Trump : les profits au présent, les dégâts en héritage

Prise au crépuscule, cette photographie de David McNew, publiée en août 2019 par National Geographic,
montre les chevalets de pompage des gisements de pétrole de la formation de schistes de Monterey en Californie,
où l'extraction du gaz et du pétrole a recours au processus de fracturation hydraulique.
Le jour même où l’Organisation météorologique mondiale annonce de nouveaux records de gaz à effet de serre, Donald Trump promet de desserrer les règles sur les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier. Au nom des économies, bien sûr. Les producteurs peuvent compter sur lui. Les générations suivantes feront les comptes.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Les faits
Le 27 octobre 2026, l’Organisation météorologique mondiale publie son bulletin annuel : les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone, de méthane et de protoxyde d’azote ont toutes atteint de nouveaux records en 2025. Le même jour, à Lubbock, au Texas, Donald Trump annonce un projet d’assouplissement des règles limitant les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier.
La chronique de Tzotzil Trema
« Ce soir, je mets officiellement fin aux réglementations coûteuses et inutiles imposées par Biden sur les émissions de méthane. » Ainsi parle Donald Trump, mardi 27 octobre, devant les partisans du candidat républicain au Sénat Ken Paxton, à Lubbock, au Texas (1). Dans la foulée, le grand prêtre du drill, baby, drill annonce 45 milliards de dollars d’économies pour les consommateurs et les producteurs d’énergie. Et promet de « libérer » de vastes quantités de gaz texan. Libérer du gaz : pour une fois, le programme est sans ambiguïté.
Une petite précision, toutefois : ce que le président présente comme une exécution immédiate est encore un projet réglementaire. Il doit passer par une consultation publique de 45 jours. Mais pourquoi laisser une procédure administrative gâcher un si beau numéro de délivrance ? Au Texas, ce soir-là, Trump ne propose pas. Il abolit. Il n’argumente pas. Il débouche.
Derrière lui, Lee Zeldin tient la burette. Le patron de l’Agence américaine de protection de l’environnement explique que les Américains doivent pouvoir chauffer leur maison et faire le plein pour aller travailler. Qui pourrait être contre ? Le tour de passe-passe consiste à présenter la surveillance des fuites comme l’ennemie du chauffage, et la réparation des installations comme une persécution des automobilistes. Entre le pull-over et la fuite de méthane, choisissez votre camp.

