25 décembre. C'est pas Noël tous les jours (et pas pour tout le monde)
- Jean-Marc Adolphe

- 25 déc. 2025
- 14 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 déc. 2025

« La déportation d’enfants est une manière de tuer sans meurtre visible. Il ne s’agit pas seulement de priver d’avenir, mais de confisquer la source même de la responsabilité : l’enfance est ce qui nous commande le plus absolument », "écrit" (30 ans après sa mort, un 25 décembre) le philosophe Emmanuel Levinas. En ce jour où, paraît-il, est né le divin enfant, sans tambour ni trompettes, avec « juste un ange, deux petits moutons, deux petits bedots et un berger » (comme disait l'irrévérencieux Julos Beaucarne), on attend d'Emmanuel Macron, plutôt que de vouloir à tout prix se rabibocher avec Poutine, des paroles fortes sur le sort des enfants ukrainiens détenus par la mafia russe au pouvoir. Des paroles, et aussi des actes.
Ceci étant, nous saluons ce jour de Noël, sans faire de plans sur la comète, Messieurs Edmond Halley et Isaac Newton, Madame Clara Zetkin et Monsieur Carlos Castaneda, sans omettre de souhaiter un bon anniversaire au peintre Charles Pollock, avec prochaine exposition à venir.
J-7 : DONS DÉFISCALISABLES JUSQU'AU 31/12/2025
Compte à rebours : Il nous reste 7 jours pour espérer réunir d'ici le 31 décembre 6.000 € (dont 2.000 € seront consacrés à l'enquête sur les déportations d'enfants ukrainiens).
Depuis le lancement de cette campagne (le 31 octobre), cinquante-six donateurs, 3.490 €.
Pour mémoire, nous avons fait le choix d'un site entièrement gratuit, sans publicité, qui ne dépend que de l'engagement de nos lecteurs. Jusqu'au 31/12/2025, les dons sont défiscalisables (à hauteur de 66% du montant du don). Un don de 25 € ne revient ainsi qu'à 8,50 € (17 € pour un don de 50 €, 34 € pour un don de 100 €, 85 € pour un don de 250 €). Dons ou abonnements ICI
L'IMAGE DU JOUR
En tête de publication. Une autre "crèche" : pendant qu’il est né le divin enfant (à ce qu’il paraît, on n’a pu vérifier la source), au moins 35.000 enfants (estimation basse au regard des chiffres avancés par Kyiv, la CPI, Yale, etc.) passeront ce jour de Noël dans les geôles d’une dictature dans foi ni loi. Sans loi : au mépris de toutes les conventions internationales, ils ont été kidnappés dans le pays où ils vivaient, on été déplacés de force en territoire hostile, où leur identité a été changée, leurs cerveaux lessivés, leurs corps embrigadés dans un uniforme en treillis, endoctrinés et préparés à livrer demain la guerre contre leur propre pays d’origine, avant d’attaquer d’autres frontières. Sans foi : l’organisation terroriste qui les tient en otages se pare des couleurs d’un État encensé par une religion dite orthodoxe, mais il ne s’agit là que du déguisement d’une mafia criminelle et tentaculaire. Au motif que cette mafia avait fait main basse sur des hydrocarbures essentiels à notre train de vie, et à des produits dérivés tels que les engrais qui empoisonnent nos sols, des pays dit démocratiques ont longtemps fermé les yeux sur ses agissements, lui offrant pignon sur rue (avec, par exemple, une somptueuse "cathédrale" érigée en plein de cœur de Paris), lui laissant s’ingérer dans la vie politique européenne (en finançant un certain nombre d’extrême droites, dont, en France, le Front national), et encore, permettant que le blanchiment d’argent offre aux parrains et affiliés de cette mafia le loisir de mouiller leurs yachts dans nos ports et la possibilité d’acquérir de non moins somptueux pied-à-terre, à deux pas des magasins de Bernard Arnault (entre autres), recyclant ainsi la saleté de leur argent et jouissant de cet Occident dont ils maudissent par ailleurs (officiellement) la « décadence » et les dépravations. Tout cela était su et connu, mais il ne fallait surtout pas « humilier » le kapo de cette mafia, connu sous le nom de Vladimir P.
