Climat : yaka s'adapter ?
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 18 heures
- 13 min de lecture

Un garçon se lave les cheveux et le visage après avoir joué dans la boue d'une rizière lors de l'Asar Pandra,
la fête annuelle des semailles du riz, à Katmandou, au Népal, le lundi 29 juin 2026. Photo Niranjan Shrestha/AP.
En pleine canicule, sous la pression de Trump, la Banque mondiale renonce à ses objectifs chiffrés de financement climatique. Et le gouvernement français rabote méthodiquement le Fonds vert censé aider les territoires à faire face au dérèglement. Un maître mot : il faut "s'adapter" – mais sur l’autel d'un statu quo économique qui protège les intérêts fossiles et agro‑industriels. Tant pis pour les rivières contaminées et les forêts épuisées. De l'Amazonie brésilienne à l'Albanie, des rizières népalaises au bassin Artois-Picardie en France, il y a quand même des moyens de résister et d'agir collectivement, loin de l'épouvantail d'une "écologie punitive".
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Aux éventails ! C’est pour demain : de nouvelles vagues de chaleur sont prévues en France à partir du 7 juillet. Il est encore trop tôt, disent les météorologues, pour savoir si un nouveau dôme de chaleur viendra à nouveau affoler le thermomètre et taquiner les 40 °C, ou simplement pousser le bouchon un peu au-dessus des 30 °C. Juillet sera de toute façon plus chaud que la normale.
Dans tous les cas, la canicule exceptionnelle qui vient de frapper l’Europe n’est pas un « accident météorologique », mais un aperçu brutal de ce qui deviendra la norme dans un monde à plus 2 ou 3 degrés. Elle confirme ce que les climatologues répètent depuis des années : sans baisse rapide des émissions, toute promesse d’« adaptation » relève de la fable technocratique.
Dans Le Monde du 28 juin, Stéphane Foucart tacle la profonde incompréhension d’Emmanuel Macron, pour qui « on ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe et qui n’a jamais eu d’équivalent dans notre histoire ». Le principe même de la dérive climatique, indique le journaliste du Monde, est que « celle-ci est précisément faite de la survenue, puis de la multiplication, d’"événements n’ayant jamais eu d’équivalent dans notre histoire" ».
« L’aveu présidentiel est d’autant plus inquiétant qu’il entre en collision frontale avec le tournant de l’adaptation, qui domine désormais les discours du gouvernement sur la question climatique », poursuit le journaliste du Monde. Or, « la canicule qui s’achève montre sans l’ombre d’un doute que sans mesures fortes d’atténuation – c’est-à-dire tout ce qui ralentit ou entrave la poursuite du réchauffement –, l’adaptation sera impossible ». (1)
En pleine canicule, le gouvernement Lecornu a donné un signal clair de son engagement en matière de cap écologique : dans un communiqué en date du 19 juin 2026, le Ministère de la Transition écologique a annoncé que le Fonds vert, destiné à « soutenir les collectivités locales et leurs partenaires dans leurs investissements au service de la transition écologique », sera « reconduit en 2026 avec une enveloppe initiale de 837 millions d’euros ». Avec un certain culot, Agnès Pannier‑Runacher présente ce budget comme un « nouvel élan » pour la transition écologique des territoires. Quel élan, en effet ! En 2024, ce « Fonds vert » était doté d’environ 2,5 milliards d’euros. En 2025, l’enveloppe avait déjà été réduite de moitié, à 1,15 milliard d’euros. La baisse, plus que significative, se poursuit donc en 2026. D’autant qu’après la première vague de chaleur, fin mai, le gouvernement a encore décidé d'en geler près de 20% de son budget (162,5 millions d'euros). Ce n’est plus du rabotage, mais du sabotage !
Quand le « climat » disparaît de la finance mondiale
Cette dissonance ne se limite pas à la France. Alors que la planète bat des records de chaleur, la Banque mondiale vient d’annoncer l’abandon de ses objectifs chiffrés consacrant une part de ses prêts à des projets présentant des « co‑bénéfices climat ». La cible d’allouer 45 % de ses ressources à des projets liés au climat est purement et simplement « retirée ».
