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Version La Fontaine, la fable de l'accord de libre-échange Australie-Union européenne

Photomontage : Une mine exploitée par Rio Tinto dans l'ouest de l'Australie.

A gauche, en haut : un boeuf dans un élevage australien, et en bas, une berline Mercedes-Benz.


Conclu à l’issue de négociations aussi interminables que « stratégiques », l’accord de libre‑échange entre l’Union européenne et l’Australie promet, sur le papier, des « gains mutuels » en bœuf, voitures et matériaux critiques. Derrière les communiqués enthousiastes, les éleveurs australiens parlent pourtant d’un marché européen entrouvert à peine, quand Bruxelles se félicite surtout d’avoir sécurisé un peu plus l’accès au lithium et autres minerais indispensables à la « transition verte ». Quant à l’industrie automobile allemande, elle se voit déjà exporter des véhicules « propres » grâce à ces métaux extraits à l’autre bout du monde, au nom d’un climat qu’on dit global. De quoi inspirer, à côté des chiffres et des clauses tarifaires, une petite fable où bœuf, voiture et minerai viennent discuter, à leur manière, des mirages du libre‑échange.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


L’accord de libre-échange entre l’Union européenne et l’Australie, qui vient d'être conclu après des années de négociations heurtées, illustre parfaitement les tensions actuelles entre ouverture commerciale, protection des agriculteurs et sécurisation des chaînes d’approvisionnement stratégiques.


Au cœur du compromis, on trouve un donnant-donnant très politique : côté australien, un accès accru – mais jugé très insuffisant – au vaste marché européen pour le bœuf et l’agneau via des contingents tarifaires limités (30 600 tonnes de bœuf sur dix ans, 25 000 tonnes de viande ovine sur sept ans), loin des demandes initiales de la filière qui qualifie le texte de « pire accord de libre‑échange jamais signé ». Côté européen, la Commission met en avant des gains attendus sur les exportations de voitures, produits chimiques ou agroalimentaires transformés, avec une suppression progressive de nombreux droits de douane, y compris sur les véhicules, au bénéfice notamment de l’industrie automobile allemande et de ses champions de l’export. Les constructeurs européens obtiennent aussi un allègement de la fiscalité sur les véhicules importés en Australie, en particulier pour les modèles électriques, même si certaines fédérations jugent ces concessions trop timides par rapport à ce qu’elles espéraient.


Mais l’enjeu le plus stratégique se situe sous la surface : l’accès européen aux matériaux dits « critiques » – lithium, terres rares, cobalt, graphite – dont l’Australie est l’un des grands réservoirs mondiaux, indispensable à la transition énergétique, à l’électrification de l’automobile et aux ambitions d’« autonomie stratégique » de l’UE face à la Chine. Bruxelles voit dans cet accord un moyen de sécuriser à long terme ses approvisionnements, quitte à encourager investissements, prises de participation et contrats de long terme dans les mines et usines de transformation australiennes. Ce volet est salué par les groupes miniers, qui y voient une promesse de financement et de débouchés supplémentaires, au moment où les restrictions chinoises sur certains métaux rappellent brutalement la vulnérabilité des chaînes de valeur européennes.


En miroir, critiques et inquiétudes se multiplient des deux côtés. Les organisations agricoles australiennes dénoncent un accord déséquilibré, verrouillant pour des décennies un accès jugé « sous‑dimensionné » au marché européen par rapport à ce dont bénéficient déjà d’autres concurrents comme les pays du Mercosur. En Europe, syndicats agricoles et élus hostiles aux grands traités commerciaux alertent sur l’addition des quotas d’importation (Mercosur, Australie, accords bilatéraux existants) et leurs effets sur des filières déjà fragilisées, tandis que des ONG environnementales s’interrogent sur la sincérité des clauses climatiques et sur l’empreinte carbone accrue de ces flux de viande et de minerais. Derrière la rhétorique du « partenariat entre égaux », l’accord cristallise ainsi un rapport de forces où se mêlent diplomatie climatique, lobbying industriel et compétition géopolitique pour le contrôle des ressources.


Dominique Vernis

L'accord de libre-échange vu à la façon de La Fontaine


Dans un pré sans frontières, au vent du libre-échange,

Paissait un Bœuf d’Australie, robuste et plein d’avantages.

Non loin, d’acier et d’orgueil, ronronnait en cadence

Une noble Allemande, reine de la puissance.


« Amie, dit le Bœuf placide, ouvrons large nos portes,

Que mes chairs vous nourrissent, que vos machines m’emportent ;

Le monde est un marché, et l’accord nous honore. »

La Voiture répondit : « J’y consens, mais encore ?


Car sous ton herbe grasse et tes vastes prairies

Dorment, dit-on, métaux que l’avenir chérit :

Lithium, cobalt, terres rares en silence,

Dont dépend mon moteur et ma toute-puissance. »


Sur ces mots survint, discret mais essentiel,

Un Minerai critique, au regard industriel :

« Messieurs, sans mon concours, point de transition verte ;

Vos accords sont promesses, mais ma voie reste ouverte.


Qui me possède tient plus que chair ou carrosserie :

Il gouverne demain, ses flux et son énergie.

Prenez garde aux traités trop prompts à se conclure :

On échange le visible, on cède l’aventure. »


Le Bœuf, un peu songeur, rumina sa richesse ;

L’Auto, moins triomphante, calcula sa faiblesse.

Et tous deux comprirent, au détour du contrat,

Que le prix du présent cache celui d’après.


Moralité :

Qui troque sans penser aux chaînes invisibles

Livre plus que ses biens : il cède l’indicible.


pour copie conforme, Tzotzil Trema

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1 commentaire


yanitz2018
il y a un jour

-Les boutons ?

-Non, les moutons ! Et la laine tondue ... !

-L'haleine fondue ?

-M'enfin !

Bref un super saxophoniste de Jazz australien -Max Grunhard- en quintet :

"https://www.youtube.com/watch?v=mZMK54vOZp8&list=RDmZMK54vOZp8&start_radio=1"

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