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Brecht revit à Tourcoing


La troupe d'acteurs amateurs du projet Votre quartier est un théâtre, à Tourcoing,

sur la scène du Théâtre de l'Idéal, pour la préparation de l'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht,

le 16 mai 2026. Photo Théâtre du Nord


AVANT-PREMIÈRE À Brun Pain, quartier populaire de Tourcoing, le Théâtre du Nord mène avec le metteur en scène Maxime Séchaud Do Dang une expérimentation théâtrale où il ne s’agit plus de faire un spectacle « pour » les habitants, mais « avec » eux, à partir de leurs voix, de leurs corps et de leurs histoires. Le sulfureux Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht devient ainsi un terrain de jeu politique et poétique où le théâtre populaire ouvre grand ses portes à celles et ceux qui n’y entrent jamais. Gratuité des ateliers, partage des savoir-faire, présence des habitants sur scène font de ce projet un outil d’inclusion, et, plus profondément, un exercice concret de liberté.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


« Je suis arrivé à la conclusion

que si les puissants de la terre

sont capables de provoquer la misère,

ils sont incapables d’en supporter la vue. »

(Bertolt Brecht, L’Opéra de Quat’sous, Acte III, Tableau 7)


Il est des quartiers dont le nom murmure encore les échos d’un passé lointain. Le Brun Pain, à Tourcoing, fait partie de ceux-là. Ce coin de ville, planté dans la partie nord-est de la métropole lilloise, entre l’autoroute A22 qui file vers Gand et les ruelles pavées qui descendent vers la frontière belge, sent la frugalité assumée et le dur labeur. Ici se superposent héritage ouvrier, mutations urbaines et attachement des habitants à un territoire longtemps façonné par le travail. Au cœur de ce quartier, rue des Champs, se dresse une façade qui a tout d’un cinéma de quartier reconverti, parce que c’est exactement ce qu’elle est : le Théâtre de l’Idéal (1).


C’est dans cet espace, rattaché au Théâtre du Nord-Centre dramatique national, dirigé depuis 2021 par David Bobée, que s’organisent des actions remarquables à plus d’un titre, depuis trois ans. Un travail mené par un « artiste associé » au CDN, qui explore et bâtit sur une longue période les rapports entre un lieu culturel et les habitants du quartier. La plupart du temps, ces artistes sont liés à l’institution qui les accueille et travaillent sur des projets éphémères « hors les murs ». Ici, l’artiste jouit d’une « carte blanche ».


Maxime Séchaud Do Dang est, dans le quartier du Brun Pain, un de ces créateurs associés. Le nom de la compagnie qu’il créa en 2007, le Théâtre de l’ordinaire, dit tout de sa conception artistique et militante. Ce metteur en scène, au long parcours de travail dans les banlieues et les villages des Hauts de France, a vu son projet adoubé par la direction du Théâtre du Nord. Depuis, il travaille au corps son quartier de prédilection, où il sème à tout vent le goût pour des activités depuis longtemps ignorées ou mises à distance. À cet égard, (re)lire Pierre Bourdieu et son Amour de l’Art permet de comprendre pourquoi les lignes bougent si peu dans la bonne direction.

Vue sur le quartier de Brun Pain-Les Francs, à Tourcoing. Photo Ville de Tourcoing


Au cœur d'un quartier populaire


Il n’est pas indifférent que ce théâtre soit installé au centre de ce quartier populaire. L’Idéal, un nom au riche parfum d’utopie, n’est pas simplement une salle de spectacle. Il s’est bâti comme lieu de création, depuis plus de quarante ans. Il est le résultat d’un choix politique assumé sur ce que doit être le théâtre public, sur les territoires qu’il doit habiter.


Tout commence ici en 1978, quand Gildas Bourdet et André Guittier, à la tête de la compagnie havraise La Salamandre, en errance, héritière du Centre Dramatique du Nord (2), obtiennent l’autorisation d’investir un ancien cinéma de quartier, l’Idéal Ciné. Sa situation rue des Champs, dans ce Brun Pain excentré, populaire, ouvrier, répond alors aux politiques de décentralisation des cœurs de ville pour se rapprocher des populations exclues des activités culturelles et artistiques. L’expérience, en France, avait débuté, en grand, dix ans auparavant, dans la plupart des municipalités de la région parisienne, à direction communiste. Un de ses initiateurs, l’agitateur culturel qu’était Jack Ralite, fut le créateur, avec Gabriel Garran et Richard Demarcy, du premier de ces théâtres, celui d’Aubervilliers, en 1965.


Depuis 1978, lIdéal reconverti affirme son statut de lieu de création artistique et David Bobée, en 2021, y implante une partie de son projet de théâtre ouvert à tous les publics et à tous les vents de la réalité contemporaine.

