le périmètre des communautés autochtones. En septembre dernier, elle a appuyé un moratoire sur les nouveaux grands data centers, jusqu’à l’adoption de règles communes. Elle propose d’imposer des consultations publiques avant toute décision, une consultation formelle des nations tribales et un système de contrôle efficace, pouvant impliquer le remboursement des aides lorsque les entreprises ne tiennent pas leurs engagements. Le programme avec lequel elle se présente inclut aussi la protection de l’eau, le renforcement des énergies renouvelables, des emplois syndiqués et des garanties concernant la remise en état des sites. Encore une fois, il s’agit moins d’une opposition de principe à l’industrie, que d’une demande d’associer les communautés aux décisions qui les concernent. Et cela, qu’elles soient ou pas autochtones.

Des cavaliers numu/nuwu et newe participant à une chevauchée de prière, devant la chaîne de montagnes à l’approche de Peehee Mu’huh.
Cette chevauchée annuelle de commémoration et de prière honore la mémoire des victimes du massacre de 1865 et des autres atrocités
commises à travers le Nevada. Fort McDermitt, Nevada, le 24 mars 2024. Photo Alison Leal Parker / Human Rights Watch
Nevada : d’un revers de mine
Si, au Nouveau-Mexique, Deb Haaland semble pouvoir incarner une force fédératrice, ailleurs elle a pu se révéler un facteur de clivage. En juin 2023, alors qu’elle dirigeait le ministère de l’Intérieur sous Biden, elle répondait ainsi aux questions d’Associated Press sur la mine de lithium de Thacker Pass, dans le Nevada : « Il est assurément important que notre économie fondée sur les énergies propres puisse avancer ». Deb Haaland ajoutait qu’il était nécessaire de respecter la loi et la science dans le traitement de ce dossier, que l’administration Biden avait hérité de son prédécesseur.
Le 15 janvier 2021, alors que le premier mandat de Trump était en train de toucher à sa fin, le Bureau of Land Management autorisait Lithium Americas à développer une mine de lithium à ciel ouvert à une trentaine de kilomètres de la frontière avec l’Oregon, dans le nord du Nevada. L’exploitation, qui inclut une installation de transformation, est destinée aux batteries automobiles, et General Motors participe au financement. Sous l’administration Biden, le projet a obtenu un prêt fédéral de 2,26 milliards de dollars. Le projet a été soutenu au nom de la sécurité et de la transition énergétiques : réduire la dépendance envers les approvisionnements étrangers sous Trump, accompagner l’électrification des transports sous Biden.
Les populations autochtones de Thacker Pass racontent pourtant une autre histoire. Pour les Numu/Nuwu, Paiutes du Nord, et les Newe, Shoshones de l’Ouest, ce territoire, nommé Peehee Mu'huh, est un lieu de mémoire ancestral, notamment marqué par le massacre d'au moins 31 hommes, femmes et enfants commis par la cavalerie américaine le 12 septembre 1865 (4). Même si la localisation exacte des victimes par rapport à l’emprise de la mine reste contestée, le secteur représente pour eux un ancrage primordial, un lieu de spiritualité et de transmission. Ils dénoncent une procédure expéditive, sans consultation significative ni consentement libre, préalable et éclairé des peuples concernés.
Dans un rapport publié en février 2025, Human Rights Watch et l’ACLU (American Civil Liberties Union) font état d’un ensemble de lettres que l’administration avait adressées à trois gouvernements tribaux en pleine pandémie, sans véritable échange. Pour les deux ONG, cette procédure ne pouvait tenir lieu de discussion sur le devenir du territoire. L’entreprise invoque, de son côté, la validité de ses permis et les décisions judiciaires favorables au chantier.
Au fil du temps, la mobilisation autochtone a emprunté plusieurs voies : recours de gouvernements tribaux, pétitions, campements, cérémonies et chevauchées de prière. Mais les communautés ne sont pas unanimes. Le collectif People of Red Mountain rassemble des citoyens de Fort McDermitt opposés au projet. Mais en octobre 2022, le conseil tribal de Fort McDermitt a signé un accord avec Lithium Americas, prévoyant formation, emplois et équipements. Pour certains, la mine offre des ressources indispensables ; pour d’autres, négocier des retombées après la délivrance du permis ne signifie pas avoir librement choisi le projet.
Les travaux ont commencé en mars 2023. Les tentatives visant à obtenir leur arrêt devant les tribunaux ont échoué, et les activistes subissent une surveillance pour le moins disproportionnée. Une enquête du site d'investigation ProPublica publiée en juillet 2025, à partir de plus de 2 000 pages de documents, révèle les échanges entre plusieurs services publics et la sécurité privée de la mine, ainsi que l’intervention d’une cellule antiterroriste du FBI. L’entreprise invoque la protection des personnes et des équipements, face à une contestation pourtant largement pacifique. « Nous sommes là pour accomplir des cérémonies, et eux nous surveillent », déplore Ka’ila Farrell-Smith, conseillère de People of Red Mountain.
