Contre l'ordre moral, les baisers ne sont pas un délit (chronique décousue)
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 4 heures
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Une besatón au centre commercial Andino, à Bogotá, le 22 juillet 2026. Instagram.
Une complotiste qui vire sa cuti à Kyiv, une nonne nigériane menottée sur le trottoir texan, un vice-président trumpiste pris dans les tirs croisés de son propre camp, un gourou néoréactionnaire qui rêve de rois‑PDG, des clans clientélistes caraïbes irrigués par la cocaïne, des mères fouillant les ruines au Venezuela et, à Bogotá, des couples qui s’embrassent pour défier l’ordre moral. Cette chronique décousue compose la scène d’un monde où l’autoritarisme avance par petites touches – sécuritaires, religieuses, morales – tandis que, dans les interstices, des corps, des gestes et des voix obstinées rappellent que les baisers, les votes et les colères ne sont pas (encore) des délits.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
De quoi Barbara Butch est-elle capable ou coupable ?
La question, à peine posée, semble déjà contaminée par le vacarme qui l’entoure. Le monde est un « cabaret frappé ». Depuis l’interruption d’un concert à Grenoble le 18 juillet dernier, l’usine à commentaires tourne à plein régime. Une mécanique bien huilée : beaucoup n’en savent rien, mais n’en pensent pas moins — et surtout le font savoir. À la chaîne. Ouvrières et ouvriers consentant·e·s, à l’insu de leur plein gré, d’une juteuse industrie du clic qui prospère sur l’indignation immédiate, la simplification outrancière et la viralité sans mémoire.
Qu’il eut été tentant, pour un journal-lucioles encore de manque de notoriété, de surfer sur la vague buzzo-médiatiques de « l’affaire », d’ajouter sa voix au chœur, de monétiser l’emballement. Mais voilà : « les humanités, ce n’est pas pareil ». Alors on ralentit. On laisse passer la crête, on observe les remous, on refuse le réflexe pavlovien. On va prendre le temps de distiller, d’analyser, et de se demander, par exemple : de quoi « l’affaire Barbara Butch » est-elle le nom ? Patience. C’est en chantier.
Laura Loomer, la propagandiste qui vire sa cuti

Laura Loomer, le 23 juillet 2026 à la laure des Grottes de Kyiv.
Et Laura Loomer, c’est qui, celle-là ? C’est d’abord une fabricante de vacarme. Militante d’extrême droite américaine, influenceuse complotiste, ancienne candidate républicaine, elle s’est imposée non par une fonction officielle, mais par une capacité rare à convertir la provocation en pouvoir d’agenda. Autoproclamée « journaliste d’investigation », elle a bâti sa notoriété sur les réseaux sociaux à coups de sorties racistes, islamophobes, sexistes et de récits délirants, au point d’être bannie de plusieurs plateformes pour discours de haine et désinformation. Dans l’écosystème MAGA, elle n’est pas seulement une voix radicale : elle est devenue une conseillère de l’ombre, écoutée jusque dans l’orbite de Donald Trump.
Son cas dit quelque chose de la politique américaine contemporaine : la frontière entre agitation numérique, propagande et influence réelle s’y est dangereusement amincie. Laura Loomer a notamment circulé dans le cercle rapproché de Trump pendant la campagne de 2024, et plusieurs médias ont documenté son rôle dans la diffusion de fausses informations et dans certaines purges au sein de l’appareil républicain. Elle parle comme un tambour de guerre, frappe très fort, et transforme chaque polémique en test de loyauté.
Mais voilà qu’après avoir longuement et abondamment relayé des éléments de langage pro-Kremlin et contesté l’aide américaine à Kyiv, Laura Loomer vient de se rendre dans la capitale ukrainienne. Après y avoir visité la laure des Grottes de Kyiv endommagée par une frappe russe, elle a déclaré avoir été « dupée (bamboozled) par la propagande russe ». A-t-elle été touchée par la grâce divine ? Cette conversion soudaine ne suffit pas à effacer le passé, mais elle montre la plasticité idéologique d’une figure qui se nourrit d’abord de visibilité. Chez Loomer, la conviction et la mise en scène semblent souvent marcher de concert.
Cette conversion, dont elle fait elle-même la publicité, vaut donc moins comme repentir que comme symptôme. Mais elle montre qu’à l’heure où Trump se rapproche à nouveau de certaines positions ukrainiennes, et à la veille d'une nouvelle visie de Zelensky à Washington, le verrou pro-Kremlin se desserre par endroits — non sans conflits, ni arrière-pensées.
L'histoire d'une nonne indignée
Leticia Ugboaja, c’est une autre histoire. Aux États-Unis, elle était totalement inconnue, sauf de son propre entourage. Soudain, la voici projetée au centre d’une controverse nationale. Que s’est-il passé pour que cette religieuse, infirmière de profession, devienne en quelques jours un symbole de la brutalité bureaucratique de la politique migratoire américaine ?
Fin juin, à McAllen, au Texas, sœur Leticia – Nigériane, en règle avec les autorités, protégée contre un renvoi vers un pays où elle risque la torture – marche vers la messe du dimanche. Elle porte son habit blanc, tient son chapelet. Deux agents de la police de l’immigration (ICE) l’arrêtent, la fouillent, la menottent, confisquent son rosaire et l’emmènent en détention, sans explication claire, alors même qu’elle a respecté toutes ses obligations administratives. Elle demande au moins à pouvoir assister à la messe, recevoir la communion ; on le lui refuse.