Encore aujourd’hui, cela continue. Dans le cadre de « discussions de paix » qui n’en finissent pas de ne pas commencer, Emmanuel Macron Macron vient d’expliquer qu’il va « redevenir utile de parler à Vladimir Poutine ». Mais parler, pour dire quoi ? En tout cas, surtout pas évoquer le sort des enfants ukrainiens déportés en Russie. En d’autres termes, "Cher Vladimir Vladimirovitch, garde ton butin, c’est secondaire, mais fais semblant de vouloir la paix, j’en ai besoin pour qu’on puisse reprendre nos informations de gaz et nos engrais, sinon la Coordination rurale va me virer de l’Élysée, déjà qu’avec le Mercosur ils me font gravement la gueule… ".

On caricature à peine. Emmanuel Macron est l’un des rares dirigeants occidentaux à n‘avoir jamais évoqué publiquement et directement la question des enfants. Pardon : à une exception près : une phrase, subrepticement glissée le 25 mars dernier… dans un communiqué sur X (ci-contre) : « Les enfants ukrainiens déportés doivent pouvoir retrouver leurs familles ». Comme c’est mignon ! Et c’est tout ? Oui, c’est tout…
Pour être honnêtes, soulignons tout de même que le 1er décembre dernier, au Quai d’Orsay, dans le cadre d’une conférence « Bring Kids Back » en marge du lancement de la saison de l’Ukraine en France, Brigitte Macron a centré une intervention sur le soutien psychologique aux enfants ukrainiens déportés, en annonçant une mobilisation spécifique de spécialistes français. C’est bien, mais pas suffisant. On attend maintenant une parole forte au plus haut sommet de l’Etat. Par exemple : aucun « pourparler » que ce soit entre Macron et Poutine tant que la Russie n’autorisera Unicef et Croix-Rouge internationale n’aura pas fourni des informations sur le sort des enfants ukrainiens qu’elle détient, en exigeant, pour commencer, qu’Unicef et Croix Rouge internationale inspectent ces lieux de détention.
Soyons clairs : il n’y a guère de chance que Poutine accepte une telle condition, au vu de ce que notre enquête est en train de mettre à jour (voir ICI et ICI). Cette enquête avance, bien trop lentement : il faudrait pouvoir y consacrer des moyens, humains et financiers, que nous n’avons pas. Pour commencer à contourner cette entrave, nous sommes en train de créer une cellule d’investigation, avec des activistes de l’information, d’autres journalistes, des traducteurs/trices, des ONG.
Pour qui souhaiterait se joindre : mail circonstancié à contact@humanites.org
ÉPHÉMÉRIDE
Ça s’est passé un 25 décembre...
Quand Jésus de Nazareth prend la place du "Soleil invaincu"
Noël, dans le christianisme, célèbre la naissance supposée de Jésus de Nazareth, fixée au 25 décembre à Rome au milieu du IVᵉ siècle, sous le pontificat du pape Libère (352‑366), dans un contexte de concurrence avec les grands cultes solaires de l’Empire. Ce choix s’inscrit à la fois dans une stratégie d’appropriation du solstice d’hiver et dans une volonté de superposer la figure du Christ à celle du « Soleil invaincu ».
Evêque de Rome de 352 à 366, successeur de Jules Ier, en pleine controverse arienne autour de la personne du Christ, Libère résiste d’abord aux pressions impériales pour condamner Athanase d’Alexandrie, subit l’exil, puis revient à Rome dans un climat de fortes divisions, ce qui en fait une figure de pontife fragile politiquement mais centrale dans la consolidation de l’orthodoxie nicéenne.
Le culte officiel de Sol invictus est instauré par l’empereur Aurélien en 274, qui fixe au 25 décembre la grande fête du « jour de naissance du Soleil invaincu », alors identifié au solstice d’hiver, prolongement des Saturnales.