« Biden et Trump ne sont pas d’accord sur grand-chose, mais il y a une chose sur laquelle ils se sont entendus : ils ont tous deux soutenu ce projet », remarquait Arlo Crutcher, alors président de Fort McDermitt et favorable à l’accord. Daranda Hinkey, figure du collectif, expliquait à Associated Press avoir voté pour Biden en espérant qu’il ralentirait un projet accéléré sous Trump. En vain. Dans ce territoire immense balayé par les vents et bordé de sommets enneigés, la question du relais politique des revendications autochtones reste, à la veille des midterms, irrésolue.
Anna Never
NOTES
(1). Les Yupiks sont un groupe de peuples autochtones originaire de la moitié sud de la côte ouest de l'Alaska, du delta du Yukon-Kuskokwim, de la péninsule de l'Alaska, ainsi que de la pointe orientale de la Sibérie et de l'île Saint-Laurent. Ils font partie de la grande famille des peuples eskimo-aléoutes et sont étroitement apparentés aux Inuits.
(2). Les Ojibwés (Ojibwe, Ojibwa ou Ojibway), aussi appelés Chippewa aux États-Unis, appartiennent à l'ensemble des Anishinaabe. Ce terme désigne aussi les Odawa et les Potawatomi, qui parlent des langues proches. C'est l'un des peuples autochtones les plus nombreux d'Amérique du Nord. Il vit autour des Grands Lacs, aux États-Unis (Michigan, Wisconsin, Minnesota, Dakota du Nord, Montana) et au Canada, de l'Ontario à la Saskatchewan. Le recensement américain de 2020 compte environ 223 800 Ojibwés aux États-Unis. Le Canada en recense environ 160 000, ce qui en fait la deuxième population des Premières Nations derrière les Cris. Les Ojibwés ne forment pas une seule entité politique : ils sont répartis entre de nombreuses nations ou « bandes » souveraines. Le Minnesota en compte sept, dont six sont réunies au sein de la Minnesota Chippewa Tribe. Le Wisconsin en compte six.
(3). La White Earth Nation, ou Gaa-waabaabiganikaag en ojibwé, est une nation ojibwée du nord-ouest du Minnesota. Sa réserve a été créée par un traité de 1867 avec la Mississippi Band of Ojibwe, sur des terres qui n'avaient été le territoire d'origine d'aucun groupe ojibwé. Plusieurs bandes déplacées par la colonisation européenne y ont été regroupées. La réserve a ensuite été morcelée par les lois d'allotissement : Dawes Act en 1887, Nelson Act en 1889, puis Clapp Act en 1904 et Snyder Act en 1906. Avec plus de 19 000 membres inscrits, c'est la plus grande nation autochtone du Minnesota, par la population comme par la superficie. Elle fait partie de la Minnesota Chippewa Tribe. En 2018, elle a adopté une loi sur les « droits du manoomin » (le riz sauvage). Ce texte reconnaît à cette plante sacrée le droit « d'exister, de prospérer, de se régénérer et d'évoluer ». En 2021, la nation s'est appuyée sur cette loi pour contester devant son tribunal tribal le permis accordé à Enbridge pour l'oléoduc Line 3. Ce permis l'autorisait à pomper près de 5 milliards de gallons d'eau (environ 19 milliards de litres). C'était la première action en justice fondée sur les « droits de la nature » portée devant un tribunal tribal aux États-Unis. La cour d'appel tribale l'a rejetée en mars 2022, en se déclarant incompétente.
(4). Peehee Mu'huh, qui signifie « lune pourrie » en langue numu (paiute du Nord), est le nom autochtone de Thacker Pass. C'est un col du nord du Nevada, au bord sud de la caldeira de McDermitt, près de la frontière avec l'Oregon. La tradition orale y situe deux massacres. Le premier, antérieur à l'arrivée des Européens, opposa les Numu à une tribu venue de l'ouest. Il aurait donné son nom au lieu : des chasseurs, à leur retour, découvrirent les corps de leurs proches dispersés sur une zone en forme de croissant de lune. Le second, documenté par les archives, eut lieu le 12 septembre 1865, pendant la « guerre des Serpents » (Snake War). Avant l'aube, la compagnie E du 1er régiment de cavalerie du Nevada attaqua un campement paiute. Elle tua au moins 31 hommes, femmes, enfants et anciens, et peut-être plus de 50, poursuivis sur plusieurs kilomètres. Deux semaines plus tard, un journal local, l'Owyhee Avalanche, rapportait que chaque soldat « partit chercher des scalps » et que « tous ceux qu'on put trouver furent tués ». Un arpenteur fédéral releva en 1868 des restes humains sur le site.
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Une réponse musicale pour se réapproprier les terres :
" This Land is Your Land " paroles écrites par Woody Guthrie en 1940.
Sharon Jones and The Dap-Kings (album " Naturally ", 2005, Daptone Records)
" https://www.youtube.com/watch?v=JH3pAuGYZBs&list=RDJH3pAuGYZBs&start_radio=1 "