 

Un enracinement dans la durée


Le projet qui s’enracine à Brun Pain n’est pas la lubie improvisée d’un artiste de génie, qui aurait généreusement décidé, un beau matin, de faire quelque chose « pour les gens du quartier ». C’est l’aboutissement d’un processus qui souhaite s’enraciner dans la durée. L’artiste travaille avec les habitants de ce secteur de Tourcoing depuis trois ans, dans le cadre d'une initiative du Théâtre du Nord intitulée : Votre quartier est un théâtre (3). Ce programme, aussi simple dans son intitulé que radical dans ses implications, pourrait se décliner ainsi : le quartier dans son entier est un espace dramaturgique, tous les lieux de rencontre y sont des points relais et chaque habitant est un comédien en puissance.


Ci-contre : Nordine Khelifi, Anna Rita d’Ascenzo et Corinne Lalondrelle, interviewés ci-dessous. Photo Michel Strulovici.


Les participantes et participants se souviennent volontiers de la façon dont ils ont appris l’existence de cette expérience. Pour Corinne Lalondrelle : « C’est une de mes amies qui est bibliothécaire qui m’a dit : “Corinne il y a quelque chose qui se passe à l’Idéal, tu devrais aller voir”. » Pour Anna Rita d’Ascenzo : « Il y a deux ans, je suis entrée à la médiathèque Andrée Chedid (située dans le quartier). Je vois du mouvement, je demande ce qui se passe, on me dit : “Attendez, vous verrez” et puis, tout à coup, trois personnes se mettent à jouer et j’apprends là qu’il existe un projet, Notre quartier est un théâtre, et que nous pouvons tous y participer. L’idée m’a immédiatement séduite. » Pour Nordine Khelifi, un de ces « amateurs », plein d’entrain : « Depuis 2019 j’étais membre de l’association qui lutte contre l’illettrisme des adultes. À l’arrivée de David Bobée au Théâtre du Nord, j’ai rencontré Maxime Séchaud Do Dang à une opération “portes ouvertes”. J’ai tout de suite adhéré au projet, d’autant que j’y ai retrouvé Corinne, avec qui j’avais participé, auparavant, à un atelier d’écriture à l’Idéal. »


Il est clair que les relais culturels jouent ici (comme souvent ailleurs) le rôle de facilitateurs de ce « bouche à oreille » qui permet à l’opération de se déployer sur tout le quartier. Mais pour réussir un tel pari, le facteur décisif reste le temps, et Maxime Séchaud Do Dang en est pleinement conscient : « Il faut du long terme pour construire des liens avec un certain nombre de ces publics dits “fragiles”, qui n’ont pas la même approche qu’un public d’habitués qui trouvent naturel de suivre un atelier de théâtre. Il faut les appeler, les rencontrer, leur demander s’ils ont une histoire à raconter. Et la leur faire dire. » Sa présence constante dans le quartier et cette activité placée sous le signe de la bienveillance sont le fruit d’un mariage : celui entre la politique artistique suivie par le CDN et un artiste, auteur et maître d’œuvre de ce projet ambitieux. Ce pari culturel et artistique prolonge et démultiplie, d’une manière inédite, la volonté fondatrice du Théâtre du Nord d’être au diapason des populations auprès desquelles il s’efforce de rayonner.


La rencontre de Maxime Séchaud Do Dang et de David Bobée mérite d’être racontée. « À l'arrivée de David Bobée à la direction du CDN, je l’avais prévenu, en guise de bienvenue, qu’il serait accueilli par une occupation du théâtre, se souvient Maxime Séchaud Do Dang, un sourire aux lèvres. Avec quarante artistes interprètes, nous demandions la prolongation de “l’année blanche” en faveur des intermittents. » Précisons que Maxime Séchaud Do Dang est le secrétaire général adjoint de la fédération de la CGT Spectacle.


 Les acteurs du projet Votre quartier est un théâtre lors d'une représentation du spectacle Démos, créé par le metteur en scène

Maxime Sechaud Do Dang avec les habitants du quartier de Brun Pain, à Tourcoing. Photo Théâtre du Nord


La revanche des gueux


Maxime Séchaud Do Dang est donc l’homme-orchestre de cet ambitieux projet. Il est « artiste associé ». Derrière cette expression administrative se cache une réalité bien plus vivante : c’est à lui qu’il revient de faire le lien entre le théâtre et les habitants de ce quartier. Il va frapper aux portes, s’assoit dans les cafés, parle aux gens aux arrêts de bus et dans les salles des associations, dans les médiathèques. Il écoute, note, restitue. Il transforme ensuite ce qu’il entend en matière théâtrale, en respectant ceux qui lui ont confié leurs mots.  Avec les participants, il porte les histoires et les consacre en texte théâtral. Dans cette aventure, il est aidé par quatre comédiens professionnels et une assistante à la mise en scène. (4)


L’an dernier, le spectacle qu’il a monté avec les habitants du Brun Pain dans ce même cadre, au titre signifiant de Démos, a démontré ses potentialités. Des comédiens néophytes ont découvert qu’ils savaient jouer, et des voix jusque-là silencieuses ont découvert qu’elles pouvaient résonner dans une salle. Des gens qui n’auraient jamais mis les pieds dans un théâtre « normal » se sont retrouvés sur scène et ont compris que ce lieu artistique pouvait être leur affaire, leur espace, et que le langage du théâtre pouvait être leur.