Sœur Leticia « Letty » Ugboaja lors d'une conférence de presse à l'église catholique Notre-Dame-des-Douleurs,
le 23 juillet 2026, à McAllen, au Texas. Photo Michael Gonzalez / AP
En quelques heures, la nouvelle se propage : le diocèse alerte, les paroissien·nes s’indignent, des élu·es démocrates et républicains s’en mêlent, dénonçant un zèle répressif qui n’épargne ni religieuses, ni soignantes, ni personnes pourtant « connues » des services. ICE finit par la relâcher le jour même, mais l’affaire prend une ampleur inattendue : conférences de presse, vidéos virales, reportages. Sœur Letty raconte son « cœur brisé », sa stupeur, et ajoute qu’elle parle pour toutes celles et ceux qui, moins visibles, subissent la même violence silencieuse des protocoles.
En quelques jours, cette inconnue devient certes une « célébrité » – mais surtout une figure-miroir : à travers son arrestation absurde, c’est tout un régime de contrôle, d’arbitraire et de peur qui se laisse soudain voir, au-delà des chiffres et des slogans. Dans cette affaire, l’ICE n’apparaît pas seulement comme une agence zélée, mais comme l’instrument d’une stratégie politique assumée. Dans la croisade migratoire de l’administration Trump, plus de 550 personnes – migrant·es, voisins, militantes, simples automobilistes – ont été inculpées pour « agression » ou « obstruction » d’agents fédéraux, au titre d’un vieux texte, le 18 U.S.C. 111, longtemps utilisé avec parcimonie. Trump les a traités d’« insurrectionnistes », « animaux », « voyous », insérant ces poursuites dans une dramaturgie où protester contre les rafles ou prévenir ses voisins revient à attaquer l’État lui-même.
Mais à l’épreuve des faits, la mécanique se délite. Le New York Times a exhumé chaque dossier, visionné les vidéos, compulsé les transcriptions d’audiences : sur plus de 400 cas déjà tranchés, près de la moitié se sont effondrés – acquittements, relaxes, abandons de poursuites – alors même que, d’ordinaire, la justice fédérale gagne plus de 90% de ses affaires pénales. Dans des dizaines de cas, ce sont les agents qui, en réalité, ont frappé les premiers : voitures encerclées, vitres brisées à coups de fusil, manifestants plaqués au sol, cheveux tirés, gaz pulvérisés à bout portant. Là où les rapports évoquent des « véhicules utilisés comme armes », les vidéos montrent des conductrices affolées cherchant une sortie, appelant le 911 et suppliant : « They’re going to hurt us », avant d’être accusées d’« assaut » pour avoir klaxonné ou filmé.

