Éloge des casseurs ?

Un manifestant enveloppé d’un drapeau français devant l’Office du tourisme en flammes, à Lyon, le 17 octobre 2026. Photo Laurent Cipriani/AP
Trente-cinq ans après une tribune refusée, “Éloge des casseurs” reprend du sens. Les violences du 17 octobre ne s’expliquent ni par la seule délinquance ni par la seule répression : elles révèlent l’usure d’une République qui a abandonné ses territoires, son école et une partie de sa jeunesse.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Il y a de cela trente-cinq ans, en avril 1991, j’avais écrit une tribune dont la publication fut refusée par l’ensemble des journaux auxquels elle fut adressée. Son titre, il est vrai, faisait office de repoussoir : "Éloge des casseurs". (1)
Un titre certes provocateur, mais pas seulement. Entendons-nous bien : je ne prône ni certains modes d’action violente, ni les pillages et autres mises à sac, encore moins les dégradations ou incendies de bâtiments publics. Que cela plaise ou non, je considère que le phénomène des « casseurs », avant d’être condamné sans jugement ou, à l’autre bout du spectre, excusé sans discernement, doit être vu et analysé comme fait politique -qui vient certes perturber un sens que l’on pensait communément admis du politique et de ses représentations.
Évidemment, la répétition sur les réseaux sociaux et les chaînes d’info en continu, de vidéos violentes et choquantes du 17 octobre 2026, provoque un état de sidération qui n’aide guère à saisir l’événement sans sa totalité et sa complexité. Cette sidération semble avoir gagné l’ensemble de la classe politique qui réagit de façon pavlovienne, chaque camp enfonçant naturellement le clou de ses certitudes.
Sans surprise, Marine Le Pen voit dans les émeutiers des racailles semant le chaos, et incrimine l’extrême gauche - alias les « forces de la destruction », dont elle fait de LFI la « branche politique » et des « groupes antifas » la « branche armée »-. Jean-Luc Mélenchon, s’il a condamné le pillage et le saccage, a immédiatement reporté la responsabilité principale des violences sur la stratégie du maintien de l’ordre, le préfet de police et le gouvernement de Sébastien Lecornu. Le Premier ministre, pour sa part, a mis en cause « l’ultragauche », sans que l’on sache très bien à quoi et à qui renvoie ce terme (2).
Dans son allocution « solennelle » du 18 octobre, avant de s’envoler pour les pays du Golfe afin de « sécuriser nos approvisionnements », Emmanuel Macron a repris cette antienne de « groupuscules d’ultragauche », d’où seraient issus des « factieux (…), rejoints par de nombreux délinquants, [qui] se sont livrés à une violence débridée dans nos villes ». Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, interrogée sur TF1 le lundi 19 octobre, indiquait pourtant ne pas pouvoir (en l’état de ses informations) « confirmer » que les auteurs des violences parisiennes étaient « des personnes politisées vers l’ultragauche »
Même s’il a, au début de son allocution, pointé l’ultragauche, il a ensuite désigné les « casseurs et tous ceux qui se livrent à des violences ». Nous voilà donc ramené à la case « casseurs ». Dans le texte de 1991 auquel je faisais allusion en début de chronique, je rappelais que l’on doit à une première ministre socialiste, en l’occurrence Édith Cresson – d’avoir réintroduit au tout début des anées1990 ce mot dans le vocabulaire politique contemporain, alors même que la gauche avait abrogé en novembre 1981 la loi dite « anticasseurs » adoptée en 1970 sous le gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing.
Les propos d’Édith Cresson visaient alors des incidents survenus lors des mobilisations contre la réforme préparée par Lionel Jospin des premiers cycles universitaires (réduction des heures de cours et des travaux dirigés ou travaux pratiques). L’éducation, déjà. Mais quelques mois plus tôt, dans la nuit du 6 octobre 1990, des émeutes avaient éclaté à Vaulx-en-Velin, où avaient été incendiés voitures et magasins. Les banlieues, déjà.
Pour juguler cette crise de la jeunesse et des banlieues, le gouvernement d’Édith Cresson avait lancé deux idées principales : offrir des vacances d’été, au vert, à certains jeunes de banlieue ; et simultanément, renforcer la présence d’îlotiers dans les « cités ». En titrant de façon volontairement ma tribune (sous forme d’adresse à Édith Cresson), je voulais principalement dire ceci : « La situation des banlieues et de la jeunesse mérite une approche radicalement différente, et bien plus large ». J’ajoutais, parlant d’une grande manifestation lycéenne à Paris qui fut l’objet de débordements : « On a d’emblée voulu séparer le bon grain de l’ivraie en distinguant les » lycéens travailleurs » des « casseurs ». Il faudrait enfin comprendre que les choses sont liées, et que les « casseurs » ne sont que l’expression exacerbée du malaise qui s’exprime dans les banlieues et dans la jeunesse : à savoir ; quel est l’avenir des uns et des autres ? » Etb enfin : « Souhaitez-vous réellement redresser la tête face à cette flambée de violence ? Avez-vous la volonté d’éviter, dans quelques années, une libanisation de ce pays » ?