L’une des participantes, Anna Rita d’Ascenzo, explique combien elle y « a trouvé du plaisir. Lors de ma deuxième participation, l’année dernière, j’y ai vécu une vraie révélation. Je lisais un texte féministe et à un moment Maxime m’a dit : “Je veux entendre ta voix, celle qui est là et qui ne s’est jamais exprimée.” Et j’ai osé. Ce déclenchement fut très important pour la connaissance de qui je suis. »


La volonté de ce jeune collectif d’aller plus loin témoigne de la réussite du travail mené ici par Maxime Séchaud Do Dang depuis deux ans. « Ils m’ont dit : “On aimerait bien appendre un texte” » explique-t-il. Il leur en a alors proposé un qui dépote : L’Opéra de quat’sous (ou encore L’opéra de gueux, Die Dreigroschenoper en allemand), que Bertolt Brecht composa en 1928 avec Kurt Weill. Un objet scandaleux, électrique, subversif, qui déboulonna d’emblée le genre noble de l’opéra pour en faire la tribune des va-nu-pieds, des prostituées, des bandits de grand chemin et des miséreux de tout poil (5)


Il ne s’agit pas de n’importe quel texte. Brecht a 30 ans quand il écrit Die Dreigroschenoper, en 1928. La République de Weimar vacille, l’inflation ruine les Allemands, et les rangs des chômeurs et des désespérés grossissent : le nazisme est à ses débuts. Dans ce contexte, Brecht choisit d’adapter une pièce vieille de deux siècles : The Beggar’s Opera de John Gay, créée à Londres en 1728. Et il en fait une machine de guerre contre l’ordre bourgeois.


La création de Brecht est un coup double. D’une part, elle retourne le genre de l’opéra contre lui-même. L’opéra, en 1928, est le symbole par excellence de la haute culture, du luxe, de l’entre-soi élitiste. C’est le lieu où les puissants se rassemblent pour s’écouter les uns les autres et se célébrer au contact de « leur » Art, entourés de dorures et de velours. Brecht peuple cet univers de bandits, de mendiants, de prostituées, de policiers corrompus et de bourgeois hypocrites. Il transforme cet espace de célébration de la domination capitaliste en mise en scène de ses mécanismes (6).


D’autre part, Brecht écrit avec Weill une musique qui ne ressemble à rien de connu. Ni vraiment de l’opéra, ni vraiment du jazz, un genre qui commence à s’imposer dans les cabarets berlinois, ni vraiment des chansons populaires glanées dans les rues. Un mélange acide et tendre, ironique, qui prend à contre-pied toutes les habitudes culturelles du spectateur et le met, sans filtres, face à ses tabous : le monde dans lequel il vit est fondé sur le crime organisé et la différence entre un banquier et un bandit de grand chemin est une question de costume et de notaire, la morale n’étant donc qu’une mise en scène pour cacher le cynisme des possédants.


« Qu’est-ce que c’est que de cambrioler une banque, comparé à la fondation d’une banque ? » demande Mackie Messer (Mackie-le-Surineur), le personnage central. Cette phrase fait mouche. C’est la thèse de la pièce, énoncée sans fard.


La pièce est créée le 31 août 1928 au Theater am Schiffbauerdamm de Berlin, où elle triomphe d’une manière inattendue. Cette bombe culturelle explose dans la bonne société allemande et, en quelques mois, elle sera jouée dans toute l’Europe. En quelques années, elle va entrer au répertoire universel. Depuis, elle n’en est jamais sortie.


Répétitions pour l'Opéra de quat' sous. Photo Théâtre du Nord


Entre parole et chant


Il existe toutefois un obstacle apparent au projet porté par Maxime Séchaud Do Dang avec le Théâtre du Nord : L’Opéra de quat’sous est, comme son nom l’indique, un opéra. Il y a de la musique. Il y a du chant. Et le chant, dans la représentation commune que l’on en a, c’est quelque chose de difficile, de technique, de réservé à ceux qui ont étudié, qui ont une « belle voix », qui ont passé des années dans des classes de conservatoire.


