Le pape Léon XIV, agent secret du Parti communiste chinois (chronique décousue, saignante et à point)
- La rédaction
- 4 juil.
- 16 min de lecture

Photo Tyler Parker/Selkie
Chronique décousue, parce que le monde l’est tout autant : un 4 juillet où l’on vend des robes à drapeau pour femmes de gauche en mal d’american dream, où Trumpland surchauffe ses data centers pendant que la Poutinie recycle la Croix‑Rouge, où des journalistes disparaissent en Ukraine et au Mexique, où Kiarostami, Péret et Desnos continuent de faire contre‑poids, où Avignon fête le Mal à 55 € la place, où un médecin rural du Chaco et des lycéens marseillais gardent trace d’autres histoires. Rien de linéaire : une semaine de glanages, d’angles morts et de mémoires en vrac, pour tenter de tenir ensemble ce qui ne veut pas se laisser ranger.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
PHOTO A LA UNE
Kimberley Gordon, fondatrice et directrice artistique de Selkie, une marque de prêt‑à‑porter « dreamy », très féminine et inclusive, frustrée de voir le drapeau américain « réservé » aux conservateurs, et qui voulait que ses clientes de gauche puissent se l’approprier à leur tour. Mais lesdites clientes de gauche ont modérément apprécié cette nouvelle collection, y voyant surtout fantasme colonial et effacement des violences associées au symbole. Entre désir de réappropriation et rejet d’un emblème jugé indissociable du racisme, du MAGA et du patriarcat, les robes de Kimberley Gordon aux couleurs du drapeau US deviennent un test de Rorschach sur ce que signifie, en 2026, se dire américain·e. (source : The Washington Post)
L'AMÉRIQUE, L'AMÉRIQUE...
« Mes amis, je dois m’en aller / Je n’ai plus qu’à jeter mes clés / Car elle m’attend depuis que je suis né / L’Amérique… »
Qu’il semble loin, le temps où Joe Dassin, crooner en mal d’Été indien, chantait la carte postale d’un Eldorado américain. C’était en 1970, deux ans après Mai 68 en France, et en pleine guerre du Vietnam. Publiée en single en 1970, chez CBS/Columbia, L’Amérique devient la meilleure vente de l’année en France, avec plus de 670 000 exemplaires.
En disant « elle m’attend depuis que je suis né », Joe Dassin exagérait un tantinet, puisqu’il avait vu le jour à New York, en 1938. Son nom, il le devait à son grand-père, juif originaire d'Odessa en Ukraine. À son arrivée aux États-Unis, ne parlant pas anglais, il avait eu du mal à faire comprendre son vrai nom : les services d'immigration l'enregistrèrent sous le nom de « Dassin », dérivé d'Odessa. Et si Joe Dassin a grandi en France, c’est parce que son père Jules Dassin, a prudemment choisi d’y trouver refuge dans les années 1950. Ayant brièvement appartenu au Parti communiste américain, dénoncé par un collègue, il était dans la ligne de mire du maccarthysme inquisiteur.
Pour être honnête, Joe Dassin n’avait pas que des défauts. Il vénérait Georges Brassens, et avant d’envisager une carrière d’écrivain, puis de verser dans la variété, il avait soutenu un master en anthropologie sur les Hopis, peuple amérindien dont le nom vient de Hopitu‑shinumu, « peuple de la paix », cantonné sur une réserve au XIXᵉ siècle après avoir tenté de défendre leurs terres face aux missionnaires et autres colons.
Cette histoire-là, Joe Dassin l’oublie quand il chante L’Amérique. Le tube est dérivé d’un succès pop de Jeffrey Christie, Yellow River. Pierre Delanoë en a entièrement réécrit les paroles. La version originale raconte le retour d’un soldat démobilisé vers sa rivière natale, sur fond de guerre et de pacifisme discret. Delanoë efface la guerre et la dimension militaire pour la transformer en récit de départ vers « L’Amérique », euphorique Eldorado - trains, bateaux, sirènes, richesse, départ joyeux – où rien ne doit venir troubler la promesse d’ascension sociale et de renaissance individuelle que réserve le « Nouveau Monde ».

