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Pompiers en grève contre le « cancer » de l’inaction gouvernementale

Grève des pompiers, septembre 2026

Après un été de mégafeux, les sapeurs-pompiers professionnels ne disent pas seulement qu’ils manquent de bras : ils alertent sur un service public de secours qui, selon eux, assume toujours plus de missions avec des moyens structurellement insuffisants. De la réponse aux urgences médicales aux catastrophes climatiques, en passant par des équipements vieillissants et des casernes sous tension, leur grève nationale remet au premier plan une question politique : jusqu’à quand pourra-t-on demander aux secours de faire davantage avec moins ?

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Indispensables au quotidien mais insuffisamment considérés par l’État : ainsi vont les sapeurs-pompiers professionnels. Le malaise n’est pas nouveau. Peut-être se souvient-on qu’en janvier 2020, lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, l’une de leurs manifestations avait été durement réprimée à Paris. Ce n’était d’ailleurs pas une première : le 15 octobre 2019 déjà, une mobilisation avait été dispersée en fin de parcours à coups de gaz lacrymogène et de canon à eau. Le 28 janvier 2020, plusieurs milliers de pompiers descendus dans les rues de la capitale pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail, le gel de la prime de feu et l’incertitude sur les retraites, s’étaient heurtés aux forces de l’ordre ; des images de matraquages et de tirs de gaz avaient alors durablement marqué les esprits.


Répression policière contre des sapeurs-pompiers grévistes, en octobre 2019 à Paris. Photo Yann Levy/Studio Hans Lucas

Répression policière contre des sapeurs-pompiers grévistes, en octobre 2019 à Paris. Photo Yann Levy/Studio Hans Lucas


Il leur aura fallu huit mois de grève nationale pour obtenir finalement la revalorisation d’une prime de feu restée gelée depuis 1990. Ce précédent dit beaucoup du rapport entretenu par les pouvoirs publics avec un corps unanimement salué lors des catastrophes, mais régulièrement renvoyé à l’arrière-plan lorsqu’il réclame des moyens durables.


Ce 8 septembre 2026, les sapeurs-pompiers repartent en grève. Le préavis, déposé pour la période du 8 septembre au 20 octobre, ne se limite pas à des revendications salariales. Il vise aussi à peser sur la future réforme de la sécurité civile, sur le budget 2027 et sur les négociations relatives à la filière professionnelle. En clair, les syndicats veulent profiter de cette séquence politique pour remettre sur la table une crise qu’ils jugent désormais structurelle. Le système n’est pas atteint d’une simple « intoxication » mais d’un « cancer » qui impose un traitement lourd, résume Rémy Chabbouh, l’une des huit organisations de l’intersyndicale qui appelle à la grève afin d’obtenir « des actes à la hauteur des enjeux ».


Car le cœur du problème est là : les missions s’élargissent, mais les moyens ne suivent pas. Les soldats du feu ne sont plus seulement confrontés aux incendies urbains ou domestiques. Ils doivent répondre à l’intensification des feux de végétation, aux effets des dérèglements climatiques, aux inondations, aux accidents industriels, mais aussi, et de plus en plus, au secours à personne, devenu l’essentiel de leur activité. Les interventions de secours et de soins d’urgence aux personnes ont représenté 4,89 millions de sorties en 2025, soit 87% de l’activité. Les syndicats demandent donc un « recentrage » de ces missions et une clarification du partage des tâches avec l’hôpital, le Samu et les ambulanciers.


« Aujourd’hui, on parle du feu de forêt. Demain on va parler des inondations. Mais le reste de l’année, on parle des missions des secours pompiers » et « on est dans l’orange clignotant du 1er janvier au 31 décembre », souligne Alain Lattara, secrétaire général d’Avenir Secours. « Pourquoi ? Parce qu’on continue à être satellisés par des missions qui ne nous sont pas propres et que d’autres ne veulent plus faire ».