« Mais c’est du parler-chanter » répond Maxime Séchaud Do Dang à ces remarques. Le Sprechgesang, le parler-chanté, est précisément l’une des innovations les plus importantes de Weill et Brecht dans cette œuvre. Cette technique, qui situe la voix dans une zone intermédiaire entre la parole et le chant, est plus accessible pour les amateurs et permet, en quelque sorte, d’une manière subversive, de « casser » le bel canto de l’opéra. Elle refuse la beauté pure du chant lyrique pour adopter quelque chose de brut, de direct, de parlé, au juste, qui maintient le lien avec la réalité quotidienne même dans le moment musical.


Ce faisant, elle ouvre la musique à tous. Pas besoin d’être ténor ou d’avoir de « la voix ». Il suffit d’avoir quelque chose à dire et de trouver comment le dire avec ses cordes vocales, aussi imparfaites soient-elles. Et en effet, Brecht et Weill ne choisirent pas un soprano lyrique pour cette pièce, mais Lotte Lenya, épouse de Weill, dont la voix usée et singulière a traversé l’histoire jusqu’à nous, en marquant profondément la réception de leur œuvre.(8).


Maxime Séchaud Do Dang s’inspire de la partition de Weill et de son esprit. Ce mélange de cabaret, de jazz, de chansons où l’ironie sociale est constante, remplace l’orchestre théâtral par une instrumentation plus légère, parfois proche de l’électro pop, mêlant instruments de scène, voix des habitants et textures sonores urbaines. La dizaine de membres de la chorale de l’Idéal apporte son savoir-faire et contribue à former le chœur. Avec le musicien Red, le metteur en scène conserve quelques motifs de L’Opéra de quat’sous, qu’il détourne et modifie au rythme de la fiction sociale que bâtit le spectacle.


Remarquons que les étudiants des Beaux-Arts de Tourcoing, pour leur part, ont œuvré, en compagnie des amateurs, à la création des décors. Et ce sont les amatrices et amateurs qui ont puisé dans leurs placards pour se transformer en voyous, policiers, prostituées. Lors de ces mises en habit du spectacle, comme lors des autres répétitions, la joie, les moqueries amicales et les rires président à ces transformations sur scène.


Car c’est bien cela que veut susciter le projet Votre quartier est un théâtre : la rencontre entre des gens qui savent des choses différentes, qui apportent des savoir-faire différents, qui ont des relations différentes à leur propre corps et à leur propre voix, et qui ensemble construisent quelque chose qu’aucun d’eux n’aurait pu construire seul. Comme un exemple de mobilisation générale vers la beauté et contre la barbarie.

 

Le théâtre, un luxe ?


Maxime Séchaud Do Dang a senti que le texte de Brecht, vieux d’un siècle, parle, encore et toujours, de notre monde contemporain.


« On est en pleine crise sur tous les plans, dit-il simplement. Est-ce que c’est le moment de faire du théâtre et la fête ? C’est mon point de départ. Ce texte nous parle de la situation actuelle, il est cynique, c’est le plus noir de Brecht. Et il a tout ce qu’il faut pour devenir un spectacle populaire, avec de l’action, de la danse, de la comédie, de la farce. La crise économique et la guerre sont présentes en toile de fond. Et puis ce qui me plaisait c’était l’idée de monter un opéra dans un quartier populaire et de choisir celui qui se moquait de l’opéra bourgeois. »


Dans un tel contexte, une question est posée : le théâtre est-il un luxe que l’on s’autorise quand tout va bien ? Ou bien est-il précisément ce dont on a le plus besoin quand tout va mal ? Une telle interrogation traverse toute l’histoire du théâtre populaire. Elle court la scène de l’Antiquité grecque aux troupes des Mystères médiévaux, des tréteaux de Molière aux batailles de la décentralisation théâtrale d’après-guerre (9).


La réponse de Brecht, en 1928, était sans ambiguïté : le théâtre est une arme, et on ne dépose pas les armes en temps de crise. Au contraire. La crise est la condition même du théâtre politique. C’est dans la crise qu’il faut jouer, chanter, danser, raconter, pour que les gens comprennent, non par un discours ou par une démonstration abstraite, mais par la chair et par le rire, par l’émotion, ce qui leur arrive et pourquoi.


La réponse de Maxime Séchaud Do Dang est identique dans son principe. Oui, il faut faire du théâtre. Et oui, il faut faire la fête. Pas malgré la crise : à cause d’elle. Non pas pour l’oublier : pour la regarder en face, ensemble, et se donner les moyens d’y répondre, au moins par la parole et par le jeu. Tout l’art de cet homme-orchestre sera d’adapter et d’intégrer le récit, les préoccupations et les espoirs des habitants du quartier dans le projet. Être fidèle, aujourd’hui, à cet opéra, c’est le réécrire avec eux, tout en en respectant l’esprit.


Moments des répétitions pour l'Opéra de quat' sous au théâtre de l'Idéal, à Brun Pain.