L’institution explique qu’elle veut désormais se concentrer sur les « résultats » plutôt que sur les « inputs », une rhétorique qui masque mal les pressions politiques exercées par l’administration Trump pour recentrer la Banque mondiale sur sa « mission de développement » en abandonnant ce qui est perçu comme une dérive « climatique » et « sociétale ». Le Trésor américain a ouvertement critiqué une focalisation jugée « myope » sur le financement climatique et a exigé un retour aux « fondamentaux » : croissance, infrastructures, et soutien macroéconomique.
Dans les faits, cette réorientation signifie une chose : le principal bailleur public de développement au monde se donne la possibilité de financer, au nom de la « lutte contre la pauvreté », des projets qui prolongent la dépendance aux fossiles et fragilisent davantage des populations déjà exposées en première ligne aux catastrophes climatiques. Autrement dit, on promet aux pays du Sud de les « aider » à s’adapter à un chaos climatique qu’on renonce à prévenir sérieusement.
COP30 : des feuilles de route dans le vide
C’est dans ce contexte que lors de la London Climate Action Week 2026 qui vient de se dérouler à Londres, le président de la COP30, André Aranha Corrêa do Lago, a annoncé trois « feuilles de route » pour la mise en œuvre des engagements sur la sortie des fossiles, la finance climat et l’adaptation. L’ambition affichée est de transformer les promesses de la COP en trajectoires concrètes, notamment pour le triplement des énergies renouvelables, le doublement de l’efficacité énergétique et l’opérationnalisation des financements pour pertes et dommages.
Mais comment prendre au sérieux ces promesses de gouvernance climatique si, dans le même temps, la principale banque de développement de la planète efface ses objectifs et que les budgets nationaux consacrés à la transition sont rognés au fil des lois de finances rectificatives ? La diplomatie climatique produit des documents toujours plus sophistiqués, pendant que les institutions qui disposent des leviers financiers et juridiques nécessaires à la transformation continuent d’assurer la stabilité du système fossile.
Galerie photos : Arrachage motorisé et monticules de betteraves sucrières en bord de champ. La sucrerie de Roye (Somme, Hauts-de-France). Betteraves sur le tapis après lavage à la sucrerie de Roye (Somme, Hauts-de-France). Photos Géraldine Aresteanu.
France : adapter en empoisonnant
En France, la loi d’« urgence » agricole illustre jusqu’à la caricature cette logique d’« adaptation » au service du statu quo productiviste. Dans la nuit du 29 au 30 juin, le Sénat a adopté un texte qui autorise la réintroduction dérogatoire de deux insecticides interdits, l’acétamipride et le flupyradifurone, sur des cultures jugées « en difficulté » comme la betterave sucrière, la pomme, la cerise et la noisette.
Ces substances, apparentées aux néonicotinoïdes, sont bannies en France depuis 2018 en raison de leurs effets graves sur les pollinisateurs et la biodiversité, mais restent autorisées ailleurs en Europe. En ressuscitant un dispositif déjà censuré par le Conseil constitutionnel, les sénateurs de droite et du centre ont présenté cette marche arrière comme un geste indispensable pour « sauver » des filières fragilisées par les aléas climatiques et la pression des ravageurs.
On retrouve la même logique à l’œuvre sur l’eau, autre grand volet du texte : pour faire face aux sécheresses à répétition, il s’agirait d’alléger les contraintes environnementales qui pèsent sur la construction d’ouvrages de stockage, ces fameuses méga‑bassines qui cristallisent les conflits d’usage. L’adaptation se réduit ici à sécuriser le modèle agro‑industriel le plus vulnérable au changement climatique, en flexibilisant les normes plutôt qu’en transformant les pratiques agricoles.
Rivières contaminées et forêts épuisées
Les conséquences de cette adaptation à rebours se lisent déjà dans les milieux naturels. Une enquête récente du collectif de journalistes We Report, basée sur une carte inédite de la pollution chimique des cours d’eau, a recensé près de 1 700 rivières partiellement contaminées en France par des cocktails de pesticides, de métaux lourds et d’autres substances persistantes (ICI). On y découvre une géographie toxique des bassins versants, où l’agriculture intensive, l’industrie et les rejets domestiques s’entrecroisent pour transformer les rivières en vecteurs de contamination diffuse.