Le président Donald Trump et Lee Zeldin, administrateur de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), lors d’une annonce à la Maison-Blanche, le 12 février 2026 (Photo Will Oliver — EPA). Tout un poème que ce Lee Zeldin — ex- sénateur républicain de l’État de New York de 2011 à 2014, puis représentant de la première circonscription de New York, sur Long Island, à la Chambre des représentants de 2015 à 2023 —, propulsé
le 29 janvier 2025 à la tête de l’Environmental Protection Agency (EPA), l’Agence américaine de « protection de l’environnement » (sans rire). Lors de son audition de confirmation devant le Congrès, en janvier 2025, il reconnaissait
la réalité du changement climatique et le rôle du CO₂ et du méthane dans la rétention de chaleur dans l’atmosphère. C’est donc en toute connaissance de cause qu’en tant qu’administrateur de l’EPA, il a abrogé, en février 2026,
le constat de dangerosité des gaz à effet de serre adopté en 2009 — l’« Endangerment Finding »,
un fondement juridique majeur de la réglementation climatique fédérale – puis, en septembre 2026,
l’essentiel des exigences relatives aux émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques.
Les mesures visées ne sont pourtant pas des fantaisies de bureaucrates désœuvrés. Le projet prévoit notamment de supprimer le Super Emitter Program, destiné à repérer les rejets massifs de méthane grâce à des observations extérieures, notamment satellitaires. Il doit aussi alléger les obligations pesant sur les puits dits « marginaux », ces installations à faible rendement qui représentent une part réduite de la production américaine, mais environ la moitié des émissions de méthane du secteur, selon les estimations citées par l’EPA. Petite production, grosses fuites : une catégorie manifestement digne d’encouragement.
La protection de l’environnement, version Zeldin, consiste donc à desserrer la surveillance là où ça fuit. On attend avec intérêt le programme de sécurité routière qui supprimera les radars devant les écoles pour favoriser la fluidité du trafic.
Et les 45 milliards ? Un chiffre magnifique. Rond, sonore, apte au meeting. Selon le New York Times, il désigne des économies estimées pour l’industrie jusqu’en 2050. L’AFP relève que l’administration l’a avancé sans ventilation détaillée. Présenter des coûts réglementaires évités comme une victoire pour tous ne dit pourtant rien, à soi seul, du bilan collectif. Ce que les exploitants n’auront plus à payer pour surveiller et réparer ne disparaît pas nécessairement : cela peut changer de débiteur.
Les profits ont une adresse. L’atmosphère, non.
Or, pendant que Trump célébrait le desserrage des contraintes, l’Organisation météorologique mondiale publiait le résultat des mesures. Pas un scénario. Pas une préférence partisane. Des observations. En 2025, le CO₂ a atteint 426,8 parties par million, le méthane 1 948 parties par milliard, le protoxyde d’azote 339,1. Respectivement 53%, 167% et 26% de plus qu’avant l’industrialisation. Trois records. Trois raisons de fermer les robinets. À Washington, on cherche la clé pour les ouvrir davantage.
Ce bulletin mesure des concentrations, pas les seules émissions d’une année. La différence est celle du stock et du flux. Les émissions sont ce qu’on ajoute ; les concentrations, ce qui s’accumule après que les milieux naturels ont absorbé une partie des rejets. Pour le CO₂, environ la moitié des émissions annuelles reste dans l’atmosphère. L’autre moitié est absorbée par les terres et les océans. Réduire l’arrivée ne fait pas automatiquement baisser le niveau. Supprimer les efforts pour la réduire n’a donc rien d’une économie : c’est une avance sur les dégâts.
Le méthane, lui, est un accélérateur particulièrement efficace. À masse égale, son pouvoir de réchauffement sur vingt ans dépasse d’environ quatre-vingts fois celui du CO₂. Il reste moins longtemps dans l’atmosphère — de l’ordre d’une douzaine d’années —, mais cette durée relativement courte fait justement de sa réduction un levier pour freiner le réchauffement à brève échéance. Encore faut-il considérer les prochaines décennies comme autre chose qu’un délai de paiement.
On pourrait ici faire comparaître les vaches. Elles ont leurs responsabilités, comme les rizières, les décharges et les zones humides ont leur place dans le cycle du méthane. Mais elles ne sauraient servir d’alibi aux installations pétrolières et gazières. L’exploitation des combustibles fossiles figure parmi les grandes sources humaines de ce gaz. Une fuite industrielle n’est pas une fatalité naturelle. C’est précisément le genre de rejet que des obligations de surveillance et de réparation cherchent à limiter.
Le génie de cette politique tient dans son vocabulaire. Une protection devient une « contrainte ». Une fuite devient une « économie ». Un recul devient une « libération ». Et l’agence chargée de protéger l’environnement se charge d’expliquer pourquoi il faut protéger les producteurs contre les obligations environnementales.
Dans ce système, le scientifique est un personnage assez mal élevé. Il mesure quand on lui demande d’applaudir. Il distingue les faits des annonces. Il revient avec ses séries longues pendant qu’on prépare le prochain meeting. Surtout, il persiste à rappeler qu’une tonne de méthane ne devient pas inoffensive parce qu’un président l’a déclarée rentable.
Vivement que le crime d’écocide entre dans le droit international (2). Pas pour imaginer qu’un ajout au Statut de Rome suffira à réserver une cellule à Donald Trump. Mais pour que la destruction du vivant cesse de bénéficier de cette confortable présomption : quand elle rapporte assez, ce ne serait plus un crime, seulement une politique économique. L’administration Trump prétend faire des économies. Sur les contrôles, sur les réparations, sur l’avenir. Pour le service après-vente, s’adresser aux générations suivantes.
Tzotzil Trema
NOTES
(1). Pour rappel, le Texas est de loin le premier producteur d’énergie fossile aux États-Unis, qui sont eux-mêmes le plus gros émetteur de méthane dans le secteur pétrolier et gazier au monde, devant la Russie, selon l’Agence internationale de l’énergie.
(2). La reconnaissance de l’écocide demeure fragmentée. La France en a fait un délit en 2021 ; la directive européenne de 2024 renforce la répression des atteintes environnementales les plus graves, décrites comme comparables à un écocide. Au niveau international, une proposition portée depuis 2024 par Vanuatu, les Fidji et les Samoa vise à l’inscrire dans le Statut de Rome. Elle n’a pas encore créé de cinquième crime relevant de la CPI. Son adoption éventuelle ne rendrait pas automatiquement la Cour compétente pour des actes antérieurs : les règles de compétence et de non-rétroactivité resteraient déterminantes.






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