Trente-cinq ans plus tard, nous y sommes, même si pas encore à une totale libanisation, mais cela en prend la voie. Que s’est-il passé entre temps ?
Née à la fin des années 1970 pour traiter la dégradation urbaine et les inégalités dans les quartiers populaires, la politique de la ville a oscillé depuis entre rénovation des logements, actions sociales et sécurité. En novembre 2017, fraîchement élu, Emmanuel Macron confiait à Jean-Louis Borloo une mission destinée à préparer un « plan banlieues ». Le 26 avril 2018, Borloo remettait le rapport Vivre ensemble, vivre en grand : pour une réconciliation nationale, qui dénonçait un « scandale absolu » et proposait 19 mesures, chiffrées à environ 48 milliards d’euros. Moins d’un mois plus tard, le 22 mai 2018, Macron enterrait le « plan banlieues ».
Le constat n’est guère plus brillant dans l’éducation, comme nous en avons fait état, avec Michel Strulovici, dans « Lycées : les raisons de la colère », au début de l’actuel mouvement lycéen. Il faudrait ajouter, au panorama que nous dressions alors, l’empilement des réformes de l’éducation depuis dix ans, menées en ordre dispersé et sans cohérence d’ensemble ; le summum ayant été atteint avec les réformes de l’arrogant Jean-Michel Blanquer, menées sans concertation réelle et imposées « à marche forcée », suivies du « choc des savoirs » impulsé par Gabriel Attal, avec des évaluations perçues comme une pression excessive sur les élèves et une dépossession des enseignants.
Dans ces réformes, tout n’était sans doute pas à jeter, mais la méthode choisie -verticale, c’est-à-dire macroniste – n’a pu que conduire les enseignants et leurs syndicats à se sentir brutalisés et in fine méprisés. Ce qu’on dit là des enseignants -et par extension, de leurs élèves- vaut pour la société tout entière. Et « brutalisés » a parfois un sens très concret : ou l’on se souvienne de la façon dont a été réprimé le mouvement des Gilets jaunes en 2018-2019 (au 13 mai 2019, le ministère de l’Intérieur recensait 11 morts et 2 448 blessés, dont de nombreux blessés graves, notamment des éborgnés), et même en octobre 2019 et janvier 2020, la mobilisation des pompiers – qui sont à nouveau en grève, depuis bientôt deux mois, sans avoir de véritable réponse du gouvernement, lire ICI.
Bien que la France ait été condamnée à plusieurs reprises par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour des violences policières - usage disproportionné de la force, traitements inhumains ou dégradants, atteintes aux libertés lors de manifestations -, la doctrine répressive reste inchangée.
On a même vu, lors des manifestations du 17 octobre dernier, ce qu’on pourrait qualifier de répression préventive, comme place de la République, à Paris, où les CRS ont envoyé peu avant midi gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes sur les musiciens de l’Orchestre du nouveau monde, qui étaient en train de répéter pour un concert prévu à 14 h.
Il faut lire, parmi bien d’autres, le témoignage du chanteur Charlelie Couture, publié sur Facebook :
« J’y suis allé en début d’après-midi avec l'une de mes filles, sans masque, ni cagoule, sans casque, ni foulard. (…) Dès la gare de l’Est, des rubans de police nous interdisaient l’accès. On a décidé de contourner, mais finalement je n’ai jamais pu rejoindre la place de la République. Bloqué rue du Faubourg du Temple par un cordon de CRS. Derrière eux des tirs, des explosions toutes les trente secondes, et aussi un feu. Rue Yves Toudic une grosse fumée noire polluait le ciel. Les pompiers ? Je ne sais pas il y avait bien une ambulance stationnée mais pas de pompiers qui devaient être occupés ailleurs. On laissait brûler ce feu sans rien faire.
Les gardes mobiles immobiles, plantés là, devant nous, harnachés et raides comme des Playmobil, le visage fermé sous leur visière baissée, le sourcil froncé et l’air grave, mutiques à quelques centimètres d’une foule qui conspuait tantôt le gouvernement, tantôt Macron lui-même, tantôt la force publique et l’ordre qu’ils incarnaient. Ils ne bronchaient pas.