En parallèle, les forêts françaises, longtemps présentées comme de précieux puits de carbone, voient leur capacité d’absorption se réduire sous l’effet cumulé des sécheresses, des canicules, des attaques de ravageurs et des pratiques sylvicoles intensives. L’association Canopée alerte sur une inversion possible du rôle des forêts : d’alliées dans la lutte contre le réchauffement, elles pourraient devenir sources nettes d’émissions si leur dégradation se poursuit.
Là encore, le discours officiel insiste sur la « résilience » des écosystèmes et sur les plans de gestion adaptative, mais les décisions budgétaires et réglementaires vont dans le sens inverse : affaiblissement des moyens de contrôle, incitations à l’exploitation intensive, monocultures vulnérables au stress hydrique. On prétend adapter la forêt au climat qui vient tout en poursuivant les logiques qui l’épuisent.
Ce que les tribunaux brésiliens rappellent à l’Europe
À des milliers de kilomètres de là, au Brésil, la justice vient pourtant de montrer qu’une autre voie est possible. Mi‑juin, deux décisions majeures ont confirmé les droits fonciers de populations autochtones et de petits agriculteurs dans l’Amazonie, en ordonnant au gouvernement fédéral de retirer les occupants illégaux – ces « grileiros » qui alimentent la déforestation clandestine.

Les bovins paissent sur des terres récemment brûlées et déboisées par des éleveurs près de Novo Progresso, dans l'État du Pará, au Brésil,
le 23 août 2020. Photo Andre Penner/AP
Dans le Territoire indigène de Cachoeira Seca et dans le projet de développement durable Terra Nossa, tous deux situés dans l’État du Pará, la Cour suprême et un juge fédéral ont exigé des autorités qu’elles élaborent un calendrier de retrait des envahisseurs et qu’elles rendent régulièrement compte de la mise en œuvre des mesures. Ces décisions ne se contentent pas de sanctionner l’inaction de l’État : elles réaffirment que la protection de la forêt amazonienne passe par la reconnaissance pleine et entière des droits des peuples qui y vivent.
En Amazonie, atténuation et adaptation se rejoignent : préserver les territoires indigènes, c’est à la fois stocker du carbone, protéger la biodiversité et garantir des moyens de subsistance, des cultures et des modes de vie adaptés à cet écosystème. Cette jurisprudence brésilienne agit comme un miroir tendu à l’Europe, où les gouvernements invoquent l’urgence climatique pour desserrer les protections environnementales, quand il faudrait au contraire les renforcer.
Albanie : la « révolution des flamants roses »
Cette tension entre adaptation autoritaire et justice environnementale traverse aussi les luttes en Europe de l’Est. En Albanie, la « révolution des flamants roses » a éclaté face à un projet de méga‑complexe touristique porté par des capitaux liés à Jared Kushner, gendre de Trump, dans le paysage protégé de Vjosa‑Narta, sur la côte adriatique (lire sur les humanités, ICI). Bulldozers, barbelés et routes tranchant les dunes sableuses ont fait irruption dans une zone abritant flamants roses, tortues marines, phoques et plus de 200 espèces d’oiseaux, sans étude d’impact publiée ni véritable consultation publique.

Manifestation des Flamants roses à Tirana. Photo Florion Goga/Reuters
En réponse, des dizaines de milliers de personnes ont occupé les rues de Tirana et d’autres villes pendant des semaines, brandissant des flamants roses en carton, scandant « Albania is not for sale » et exigeant l’arrêt du projet et l’abrogation des lois qui ont ouvert les zones protégées aux investissements stratégiques. Ce mouvement, le plus massif depuis la chute du communisme, ne se réduit pas à une lutte locale : il conteste la mise en coupe réglée du territoire au profit d’une oligarchie politico‑financière qui promet l’« adaptation » du pays par le tourisme de luxe.
Un mouvement de jeunesse ? Pas seulement. « Vous avez le pouvoir du crime, nous avons le pouvoir de la vérité », brandit sur un écriteau Bujare Ishmi, septuagénaire, rencontrée par une journalise d'Associated Press (ICI). Sous la pression des mobilisations, le Parlement européen a adopté une résolution demandant à l’Albanie de revenir sur ses amendements à la loi sur les zones protégées et d’instaurer un moratoire sur les nouveaux projets destructeurs, rappelant que le respect des normes environnementales est une condition non négociable du processus d’adhésion. Face à un projet d’« adaptation » par la marchandisation intégrale du littoral, la « révolution des flamants » propose une autre réponse : la défense d’un territoire comme bien commun, condition d’une adaptation démocratique et durable.