Le mithraïsme, culte initiatique d’un dieu solaire venu de Perse, célèbre lui aussi la naissance ou la manifestation de Mithra le 25 décembre, dans une grotte ou surgissant d’un rocher, entouré de pasteurs, ce qui facilitera, plus tard, les parallèles symboliques avec la Nativité chrétienne.
Avant la fixation romaine du 25 décembre, d’autres dates ont circulé dans la tradition chrétienne pour la naissance de Jésus : 6 janvier (future Épiphanie), mais aussi 28 mars, 19 avril ou 29 mai, certaines étant jugées plus proches d’une période historique plausible par des exégètes modernes.
Aujourd’hui, le 25 décembre est jour férié dans la plupart des pays de tradition chrétienne et s’accompagne souvent d’un lendemain chômé, tandis que dans plusieurs pays africains, la date du 25 décembre est l’occasion de mettre en avant les enfants, leurs droits et leurs vulnérabilités, en écho à la figure de l’enfant de la crèche et aux inégalités très concrètes qui structurent les enfances africaines. À côté des grandes journées internationales pilotées par l’ONU (20 novembre) ou par l’Union africaine (Journée de l’Enfant africain, le 16 juin), des ONG et réseaux associatifs ont ainsi institué un « Children’s Day » le 25 décembre, comme la SAF Children’s Day célébrée chaque année par les branches de Solidage Africa Foundation « à travers toute l’Afrique ». Cette transposition de Noël en journée de l’enfance permet d’articuler fête chrétienne, mémoire des violences faites aux enfants (travail, guerres, déplacements forcés) et revendication de droits très concrets : accès à l’école, protection contre les conflits, droit au jeu et à la parole. Elle fait du 25 décembre, non seulement un jour férié où l’on célèbre une naissance divine, mais un rappel politique des enfances bien réelles qui continuent d’être exposées aux guerres, à la pauvreté et aux migrations forcées sur le continent africain…
Des plans sur la comète

Dieu y est-il pour quelque chose ? La question traverse à la fois la vie d’Isaac Newton et l’histoire des comètes. Le 25 décembre 1642, au cœur de l’hiver anglais, naît à Woolsthorpe un enfant chétif qu’on croit condamné à mourir rapidement. Plus tard, il deviendra l’une des figures fondatrices de la science moderne, articulant lois du mouvement et gravitation universelle, et voyant dans l’harmonie mathématique de l’Univers la trace d’un ordre supérieur. Pour Newton, découvrir des lois, ce n’est pas chasser Dieu hors du monde, c’est au contraire mettre au jour l’architecture rationnelle d’une création voulue et cohérente.
Un siècle plus tard, en 1758, une autre interrogation sur le lien entre ciel et transcendance se joue avec le passage d’une comète. Edmond Halley, astronome britannique et contemporain de Newton, a osé une hypothèse audacieuse : certaines comètes reviendraient périodiquement, obéissant aux mêmes lois gravitationnelles que les planètes. En étudiant les observations de 1531, 1607 et 1682, il en conclut qu’il s’agit du même astre et annonce son retour pour la fin de 1758 ou le début de 1759. Lorsqu’elle réapparaît effectivement, la comète qui portera son nom consacre le triomphe d’une vision du cosmos régi par des lois stables. Ce n’est plus le signe capricieux d’une volonté divine immédiate, mais la manifestation spectaculaire d’un univers calculable.
Et aussi :
25 décembre 1831. Christmas Rebellion. En Jamaïque, début de la grande révolte des esclaves menée par Samuel Sharpe, appelée Christmas Rebellion. Présentée au départ comme une grève pacifique durant les récoltes de canne, la révolte mobilise jusqu’à 60.000 esclavagisés, est écrasée dans le sang, Sharpe est pendu en 1832, mais l’ampleur du soulèvement et de la répression accélère l’adoption du Slavery Abolition Act de 1833 dans l’Empire britannique.

