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Juifs en soi, juifs pour soi. Michel Strulovici, Droits de suite / 03


Communisme et judéité. Au plus intime d'une histoire familiale et d'engagements politiques, une alliance que les remous de l'Histoire se sont ingéniés à ballotter : la Shoah, bien sûr, mais aussi l'antisémitisme soviétique sous Staline. Et aujourd'hui, où la question palestinienne demeure toujours aussi vive et où l'extrême-droite religieuse menace certains fondements démocratiques de l’État d'Israël, que reste-t-il de l'utopie des kibboutzim ?


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«Face à la montée de la barbarie, j’ai voulu, modestement, devenir un colporteur de l’humain», écrivait Michel Strulovici dans Évanouissements, paru l’an passé aux éditions du Croquant, autobiographie où il raconte en 630 pages particulièrement denses sa jeunesse, dans une famille de juifs résistants communistes, son activisme contre la guerre d’Algérie, son adhésion au Parti communiste, puis ses années de journalisme, à L’Humanité et enfin à la télévision publique, où il a été un ardent défenseur de la place de la culture (chronique parue sur les humanités, le 23 octobre 2021 (ICI).

Même une fois achevé le livre, il y en avait encore sous le capot, comme on dit. Plutôt que de chercher à nouveau un éditeur, Michel Strulovici a souhaité confier aux humanités ces "Droits de suite". Mais publier, même sur un média en ligne, c’est encore et toujours éditer. Cette chronique prend ici la forme d’un feuilleton hebdomadaire, chaque jeudi (premières séquences, "Les cavaliers de l’Apocalypse", ICI, et "Embrassons-nous Folleville", ICI) / Jean-Marc Adolphe


« Les juifs se sont toujours débrouillés pour que la définition de leur judaïsme -ce à quoi «ça» tient- reste un indéfinissable,

un au-delà de la naissance, de la croyance ou d'une quelconque pratique.

Un presque rien qui n'a, au bout du compte, pas grand chose à voir avec la religion de votre mère,

la recette du foie haché, la stricte observance ou l'art de raconter des blagues.

Le judaïsme s'assure en toute circonstance que la question de l'identité échappe à toute résolution, et ne tolère aucune définition définitive.»

(Delphine Horvilleur, Il n'y a pas de Ajar, éditions Grasset, 2022)


Nos tourments, dans la durée, deviennent des crève-cœur. L'une de ces blessures, pour moi, s'appelle Israël. A l'égard de ce petit État et de ses colonies mes sentiments roulent, et parfois déraillent, comme un wagon sur des montagnes russes. Avec quelques montées et beaucoup de dégringolades.


Étriqués, Israël et les territoires palestiniens occupés le sont géographiquement. Je me souviens l'avoir constaté lors de mon premier voyage dans ce pays en 1994. Nous étions partis à quelques uns, avec le directeur de l'Information de France 2, Jean Luc Mano, organiser des directs et des reportages pour rendre compte du retour de Yasser Arafat. Nous petit-déjeunions à Jéricho, nous déjeunions à Jérusalem et nous prenions le thé, five o'clock, à Gaza. En une demi-journée vous pouviez tracer la route des deux extrémités du pays et de ses colonies.


Mais leur importance, à mes yeux, comme à ceux de centaines de millions de personnes, dépasse de loin la taille réelle de cet État et des territoires occupés. Car une guerre de cent ans brûle le Proche-Orient, confronte deux tragédies, deux légitimités, deux histoires et deux imaginaires.


A l'égard d’Israël, comme j'aimerais, moi aussi, pouvoir faire simple, définir le Bien et en affirmer l'absolue certitude comme je le faisais dans ma jeunesse. Comme j'aimerais que le juste soit d'un coté et, de l'autre, son exact opposé. Et que la frontière soit claire, nette, comme incisée au scalpel.


Jeunes membres de l'Aliya d'Allemagne dansant la hora au kibboutz Ein Harod, en 1936. Photo Kluger Zoltan


La pensée magique


Depuis que je m’intéresse à la politique, depuis près de 70 ans, Israël est un souci récurent, un crève-cœur souvent, un centre d'intérêt, toujours. Une partie de ma famille (des neveux de mes grands parents paternels) y vit depuis le début des années cinquante. Mais, ni mes parents, ni moi, n'avons jamais été leur rendre visite.

Pour comprendre cette mise à distance, il faut savoir que l'existence de l’État sioniste d’Israël était considérée par mon père et la plupart des communistes de sa génération, comme une création qui n'avait pas lieu d'être. Il était vu comme un État colonialiste à l'égard des populations arabes. Cette entité juive freinait, pour eux, le mouvement d'émancipation car elle s'enracinait communautairement.