Au centre, Maxime Séchaud Do Dang. Photos Michel Strulovici et Théâtre du Nord


Avec tout le monde


Une affirmation de Maxime Séchaud Do Dang mérite qu’on s’y arrête. « Je veux faire ce spectacle avec tout le monde ». Non pas « pour tout le monde ». Non pas « accessible à tous ». Mais avec tout le monde. Cela change tout.


Faire un spectacle « pour » les gens, c’est produire quelque chose et le leur présenter. Geste nécessaire, parfois généreux, mais qui maintient une relation fondamentalement asymétrique entre le producteur (l’artiste) et le récepteur (le public). Faire un spectacle « avec » les gens, c’est réduire cette asymétrie. C’est reconnaître qu’ils apportent quelque chose d’irremplaçable, que l’artiste seul ne peut pas produire, et qui tient à leur relation au monde, à leur voix, à leur histoire. « Faire du théâtre avec, cela signifie aussi que nous n’avons pas voulu créer de quelconque limite, précise Maxime Séchaud Do Dang. Nous voulons le faire avec le plus grand nombre possible d’habitants de Brun Pain et c’est nous qui nous nous adaptons au nombre de participants. Je dis bien avec tous, quelle que soit leur situation, leur niveau de maîtrise du français, nous les acceptons avec leurs fragilités. Et toutes ces énergies-là, j’essaye de les transformer en spectacle ». Cet « avec » qualifie donc la démarche.

 

Il n’est pas inutile de rappeler que cette idée fut, un temps, celle de Brecht lui-même, qui, avec ses Pièces didactiques (les Lehrstücke) composées entre 1929 et 1932, avait tenté une forme de théâtre où la distinction entre acteurs et spectateurs s’effaçait, où jouer la pièce changeait la façon de penser, d’agir ou de voir le monde. Cette expérience constitue la tentative la plus radicale du dramaturge pour créer un théâtre participatif. Des pièces comme Le Vol au-dessus de l’océan ou La Décision étaient conçues pour que les participants apprennent quelque chose en jouant la pièce elle-même. Cette dimension didactique, souvent considérée comme de l’agit-prop, était en réalité une expérience inédite sur la relation entre art et connaissance. Peut-être est-ce là, tapi dans un sous-texte, l’un des sens du célèbre vers de Shakespeare dans sa pièce As you like it :


« All the world’s a stage,

And all the men and women merely players »

 Le monde entier est une scène,Et les hommes et les femmes ne sont que des comédiens. » Acte II, scène 7.)


Ce que Maxime Séchaud Do Dang construit donc au Brun Pain, en 2026, s’inscrit dans cette filiation brechtienne.


Les acteurs lors d'un autre moment des répétitions. Photo Théâtre du Nord


Une ambiance, un style


Le travail que Maxime Séchaud Do Dang mène avec les habitants de Brun Pain est cohérent avec sa conception du théâtre populaire. À l’écoute des autres, les acceptant tels qu’ils sont, sans afféteries, il est un ami et une référence, au service de tous. Et tous sentent bien qu’il se « met en quatre » pour eux. Anna Rita d’Ascenzo, résumant le sentiment général, décrit ainsi ce qui semble être une éthique, plus encore qu’une simple manière de faire du théâtre : « Maxime, quelle que soit l’origine de la personne, quels que soient son parcours de vie, ses difficultés, accueille tout le monde et se rend disponible pour chacun. Maxime a le souci que chacun puisse bénéficier de ce temps où il devient vedette. »


Cette approche génère de la joie et du plaisir. Ce mot est repris par toutes les amatrices et tous les amateurs, que ce soit sur scène ou lors des répétitions. L’ambiance y est chaleureuse, les plaisanteries détendent ce qu’il reste de trac. Chacun y est soi-même, et un peu plus. Chacun et tous ensemble se découvrent des talents ignorés. Le style de Maxime  Séchaud Do Dang dans la direction d’acteurs joue un rôle certain. Aux séances de répétition, de mise en place de l’action et de mise en bouche du texte, sa bienveillance encourage et ses remarques aident à progresser.


Avec cette qualité de transmission et d’échanges de savoirs s’est construit, de semaine en semaine, un apprentissage joyeux, qui est devenu un processus collectif, et qui va se concrétiser, en juin, sous le regard de plusieurs centaines de spectateurs. Ces habitants de Brun Pain qui viendront au spectacle ne seront pas, pour la plupart, des habitués du théâtre. Ils seront venus voir leur voisin, leur collègue, leur ami, leur tante jouer sur scène et prendre le risque de la représentation.


Et avec ce public, l’utopie du projet deviendra réalité.

 

La crise en toile de fond


Le Brun Pain n’est pas, dans ce projet, un décor folklorique, qui donnerait une couleur locale à une entreprise artistique venue d’ailleurs. Il n’est pas non plus le symptôme d’une bonne conscience institutionnelle : le théâtre qui ferait étape dans la rue, pour montrer qu’il n’est pas élitiste, avant de retrouver ses dorures et son entre-soi.