J’ai reculé, changé d’endroit. On avait du mal à bouger tellement il y avait de monde, toutes sortes de gens dans une ambiance plutôt bon enfant, mais une France en colère à force de se faire enfumer, une masse dans la nasse, un pays sans issue. Certains prenaient des photos avec leur téléphone, d’autres discutaient entre eux assis à la terrasse de cafés, des pépères une bière à la main regardaient défiler devant eux des jeunes, des vieux, des sportswears, des bobos ébahis, des gilets jaunes, des infirmiers en blouse, deux drag-queens, un autre déguisé en cheval ou deux Super Mario. Les uns tenaient des cartons, des bouts de carton, parfois juste une feuille de papier, n’importe quoi sur lequel ils avaient écrit vite fait quelque chose, un slogan, un jeu de mot, ou un avis sur ce qui se passe actuellement, rien de vraiment organisé ; et puis aussi des cagoulés noirs, filles et garçons qui se la pétaient gonflés à l’adrénaline, venus là pour s’amuser à défier la société ...
Je ne disais rien, ne faisais rien et ne me suis senti en tension qu’à l’approche du cordon de CRS. On repartait tranquille, quand on s'est fait prendre dans une charge de la police dans notre dos, et sans comprendre pourquoi, on s’est fait pepperiser méchant. Les yeux qui piquent, les poumons qui brûlent, la gorge en feu…
Finalement on a rejoint une fanfare qui jouait sur le canal Saint Martin quand une dizaine de voitures de police en cortège toutes sirènes dehors nous a foncé dessus à cent à l’heure. On s’est écartés en panique. Vraiment flippant cette vitesse.
Il était 16 heures quand on a décidé de rentrer, ça continuait de pétarader un peu partout.
Arrivé chez moi les chaînes infos en continu diffusaient les émeutes, mais j’ai vite éteint tellement ça ne relatait pas l’ambiance réelle de ce que j’avais vécu. »
Qu’il y ait eu un sacré couac dans le maintien de l’ordre relève de l’évidence. Cela a été abondamment commenté, sans qu’il soit nécessaire d’y revenir. En faire le constat ne revient pas à dire pour autant que tout serait de la faute de la police. Les auteurs de dégradations, pillages, incendies, portent l’entière responsabilité de leurs actes et, s’ils sont identifiés, devront naturellement en répondre devant la justice. Mais qui sont ces émeutiers » ?
Au 20 octobre, le bilan judiciaire national reste provisoire : 2 397 interpellations ont été recensées le 17 octobre, et 2 513 gardes à vue ainsi que 67 incarcérations ont été annoncées au 19 octobre pour l’ensemble des violences des 17 et 18 octobre. Les premières comparutions immédiates et condamnations ont commencé hier, lundi 19 octobre. Les données disponibles décrivent une population majoritairement masculine, jeune — surtout entre 16 et 25 ans — avec une forte proportion de majeurs, sans profil social ou judiciaire homogène. Les affirmations gouvernementales sur des personnes « très souvent connues des services » ne sont pas confirmées par les premiers dossiers parisiens.
Dans L’Union, un lycéen en seconde à Reims témoigne : « Je ne pense pas qu’il y ait vraiment de meneurs, pas vraiment de gens qui ordonnent. Cela provoque des effets de groupe et conduit à des excès ». Un moment de fièvre qui tourne mal, en quelque sorte. Hormis les pillages de magasins, trois séquences ont particulièrement retenu l’attention des médias, l’intrusion à la mairie de Marseille, l’incendie de l’Office du Tourisme à Lyon, et celui de l’Hôtel de Ville de Limoges. Dans le premier cas, on voit sur la vidéo d’un tiktokeuse anonyme deux individus jeunes -pas forcément lycéens- se saisir d’une barrière métallique pour forcer une double porte d’entrée, puis une dizaine de personnes -qui ne semblent pas former un groupe homogène- s’engouffrer dans le hall puis en ressortir peu après, non sans avoir renversé un buste de Marianne. Pour peu qu’on puisse en juger, cela ne ressemble guère à une action de type black bloc.
Concernant l’incendie de l’Office du tourisme de Lyon, sur la place Bellecour, les médias ont décrit des « dizaines de personnes vêtues de noir et masquées ». La préfecture a vite évoqué des « individus appartenant à des mouvances radicales d’ultra-gauche et autonomes », mais à ce stade, aucune source ne permet d’établir l’identité, l’appartenance précise ou le nombre des personnes ayant mis le feu. S’il y a eu quelques précédents, notamment lors du contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg en 2009, où un poste-frontière, des bâtiments des douanes, une pharmacie et un hôtel ont brûlé, l’incendie volontaire de bâtiments ne fait pas partie de la tactique black bloc.