Donald Trump au Mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, le 3 juillet 2020. Photo Alex Brandon/AP
Sous les visages gravés de Washington, Jefferson, Roosevelt et Lincoln, Donald Trump revient à Mount Rushmore
pour le 250ᵉ anniversaire des États‑Unis, tandis que la Maison Blanche assure qu’il ferait un « excellent ajout » au monument
— même si les responsables du site affirment qu’aucun nouvel effigie ne peut y être sculptée.
Pas sûr que l’american dream alors propulsé en tête du hit-parade par Joe Dassin ait gardé son pouvoir d’attraction. Ce 4 juillet, les États-Unis d’Amérique célèbrent le 250e anniversaire de leur déclaration d’indépendance. Enfin, pas tous les États-Unis. Les Hopis, par exemple, n’y sont pas conviés. La fête est réservée aux nouveaux missionnaires de la secte MAGA. Faute d’artistes pour y faire le show, leur gourou devrait y faire un stand-up de trois heures et demie dont nous sommes en mesure de dévoiler, en avant-première et en exclusivité, le contenu. En condensé, pour ne pas alourdir la lecture, ce sera : « Moi, moi, moi. Et Moi ».
« Touchez pas à nos data centers »
« Extreme heat alert ». Histoire de rappeler au maître de céans que le changement climatique est un « canular », la canicule, qui n’était pas invitée aux cérémonies d’anniversaire, sera de la partie. 40 °Celsius. Si seulement le cagnard pouvait définitivement réduire en bouillie ce qui tient lieu de cerveau au pitre Donald, on n’irait même pas verser une larme de crocodile pour hydrater la scène de crime. Il s’en trouvera certainement pour crier au complot, voire dénoncer un attentat extraterrestre. Mais la mafia de l’IA continuera de s’en remettre aux dieux de Wall Street avec ce slogan de ralliement : « Touchez pas à nos data centers ».
L’impact climatique des data centers, on en a déjà parlé (ICI), on en reparlera bientôt. Début juin, l'ONU estimait que l’intelligence artificielle (IA) devrait faire doubler la consommation d’énergie et d’eau des centres de données d’ici 2030, menaçant les ressources naturelles de milliards de personnes (ICI). « A quel moment et comment s'opposer à notre destruction ? », lance Francesca Pollock sur Facebook. Bonne question. IA et data centers : Libération titrait le 2 juillet sur « la fronde qui monte ». Illustration aux États-Unis avec un reportage d’Associated Press à Lowell, ancienne cité textile de 115 000 habitants – avec une forte communauté cambodgienne - dans le nord‑est du Massachusetts. Jadis, les rivières Merrimack et Concord alimentaient les premiers grands moulins de la révolution industrielle américaine. L’ancienne usine de pâtes Prince (rien à voir avec le chanteur) est devenue un data center du Markley Group, un opérateur privé basé à Boston. Souvent l’eau du Merrimack n’y suffit pas, et la moindre alerte déclenche une escouade de générateurs diesel. Face à la colère des riverains qui n’en peuvent plus, la ville a décrété un moratoire sur toute nouvelle expansion du site (ICI).

Pour Peter Thiel, le patron de Palantir, le pape Léon XIV est "une figure de l'Antéchrist" qui "travaille pour le Parti communiste chinois".
Bref, les data centers n’ont plus le vent en poupe, et leur introduction en bourse pourrait échouer à recueillir les milliards de dollars qu’en attendent leurs promoteurs. Tout ça, c’est la faute de Léon. Le pape, on veut dire. Son encyclique Magnifica Humanitas, où il alerte sur les dangers de l‘IA, a conduit Pieter Thiel, le fascistoïde parton de Palantir, aujourd’hui réfugié dans l’Argentine de Milei, à péter un câble. Dans un manifeste publié le 1er juillet (ICI), cet illumaniti de la tech écrit : « Politiser les questions techniques liées à la souveraineté, c’est exactement ce que veut notre adversaire. La techno-politisation est la source de la fausse souveraineté. Elle conduit à des décisions qui semblent réduire la dépendance, mais qui finissent par limiter la capacité d’agir — en particulier sur le champ de bataille, en Occident. »
Et le Pape dans tout ça ? Dans une récente intervention au grand rendez-vous annuel de l’Aspen Ideas Festival, dans le Colorado, Peter Thiel a accusé Léon XIV de « travailler pour les communistes chinois ». Le ridicule ne tuant pas, il a poussé le bouchon un peu plus loin : le nouveau Pape serait en fait la figure contemporaine de l’Antéchrist. Le site catholique thelettersfromleo, qui révèle l’histoire (ICI), appelle à « soutenir une Église qui rappelle la dignité humaine face aux « idoles » de l’argent et de la peur ».