Ce quartier de Tourcoing est un des protagonistes du projet. Joué rue des Champs, au cœur du quartier et par ses habitants, avec leur voix, leur corps et leurs histoires, le projet acquiert une dimension de réalité singulière, que peu d’autres formes peuvent lui donner. Ce sont de vraies personnes qui se mettent en jeu, prennent le risque de la scène, exposent leur vulnérabilité et acceptent de se voir vus. Cet acte de courage ordinaire prouve que l’art peut appartenir à tous.


Il est bien de rappeler que Brun Pain est l’un des quartiers populaires de Tourcoing, ville ouvrière et textile dont le déclin industriel a laissé des traces durables dans le tissu social et urbain. Tourcoing, comme sa voisine Roubaix, a payé le prix fort de la désindustrialisation des années 1970 et 1980. Le chômage y a longtemps été parmi les plus élevés de France et a marqué plusieurs générations.


La crise est toujours présente dans les rues, ici. Le chômage des jeunes, la précarité des emplois, les fins de mois dans le rouge, le sentiment d’un monde qui se resserre, qui exclut, qui oublie. Et puis, le repli sur soi, sur une identité supposée ; la crise climatique qui s’invite ; la pauvreté, réalité quotidienne pour une part significative de la population. La crise politique aussi, avec la montée des populismes et la décomposition des espaces de délibération collective. La crise du lien social et la délinquance qui s’installe.


Dans ce contexte, faire du théâtre et, a fortiori, monter un opéra, peut sembler dérisoire, voire déplacé. Pourtant, le théâtre populaire oppose à cette lecture un argument de taille : la culture n’est pas un luxe que l’on ajoute quand les besoins essentiels sont satisfaits. Elle est une nécessité aussi profonde que ceux-là, parce qu’elle répond à un besoin aussi fondamental : le besoin de se raconter, de se reconnaître, de comprendre, de rire de sa propre misère, de pleurer avec d’autres, de ne pas être seul dans ces conditions de survie. En 1936, le slogan, pour le Front populaire, lancé par Maurice Thorez, n’était -il pas, déjà, « du pain et des roses ! » ?


Jack Ralite, sénateur-maire communiste d'Aubervilliers et fondateur des États généraux de la culture (10), avait formulé ainsi cette même idée : « La crise ne rend pas la culture moins nécessaire, elle la rend au contraire plus indispensable. La culture n’est pas un luxe dont, en période de disette, il faudrait se débarrasser : la culture, c’est l’avenir, le redressement, l’instrument de l’émancipation. »


Et si l’Opéra de Quat’sous du Brun Pain était exactement cela ? Un instrument d’émancipation, au sens concret du terme : l’émancipation de quelqu’un(e) qui monte sur scène pour la première fois et découvre qu’il peut y avoir sa place. Debout.


La troupe de l'Opéra de quat'sous au complet sur la scène de l'Idéal. Photo Théâtre du Nord


Obstination militante


L’objectif du projet Votre quartier est un théâtre est explicite : donner la possibilité aux habitants de découvrir des spectacles et de s’essayer à des pratiques théâtrales, musicales, de scénographie, de fabrication de costumes et d’accessoires, à travers des stages entièrement gratuits. La gratuité n’est pas un détail. Dans un quartier comme le Brun Pain, où les fins de mois sont souvent difficiles et où l’entrée au théâtre, même subventionnée, peut représenter un coût qui n’est pas toujours anodin, la gratuité est une condition nécessaire de l’universalité.


Ce choix s’inscrit dans une tradition, celle du théâtre populaire, qui est aujourd’hui sous pression. Les budgets des Centres dramatiques nationaux ont été sévèrement touchés par les coupes de 2024 et 2025. Le ministère de la Culture, comme l’a relevé l’Observatoire des politiques culturelles en juillet 2025, a vu son budget chuter de 114 millions d’euros. Le spectacle vivant figure parmi les secteurs les plus affectés, avec une baisse de 47 millions pour le programme Création, dont il dépend pour son financement. Dans ce contexte, maintenir et développer des projets comme Votre quartier est un théâtre relève d’une obstination militante.


David Bobée, directeur du Théâtre du Nord, le disait déjà dans l’entretien qu’il accordait aux humanités, à l’occasion de la mise en scène de Lorenzaccio (ICI) : il faut un théâtre qui « ait une dimension populaire, qui soit généreux, qui soit du grand spectacle, parce que j’aime cette dimension fédératrice ».


