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Après Lecornu poudre-aux-yeux, lettre de Mayotte

Sébastien Lecornu en Ben Issa Ousseni

Ben Issa Ousseni, préseident de l'Assemblée de Mayotte, aux côtés de Sébastien Lecornu, le 26 août 2026. Photo Mayotte hebdo


Deux jours à Mayotte, six ministres dans les bagages, et un message qui tient en une phrase : plus de radars, plus de drones, plus de Légion étrangère — la reconstruction attendra. Sébastien Lecornu n'est pas venu parler de Mayotte, il est venu parler depuis Mayotte, en écho à peine assourdi aux « vannes de l'immigration » qu'Édouard Philippe promettait de fermer quelques jours plus tôt. La moitié de la population de l'archipel — très majoritairement comorienne — reste traitée comme un problème à contenir plutôt que comme des compétences à mobiliser. Et si Mayotte — d'où Chamsia, 23 ans, étudiante en géographie, nous envoie ses réflexions --, plutôt qu'une forteresse, devenait un laboratoire ?

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Dans ses basques, toute une escouade gouvernementale : pas moins de six ministres -- Armée, Intérieur, Éducation nationale, Santé, Outre-mer, Transition écologique – ont accompagné Sébastien Lecornu à Mayotte, vingt mois après le cyclone Chido. Pavoiser ? Ce sera pour un autre jour, c’est-à-dire jamais.


Comme le Premier ministre l’a lui-même reconnu dans une lettre adressée aux maires mahorais avant sa visite, seuls 11,7 % des 4 milliards d'euros inscrits dans le plan quinquennal de refondation -- adopté par la loi de programmation d'août 2025 – ont engagés à ce jour, et moins d'un quart des 100 millions d'euros annoncés par l'État pour les dépenses liées à Chido ont été effectivement versés fin 2025.


« Il faut se bouger », a lancé Lecornu à la cantonade, admettant que l'argent « ne se transforme pas assez vite en chantiers ». « Se bouger », mais pas trop quand même. À l'aéroport Marcel Henry de Pamandzi, lors d’un point presse bâclé avant de rejoindre la métropole à bord d’un avion de l’Armée de l’air, les ministres se sont succédé au micro, avec le même ton technocratique, sans le moindre souffle, pour égrener des mesurettes sans commune mesure avec l’ampleur des défis que rencontre Mayotte : accès à l’eau, à l’éducation, à la santé.


Si quelque chose ne fonctionne pas dans la « méthode » macroniste, ne faudrait-il pas tout simplement changer de méthode ? Il ne faut évidemment pas trop en demander au lieutenant Lecornu, encore que celui-ci a annoncé un spectaculaire revirement. Après avoir tenu dans un mépris post-colonial les maires mahorais, écartés du comité de suivi post-Chido, le Premier ministre s’est soudain avisé que ceux-ci pourraient finalement être utiles, notamment pour « vite délivrer des permis de construire » -- ignorant au passage la responsabilité des maires, obligés de prendre en compte les risques naturels présents sur l’île. Lecornu a en outre demandé d’« industrialiser la construction des écoles sur un modèle unique » : c’est le retour en catimini du « modèle Pailleron », abandonné dans l’Hexagone depuis l’incendie qui avait fait 20 morts – dont 16 enfants – dans le collège de la rue Pailleron, dans le 19e arrondissement de Paris, le 6 février 1973.


« On n’est pas chez Mémère » : Estelle Youssouffa, députée centriste de la 1ère circonscription de Mayotte. Photo Mayotte hebdo


Sur le fond, rien ne change. C’est même pire. Constatant la relative inefficacité du « comité de suivi », Lecornu a annoncé… la création d’un second comité, interministériel, placé sous l'autorité de son cabinet, pour « suivre l'avancement des décisions et publier des indicateurs de résultats ». Or, les maires et le président du Département-Région ne sont pas désignés comme membres permanents de cette nouvelle instance : ils sont simplement « invités à Matignon en novembre, à l'occasion du Congrès des maires, pour un premier point d'étape ». Du grand foutage de gueule qui fait bondir Estelle Youssouffa, députée centriste (rattachée au groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires) de la 1ère circonscription de Mayotte. Visant précisément l'absence du ministre de l'Intérieur et de la ministre des Armées lors de la présentation des mesures à l'Assemblée de Mayotte, elle s’est emportée : « On vient nous présenter les mesures, on est les premiers concernés. Le minimum, c’est d’être présent. Là, c’est de la pure communication. C’est scandaleux de faire ça. Ils pissent sur les élus de Mayotte », avant de conclure : « On n’est pas chez Mémère ».