L’Amérique de Joe Dassin se chantait sur vinyle. Celle de 2026 se mesure en gigawatts et en litres d’eau pour refroidir des serveurs. On arrête là sur Trumpland, la coupe est pleine.
INTERMÈDE EN TRÈS BREF
Comme on n’a pas le temps d’avoir le temps, on se contente de mentionner, ce 4 juillet, quelques repères en très bref : la fin de la guerre américano-philippine (1902), suivie de l’indépendance des Philippines (4 juillet 1946). A notre connaissance, aucun État n’a encore fait déclaration d’interdépendance.
Le 4 juillet 1987, la cour d'assises du Rhône reconnaissait Klaus Barbie coupable de dix-sept crimes contre l'humanité et le condamnait à la prison à perpétuité (où il allait mourir quatre ans plus tard).
Le 4 juillet 1994, fin du génocide au Rwanda : date de clôture officielle, mais non de résolution. La mémoire ne connaît pas de cessez-le-feu.
INTERLUDE SPATIAL
Il y a dix ans, le 4 juillet 2016, après cinq ans et 2,8 milliards de kilomètres de voyage, la sonde américaine Juno se plaçait en orbite polaire autour de Jupiter. Depuis, ses mesures du champ gravitationnel ont montré un « noyau dilué », vaste et flou, qui oblige à revoir les scénarios de formation des géantes gazeuses.
En orbite polaire, Juno a révélé des couronnes de cyclones géants aux pôles, une atmosphère traversée de grêlons eau‑ammoniac (« mushballs ») et de foudre haute perchée, signe d’une météo radicalement différente de celle de la Terre. La sonde a aussi sondé la profondeur de la Grande Tache rouge – plusieurs centaines de kilomètres sous les nuages – et cartographié un champ magnétique truffé d’anomalies, lié à des aurores parmi les plus puissantes du système solaire.

La toute dernière image à grand champ prise par l'observatoire Vera C. Rubin, qui photographie le ciel austral depuis le désert d'Atacama
Pendant que Juno revisite la naissance des géantes gazeuses, à la lisière du désert d’Atacama, le nouvel Observatoire Vera C. Rubin – du nom de l’astronome pionnière, connue pour avoir apporté la première preuve observationnelle solide de l’existence de la matière noire – s’apprête à revisiter la naissance de notre propre galaxie. Sur dix ans, il enregistrera tous les deux jours les mouvements de milliards d’étoiles et de galaxies, produisant un « héritage espace‑temps » destiné à éclairer la naissance de la Voie lactée, la matière noire et l’histoire du cosmos. Déjà, les premières observations ont permis d’identifier plus de 11 000 nouveaux astéroïdes et d’imager la comète interstellaire 3I/ATLAS, annonçant une véritable mine d’or de données. Un autre type de mémoire longue, loin des archives nationales et des discours présidentiels.
DE CHARYBDE EN SCYLLA, ALIAS DE TRUMPLAND EN POUTINIE
Retour sur la planète Terre. De Trumpland en Poutinie, autrement dit de Charybde en Scylla. Sur la Poutinie, on ne va pas trop épiloguer : inutile de répéter ce que tout le monde dit déjà. Privée de carburant, l’opinion publique russe a un coup de pompe et commence à se lasser du feuilleton « Opération spéciale ». Il serait temps ! « Kiev sous les bombes, Poutine dans l'impasse », titrait voici quelques jours L’Express.
Attention, toutefois, le Fuhrer du Kremlin n’a pas encore dit son dernier mot. Les États-Unis ont averti la Pologne et leurs alliés de l'OTAN que la Russie préparerait une provocation armée sur le territoire polonais dans les prochains mois, visant à tester l'engagement de défense collective de l'Alliance et à pousser les nations occidentales à suspendre leur aide militaire à l'Ukraine. En clair, Poutine miserait sur le fait que, sous pression américaine, la Pologne choisirait de négocier plutôt que de riposter par la force, et pourrait exiger en échange la fin du soutien occidental à l'Ukraine. Qui vivra verra.