L’opéra de Quat’sous du Brun Pain est, en ce sens, l’incarnation la plus directe de cette vision. C’est le théâtre qui déborde de sa salle, qui sort dans la rue, qui saisit les passants par le col et leur dit : « Toi aussi, tu as quelque chose à jouer, quelque chose à dire, quelque chose à chanter. Viens voir ! »


Le message que veulent transmettre les participants à cet Opéra de Quat’sous de notre temps est sans équivoque : la pauvreté n’est pas un malheur naturel, mais une construction sociale. Les gens qui sont en bas de l’échelle n’y sont pas parce qu’ils le méritent, mais parce qu’un système les y maintient. Ce système se dissimule derrière des discours de morale, de mérite et de vertu, qui sont autant de formes d’hypocrisie organisée. Les vraies forces du crime ne sont pas dans les rues, mais dans les conseils d’administration des multinationales, et la vraie violence n’est pas celle des bandits, mais celle des banquiers (11).

 

Ce message n’a pas vieilli. Il s’est au contraire affûté au contact de notre époque. L’accumulation des crises (économique, climatique, démocratique) a rendu plus visibles les mécanismes que Brecht dénonçait : les inégalités n’ont cessé de croître depuis trente ans dans les pays industrialisés, alors que la financiarisation de l’économie a donné aux marchés un pouvoir que même Brecht n’aurait pu imaginer. La corruption d’une partie des élus de par le monde n’est plus seulement un soupçon : elle est documentée, jugée, parfois condamnée, puis recommencée. Trump et Poutine, entre de si nombreux autres dirigeants, en sont les exemples type.

 

Dans ce contexte, chanter Mackie-le-Surineur dans le Brun Pain de Tourcoing n’est pas un geste nostalgique d’une époque où le théâtre pouvait encore croire qu’il allait changer le monde. C’est un geste de lucidité joyeuse et de dénonciation, pour chanter sa situation au lieu de la subir. Et dans ce chant il y a une force qui ne se laisse pas facilement éteindre.

 

Brecht appelait cela le Vergnügen, le plaisir. Non pas le plaisir facile de l’oubli, mais le plaisir difficile de la conscience. Le plaisir de comprendre, même quand ce que l’on comprend est dur à entendre, et celui de ne pas être seul dans cette compréhension (12).

 

C’est peut-être là, au fond, la réponse à la question de Maxime Séchaud Do Dang. Est-ce qu’on peut faire du théâtre et la fête en temps de crise ? Oui. Et non seulement on peut, mais c’est dans ce « oui » têtu que réside la résistance la plus concrète et la plus humaniste qui soit.


Michel Strulovici 


  • L'Opéra des Gueux, spectacle participatif créé par Maxime Séchaud Do Dang avec les habitants et habitantes de Tourcoing, inspiré de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht et Kurt Weill, les 19 (à 20 h) et 20 juin (à 18 h 30) à l'Idéal, à Tourcoing (ICI).


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NOTES


(1). Le Théâtre de l’Idéal, anciennement Idéal Ciné, est installé au 19 rue des Champs à Tourcoing. Sa façade classée, vestige du cinéma de quartier d’origine, est devenue au fil des décennies l’un des symboles de la décentralisation théâtrale dans la métropole lilloise. Rattaché au Théâtre du Nord depuis 1998, il constitue, avec la salle de Lille sur la place du Général-de-Gaulle, l’un des deux lieux principaux du Centre dramatique national dirigé par David Bobée.


(2). L’aventure du Centre Dramatique du Nord commence en 1960 à Tourcoing avec André Reybaz, puis Jacques Rosner. En 1975, Michel Guy, alors secrétaire d’État aux Affaires culturelles, prend l’initiative de transférer du Havre la compagnie La Salamandre, animée par Gildas Bourdet et André Guittier, pour en faire l’héritière du CDN. Ce transfert, décision inhabituelle dans l’histoire de la décentralisation théâtrale, dote la métropole lilloise d’une compagnie de grand talent, qui produira des spectacles de référence au cours des deux décennies suivantes.


(3). L’initiative Votre quartier est un théâtre s’inscrit dans la politique du Théâtre du Nord, explicitement décrite dans ses communications comme « un outil d’ouverture au monde, d’apprentissage de l’art, de formation ». La programmation, dit le théâtre, est « volontairement engagée, dans la lutte contre toutes formes de discrimination, pour la parité et la diversité ».


(4). il s’agit de Quentin Barbosa, comédien ; Jérôme Baelen, comédien ; Zélie Gillet, comédienne ; Nicolas Serluppus, comédien : Red, musicien qui adapte la musique de Weill au projet et de Léa Goguey-Cailac, assistante à la mise en scène. 


(5). Die Dreigroschenoper – littéralement « L’Opéra des trois sous en allemand – est connue en France sous le titre L’Opéra de quat’sous, traduction qui conserve l’idée d’une mise de départ dérisoire, le montant symbolique que l’on parie et que l’on perd. Cette version française, qui ajoute un sou supplémentaire à l’original, a été popularisée par les premières traductions de la pièce dans les années 1930. The Beggar’s Opera de John Gay (1728), dont l’Opéra de quat’sous est une adaptation, était elle-même une satire des mœurs de la haute société anglaise déguisée en histoire de mendiants et de voleurs. La pièce de Gay fut jouée à Londres 62 fois d’affilée lors de sa création, ce qui en fit le plus grand succès théâtral du XVIIIe siècle britannique. Brecht en retient la structure et l’esprit subversif, en actualisant le contexte dans le Berlin weimarien en pleine crise.