Du riz et des festivités : un autre rapport au climat
Pendant que l’Europe suffoque et que les parlements bricolent des lois d’urgence favorables aux lobbies, ailleurs, des communautés continuent d’entretenir un rapport au climat qui ne passe ni par les méga‑projets ni par les COP. Au Népal, la saison de la plantation du riz s’ouvre chaque année par un festival, l'Asar Pandra, où paysans, jeunes et citadins s’immergent littéralement dans la boue des rizières, entre chants, jeux, danse et plantation collective.

Des femmes plantent du riz lors de l'Asar Pandra, le festival annuel de la plantation du riz, à Katmandou,
au Népal, le 29 juin 2026. Photo Niranjan Shrestha/AP
De gauche à droite : Une femme prépare des plants de riz en vue de les mettre en terre lors de l’Asar Pandra, la fête annuelle des semailles du riz. Des jeunes filles jouent dans la boue d’une rizière. Le reflet d'une femme se dessine dans la boue alors qu'elle prépare
des plants de riz en vue de la plantation lors de l'Asar Pandra. Photos Niranjan Shrestha/AP
Ce « Paddy Day », documenté récemment par un reportage d’Associated Press (ICI), n’est pas un folklore exotique, mais une forme d’adaptation socialisée : on célèbre, malgré l’irrégularité croissante des moussons, un cycle agricole qui structure le temps, les solidarités et le lien au sol. Là où les discours officiels en Europe parlent de « gestion intégrée des ressources » et de « résilience des systèmes », ces rituels paysans rappellent une évidence : on ne s’adapte pas au climat seulement avec des infrastructures ou des plans d’action, mais aussi par des pratiques et des imaginaires qui reconnaissent la dépendance réciproque entre humains et milieux.
Rendre l’adaptation à nouveau politique
Ce qui se dessine derrière ces épisodes – canicule française, volte‑face de la Banque mondiale, loi agricole, pollution chimique, décisions de justice brésiliennes, révolution des flamants roses, fêtes népalaises – c’est une bataille pour le sens même du mot « adaptation ». L’adaptation peut être un prétexte pour prolonger un modèle agro‑industriel toxique, pour livrer des zones protégées aux investisseurs, pour flexibiliser le droit de l’environnement, pour renvoyer la responsabilité aux individus sommés de « s’adapter » à des conditions invivables.
Mais elle peut aussi devenir un projet démocratique et émancipateur, qui suppose de réduire radicalement les émissions, de redistribuer le pouvoir sur l’usage des terres, de renforcer les droits des communautés qui protègent déjà les milieux, et de refuser que la « transition » soit capturée par la finance globale. Entre ces deux visions, il ne s’agit pas d’un débat technique, mais d’un choix de société, et plus encore, de présence au monde et de souci des générations à venir.
La canicule qui vient de s’achever en France (avant de bientôt reprendre son cours ?) ne nous dit pas seulement qu’il fait trop chaud ; elle annonce un avenir où l’adaptation, si elle continue d’être pensée contre l’atténuation et contre la justice sociale, se traduira par des zones sacrificielles toujours plus nombreuses, ici comme ailleurs.
Vers une écologie réparatrice
On nous répète à longueur de tribunes réactionnaires, qui font le lit de l’extrême droite, que la France serait victime d’une « écologie punitive ». Punis de quoi, exactement, dans un pays où l’on réintroduit des insecticides interdits, où l’on rabote les budgets du Fonds vert et où l’on laisse 1 700 rivières se charger en pesticides et en résidus chimiques ? Le vocabulaire, c’est important : contre l’épouvantail de cette « écologie punitive », il faudrait affirmer plus nettement et plus fort les possibilités et promesses d’une écologie réparatrice.