A Limoges, le maire LR Guillaume Guérin a décrit l’incendie de l’Hôtel de ville comme un acte « haineux », « méthodique » et a lui aussi accusé un noyau de militants d’ultragauche. Selon lui, « Il y a eu du repérage, il y a eu une volonté extrêmement millimétrée, d’un noyau dur très entraîné. » Ultragauche ou pas ? Limoges, longtemps bastion de la gauche ouvrière, connaît depuis 2023-2024 une visibilité accrue de l’Action française, branche locale d’un mouvement royaliste et maurassien, signalée pour des provocations et des agressions.
Il ne s’agit pas d’être complotiste, ni de vouloir enquêter à la place des enquêteurs, mais à Lyon comme à Limoges, la piste de l’ultradroite n’est peut-être pas à écarter totalement. Une provocation de la parte cette mouvance n’aurait rien de surprenant. On verra bien.
Dans tous les cas, à Marseille comme à Lyon ou Limoges, la République a été « abîmée », a dit Emmanuel Macron dans son allocution du 18 octobre. Que d’authentiques républicains, de droite comme de gauche, se sentent vivement touchés par l’attaque portée contre des symboles de la République, cela se comprend aisément. Que l’on soit navré face aux images de magasins pillés, tout autant. Faut-il pour autant jeter le haro sur une racaille qui ne respecterait plus rien ?
Qu’il y ait eu, dans les manifestations du 17 octobre, des individus venus casser tout et n’importe quoi, cela ne fait aucun doute. Mais n’explique pas pour autant les scènes d’émeute qui ont eu lieu – minoritaires, faut-il le rappeler, dans la foule des manifestants qui ont voulu défiler ce jour-là, et en furent parfois abusivement empêchés.
Puisque ces manifestations furent d’abord celles de la jeunesse, on entend ici ou là, dans les cafés du commerce : « les jeunes, aujourd’hui, ils ne respectent plus rien ». J’entendais déjà cela lorsque j’avais l’âge des lycéens d’aujourd’hui !
Il est légitime, surtout lorsqu’on est jeune, de contester l’autorité. Mais il y a plein de manières possibles à cette contestation. Le plus souvent, cela prend la forme d’un dialogue et aussi d’un apprentissage : jusqu’où et comment peut on contester une règle, une discipline, que l’on estime injuste ? Parfois, cela prend des formes plus rugueuses voire violentes, que le dialogue ne suffit pas à concilier.
Dans tous les cas, une autorité est acceptée -quitte à être contestée – si elle ne s’applique pas d’une façon bêtement autoritaire – c’est comme ça et pas autrement !-, mais si elle sait faire entendre -au sens autoral- les raisons et motivations qui la fondent. Tous les enseignants savent cela.
Accuser les jeunes d’aujourd’hui de « ne plus rien respecter » est d’autant plus paradoxal que l’usage du mot « respect » comme interjection —» pour saluer un acte admiré — s’est surtout imposé en France dans les années 1990, porté par la culture hip-hop, le rap et les sociabilités juvéniles des quartiers populaires. Chez les jeunes générations, « respect » fonctionne à la fois comme une valeur morale, une exigence sociale et une expression d’approbation. Il ne signifie pas seulement « obéissance à l’autorité » : il désigne surtout la reconnaissance de la dignité, des différences et des limites de chacun.
Les enquêtes sur les 18-24 ans montrent que le respect est une valeur centrale, mais qu’il est conçu comme conditionnel et réciproque. Contrairement à l’idée d’une jeunesse qui « ne respecte plus rien », les travaux de la sociologue et politiste Anne Muxel (« Observatoire de la génération Z », octobre 2021) montrent que les jeunes ne rejettent pas l’autorité en soi. En revanche, un sentiment d’injustice ou d’humiliation peut faire s’effondrer ce respect.
Pour une partie de la jeunesse engagée dans le mouvement lycéen, l’appel aux « valeurs républicaines » résonne hélas dans le vide, notamment dans les milieux populaires issus de l’immigration. On dit à ces élèves : « si vous travaillez bien, au collège puis au lycée, vous aurez une bonne situation ». Mais pour beaucoup, ils voient leurs grands frères ou grandes sœurs qui ont bien travaillé, ont fait des études et obtenu un diplôme, et galèrent à trouver un boulot.