15 heures de garde à vue pour un directeur d’école et leader syndical

Même mépris vis-à-vis des syndicalistes. Le 26 après-midi à Mamoudzou, ceux-ci s’étaient rassemblés pour interpeller le Premier ministre, lors de son passage sur la place de la République, sur l'augmentation des salaires et l'alignement des droits sociaux sur ceux de la métropole. Les gendarmes ne leur en ont pas donné le loisir : sommés de quitter la place, les manifestants ont préféré le sit-in. Les forces de l'ordre les ont alors traînés ou portés de force derrière le comité de tourisme, hors de vue du convoi ministériel. Parmi eux, Rivo Rakotondravelo, secrétaire départemental de la FSU et directeur d'école à Mamoudzou, a été interpellé et placé en garde à vue pendant quinze heures ! Un dangereux terroriste…


Avec un peu de bon sens et une réelle volonté démocratique, il ne devrait pourtant pas être si compliqué d’engager la reconstruction de Mayotte. En février 2025, nous avions avancé quelques pistes (ICI) évidemment inaudibles pour la technocratie post-coloniale de monsieur Macron qui en juin 2017 déjà, s’était permis une réflexion ouvertement raciste sur les Comoriens et les kwassa-kwassa (ICI).


Mais lors de son dernier déplacement, Sébastien Lecornu est peut-être venu parler de Mayotte, mais il est surtout venu « parler depuis Mayotte », comme l’écrit Amélie Constant dans Mayotte hebdo. Quelques jours après le candidat Édouard Philippe, venu promettre de totalement « fermer les vannes de l'immigration » et de remettre en cause le droit d’asile, assurant ainsi le service après-vente du programme de Madame Le Pen, le Premier ministre et son ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sont venus entonner – à quelques nuances près – le même refrain sécuritaire. Depuis le poste de coordination de la base navale de Dzaoudzi (histoire de rappeler que Mayotte doit rester une place forte de la France dans l’Océan indien), Lecornu a détaillé l’arsenal qui sera déployé contre « l’immigration clandestine ».

Drones, IA et « lutte migratoire »

Les radars, dont beaucoup sont pourtant défaillants depuis des années, seront renouvelés. Un poste avancé permanent doit voir le jour à M'tsamboro, associant le 5e régiment étranger, la base navale et la gendarmerie. Une unité de la Légion étrangère devrait, elle, être positionnée sur l'îlot inhabité de M'tsamboro, 2 km² de terre face à Anjouan, principal point de départ des candidats à l'exil : la France version sentinelle armée aux portes de son propre territoire.


Côté opérationnel, une « Kingia 2 » doit être lancée à l'automne, et vingt-cinq policiers du groupe d'appui opérationnel rejoindront Mayotte dès la fin de l'année — pour porter la flotte à dix intercepteurs, dont cinq en mer simultanément. De quoi, en théorie, boucher les brèches d'un dispositif jusqu'ici notoirement poreux.


Mais c'est surtout sur la technologie que Lecornu a voulu impressionner : drones pour anticiper les départs de kwassa-kwassas, ballons d'altitude équipés de capteurs, davantage de bateaux d'interception, intelligence artificielle pour détecter les migrants en mer. Des moyens censés combler « les angles morts » de la surveillance — et ressusciter, sous une forme numérisée, le fameux « rideau de fer » que Gérald Darmanin promettait déjà en 2024, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur et des Outre-mer. Deux ans plus tard, le rideau n'est toujours pas tombé, mais l'affiche, elle, revient en boucle. Il reviendra à Laurent Nuñez, lui-même issu d'une famille de pieds-noirs d'origine espagnole, d’organiser la traque des « clandestins » d’aujourd’hui.