En droit français, le préjudice écologique – reconnu depuis la loi de 2016 – oblige le responsable d’un dommage environnemental à le réparer en nature, autant que possible, plutôt qu’à se contenter de payer une amende. C’est grâce à cette loi que l’État a été condamné à deux reprises : en 2021 pour le préjudice écologique résultant du réchauffement climatique, en raison de la non‑atteinte des objectifs de réduction des émissions (L’Affaire du siècle), et en juin 2023 pour la « contamination généralisée, diffuse, chronique et durable » des eaux et des milieux par les produits phytopharmaceutiques (Justice pour le vivant). Dans les deux affaires, la logique du préjudice écologique ne se traduit pas par des montants d’indemnisation significatifs, mais par des obligations d’action : Plans Climat renforcés, correction des trajectoires d’émissions, réformes des protocoles pesticides, réexamen des autorisations. Et c’est là où le bât blesse : bien que condamné, l’État s’exécute a minima, à la vitesse de l’escargot. Le droit, ici, est plus symbolique qu’effectif.
Il faut désormais entendre et promouvoir une écologie réparatrice qui ne se situe pas sur le seul terrain juridique. Et cela existe déjà. Un seul exemple pour conclure. On évoquait les 1 700 rivières contaminées en France. Pollution aux nitrates en Pays de Loire, métaux dans les rivières du Beaujolais, etc. : le collectif de journalistes indépendants We Report tient chronique de ces « rivières sous pression » (ICI). Mais a contrario, dans le bassin Artois‑Picardie, élus, agriculteurs, techniciens et habitants ont engagé depuis plus de dix ans un programme de restauration d’un cours d’eau, la Hem, et de ses affluents. Les travaux ont consisté à rétablir la continuité écologique (suppression ou aménagement d’ouvrages, restauration du lit, haies perpendiculaires aux cours d’eau pour limiter l’érosion), ce qui a permis de restaurer environ 33 km de rivière, d’améliorer l’infiltration de l’eau, de réduire les coulées de boue et d’augmenter la capacité de stockage dans le lit majeur – autant de bénéfices directs face au changement climatique – au point que ce chantier a été retenu comme site de démonstration mis en avant par l’Office français de la biodiversité dans son réseau national de restauration des rivières.
Cet exemple – parmi d’autres possibles – montre que l’action commune, collective, concertée, peut inverser le saccage du vivant et préserver l’habitalité de notre monde – pour reprendre le terme de Baptiste Morizot et Laurent Neyret. Cela ne résoudra pas tout, certes, tant que les serial killers de l’environnement ne seront pas mis aux arrêts de rigueur. Mais au moins de tels chantiers participatifs, s’ils étaient ardemment promus et financés (combien d’emplois utiles à la clé ?), pourraient contrarier le sentiment d’impuissance qui finit par se répandre sous couvert d’ « adaptation ». S’adapter à quoi ? Aux climatiseurs populistes vendus par la quincaillerie Le Pen-Bardella ? Non merci.
Jean-Marc Adolphe
(1). « Sur les politiques d’atténuation aussi, les critiques de l’action conduite depuis dix ans s’accumulent », ajoute Stéphane Foucart dans ce même article : « Publiée le 18 juin, une enquête du média d’investigation Disclose montre que l’Etat s’apprête à verser plus de 300 millions d’euros d’argent public au géant de la pétrochimie Ineos, afin de financer la décarbonation de son site de Lavéra – situé à Martigues (Bouches-du-Rhône) –, l’un des sites industriels les plus émetteurs de France, où des hydrocarbures sont transformés en plastique.
Selon Disclose, l’Agence de la transition écologique (Ademe) instruisait le dossier, et avait établi que l’usine d’Ineos n’était pas éligible à ce financement (issu du plan France 2030). L’enquête de nos confrères indique que Bercy et Matignon ont tordu le bras à l’Ademe, dans des conditions particulièrement troubles, pour modifier à la dernière minute le cahier des charges du financement, et rendre l’entreprise éligible. Ces 300 millions d’euros doivent financer des travaux visant à faire passer les émissions du site d’environ 1,5 million à 1,2 million de tonnes de dioxyde de carbone par an. La somme est rondelette ; le gain d’émissions attendu est modeste. (…) s’agit-il vraiment ici d’atténuer les émissions nationales de carbone en aidant une entreprise prometteuse ? Ou, plutôt, de soutenir grâce aux deniers publics la profitabilité d’une firme qui réalise déjà plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et dont l’activité sera toujours, quoi qu’il arrive, intrinsèquement liée à deux grandes crises environnementales planétaires, à savoir le réchauffement et la prolifération du plastique ? »
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