25 décembre 1920. Fondation du PCF. Au Congrès de Tours, la majorité de la SFIO choisit l’Internationale communiste et fonde le Parti communiste français, arrimant une partie du socialisme français à Moscou. En plein congrès débarque Clara Zetkin (photo ci-contre), déléguée de l’Internationale communiste, militante socialiste allemande, figure majeure du féminisme ouvrier et de l’internationalisme révolutionnaire, proche de Rosa Luxembourg. Interdite de séjour en France, cette « petite femme âgée, vêtue de noir » réussit à franchir la frontière, à entrer incognito dans la salle, puis surgit à la tribune « comme tombée d’une trappe », sous les acclamations et l’Internationale chantée debout par les délégués. Après son discours, les portes sont fermées, les rideaux tirés, le téléphone coupé pour empêcher la police de l’arrêter, ce qui vaudra au commissaire de Tours une sanction et fera titrer la presse sur cette révolutionnaire « tombée du ciel sans passeport » qui ridiculise les services de l’Intérieur.
25 décembre 1926. La « paix brillante », avant la capitulation. Avènement de l’empereur Hirohito au Japon, futur souverain de la guerre du Pacifique. Le 25 décembre 1926, à la mort de son père, il monte sur le trône du chrysanthème, devient le 124ᵉ empereur du Japon et choisit pour son ère le nom Shôwa, « paix brillante » ou « harmonie éclairée ». Près de vingt ans plus tard, le 15 août 1945, celui qui était vénéré comme un dieu vivant fait entendre pour la première fois sa voix, monocorde et difficile à comprendre, dans une allocution radio où il demande aux Japonais « d’accepter l’inacceptable », c’est‑à‑dire la capitulation, moment où l’« empereur divin » commence sa mue en simple « symbole de l’État et de l’unité du peuple » dans la Constitution d’après‑guerre.
25 décembre 1991. La fin de l’Empire… jusqu’à nouvel empereur, en pire. Mikhaïl Gorbatchev prononce une allocution télévisée d’une douzaine de minutes, assez sobre, assis à son bureau, où il annonce qu’« en raison de la formation de la Communauté des États indépendants » il met fin à ses fonctions, tout en disant qu’il ne peut accepter « la ligne du démembrement du pays ». À peine son discours terminé, le drapeau rouge frappé de la faucille et du marteau est abaissé au‑dessus du Kremlin et remplacé par le drapeau tricolore russe, image extrêmement forte qui scelle visuellement, en quelques minutes, sa propre disparition politique et celle de l’URSS. Ce jour-là, Vladimir Poutine, qui travaille alors à Saint‑Pétersbourg auprès du maire Anatoli Sobtchak, commence à mâcher sa revanche. Il décrira plus tard la disparition de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXᵉ siècle », posant sa trajectoire politique comme une tentative de corriger cette « catastrophe » et de recomposer, par d’autres moyens, l’influence perdue de l’empire soviétique.
25 décembre 1998. Crime de masse. Les dirigeants khmers rouges Khieu Samphân et Nuon Chea, principaux compagnons de Pol Pot, sont finalement livrés aux autorités cambodgiennes par l’armée thaïlandaise, ouvrant la voie à leur jugement pour crimes de masse.
L'ANNIVERSAIRE DU JOUR : CHARLES POLLOCK

Ci-contre : Charles Pollock devant sa table de travail en 1960 dans le Michigan. Photo Charles Pollock Archives
A Denver (États-Unis), Il y a 123 ans, le 25 décembre 1902, naissait Charles Pollock. Frère aîné de Jackson Pollock, dont la notoriété l’a quelque peu éclipsé, il a passé sa vie à l’ombre du mythe de l’Expressionnisme abstrait qu’il a pourtant contribué à rendre possible. Très tôt fasciné par Rivera, Orozco et les muralistes mexicains, il s’installe à New York en 1926, étudie avec Thomas Hart Benton, enseigne, vit de travaux graphiques et fait venir Jackson, qu’il introduit aux cercles artistiques et héberge, jouant un rôle décisif dans le lancement de la carrière du cadet. Dans les années 1930, il s’inscrit dans le courant social‑réaliste, travaille pour la Resettlement Administration, puis comme caricaturiste politique du syndicat UAW à Detroit, avant de superviser la peinture murale et les arts graphiques pour le Federal Art Project du WPA dans le Michigan. À partir du milieu des années 1940, un séjour dans le désert d’Arizona, puis ses voyages au Mexique, à Rome et enfin en France le font passer à une abstraction lyrique et rigoureuse, nourrie de calligraphie et de champs de couleur, très différente de la gestualité de Jackson. Professeur à Michigan State University pendant plus de vingt ans, puis installé à New York et à Paris, il développe des séries (Chapala, Black and Gray, Rome, NY, Passim, Trace, Cantus) où dominent la retenue, la modulation de la couleur et une forme de mystique laïque de la ligne. Mort à Paris en 1988, discret, peu enclin à se mettre en avant, il laisse une œuvre importante, mais largement reléguée dans les réserves et les entrepôts.