Jaime Diaz, un immigrant sans papiers, a été inculpé pour avoir agressé un agent de la police des frontières à Laredo, au Texas.
Or, des images vidéo que s'est procuré le New York Times montrent que c'est l'agent qui a frappé Jaime Diaz.
Les juges, eux, commencent à parler de « conduites flagrantes », d’atteintes « choquantes au sens universel de la justice » : preuves détruites (voitures réparées en urgence, photos effacées sur ordre des agents), vidéos de force excessive dissimulées à la défense, grand jurys manipulés. Sur 26 procès avec jury, seuls quatre ont abouti à une condamnation, les 22 autres se soldant par des acquittements ; 191 dossiers ont été purement et simplement classés, 65 abandonnés avant même l’audience de preuve. L’ICE, en somme, n’utilise plus ce texte pour protéger des agents réellement attaqués, mais pour donner une couverture juridique à une politique d’intimidation : faire de toute résistance – filmer, suivre, crier, klaxonner – une quasi-rébellion, et rappeler à chacun que contester la machine à déporter, c’est risquer de se retrouver accusé d’« agression » contre l’État lui-même.
« Never Vance »
Pendant ce temps… Au sein du Parti républicain, JD Vance est dans le collimateur. Ses alliés parlent d’une « opération » coordonnée. Le vice-président a récemment essuyé une avalanche d’attaques d’une intensité inhabituelle, d’autant plus qu’elles surviennent très tôt dans le calendrier politique, à plus de deux ans de la présidentielle de 2028. Sur les réseaux, un mot d’ordre s’est imposé : « Never Vance ». Ses détracteurs le disent « inapte » à la vice-présidence, le comparent à Barack Obama ou Bernie Sanders, et l’accusent, sans preuves, de mener sa propre diplomatie avec l’Iran dans le dos de Trump.

JD Vance. Photo Elizabeth Frantz / Reuters
Pour ses proches, ce déchaînement n’a rien de spontané. Ils y voient un « op » : une opération coordonnée pour empoisonner durablement son image auprès de l’électorat MAGA et plomber ses ambitions pour 2028. Les attaques surgissent de comptes au pedigree douteux, parfois situés hors des États-Unis, qui inondent les fils pro-Vance de réponses hostiles, comme si une armée de faux militants venait rejouer, en miniature, les campagnes d’influence et d’astroturfing (*) déjà observées au sein du trumpisme. En creux, se dessine un autre conflit : la guerre de succession de Trump, et derrière elle une bataille de lignes géopolitiques – entre faucons interventionnistes et partisans d’un isolationnisme « raisonnable » –, qui se projette sur la figure de Vance et sur son rôle dans la tentative de paix avec l’Iran.
Ce qui se joue là renvoie à un motif déjà aperçu avec l’ICE et Laura Loomer : la fragmentation d’un camp qui se voulait monolithique, et la manière dont le pouvoir trumpiste utilise à la fois l’appareil d’État et les chantiers d’influence numérique pour discipliner ses propres cadres. Dans cette dramaturgie, Vance n’est pas seulement un vice-président fragilisé ; il devient un test grandeur nature de ce que le trumpisme post-Trump tolère – ou non – comme marge de manœuvre, y compris quand il s’agit d’éviter une guerre ouverte au Moyen-Orient.
(*). Le terme vient de AstroTurf, une marque de gazon synthétique, par opposition au « grassroots » (les mouvements de base) : l’astroturfing, c’est donc un faux mouvement de base, une pseudo-mobilisation populaire fabriquée de toutes pièces.
Curtis Yarvin, l’opportunité du chaos
Dans la série, il y a longtemps qu’on n’a pas parlé de Curtis Yarvin, néoréactionnaire en chef, blogueur d’ultradroite (alias Mencius Moldbug), théoricien des « Lumières sombres » et promoteur d’un techno-monarchisme où l’État devrait être géré comme une start-up par un CEO souverain, affranchi du suffrage universel. Depuis les marges de la blogosphère jusqu’aux couloirs de la Maison-Blanche, il fournit au trumpisme une grammaire intellectuelle pour en finir avec la démocratie libérale et restaurer des hiérarchies « naturelles », au profit d’élites techno-capitalistes autoproclamées.