Et ce n’est pas tout : alors que de nouveaux ressortissants arrivent à Mayotte depuis l’Afrique des Grands-Lacs, Lecornu-pense-à-tout compte sanctionner les pays qui ne coopèreraient pas avec la France en matière de « lutte migratoire ». Outre les Comores, six pays d’Afrique centrale et de l’Est sont ciblés : Burundi, République démocratique du Congo (RDC), Kenya, Rwanda, Somalie, Tanzanie. A notre connaissance, une telle mesure ne figurait pas encore dans le programme du Rassemblement national !

Mayotte, laboratoire de l’hospitalité

Là aussi, pourtant, plutôt que de mouliner en vaines rodomontades, il serait possible de faire tout à fait autrement : considérer Mayotte comme une richesse, non comme un boulet. Alors même qu’à Mayotte, plus des trois quarts de la population vivent sous le seuil de pauvreté, la moitié de cette population y est « étrangère » -- dont 87 % de nationalité comorienne et 4% de Madagascar. Et plus des trois quarts des naissances enregistrées chaque année sont le fait de mères de nationalité étrangère, essentiellement comorienne.


Il y a, dans cette population « étrangère », un formidable gisement de main d’œuvre, de savoir et très certainement, de talents. Il faudrait alors, en fléchant des moyens adéquats sur des dispositifs d’éducation, de formation et de socialisation, transformer Mayotte en véritable « laboratoire d’hospitalité ». Concrètement, un tel laboratoire suppose d'abord de renverser la logique administrative actuelle : au lieu de conditionner le séjour à la seule capacité de l'État à expulser, on le conditionnerait à l'insertion — sur le modèle de la régularisation espagnole liée aux besoins du marché du travail. Cela commence par la reconnaissance des compétences déjà là : validation des acquis de l'expérience pour les métiers du bâtiment, de la pêche ou du soin, reconnaissance accélérée des diplômes comoriens et malgaches, aujourd'hui purement et simplement ignorés. Vient ensuite la formation elle-même, pensée en bilingue shimaoré-français et calée sur les besoins criants de la reconstruction — eau, assainissement, BTP, santé, éducation — plutôt que sur des filières abstraites sans débouché local.


Troisième pilier : l'école, puisque plus de la moitié des 18-25 ans de l'archipel sont eux-mêmes nés à l'étranger ou de nationalité étrangère — investir massivement dans les crèches et les établissements scolaires, aujourd'hui saturés, n'est donc pas un supplément d'âme mais une nécessité démographique brute. Enfin, la coopération avec les Comores gagnerait à s'inverser : au lieu d'un simple chantage à l'aide au développement conditionnée à la « lutte contre les passeurs », Mayotte pourrait devenir la vitrine d'un partenariat de formation croisée — professeurs, soignants, artisans — entre les deux rives d'un même archipel culturel. Un vrai « laboratoire », au sens scientifique du terme : un dispositif expérimental, évalué, capable d'essaimer ensuite vers d'autres territoires ultramarins confrontés aux mêmes pressions migratoires — la Guyane ou La Réunion — plutôt qu'un slogan de plus accolé à un énième comité de suivi.


Jean-Marc Adolphe


Carnet de Chamsia — Mayotte, 20-27 août 2026


Illustration : Le Béton et le Bambou : Propositions pour Mayotte et le monde. Scénario : Matthias Cambreling, Aurélia Aurita et Frédéric Joulian. Dessin : Aurélia Aurita. Éditeur : Delcourt / Encrage


Chamsia [le prénom a été changé] a 23 ans, elle est née à Kaweni et prépare un master de géographie à Montpellier. Pendant que les officiels défilent d'estrade en estrade, elle a passé une semaine à Mayotte, entre la maison de sa tante, une ravine et Anjouan — carnet de bord d'un retour au pays, adressé à Isabelle Favre pour les humanités, qui en dit plus long sur l'archipel que n'importe quel communiqué de Matignon.

