Restaurer l'espoir, en attendant les terres
- Tzotzil Trema

- il y a 1 jour
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Une steppe montagnarde de Mongolie, pays hôte de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Photo Bolatbek Gabiden / Unsplash.
Un slogan optimiste, des terres qui continuent de se craqueler, et un ordre du jour bloqué avant même d'être discuté : Tzotzil Trema fait le bilan d'étape d'une COP17 sur la désertification qui ressemble beaucoup à ses seize devancières.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Contexte. La COP17 sur la désertification se tient à Oulan-Bator, en Mongolie, du 17 au 28 août 2026. C'est la 17e session de la Conférence des Parties à la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD), sous le thème « Restaurer les terres, restaurer l'espoir ». Elle réunit 196 pays et l'Union européenne, avec chefs d'État, ministres, scientifiques et société civile, et s'inscrit dans l'Année internationale des pâturages et des pasteurs 2026 des Nations unies. C'est aussi la première fois qu'un pays d'Asie centrale ou orientale accueille une COP de cette convention.
Le choix du pays hôte n'a rien d'anodin : selon le nouvel Atlas national de la désertification présenté le 12 août 2026, 81,9 % du territoire mongol est aujourd'hui dégradé à des degrés divers par la désertification, un chiffre en forte hausse par rapport aux 77 % évoqués en février (Consoglobe, UNCCD). Le sommet s'ouvre alors même que la sécheresse s'aggrave sur place.
Le programme s'articule autour de quatre journées thématiques : financement, eau, terres et populations, systèmes alimentaires et santé des sols. Plusieurs lignes de tension structurent les discussions :
L'ampleur du problème. Entre 40 % et 75 % des terres mondiales sont considérées comme dégradées, avec un rythme d'aggravation qui s'accélère nettement ces dernières années.
Le financement, très en retard sur les besoins réels — un point qui revient dans plusieurs bilans d'ouverture.
Le pastoralisme, thème central pour le pays hôte : le CIRAD y voit un levier de préservation de la biodiversité et d'adaptation climatique, mais les systèmes pastoraux sont aujourd'hui fragilisés par la pression foncière et le recul des savoirs traditionnels.
La sécurité alimentaire et les migrations forcées : la dégradation des terres est présentée par plusieurs institutions comme un facteur direct de tensions sur les ressources et de déplacements de populations, singulièrement mis en avant par les délégations africaines qui réclament un accès accru au financement.
Dominique Vernis
Il fallait un slogan pour habiller la dix-septième tentative. Ce sera « Restaurer les terres, restaurer l'espoir » — une formule qui a le mérite de préciser dans quel ordre les choses n'arriveront pas. Depuis le 17 août, Oulan-Bator accueille la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, et jusqu'au 28, cent quatre-vingt-dix-sept Parties vont s'efforcer de prouver que l'espoir, contrairement aux terres, est une ressource qu'on peut renouveler indéfiniment sans jamais l'exploiter.
Le choix du pays hôte relevait déjà d'une forme d'humour institutionnel. La Mongolie, dont le tout nouvel Atlas national de la désertification, présenté cinq jours avant l'ouverture, chiffre à 81,9 % la part du territoire dégradée, accueille le monde pour lui expliquer comment ne pas finir comme elle. Son propre premier ministre, Uchral Nyam-Osor, a ouvert les débats en demandant que cette édition « ne tombe pas dans la redite d'engagements antérieurs » et produise enfin « des résultats mesurables » — un vœu que même l'agence de presse officielle mongole a pris soin de relayer, comme s'il fallait déjà se prémunir contre l'échec en le nommant à l'avance.
Il faut dire que le précédent n'incitait guère à l'optimisme. La COP16, tenue à Riyad fin 2024, s'était achevée avec un jour de retard sur un constat d'échec : aucun accord contraignant sur la sécheresse, malgré quatre années de travaux d'un groupe intergouvernemental ad hoc dont les six options proposées avaient toutes été écartées. En guise de lot de consolation, le « Partenariat mondial de résilience à la sécheresse de Riyad » avait recueilli 12,15 milliards de dollars de promesses face à des besoins que la Convention évalue à 2 600 milliards d'ici 2030.
Deux ans plus tard, l'addition n'a pas changé de nature, seulement d'ordre de grandeur. La restauration des terres nécessiterait environ 355 milliards de dollars par an entre 2025 et 2030 ; les investissements prévus plafonnent à 77 milliards, laissant un déficit annuel d'environ 278 milliards — près du milliard quotidien que la Convention réclame depuis Riyad sans jamais l'obtenir. Le secteur privé ne finance de son côté qu'environ 6 % de l'effort mondial — la générosité du marché a, semble-t-il, ses limites climatiques.
Mais l'ironie la plus achevée de cette édition n'est pas venue des chiffres : elle est venue de la procédure elle-même. Pour la première fois de l'histoire de ces conférences, les débats se sont trouvés bloqués dès l'adoption de l'ordre du jour, à la suite d'objections formulées par les États-Unis et la Russie. On notera l'élégance du geste : bloquer non pas telle ou telle mesure de restauration, mais l'ordre du jour lui-même, c'est-à-dire la possibilité même de discuter de ce dont on est venu discuter. Une sobriété méthodologique qui économise beaucoup de salive.
Pendant ce temps, le fond du dossier ne demande qu'à être traité : jusqu'à 40 % des terres émergées de la planète sont dégradées, touchant directement 3,2 milliards de personnes, et la dégradation des terres et les sécheresses coûteraient au monde environ 900 milliards de dollars par an, selon la présidente de la COP17, Battsetseg Batmunkh elle-même. Les organisations de la société civile africaine rappellent un paradoxe plus discret : les populations les plus exposées à la dégradation des terres sont représentées par les organisations les moins capables de financer leur propre venue aux négociations qui décident de leur sort.
Il reste quatre jours à la COP17 pour transformer l'espoir en quelque chose de plus solide qu'un slogan bilingue imprimé sur des banderoles. L'histoire récente de la Convention suggère une hypothèse raisonnable : on repartira d'Oulan-Bator avec de nouveaux chiffres, de nouvelles promesses, et un rendez-vous fixé pour la COP18, où l'on pourra, sans se démentir, réclamer à nouveau que cette fois, vraiment, on cesse de se répéter.
Tzotzil Trema
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