C’est sa fille Francesca Pollock, psychanalyste et traductrice installée en France, qui entreprend depuis les années 1990 de le sortir de cet oubli. Avec sa mère Sylvia, elle retrouve en 1995 un entrepôt de Harlem où étaient stockées la quasi‑totalité des œuvres américaines de Charles, fonde les Charles Pollock Archives, accompagne rétrospectives et publications, et coédite la correspondance des deux frères, American Letters. Elle publie aussi un livre autobiographique, Mon Pollock de père (éd. L‘Atelier contemporain), où elle mêle enquête intime, réflexion sur le silence paternel et mise en récit d’une œuvre restée en marge, et continue aujourd’hui, par des interventions, des traductions et la présence en ligne, de faire circuler ce nom de Charles Pollock autrement que comme simple « frère de ».
A noter d’ores et déjà : exposition « Charles Pollock, La peinture contenue dans son lieu », du 16 janvier au 14 mars 2026, à la galerie Dina Vierny, 36 rue Jacob / 53 rue de Seine, Paris 6e (voir ICI). On en reparle très vite sur les humanités.
LA CITATION DU JOUR

Si un cancer du foie ne l’avait emporté en 1998, Carlos Castaneda aurait 100 ans ce jour. Né le 25 décembre 1925, à Cajamarca, au Pérou, anthropologue de formation, Carlos Castaneda est l’une des figures les plus énigmatiques de la contre-culture des années 1960-1970. Installé aux États-Unis, étudiant l’anthropologie à l’UCLA, il affirme avoir été initié au « savoir » chamanique par un mystérieux Indien yaqui, don Juan Matus, rencontre fondatrice qu’il transforme en cycle de récits mi-ethnographiques mi-mystiques. Dès The Teachings of Don Juan (1968) puis A Separate Reality et Journey to Ixtlan, ses livres mêlant expériences hallucinogènes, quête de « guerrier » et exploration des frontières de la perception deviennent des best-sellers internationaux et feront de lui l’un des « pères » du New Age, largement lu bien au-delà des milieux universitaires. Très vite pourtant, anthropologues et journalistes contestent la réalité de don Juan, relèvent les invraisemblances ethnographiques, les flous biographiques (dates et lieu de naissance contradictoires, identité brouillée) et soupçonnent une vaste construction littéraire présentée comme enquête de terrain. Retiré dans une maison de Westwood entouré d’un petit cercle de disciples, Castaneda fonde Cleargreen Inc. pour diffuser la « Tensegrity », adaptation contemporaine de prétendues passes magiques héritées des sorciers d’ancienne Mexique. Mort à Los Angeles dans une atmosphère de secret qui nourrira encore la légende, il laisse une œuvre à la fois influente et profondément controversée, oscillant entre ethnologie visionnaire, fiction spirituelle et entreprise de mystification.
