Alain Fourneau, l'âme d'un "théâtre d'essai"
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 1 jour
- 3 min de lecture

Alain Fourneau, fondateur du Théâtre des Bernardines à Marseille. Photos DR
Pendant près de 30 ans, il a tenu la barre du Théâtre des Bernardines à Marseille, qu'il avait fondé en 1987. Sans attendre la parution d'un ouvrage en forme de "récit-choral" qui devrait témoigner de cette aventure, Alain Fourneau s'est éteint le 19 mars dernier. Il avait 80 ans.
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Hommage tardif, mais hommage quand même. A Marseille, Alain Fourneau, décédé le 19 mars dernier à 80 ans avait transformé l’ancienne chapelle des Bernardines en un « théâtre d’essai ». Ce qui n’était pas un vain mot, en 1987, à une époque où Marseille ne brillait pas spécialement par sa vie culturelle. Avec sa compagne, la comédienne Mireille Guerre, l’autrice Suzanne Joubert venant ensuite rejoindre l’équipe, Alain Fourneau a tenu la barre du Théâtre des Bernardines jusqu’en 2015, avec une passion jamais démentie pour les écritures contemporaines, en théâtre mais aussi en danse (souvent allié avec Marseille-Objectif-Danse) et en musique. Ce serait mentir que de prétendre qu’il y avait foule tous les soirs : on se souvient de certains spectacles joués devant des audiences parfois clairsemées. Mais aux Bernardines, on ne venait chercher ni la facilité, ni le succès sur commande.
« Lieu d’échange et de rencontres », « laboratoire à cœur ouvert », selon les mots d’Alain Fourneau (qui fut aussi cofondateur avec Philippe Foulquié de la Friche Belle de Mai), le Théâtre des Bernardines a accueilli et souvent accompagné des artistes tels que François-Michel Pesenti, Franck Dimech, Angela Konrad, aujourd’hui directrice artistique de l’Usine C à Montréal, Eva Doumbia, Marie José Malis, Olivier Saccomano, Xavier Marchand, Marie Vayssière, Alain Béhar, Hubert Colas, Isabelle Pousseur, les chorégraphes Geneviéve Sorin, Raffaella Giordano, Maria Munoz et Pep Ramis, sans oublier le Théâtre du Radeau, Romeo Castellucci…
L’exigence artistique chevillée au corps, Alain Fourneau avait refusé le conventionnement que lui avait proposé le ministère de la Culture, évitant ainsi, selon lui, la contrainte d’adhérer à un cahier des charges trop rigide. En 2016, au départ d’Alain Fourneau,de Mireille Guerre et de Suzanne Joubert, le Théâtre des Bernardines a été repris par Dominique Bluzet, déjà directeur du théâtre du Gymnase à Marseille, du théâtre du Jeu de Paume et du Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence.
Il y a cinq ans, en avril 2021, Alain Fourneau annonçait un vaste chantier -de papier : « Non! il ne s'agit pas d'écrire mes mémoires, mais d'essayer de "rendre compte" en convoquant les paroles (et les gestes, donc, que ces paroles évoquent) nombreuses: -celles de ceux qui ont permis, qui ont entrevu ce que ce projet en devenir pouvait apporter ; celles de ceux qui ont habité : l'équipage, bien sûr, mais surtout les nombreux autres qui ont su secouer le cocotier dans tous les sens et utiliser au mieux l'espace magique qui leur était donné en partage, pour mieux le faire retentir ». Repris par Marie Vayssière et Samuel Wahl, le projet, conçu comme un « récit-choral », vise à constituer « un livre-outil à l’usage de ceux et celles qui œuvrent pour un théâtre favorisant un dialogue continu entre les générations d'artistes et les publics ». Alain Fourneau a accompagné ce projet jusqu'au bout, mais n’aura pas eu le temps de voir la parution de ces Bernardines de papier, annoncée en mai prochain aux éditions Parenthèses.
J-M.A






Merci pour cet article sur les Bernardines et son capitaine. A suivre avec intérêt la parution du bouquin-theatre