En attendant, Kirill, le boss de la mafia qui a pris possession de l’Église orthodoxe russe, devrait – hélas – encore échapper au prochain paquet de sanctions européennes. La Bulgarie, où le christianisme orthodoxe pèse lourd culturellement, avait déjà annoncé son opposition ; c’est désormais au tour de l’Italie de Meloni de joindre son veto, apparemment sous pression du Vatican. Une nouvelle forme de Sainte Alliance ?

Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, avec Mirjana Spoljaric, présidente du Comité international de la Croix-Rouge,
à Moscou, le 1er juillet 2026. Photo agence TASS
Une information est curieusement passée sous les radars. Les deux tourtereaux qui posent sur la photo ci-dessus ne respirent pas franchement la joie de vivre. À droite, le ministre russe des Affaires étrangères de la Sainte Russie poutinienne. À gauche, Mirjana Spoljaric, diplomate suisso‑croate, ci-devant présidente du Comité international de la Croix‑Rouge.
Que faisait donc la présidente du CICR à Moscou, le 1er juillet dernier ? Officiellement, parler de « questions humanitaires urgentes ». Officieusement, offrir au Kremlin une image de respectabilité : le pouvoir russe peut à nouveau exhiber la Croix‑Rouge comme caution morale, sans rien céder sur l’essentiel. A‑t‑elle obtenu un accès aux camps où sont russifiés les enfants ukrainiens déportés, aux prisons où sont détenus en toute illégalité des milliers de civils ukrainiens ? Faudrait pas rêver. Niet, niet, niet : elle n’a rien obtenu du tout. En revanche, Moscou a décroché une photo et un texte à usage interne, où Lavrov se pose en gardien sourcilleux du droit international humanitaire.
Son allocution d’ouverture, largement diffusée, est un petit chef‑d’œuvre de retournement accusatoire : l’« organisation respectée » qu’il dit vouloir « renforcer » est accusée d’être manipulée par les « pays occidentaux », qui chercheraient à « blanchir » le « régime de Kiev » tout en commettant eux‑mêmes « des crimes contre l’humanité ». Le tout, ponctué d’un refrain rassurant : « nous respections nos engagements, quoi qu’il arrive, en vertu du droit international humanitaire ». Traduction ci-dessous :
Chère Madame Spoljaric,
Nous sommes ravis de vous accueillir à nouveau à Moscou. Nos contacts réguliers nous aident à construire plus clairement notre coopération avec une organisation que nous respectons et que nous souhaitons renforcer.
Certainement, nous souhaitons renforcer le Comité international en nous appuyant sur les principes qui sous-tendent ses activités depuis sa création, à savoir avant tout l'indépendance et l'impartialité. Nous saluons le fait que la direction du Comité se soit constamment efforcée de défendre ces principes pendant de nombreuses décennies.
Cet objectif revêt une importance particulière dans les circonstances actuelles, étant donné que nos collègues occidentaux, malheureusement, ne veulent pas respecter les fondements sur lesquels repose le Comité international de la Croix-Rouge et veulent tout simplement manipuler ses activités à des fins politiques égoïstes.
Ces tentatives se manifestent particulièrement dans le cadre de la crise en Ukraine, où les pays occidentaux tentent par tous les moyens de blanchir et de protéger le régime de Kiev qui, sans aucune exagération, commet quotidiennement de graves violations du droit international humanitaire et des crimes contre l'humanité.
Nous sommes convaincus que votre visite donnera lieu à une discussion utile sur la situation en Ukraine, notamment en ce qui concerne le droit international humanitaire.
Je voudrais souligner que respections nos engagements, quoi qu'il arrive, en vertu du droit international humanitaire. Nous espérons que vous adresserez un appel similaire à vos autres partenaires.
Les aspects spécifiques de notre interaction avec le Comité humanitaire, notamment la situation des prisonniers et les échanges de prisonniers, seront abordés non seulement ici aujourd'hui, mais aussi lors de vos rencontres au ministère russe de la Défense, avec la Commissaire aux droits de l'homme de la Fédération de Russie, Iana Lantratova, et avec la Commissaire présidentielle aux droits de l'enfant, Maria Lvova-Belova.