Curtis Yarvin. Photo Philip Montgomery / New York Times
Dans son dernier pensum, "The New Monarchs: Catastrophe as Opportunity", publié sur Eurasia Review, une plateforme indépendante de news et d’analyses géopolitiques basée aux États‑Unis, Curtis Yarvin pousse cette logique jusqu’au bout : la catastrophe n’est plus un danger, mais une ressource politique. Crises économiques, guerres, chaos migratoire deviennent autant d’occasions d’accélérer la faillite des institutions existantes afin d’installer des « nouveaux monarques » présentés comme rationnels, efficaces, délivrés des passions électorales. Sous la prose cryptique, la trame est limpide : appeler de ses vœux une sorte de coup d’État civilisationnel, où des dirigeants auto-sélectionnés – PDG, ingénieurs, stratèges de la sécurité – prendraient le relais d’États jugés « dégénérés », en transformant les citoyens en usagers et la politique en management sans contre-pouvoir.
Curtis Yarvin, dont les « pensées » irriguent très concrètement le pouvoir trumpiste : de JD Vance à certains cercles de la Silicon Valley, il offre un récit clé en main pour celles et ceux qui voient dans chaque crise non un problème à résoudre collectivement, mais une opportunité de monter sur le trône en éteignant la démocratie au nom de l’« efficacité ».

Julien Rochedy en 2013, alors directeur national du Front national de la jeunesse (FNJ) à côté de Marine Le Pen
lors une conférence de presse au siège du parti. AFP
En France, qui a échappé jusqu’à présent au courant « libertarien », l’influence de Curis Yarvin reste encore marginale, mais elle pointe déjà son nez dans la galaxie zemmourienne, notamment avec Julien Rochedy, l’un de ces passeurs français d’un imaginaire identitaire « à l’américaine ». Ancien patron du Front national de la jeunesse, il s’est mué en essayiste, influenceur et éditeur de droite radicale, très présent sur YouTube, X et dans les circuits médiatiques amis (Valeurs actuelles et autres), où il se met en scène comme « sentinelle de la civilisation européenne », théoricien d’un déclin annoncé et d’un réveil ethno‑culturel des « autochtones » européens.
Ses derniers livres en disent long : Qui sont les Blancs ?, où il entreprend de donner une consistance positive à l’identité « blanche » en la liant à l’héritage européen, et Le temps du Centaure, essai plus métapolitique sur l’avenir des nations européennes, circulent largement dans les réseaux identitaires.

