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Chine : un mot de trop, et la censure s'abat sur le roi du xiangsheng

Guo Degang lors d'un spectacle de « xiangsheng », ou « crosstalk », à Londres, le 27 avril 2024. Photo Xinhua/Shutterstock


Un vers modifié, une chanson révolutionnaire, et tout un pan du spectacle chinois en émoi. Guo Degang, le plus grand artiste vivant de xiangsheng — l'art traditionnel du dialogue comique chinois —, fait l'objet d'une enquête des autorités de Wuhan après avoir légèrement modifié, en scène, les paroles d'un chant patriotique. L'affaire illustre la vigilance de la censure culturelle chinoise, où la moindre variation textuelle peut faire basculer une carrière.

les humanités, ça n'est pas pareil.

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Le mois dernier, lors d'une représentation à Wuhan, dans le centre de la Chine, Guo Degang a remplacé un passage de la chanson Playing My Beloved Pipa — tirée du film culte des années 1950 Railway Guerrilla, consacré à des guérilleros communistes combattant l'occupation japonaise. Là où le texte original évoque le calme retrouvé « le long du lac Weishan », l'artiste a chanté qu'il faisait calme « dans la Cité interdite », l'ancienne résidence impériale devenue musée, qui accueille aujourd'hui plus de dix millions de visiteurs par an.

Ce vers n'est pas anodin : la chanson a été interprétée au gala du Nouvel An de la chaîne d'État CCTV en 1998, et le département de la Propagande du Parti communiste l'a inscrite en 2019 parmi cent chansons recommandées pour le 70e anniversaire de la République populaire.


Des vidéos de la performance ont circulé sur les réseaux sociaux, avant que des médias locaux ne rapportent que Guo avait été signalé aux autorités de la culture et du tourisme de Wuhan. Le spectacle avait été validé au préalable — mais pas la modification improvisée des paroles. Selon le média shanghaïen The Paper, cité par l'agence américaine, ce changement pourrait constituer une infraction aux règlements encadrant les représentations commerciales. Ni la nature précise de l'enquête ni son calendrier n'ont été précisés.

Une cascade d'annulations

Les conséquences se sont matérialisées presque immédiatement. Le spectacle que Guo Degang devait donner vendredi à Xi'an, dans le nord-ouest du pays, a été annulé. Sa société de promotion a évoqué, sur la plateforme de billetterie Damai, de simples « problèmes liés à la salle », proposant le remboursement des billets et des frais de déplacement et d'hôtel des spectateurs. Le centre d'exposition censé accueillir l'événement a lui parlé d'un « report », sans nouvelle date. Selon la presse locale, plusieurs autres dates d'août, prévues dans différentes villes, auraient également été annulées.

L'homme qui a rajeuni un art millénaire

L'identité de l'artiste visé donne à l'affaire sa résonance. Guo Degang est largement crédité d'avoir sorti le xiangsheng de sa niche : cet art du duo comique, historiquement ancré dans certaines régions et prisé d'un public plutôt âgé, doit largement sa popularité actuelle auprès des jeunes générations à son travail. Il en est aujourd'hui le représentant le plus emblématique en Chine — ce qui rend l'épisode d'autant plus significatif : qu'un artiste de ce calibre soit visé pour un simple jeu de mots sur une chanson patriotique envoie un signal à toute la profession sur l'étendue, et l'imprévisibilité, des lignes rouges à ne pas franchir.

Un précédent qui pèse : l'affaire Li Haoshi

L'affaire rappelle un précédent retentissant : en 2023, l'humoriste Li Haoshi, connu sous le nom de scène « House », avait provoqué un scandale national en comparant des chiens pourchassant des écureuils à un célèbre slogan militaire. La société qui l'employait, Xiaoguo Culture Media, avait été condamnée à une amende de 14,7 millions de yuans (environ 2,13 millions de dollars), et Li Haoshi n'est plus jamais réapparu publiquement sur scène en Chine continentale.


Le parallèle est éloquent : dans les deux cas, un trait d'esprit improvisé suffit à déclencher une réaction disproportionnée des autorités, avec des conséquences économiques et professionnelles considérables pour l'artiste et pour l'écosystème qui l'entoure. Ce climat traduit un resserrement plus général du contrôle exercé sur les industries du divertissement et des arts en Chine, où les artistes naviguent dans un cadre de règles non écrites, mouvantes, et appliquées de façon rétroactive.

Ce que révèle l'affaire Guo Degang

Au-delà du cas individuel, l'épisode illustre une tension structurelle du secteur culturel chinois : l'humour, par nature transgressif, entre en collision avec un appareil de contrôle qui ne tolère aucune réinterprétation, même mineure, des symboles patriotiques. Que la modification porte sur un lieu géographique — la Cité interdite plutôt que le lac Weishan — suffit à transformer une facétie de scène en dossier d'enquête. Pour la profession, le message est clair : même les figures les plus consacrées ne sont jamais à l'abri d'un signalement, et l'autocensure devient une condition de survie professionnelle.


Xiao Ruoyun, pour les humanités


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