La presse dans le viseur

Maxim Zabela, rédacteur en chef de Ridne misto à Mirnograd, dans la région de Donetsk,
dont les locaux ont été entièrement détruits par une frappe russe.
Parmi les prisonniers fantômes détenus en Russie, on a déjà parlé de la journaliste ukrainienne Anastasiia Hlukhovska (ICI), arrêtée à Melitopol en août 2023, dont on est toujours sans nouvelles. Au moins 28 journalistes demeurent illégalement détenus, dont quatre femmes.
Selon le dernier rapport de la Fédération nationale des journalistes d’Ukraine (NSJU), la Russie a mené au premier semestre 2026 au moins 80 attaques vérifiées contre la sphère médiatique ukrainienne : logements de journalistes, rédactions, infrastructures, souvent par drones explosifs bien au‑delà de la ligne de front. Dix journalistes‑soldats ont été tués sur la période et les locaux de la rédaction de Ridne misto à Mirnograd ont été entièrement détruits.

La journaliste mexicaine Roxana Guzmán, enlevée et assassinée dans l’État de Veracruz.
Loin du front ukrainien, c’est dans une autre guerre, celle des cartels de la drogue, que la journaliste mexicaine Roxana Guzmán a été enlevée début juin puis assassinée. Son corps vient d’être retrouvé dans une finca de l’État de Veracruz. Directrice d’un média local, Pulso Informativo del Sureste, elle couvrait depuis des années des sujets liés à l’insécurité, à la corruption municipale et aux conflits socio‑environnementaux liés à l’industrie pétrochimique dans le sud de Veracruz. Son mari, Carlos Fernández Escalante, avait déjà été abattu en 2017.
Le Mexique est l’un des pays les plus dangereux pour exercer le métier de journaliste, avec plus de 150 professionnels assassinés depuis 1994, selon un décompte de RSF. Rien qu’en 2025 neuf journalistes y ont été tués…
INTERMÈDE PODCAST
Sur France Culture, dans le podcast « Le Prix du journalisme », Florence Dauchez donne la parole à onze femmes reporters, lauréates du prix Albert‑Londres. Archives inédites et livre à l’appui, elle montre les risques et les exigences d’un métier en pleine mutation. À écouter pour mesurer, derrière les chiffres et les faits divers de la chronique, ce que « être journaliste aujourd’hui » veut dire au quotidien. A écouter ICI
INTERMÈDE CINÉMA ET POÉSIE

Le réalisateur Abbas Kiarostami photographié par Abbas sur le lieu du tournage de son film
Le Goût de la cerise, près de Téhéran (Iran), en 1997. Photo A. Abbas / Magnum Photos
Pour mémoire : il y a dix ans, le 4 juillet 2016, Abbas Kiarostami s’éteignait à Paris, à 76 ans, des suites d’un cancer. Figure majeure de la « nouvelle vague » iranienne, il est le premier et seul réalisateur iranien à recevoir la Palme d’or à Cannes, en 1997, pour Le goût de la cerise, méditation dépouillée sur le suicide et la dignité humaine. Auteur de plus de quarante films (de la trilogie Où est la maison de mon ami ? à Le Vent nous emportera puis Copie conforme avec Juliette Binoche), Kiarostami impose un cinéma minimaliste, ouvert, où l’ambiguïté politique, la poésie du quotidien et la réflexion sur le regard font de lui l’un des grands formalistes du XXᵉ siècle.
Se souvenir, encore, du poète Benjamin Péret, né le 4 juillet 1899. Poète majeur du surréalisme, compagnon de route d’André Breton et « astre noir » des avant‑gardes du XXᵉ siècle. Correcteur, écrivain et pamphlétaire, il lie étroitement poésie et révolte : engagé au Parti communiste dans les années 1920, passé ensuite dans l’opposition trotskiste, combattant en Espagne aux côtés des républicains, il restera toute sa vie militant révolutionnaire irréductible aux orthodoxies. Sa prose et sa poésie – des Poèmes, l’amour sublime au Déshonneur des poètes – défendent une liberté absolue de l’imaginaire contre toute instrumentalisation politique de la littérature, même pour les causes les plus nobles.