Des personnes se tiennent debout sur les décombres d'un bâtiment effondré à la suite des tremblements de terre qui ont frappé La Guaira,
au Venezuela, le 23 juillet 2026. Photo Ariana Cubillos / AP.
Venezuela, un mois plus tard
Plus personne n’en parle. Au Venezuela, un mois après les séismes, les familles fouillent encore les ruines avec leurs mains nues, pendant que les bulldozers s’apprêtent déjà à nettoyer le décor pour la prochaine campagne d’images officielles. À La Guaira, à Caraballeda, dans ces barres ébréchées de la Misión Vivienda, on creuse des tunnels de fortune, on dresse des tentes avec des draps, on aligne des photos plastifiées de disparus sur des murs lézardés : visages de filles en robe de fée, d’apprentis pilotes, de familles serrées sur un terrain de foot, désormais réduits à des fiches épinglées à la poussière.
Les chiffres, eux, continuent de flotter, comme s’ils refusaient de se poser : plus de 5 300 morts officiellement, des dizaines de milliers de personnes portées disparues selon les registres improvisés, des corps retrouvés au compte-gouttes dans les décombres, parfois des semaines après, quand la putréfaction a déjà commencé son travail. L’État publie des bilans parcimonieux, ne distingue ni les enfants ni les adultes, ne prononce plus le mot « disparus » : les vivants, eux, n’ont pas ce luxe. Ils veillent devant les ruines, montent la garde sur les tas de béton pour empêcher que les pelleteuses n’emportent les restes de leurs morts avant qu’ils aient pu les identifier, les pleurer, les enterrer.
Dans un reportage photographique publié par Associated Press (ICI), ce sont les gestes qui frappent : un père assis à côté des restes de son fils et de la mère de l’enfant, récupérés trois semaines après ; des femmes qui pleurent devant un immeuble éventré ; des silhouettes penchées sur des tas de gravats, casques de chantier ou simples casquettes, mêlant bénévoles du quartier et sauveteurs venus d’ailleurs. Les séismes, ailleurs, ont déjà quitté le cycle des unes des journaux ; ici, ils s’éternisent à bas bruit, dans la persistance d’une question obstinée : comment partir, comment reconstruire, tant que les corps manquants n’ont pas été retrouvés ?
Colombie : le Président d'extrême droite choisit la capitale de la corruption pour installer son «gouvernement alternatif»
En Colombie, un autre séisme, politique celui-ci. À Bogotá, le pouvoir se recompose déjà dans les couloirs feutrés de la Casa de Nariño. Tandis qu’Abelardo de la Espriella parcourt le pays en promettant un gouvernement décentré -promettant de faire de Barranquilla, sur la côte caraïbe, la « capitale alternative » du pays.

Arturo Char avec son épouse, Alessandra Warner Sánchez, le 8 mai 2022 (« fête nationale de la mère »). Facebook
Cette même côte atlantique est celle du « clan Char », emblématique du clientélisme costeño, rattrapé par la justice pour une mécanique de votes achetés depuis la fameuse « Casa Blanca » de Barranquilla. La Cour suprême vient de confirmer le renvoi en jugement de l’ex-sénateur Arturo Char pour « association de malfaiteurs » (concierto para delinquir) et « corruption électorale » (corrupción al sufragante) : selon le dossier, il a participé, avec Aída Merlano, Julio Gerlein, Lilibeth Llinás et l’alors maire Alejandro Char, à un pacte de 2017 visant à financer un vaste réseau d'achat de votes pour les législatives de 2018, en payant chaque bulletin entre 50 000 et 90 000 pesos (11 à 20 € !). Le cœur de l’opération : la Casa Blanca, quartier général de campagne à Barranquilla, devenu symbole d’un système où la « représentation » se monnaie comptant, où la ville sert de machine électorale pour tout un département. Comme par hasard, c'est sur la côte Caraïbe – maillon central des routes de la cocaïne – que De la Espriella a réalisé ses meilleurs scores, au point d’y trouver la marge qui lui a permis de devancer le candidat de gauche. Et c'est donc dans cette même ville de Barranquilla que la justice identifie comme le théâtre d’un des plus gros scandales de corruption électorale des dernières années, que De la Espriella va installer les cercles de confiance qui vont constituer son « gouvernement alternatif ». Tout un programme !