Et que dire des « contrôles au faciès », interdits en droit depuis une décision de la Cour de cassation du 9 novembre 2016, mais qui restent largement documentés par les enquêtes et les juridictions, encore dénoncés par le Défenseur des droits en juin 2025 (ICI) ? En 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné pour la première fois la France pour un contrôle discriminatoire.
Ce ne sont là que quelques exemples d’un sentiment d’humiliation qui, joint à l’enfer sans issue d’une relégation sociale, fait chauffer la cocotte-minute, jusqu’au jour où elle explose.
Comment, enfin, les lycéens -dont tout le monde admet que leurs revendications sont « légitimes » - pourraient-ils se satisfaire d’une plateforme pour déposer leurs griefs et propositions, lorsqu’ils voient que la même ruse a été dégainée, en vain, pour calmer le mouvement des Gilets jaunes sans apporter aucune réponse concrète ?
Si la République ne respecte ni ses valeurs ni ses promesses, comment s’étonner que l’on cesse de croire ceux qui l’incarnent, notamment les policiers chargés de faire respecter son autorité, ou qu’une partie de la jeunesse se tourne vers d’autres appartenances, religieuses, communautaires ou délinquantes ?
Au fond, Emmanuel Macron est conscient de ce piège, auquel son double quinquennat a largement contribué. Dans son allocution du 18 octobre, il a fait mine de s’en étonner, avec une phrase que peu de médias ont relevé : « Qu'ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France ? » Donc, cela se passe bien dans la tête. Mais ensuite : « Comment des Français peuvent faire cela à la France ? » Sous-entendu : ceux qui ont commis cette « violence débridée » ne sont pas véritablement français. C’est mine de rien, comme les images subliminales dans les films et publicités. Le Rassemblement national n’en demandait pas tant.
Marine Le Pen, justement, boit du petit lait. Elle n’a de solution à rien, mais les images les plus diffusées du 17 octobre, lui permettent de brandir sans beaucoup d’effort musculaire, l’épouvantail du « chaos ». « Face au chaos, la France en ordre », proclame un pupitre derrière lequel Jordan Bardella n’a même plus besoin de se défendre de ses écris antisémites. Jean-Luc Mélenchon, possible challenger de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, condamne le pillage et le saccage, tout en les minimisant d’une certaine manière, puisque, dit-il, le Premier ministre est « le responsable du chaos qu’il a méthodiquement préparé par incompétence ou par stratégie du pire ». Sous couvert de « révolution citoyenne » ou encore de « populisme de gauche », le leader des Insoumis a toutefois invoqué à plusieurs reprises le droit à l’insurrection, inscrit dans l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793.
Mais après dix ans de macronisme finissant, dans le contexte présent déjà passablement fracturé, il est fort à craindre que l’insurrection n’appelle l’ordre en retour, et que et que “l’ordre”, tel que l’entend le Rassemblement national, ne suscite à son tour l’insurrection. C’est cette mécanique-là qu’il faudrait casser. Seul le désir d’avenir de la jeunesse peut peut-être y parvenir. Le mode d’emploi reste à inventer.
Jean-Marc Adolphe
(1). J’ai finalement publié ce texte dans Nuit debout et culture assoupie (éditions l’Entretemps, 2016), ouvrage lui aussi censuré par la totalité des médias.
(2). L’« ultragauche » désigne à l’origine des courants révolutionnaires antiautoritaires — conseillisme, luxemburgisme, situationnisme — hostiles au modèle léniniste du parti d’avant-garde. Aujourd’hui, le terme est souvent employé, parfois polémiquement, pour désigner une nébuleuse de militants radicaux : anarchistes, autonomes, antifascistes. Il ne correspond ni à un parti ni à une organisation unifiée.
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Les choses étant ce qu"elles sont : comment faire pour déconsidérer le mouvement lycéen et le mouvement syndical (gilets jaunes) du 17 octobre ?
La convergence des luttes a fait peur au pouvoir macronien.
Les RG et les forces de l'ordre ont laissé passer les Black Bloks venus de partout.
Ces derniers se sont infiltrés "à découvert" dans toutes les manifestations de toutes les villes possibles !!!
La comédie "démission-Nunez-refusuée-par Macron" plus "le pseudo mea culpa de Darmanin" plus "l’allocution vidée de sens de Macron" forment un ensemble ridicule et risible.
Le capitaine ACAB cherche encore sa baleine ....
Jimi Hendrix " Freedom " (album " The Cry Of Love ", 1970)
" https://www.youtube.com/watch?v=mjMqekL7ij8&list=RDmjMqekL7ij8&start_radio=1 "