Autre résistant, Robert Desnos, né le 4 juillet 1900. Journaliste, publicitaire et critique, il s’engage très tôt dans les mouvements d’intellectuels antifascistes, puis dans le réseau de résistance AGIR en 1942. Arrêté par la Gestapo en février 1944, déporté à Buchenwald puis dans plusieurs camps, il meurt du typhus à Theresienstadt le 8 juin 1945, quelques semaines après la libération, figure d’une poésie restée indissociable du refus du nazisme.
SPECIAL FESTIVAL D’AVIGNON

Ce sera sans doute l'un des meilleurs spectacles de la 80e édition du festival d'Avignon : 1,2,3 Poquelin, d'après Molière,
par la compagnie flamande tg STAN, du 13 au 25 juillet dans la carrière Boulbon. Photo Julie Valéro.
Ce 4 juillet, avec les sempiternelles trompettes de Maurice Jarre, s’ouvre la 80ᵉ édition du festival d’Avignon. A en croire RFI, « l’un des marqueurs de cette édition d’anniversaire sera l’omniprésence et la fascination pour le Mal dans de nombreux spectacles ». Ce soir, dans le Cour d’honneur du Palais des papes : Maldoror, mis en scène par Julien Gosselin. Le directeur du Théâtre de l’Odéon s’est inspiré du poète, romancier et nouvelliste chilien Roberto Bolaño (1953-2003) et du poète franco-uruguayen Lautréamont (1846-1870), auteur des Chants de Maldoror, « un poème énigmatique, écrit comme un collage, autour de Maldoror, personnage misanthrope, cruel et pervers ». Ce sera, paraît-il, « une allégorie sur les traces visibles et invisibles laissées par la dictature chilienne ».
Dont acte. N’étant pas invités, les humanités n’y seront pas : à 55 € la place (sans parler du logement), le théâtre devient un produit de luxe – en tout cas à Avignon. On ne verra donc pas la Trilogia Cadela Força Capítulos I, II y III, de Carolina Bianchi, qui « s’attaque aux violences sexuelles et notamment la pédocriminalité, le tout sous des lumières stroboscopiques, des effets de fumée et du sang ». Va-t-on s’en remettre ?
On est mauvaise langue . Il y aura sans doute des spectacles intéressants – dans le In comme dans le Off. Et on aurait pu, au passage, améliorer notre pratique du coréen, langue invitée cette année. A propos de langue, on regrette quand même que le Festival d’Avignon censure celle de la poésie. Il y en aura peut-être des miettes ici ou là, mais rien à voir avec l’époque où le regretté Alain Crombecque lui donnait une place à part entière.Lui au mpoins se souvenait qu’à la naissance du festival d’Avignon, il y eur certes Jean Vilar, mais aussi les galeristes Yvonne et Christian Zervos et… René Char.
Comme il n’y a pas qu’Avignon dans la vie, d’autres festivals cette semaine : Beauregard à Hérouville Saint-Clair (jusqu’au 5), Les Eurockéennes à Belfort (jusqu’au 5), Main Square à Arras (jusqu’au 5), puis Musilac à Aix-les-Bains (9–12), Festival de la Côte d’Opale à Boulogne-sur-Mer (9–12), Pause Guitare à Albi (8–13) ou encore Elizik à Narbonne (7–11). On en oublie, et des moins connus, mais on a deux mois pour se rattraper. Et demain, ici-même, des échos du festival Montpellier Danse et du festival de Marseille.
UN ZESTE D'EPHEMERIDE
Ni Trump ni Poutine, ni le Pape ni l’Antéchrist n’y sont pour rien : les journées ne font que 24 heures. Les vôtres comme les nôtres. On s’en voudrait quand même de terminer cette chronique décousue sans mentionner que ce 4 juillet est, en Argentine, le « Día Nacional del Médico Rural » (journée du médecin rural), célébré depuis une loi de 2001 en hommage au docteur Esteban Laureano Maradona, né ce jour‑là en 1895 à Esperanza (Santa Fe). Médecin, naturaliste, écrivain et philanthrope, Maradona a passé plus de cinquante ans dans une zone semi‑tropicale du Chaco, vivant dans une austérité quasi monacale pour soigner gratuitement les populations les plus pauvres, notamment les communautés indigènes. Le jour du « médecin rural » entend à la fois saluer cette figure du « médecin des pauvres » et rendre visibles les milliers de praticiens qui, aujourd’hui encore, assurent l’accès aux soins dans les régions isolées du pays.