En attendant, c'est à Bogotá que le président d'extrême droite dessine son véritable centre de gravité. Autour de lui, un premier cercle se forme, mélange de fidèles de campagne, de techniciens et de figures idéologiques chargées d’incarner une « bataille culturelle » assumée. La nomination comme conseiller de Enrique Serrano López (photo ci-contre) comme conseiller en dit long sur l’orientation du nouveau pouvoir. Cet écrivain, philosophe et communicant né à Barrancabermeja en 1960, professeur et ancien directeur de l’Archivo General de la Nación, est aussi l’auteur de ¿Por qué fracasa Colombia?, un livre souvent cité dans les débats sur l’identité et la trajectoire historique du pays. Ce n’est pas seulement un écrivain qu’Abelardo de la Espriella fait entrer à la Casa de Nariño, mais un artisan du récit, chargé de donner une colonne vertébrale idéologique à la nouvelle présidence. Derrière le vocabulaire policé de la « bataille culturelle », il y a une intention claire : occuper le terrain des valeurs, de la famille, de la société, et déplacer le combat politique vers le champ symbolique. Autrement dit, ne pas gouverner seulement par les décrets, mais aussi par les idées, les mots et les hiérarchies morales.
À ses côtés, des profils plus opérationnels – Carlos Ríos au secrétariat général, Nicolás Gómez comme chef de cabinet – assurent le verrouillage politique d’un exécutif encore en construction. Mais derrière ces désignations, une autre dynamique se profile : la réduction annoncée des structures liées au processus de paix, remplacées par une logique sécuritaire. Une inflexion majeure, qui pourrait redéfinir les équilibres fragiles de la Colombie post-accords. Le décor est planté, les lignes de force aussi.
Un baiser contre l'ordre moral
Contre l’ordre moral qui se profile, un baiser. Devant le centre commercial Andino, au nord de Bogotá, on a vu réapparaître une vieille forme de protestation queer : la besatón, sit-in de baisers publics. Tout est parti d’une scène banale, filmée pour TikTok : deux jeunes qui s’embrassent dans la zone de restaurants, puis un vigile qui surgit, les sermonne, menace de les expulser au nom d’une respectabilité supposée – « ce type d’affections n’est pas permis ici » – pendant que d’autres couples hétéros, eux, continuent de s’embrasser sans le moindre rappel à l’ordre.

Photo Esteban Vega
La vidéo devient virale, les hashtags s’enclenchent, les collectifs LGBTIQ+ s’organisent. Rendez-vous est pris pour le 22 juillet, 18 h 30 : devant le même Andino, dans le même décor policé de consommation de luxe, des dizaines puis des centaines de personnes se retrouvent, banderoles arc-en-ciel à la main et slogans « los besos no son delito » (Les baisers ne sont pas un délit). On vient en couple, entre amis, en famille ; on se tient par la main, on embrasse qui l’on veut, comme pour saturer l’espace de ce geste précisément que le vigile voulait rabattre du côté de l’« obscène ».
Le centre commercial, pris de court, publie un communiqué de contrition : « le couple n'adoptait pas un comportement qui justifie une mise en garde », promet des formations, invoque ses « valeurs d’inclusion ». Mais pendant la besatón, un père de famille, filmé lui aussi, vient invectiver une nouvelle paire de jeunes femmes qui s’embrassent : « a mí sí me afecta » – c’est-à-dire : « votre baiser offense mon droit de propriétaire symbolique de cet espace ». Face à lui, la jurisprudence constitutionnelle rappelle pourtant que les démonstrations d’affection – un baiser, une main posée sur une épaule – ne sont pas des actes obscènes, et que les interdire constitue bel et bien une discrimination.
Jean-Marc Adolphe






De vrais méchamment méchants courent les rues des USA !
Mais la France cependant n'est pas imperméable aux folles idées trum$iennes.
L' "ICE" -qui fait froid dans le dos- semble convaincre une certaine droite et une droite extrême.
Hommage à Leticia Ugboaja : Jean-Sébastien Bach "Jésus que ma joie demeure" (le choral, 1723)
" https://www.youtube.com/watch?v=R-Ijp-Jas_8&list=RDR-Ijp-Jas_8&start_radio=1 "