 

Jeudi 20 août — Arriver

L'avion se pose et je reconnais l'odeur avant le paysage : cette odeur de tôle chauffée et de terre rouge qui ne s'apprend dans aucun livre de géographie. À Montpellier, sur mes photos satellites, Mayotte est une tache verte cernée de corail. Ici, en sortant de l'aéroport de Pamandzi, c'est une colline entière qui dévale vers la mer, couverte de toits qui brillent comme des écailles de poisson.

Chez ma tante, à Kaweni, le seau est déjà posé dans la douche. Trente heures d'eau, quarante-deux heures de coupure — le rythme n'a pas changé depuis mon dernier passage. Ma cousine m'explique le nouveau calendrier comme on récite un emploi du temps de fac. On s'habitue à tout, sauf à l'habitude elle-même.

 

Vendredi 21 août — Les vannes

Édouard Philippe est arrivé ce matin. Je l'ai regardé à la télévision de ma tante, debout devant le centre de rétention de Pamandzi, à quelques kilomètres d'ici. Il a dit qu'il fallait « fermer les vannes de l'immigration. Pas à moitié. Totalement. » Ma tante a éteint le son et m'a regardée : « Et l'école de ton petit cousin, il ferme quoi pour ça ? »

Mahmoud, sept ans, attend une affectation depuis la rentrée dernière. Il ne va pas à l'école ce matin, ni cette semaine — pas parce qu'il n'a pas de papiers, il est né ici, mais parce qu'il n'y a pas de salle. Pendant que je note ça dans mon carnet, je pense à un mot de cours, « saturation des équipements publics », et je le raye aussitôt : ici ce n'est pas un mot, c'est mon cousin assis sur le pas de la porte à onze heures du matin un jour de semaine.

 

Samedi 22 août — La ravine

Je suis descendue à Kardjavena avec Fatima, une amie d'enfance qui travaille avec une association de quartier. On a marché le long de la ravine — celle qui, sur les plans qu'on nous montre en cours, s'appelle « zone de risque de mouvement de terrain ». Ici, elle s'appelle juste la ravine, et des familles vivent sur ses flancs depuis que je suis née.

Ce qui m'a frappée, ce n'est pas la précarité — je la connais depuis toujours — c'est un chantier, un peu plus loin : des artisans reconstruisent une maison en bambou et en terre, pas en tôle. Fatima me dit que c'est un projet porté avec des architectes, pensé pour épouser la pente plutôt que la nier, avec des jardins partagés sur les replats. Ça m'a rappelé une bande dessinée que ma mère garde à la maison, sur le béton et le bambou. Peut-être que la vraie reconstruction ne ressemble pas à ce qu'on voit à la télévision.

 

Dimanche 23 août — La traversée

Barge, kwassa loué en règle, puis vedette — je passe à Anjouan pour voir la famille de mon père. Quatre-vingt-dix minutes de mer, et pourtant à Montpellier, dans mes cours, cette distance devient une frontière internationale, un sujet de droit et de flux migratoires. Ici, c'est juste la mer que traverse mon oncle chaque année pour l'Aïd.

Ma cousine Nourdine a mon âge. Elle me demande si c'est vrai qu'à Mayotte on ferme les écoles aux enfants comoriens. Je lui explique que non, enfin pas exactement — que c'est plus compliqué, plus injuste d'une autre manière : les enfants restent dehors non pas parce qu'on leur ferme une porte, mais parce que la porte n'a jamais été construite. Elle rit, un rire sans joie : « Chez nous, au moins, on sait qu'on n'a rien. Chez vous, on vous promet tout et il ne vient rien. »

Le soir, sur la varangue, ma grand-tante raconte encore le référendum de 1974, l'île par île, les Chatouilleuses, les familles coupées en deux par un trait de mer. Je réalise que je suis exactement ce trait : mahoraise et comorienne dans la même phrase, sans que la France ni les Comores ne sachent vraiment quoi faire de moi.