Au Venezuela, le 4 juillet est, théoriquement, la « journée de l’architecte », en mémoire de la fondation, en 1945, de la Sociedad Venezolana de Arquitectos par sept figures dont Carlos Raúl Villanueva. Pas sûr que cette journée soit commémorée cette année, alors que nombre d’architectes vénézuéliens travaillent en exil ou dans un marché sinistré, et dans un pays en deuil après les séismes du 24 juin, qui ont fait plus de 2 500 morts, plus de 11 000 blessés et des dizaines de milliers de sinistrés.
Un webdocumentaire sur le régime de Vichy
On ne voudrait pas oublier non plus, parmi les glanages collectés pour cette chronique, cette belle initiative marseillaise relatée par le Café pédagogique : des élèves de Terminale du lycée Maurice Genevoix de Marignane se sont intéressés à un lieu largement oublié de l’histoire marseillaise, l’hôtel Bompard. Entre 1940 et 1942, cet établissement a accueilli des femmes étrangères internées par le régime de Vichy. À partir d’un fonds d’archives conservé aux Archives départementales des Bouches‑du‑Rhône, les élèves ont réalisé un webdocumentaire pour retracer cette histoire.
Les élèves se sont rendus aux Archives départementales des Bouches‑du‑Rhône, au Camp des Milles, au Mémorial de la Shoah à Paris ainsi qu’à Auschwitz‑Birkenau. Il a fallu apprendre à lire les archives, croiser les informations, vérifier les sources et accepter de ne pas trouver toutes les réponses. Comment appréhender la Shoah à hauteur d’hommes, de femmes et d’enfants ? Le projet les a amenés à réfléchir à la manière dont les archives permettent aujourd’hui de retrouver la trace de personnes que les nazis ont tenté d’effacer de l’histoire comme de la mémoire. On a hâte de voir ce webdocumentaire, intitulé « L’Hôtel Bompard, 1940‑1942. Lieu d’internement, lieu de mémoire ».
C’EST A VENIR
Pour finir tout à fait, dans les prochains jours, quelques dates à bas bruit, entre mémoire officielle et angles morts : le 5 juillet marque l’indépendance de l’Algérie (1962), toujours chargée de tensions mémorielles ; le 7 juillet, journée mondiale du swahili, rare reconnaissance d’une langue africaine à l’échelle internationale ; le 9 juillet, indépendance du Soudan du Sud (2011), État jeune déjà confronté à ses propres fractures ; le 10 juillet, journée internationale des coopératives, souvent reléguée malgré ses enjeux économiques et sociaux ; le 11 juillet, journée mondiale de la population, rappel discret des dynamiques démographiques qui travaillent en profondeur les équilibres globaux.
Et en France : mardi 7 juillet, une loi particulièrement dangereuse sera débattue à l’Assemblée nationale. Si ce texte sur la « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre » est voté, tout tir de la police sera présumé légal. « La logique même de cette loi porte atteinte à l’État de droit », dénonce Amnesty International (ICI), qui pare l'un « véritable permis de tuer ».
Jean-Marc Adolphe, Nadia Mevel, Dominique Vernis






Voilà bien une chronique touffue où il y a à manger et à lire, beaucoup.
Il y a 50 ans, c'était ... les 200 ans de la République des USA.
Frank Zappa avait son point de vue perçant sur l’événement : " ... 200 ans et complètement pourri ..."
Titre "200 Years Old", album "Bongo Fury" (1975, avec son complice Captain Beefheart)
Musique :
" https://www.youtube.com/watch?v=ToqrGsEFE4w&list=RDToqrGsEFE4w&start_radio=1 "
Paroles :
" I was sitting in a breakfast room in Allentown, Pennsylvania
Six o'clock in the morning
Got up too early, it was a terrible mistake
Sittin' there face-to-face with a 75¢ glass of orange juice about as big as my finger
And a bowl of horribly fore-shortened corn flakes
And I…