À cette surcharge s’ajoute un déficit chronique d’effectifs. L’intersyndicale réclame des recrutements statutaires massifs pour garantir la continuité du secours et la sécurité des équipes. Les organisations syndicales avancent un manque d’environ 20 000 sapeurs-pompiers professionnels, alors que 44 300 seraient aujourd’hui en service. Dans de nombreux départements, les syndicats dénoncent également le vieillissement des véhicules, le report du renouvellement des équipements et l’insuffisance des investissements dans les casernes, autant de signes, selon eux, d’un sous-financement devenu dangereux sur le plan opérationnel.


Le conflit touche aussi à la santé au travail et à la reconnaissance de la pénibilité. Les pompiers mettent en avant l’exposition répétée aux fumées, aux particules et à des substances cancérogènes, ainsi que l’usure physique et psychique provoquée par la répétition des interventions lourdes. Ils réclament une meilleure prévention, une prise en compte accrue des maladies professionnelles et une refonte des carrières, des primes, des fins de parcours et des retraites.

Gouvernance et financement de la sécurité civile

Au fond, cette grève peut se lire comme le symptôme d’un écart croissant entre l’extension réelle des missions confiées aux services d’incendie et de secours et un financement jugé incapable de suivre. Les pompiers ne demandent pas seulement davantage d’effectifs ou quelques arbitrages budgétaires favorables : ils posent la question plus large de la gouvernance et du financement de la sécurité civile. C’est pourquoi le mouvement engagé aujourd’hui dépasse le seul cadre social. Il met en cause un modèle que les professionnels estiment à bout de souffle.


Cette mobilisation intervient au terme du « Beauvau de la sécurité civile », vaste concertation lancée le 23 avril 2024 par le ministère de l’Intérieur. L’ambition affichée était de repenser en profondeur le modèle français de sécurité civile, trente ans après la départementalisation des services d’incendie et de secours et vingt ans après la loi de modernisation de 2004. Le constat de départ était difficilement contestable : multiplication des crises, aggravation des risques climatiques, extension des missions des pompiers, essoufflement du volontariat et tensions croissantes sur les finances des SDIS.


Pendant plus d’un an, le ministère dit avoir consulté pompiers professionnels, volontaires et militaires, associations agréées de sécurité civile, pilotes, démineurs, élus locaux, administrations et citoyens. Les travaux ont porté sur les missions, la gouvernance, le financement et les moyens, mais aussi sur l’attractivité, la fidélisation et la protection des personnels, la résilience des populations et la gestion de crise.


L’un des nœuds du débat concerne le secours et les soins d’urgence aux personnes. À mesure que les carences du système de santé — médecine de ville, urgences hospitalières, transports sanitaires — sollicitent davantage les secours, les sapeurs-pompiers sont appelés à intervenir hors de leur cœur historique de métier. Le « Beauvau de la sécurité civile » devait donc clarifier la répartition des responsabilités entre SDIS, Samu, hôpitaux et ambulanciers.


La concertation s’est conclue par un rapport de synthèse, présenté en septembre 2025, destiné à servir de base à un futur projet de loi. Il aura donc fallu dix mois au gouvernement pour élaborer, à partir de ce « rapport de synthèse », un projet législatif. Le temps de passer par McKinsey ou autre agence de « consulting » ?  Le texte du projet de loi n’est pas encore connu, mais selon des indiscrétions obtenues par les humanités, la « modernisation » macronienne devrait surtout se traduire par un nouvel élargissement des missions, sans remise à niveau des effectifs, des équipements ni du financement des services départementaux d’incendie et de secours. Faire toujours plus… avec toujours moins.

 

Pendant ce temps, certains parlementaires travaillent. Plusieurs député.e.s du Groupe Ecologiste et social ont co-signé un projet de loi déposé par Sandra Régol, députée écologiste du Bas-Rhin :

 

 « Le Beauvau de la Sécurité civile lancé le 23 avril 2024 était censé déboucher sur une réforme de notre modèle de sécurité civile, le projet de loi qui devait tirer les conséquences des travaux menés n’a toujours pas été présenté par le Gouvernement, plus de deux ans après et alors que la France connaît une saison des feux d’une intensité sans précédent.