(6). La notion brechtienne de Verfremdungseffekt (effet de distanciation) consiste précisément à empêcher le spectateur de s’identifier au personnage et à la situation représentée, pour lui permettre de les observer avec un regard critique. Brecht voulait que le spectateur pense plutôt que de ressentir – ou plus exactement qu’il pense à travers ce qu’il ressent, plutôt que de laisser l’émotion court-circuiter le jugement.


(7). La phrase exacte dans le texte de Brecht est : «  Was ist ein Einbruch in eine Bank gegen die Gründung einer Bank ? » (« Qu’est-ce que cambrioler une banque comparé à en fonder une ? ») Elle est prononcée par le personnage de Peachum, organisateur des mendiants de Londres, et constitue l’une des formulations les plus acérées de la critique du capitalisme dans toute l’histoire du théâtre.


(8). Lotte Lenya (1898-1981), actrice et chanteuse autrichienne, épouse de Kurt Weill, est la voix originale de Jenny des Lupanars  et de La Complainte de Mackie-le-Surineur dans la création de 1928. Sa voix, rauque et directe, refusant tout ornement lyrique, est devenue le modèle même du Sprechgesang tel que Brecht et Weill le concevaient. Elle reprendra le rôle dans l’enregistrement de référence de 1954.


(9). La place du théâtre dans les cultures populaires médiévales est essentielle pour comprendre leur univers. Les Mystères et les Moralités étaient joués sur les parvis des cathédrales par des guildes d’artisans, avec des spectateurs qui n’étaient pas des spectateurs passifs mais des participants actifs, capables d’interrompre, de commenter, d’intervenir dans la représentation. Cette tradition du théâtre comme espace du collectif et de la parole partagée est celle à laquelle Brecht se réfère, et que le projet du Brun Pain réactive à sa manière. Certaines coopératives ouvrières de spectacles de l’entre-deux-guerres, par exemple le « groupe Octobre » des frères Prévert, Maurice Baquet, Jean Louis Barrault, Marcel Duhamel, en furent proches.


(10). Jack Ralite (1928-2017), ancien ministre délégué à la Santé dans le gouvernement Mauroy (1981-1984), député communiste de Seine-Saint-Denis pendant trois décennies, fut l’un des militants les plus tenaces de la cause culturelle en France. Il fonda les États généraux de la culture le 17 juin 1987 au Théâtre de Paris, avec 1 500 participants, pour défendre la liberté de création contre la marchandisation. Son combat pour « l’exception culturelle » française, notamment lors des négociations du GATT puis de l’OMC, fut déterminant pour préserver les politiques culturelles publiques.


(11). Il est tentant, et probablement juste, de lire dans l’opéra de Brecht une allégorie de la financiarisation de l’économie contemporaine. Les études récentes sur les inégalités,sur la concentration du capital, confirment avec une précision statistique ce que Brecht avait saisi avec son instinct de dramaturge: que le capitalisme financier génère structurellement des inégalités croissantes, et que les mécanismes qui permettent cette accumulation sans fin se dissimulent derrière des discours de légitimité et de mérite. Sur ces discours, voir également les travaux de Pierre Bourdieu.


(12). La notion de Vergnügen (plaisir) dans la théorie théâtrale de Brecht est développée notamment dans L’Achat du cuivre, ses Écrits sur le théâtre et dans « le Petit Organon pour le théâtre » (1948). Brecht y défend l’idée que le théâtre épique ne renonce pas au plaisir du spectateur, mais qu’il le transforme : du plaisir passif de l’identification, il le convertit en plaisir actif de la compréhension et du jugement critique.

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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
02 juin

Allez comprendre ?

Ma mère écoutait à la maison "l'opéra de quat'sous"

Petit, 4 ans, j'ai mélangé l'Opéra avec un 45 Tours qu'elle écoutait aussi " Julie la Rousse" de René Louis Lafforgue ! Les deux m'était indissociable malgré ma redécouverte adulte de l’œuvre de Brecht.

Donc voici "Julie La Rousse" par René Louis Lafforgue 😉

" https://www.youtube.com/watch?v=EZAWuCpo0wI&t=3s "


PS Extrait fiche WIkiki-Gonsalez de René Louis Lafforgue (drôle de hazard) :

"... Le 15 mars, aux côtés, entre autres, de Claude Evrard, il joue dans la pièce L'Opéra des gueux, d'après The Beggar's Opera, de John Gay, mise en scène par André Cellier et Gilles Leger. ..."

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