L’INÉDIT DU JOUR

Bien que décédé il y a tout juste 30 ans, le 25 décembre 1995 (à 90 ans), Emmanuel Levinas, philosophe de l’Autre, de la responsabilité, de l’infini, a bien voulu confier aux humanités ce que lui inspirent les déportations d’enfants ukrainiens en Russie. Extrait :
« La déportation d’enfants est une manière de tuer sans meurtre visible. Il ne s’agit pas seulement de priver d’avenir, mais de confisquer la source même de la responsabilité : l’enfance est ce qui nous commande le plus absolument. Le regard que nous pose un enfant fait vaciller nos calculs. Il nous convoque à une vigilance infinie, à une attention sans alibi. Un pouvoir qui ne rougit pas devant la perspective d’arracher l’enfant à ceux qui l’ont engendré se déclare, par cet acte, en rupture avec l’éthique la plus élémentaire. Il se montre prêt à sacrifier la relation à autrui à la conservation de son propre pouvoir. »
Texte intégral ci-dessous en PDF
Emmanuel Levinas (1905-1995) est un philosophe français d’origine juive lituanienne dont l’œuvre fait de la responsabilité envers autrui le cœur même de la pensée. Né à Kaunas dans une famille cultivée, il découvre très tôt la littérature russe et la culture française, avant de venir étudier la philosophie à Strasbourg puis à Fribourg, où il suit Husserl et Heidegger et joue un rôle pionnier dans l’introduction de la phénoménologie en France. Naturalisé français, il est fait prisonnier comme officier de l’armée en 1940 ; interné dans un camp près de Hanovre, il y élabore les notes qui nourriront De l’existence à l’existant, tandis que la Shoah emporte une grande partie de sa famille en Lituanie. Après la guerre, directeur de l’École normale israélite orientale et professeur d’université, il construit une philosophie qui renverse le primat de l’être au profit de l’Autre : contre la tentation totalitaire de la totalité, il pense le visage d’autrui comme appel, exigence d’hospitalité, « tu ne tueras point » qui précède tout savoir. Ses grandes œuvres, de Totalité et Infini à Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, font de l’éthique la « philosophie première » et dessinent un humanisme inquiet, marqué par l’expérience des camps, la mémoire de la persécution et l’idée d’un État chargé avant tout de répondre à la faim des hommes.
LA VOIX DU JOUR. Julos Beaucarne, "Le petit Jésus"
« (...) Imagine un peu quand il est venu au monde / On aurait cru qu'on aurait dû refuser du monde / Qu'il serait né à bureaux fermés, cet enfant-là! / Que ce serait comme à un festival! / Rendez-vous compte / Ça faisait des milliers d'années qu'on l'attendait / Tout le monde s'écrivait "Attention, les gars, il s'en vient, ça sera pas long, il arrive!" / Il était attendu comme le Messie, cet enfant-là ! / C'est vrai, cent ans avant qu'il arrive, / on criait partout "Hosanna, Hosanna !" / Il arrive, pas un chat ! / Juste un ange, deux petits moutons, deux petits bedots et un berger (...) »

Poète, chanteur et conteur belge, Julos Beaucarne (1936–2021) a fait de la Wallonie rurale le centre d’un univers à la fois cosmique et profondément politique. Auteur-compositeur-interprète en français et en wallon, il construit dès les années 1960 une œuvre de chansons, poèmes, monologues et « communiqués colombophiles » où se mêlent tendresse, humour, colère douce et attention au minuscule. Marqué par l’assassinat de sa compagne Loulou, il répond par un humanisme radical, appelant à « reboiser l’âme humaine » par l’amour, l’amitié et la persuasion plutôt que la vengeance. Écologiste de la première heure, autoproclamé « vélorutionnaire », fondateur facétieux du Front de Libération des Arbres Fruitiers et de l’Oreille, il refuse le vedettariat, autoproduit ses disques et livres et demeure fidèle à son village de Tourinnes-la-Grosse. Défenseur ardent du wallon, qu’il décrit comme un « champagne continuel du langage », il relie terroir et galaxies, anarchisme et douceur, érigeant la chanson en petite machine à utopies très concrètes.
Julos Beaucarne est mort le 18 septembre 2021 à l’âge de 85 ans, à Beauvechain, en Brabant wallon.
Photo ci-dessus : Alexis Haulot





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