 

Mardi 25 août — Le retour

Retour à Mayotte. Dans le bus, tout le monde parle de la lettre que le Premier ministre a envoyée aux maires. Onze pour cent des crédits dépensés, dit la radio. Je repense à mes travaux dirigés sur la vulnérabilité territoriale — un mot savant pour dire que la catastrophe ne commence pas avec le cyclone, mais bien avant, dans la manière dont on a laissé un territoire sans moyens, sans école, sans eau, avant même que le vent ne se lève.

Mercredi 26 août — L'accueil républicain

Visio à sept heures, avant que la chaleur ne rende l'écran insupportable. Mon directeur de mémoire voulait qu'on cale mon sujet avant la rentrée : « vulnérabilité territoriale et politiques publiques à Mayotte », ça sonne bien sur une couverture, ça dit peu de choses sur ce que je vois par la fenêtre. Il m'a parlé d'un collègue du laboratoire, Fahad Idaroussi Tsimanda, chercheur associé au LAGAM, originaire de l'archipel lui-même — « regarde son entretien sur RFI avant de fixer ton plan, ça va compliquer ce que tu crois savoir ».

Je l'ai regardé dans la foulée, sur le téléphone, assise sur le pas de la porte à côté de Mahmoud. Tsimanda y explique que la route migratoire vers Mayotte n'est plus seulement comorienne : de plus en plus de demandeurs viennent d'Afrique centrale, de la région des Grands Lacs, notamment de l'est de la République démocratique du Congo — les demandes d'asile de ressortissants congolais sont passées d'environ 150 en 2021 à plus d'un millier en 2024. Le trajet passe par la Tanzanie, puis les Comores, avant le kwassa-kwassa final ; il peut coûter plusieurs centaines, parfois plus de mille euros. Mayotte n'est souvent qu'un point de transit, pas une destination : on y dépose une demande de protection, on espère un vol légal ensuite vers la métropole. « Fermer les vannes », disait Philippe il y a cinq jours — sur quelle vanne, au juste, quand le circuit traverse quatre pays et une mer entre l'est du Congo et le lagon de Mamoudzou ? Mon mémoire vient de perdre son plan et de trouver son vrai sujet.

Sébastien Lecornu est arrivé ce matin, pendant que je fermais l'onglet de la visio. J'ai vu, sur la place Zakia-Madi, la revue des troupes et le dépôt de gerbes, pendant qu'à quelques rues de là, des manifestants étaient évacués de la place de la République. Sa première visite officielle n'était pas pour une école ni pour un point d'eau : c'était pour l'état-major de lutte contre l'immigration clandestine, à la base navale de Dzaoudzi.

J'ai pensé à Nourdine, à Anjouan, à quatre-vingt-dix minutes de là où je me tenais. J'ai pensé à Mahmoud, assis sur le pas de sa porte. J'ai pensé aussi à ceux que Tsimanda décrit, quelque part entre la Tanzanie et le lagon, pour qui Mayotte n'est qu'une étape. Deux vannes, deux silences : celle de l'eau qu'on coupe faute d'infrastructures, celle de la parole qu'on ferme faute de courage politique — et une troisième, celle d'une carte migratoire bien plus large que le discours ne veut le dire.

 

Jeudi 27 août — Ce que j'emporte

Demain je repars vers Montpellier, vers mes cartes, mes courbes de niveau, mes rapports de l'Insee sur l'habitat précaire. Mais ce que j'emporte, ce n'est pas une donnée : c'est l'image de cette maison en bambou qui pousse sur la ravine pendant qu'un Premier ministre pose une gerbe de fleurs à quelques kilomètres de là. C'est l'idée que la vraie refondation de mon île ne viendra peut-être pas d'une loi votée à Paris, mais des mains de ceux qui, ici, retissent patiemment ce que personne d'autre n'a voulu réparer.


A lire sur les humanités

"Reconstruire Mayotte", publié le 16 février 2025 : https://www.leshumanites-media.com/post/reconstruire-mayotte

"Mayotte : une "refondation" en trompe-l’œil", publié le 3 juillet 2025 : https://www.leshumanites-media.com/post/mayotte-une-refondation-en-trompe-l-%C5%93il

"Le bambou, avenir de Mayotte", publié le 5 octobre 2025 : https://www.leshumanites-media.com/post/le-bambou-avenir-de-mayotte


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