Pourtant, les besoins sont urgents et cette inaction plonge tous les acteurs de la sécurité dans la difficulté, et en premier lieu nos sapeurs‑pompiers, qui ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. Cette inaction est également dangereuse pour la sécurité de nos concitoyens. Le risque de rupture capacitaire de notre sécurité civile face aux grands défis auxquels elle fait face - qu’il s’agisse du réchauffement climatique qui entraîne une multiplication des feux de forêts sur tout le territoire et des inondations plus fréquentes et plus violentes ou encore du vieillissement de la population - est réel faute de moyens financiers, matériels et humains suffisants.

Cette proposition de loi entend donc prendre les devants et compenser l’inaction du Gouvernement en posant les premières pierres de la modernisation de notre système de sécurité civile. »

 

Le gouvernement n’a pas daigné inscrire à l’ordre du jour cette proposition de loi, qui ne se limite pas à constater l’inaction, mais envisage des pistes de financement précises. Seul, peut-être, un accident d’Emmanuel Macron cet été en jet-ski, qui aurait n nécessité l’intervention des pompiers, aurait éventuellement pu sortir le gouvernement de sa torpeur lecornesque.  

Le RN, fort en gueule, nul en actes

Pour être complet, il faut quand même ajouter qu’une autre proposition de loi sur les Services d’incendie et de secours (SDIS) a été déposé au bureau de l’Assemblée nationale le 13 février 2025 par Jocelyn Dessigny, député RN de l’Aisne – particulièrement remonté contre l’énergie éolienne. Cette proposition visait à réattribuer aux départements l’intégralité d’une fraction de taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA) aujourd’hui affectée à la Caisse nationale des allocations familiales, évaluée dans l’exposé des motifs à 1,134 milliard d’euros pour 2022, et à autoriser les départements à instituer, pour les SDIS, une surtaxe de 20%, sur la taxe de séjour ou la taxe de séjour forfaitaire. En résumé : réaffecter des recettes fiscales déjà existantes et instaurer une « contribution touristique » payée par les contribuables, sans aucun engagement de crédits nouveaux de l’État.

 

Les pompiers, forcément, personne n’est contre. Des responsables RN, dont Matthieu Valet et Edwige Diaz, parlent aujourd’hui d’un « grand plan Marshall » pour les sapeurs-pompiers : davantage d’investissements, un renforcement des effectifs, le renouvellement des équipements et une campagne de recrutement de sapeurs-pompiers volontaires. Des formulations qui ne mangent pas de pain, dans la mesure où elles restent générales, sans enveloppe consolidée ni calendrier législatif détaillé identifié. Au Parlement, le RN a en outre voté pour la création d’une « croix de la valeur des sapeurs-pompiers ». Ça non plus, ça ne mange pas de pain.

 

En revanche, en novembre 2025, le RN a voté contre un amendement visant à accroître – modestement-- la part de TSCA (taxe sur les assurances) destinée aux SDIS — de 6,45% à 10,45% : l’amendement a été rejeté par 125 voix contre 60 (la majorité présentielle et Les Républicains ont joint leurs voix à celles du RN). Faire payer les compagnies d’assurances, non mais ça va pas la tête ? Bref, du RN pur jus : fort en gueule, mais quand il s’agit de passer aux actes… Pour le dire autrement : le Rassemblement national, c’est à peu près comme Macron, mais en pire.

 

Jean-Marc Adolphe

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1 commentaire


yanitz2018
yanitz2018
il y a une heure

Le RHaine et l'hypocrisie : ils aboient fort mais l'amendement ... ne passe pas ...

Les pompiers sont soumis à l’exposition répétée aux fumées, aux particules et à des substances cancérogènes. Ils ne sont les seuls nous sommes concernés aussi !!!

Le professeur Bucella de l'ULB (Université Libre de Bruxelles) attirait notre attention lors des incendies. Tous les Belges y compris les Français ont respiré les fumées toxiques : " ...  D’un côté les particules, ces morceaux de matière en suspension que le carbone brun colore si bien sur les cartes de la NASA. De l’autre les gaz. Le monoxyde de carbone, les oxydes d’azote, les composés organiques volatils ... "

Si je danse c'est avec Thelonious Monk "Well You…



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