Ce débat qui agitait la population juive ashkénaze avant la guerre, était définitivement tranché par mon père et ses frères. La fin de l'antisémitisme et la libération universelle ne pouvaient venir que d'un combat de classe. La présence juive millénaire à Jérusalem, les kibboutzim, pesaient si peu pour lui. Il ne faisait aucun cas de ce "parfum" original des implantations juives en Palestine qui exhalait une nouvelle manière de construire le socialisme. Il souhaitait ignorer la présence active parmi ces migrants, d'un parti ouvert aux deux communautés, sur des bases de classe. Ce fut dans les années 1920, 30 et 40, le défunt Parti communiste palestinien.


Puis tout, absolument tout, muta. Car, s'abattit sur les populations juives la violence inouïe de l'hitlérisme. Et, pour beaucoup de rescapés, ce qui pouvait être un choix devint une nécessité : l'espoir vital de se donner la main pour pouvoir tout simplement vivre, assumer et surmonter les cauchemars, pour penser et chanter un avenir et se dire « plus jamais ça » (1).


Après la création de l’État d’Israël (le 14 mai 1948, après le vote du plan de partage de la Palestine le 29 novembre 1947 par l'Organisation des Nations unies), pour les communistes, même la Shoah ne put justifier que des survivants, traumatisés à vie, fuient l'Europe pour se reconstruire.


Pour mon père, pour moi, comme pour tous les communistes, la résolution des ces tares que sont le racisme et l'antisémitisme était simple : supprimez ce système, instaurez le socialisme et tous les problèmes, miraculeusement, disparaîtront. La réalité mit à mal ce raisonnement simpliste. Celui-ci flirtait plus avec la pensée magique qu'avec la recherche sociologique et historique. Tournant le dos à l'analyse de la réalité, il était, tout bonnement, à l'opposé du marxisme.


Mon père et l'ensemble du PCF n'étaient pas naïfs mais aveugles. Ils croyaient, dur comme fer, à la mécanique implacable de cette théorie affirmant que la cause de TOUS nos malheurs était née du capitalisme.


L'URSS ne pouvait être antisémite...


Cette logique (non dialectique) n'était pas infondée. Il est vrai qu'un temps, au début de la révolution bolchevique, le pouvoir soviétique rompit avec la violence antisémite tsariste et populaire. Les « Blancs » menaient la lutte contre les « Rouges » en les assimilant aux Juifs. Tous les débris des armées tsaristes bénis par le Clergé orthodoxe, toutes les milices, cosaques et autres, tuèrent des dizaines de milliers de Juifs. Pour les

assassins et la populace, Juifs et Bolcheviks, c'étaient du pareil au même. Rappelons-nous Lénine, qui signa un décret, le 28 juillet 1918 « mettant hors la loi les pogromistes et tous ceux qui fomentent des pogroms » et « ordonnant à tous les soviets provinciaux de prendre les mesures les plus rigoureuses pour déraciner le mouvement antisémite et pogromiste. » Il connaissait la longue chasse aux Juifs qui avait marqué l'histoire du tsarisme et la culture russe. Il avait été informé de la participation de membres de l'Armée rouge à ces crimes (2).


Pour mon père et ses amis, l'URSS ne pouvait donc pas être antisémite et raciste. N'était-ce pas en URSS qu'un État juif, le Birobidjan, avait été crée en 1934 ? (voir documentaire ARTE, "Birobidjan, rêve éphémère d’une patrie juive soviétique", ICI). Pourquoi donc en inventer un deuxième ? Et puis n'était-ce pas l'armée soviétique qui avait sauvé les survivants des camps d'extermination et vaincu le nazisme?


Mais tous les staliniens, dont mon père, furent pris à contre-pied par la reconnaissance immédiate, par le généralissime, du jeune État sioniste. Il ne fallut certes pas attendre très longtemps pour voir le même Staline revenir rapidement sur cette décision comme on s'excuse d'un lapsus en insistant sur son aspect non signifiant. Un faux (faut) pas, aurait pu écrire Lacan.


Dans la foulée, tous les partis communistes, suivant le va-et-vient moscovite, approuvèrent puis dénoncèrent l'existence de l’état sioniste. Enfin, en accord avec Moscou, ils soutinrent la première guerre menée par les États arabes contre l'irruption d’Israël en Palestine.


Autant dire qu'avec une telle vision, mes parents jamais ne caressèrent les pierres millénaires du Mur des Lamentations. Jamais ils ne se perdirent dans les ruelles, aux pavés lustrés par les pas des visiteurs, émus de renouer avec le mythe d'origine. Jamais ils ne contemplèrent les déserts stupéfiants des Prophètes. Jamais ils n'honorèrent, sur la colline de Massada, leurs ancêtres résistant aux occupants romains. Jamais ils n'accompagnèrent mes grands parents dans ce retour au pays d'origine. Ma mère, à la fin de sa vie, se le reprocha et accusa mon père de ce refus d'héritage.


Le PCF entraîna donc mon père dans une prise de distance qui le porta loin des rivages d’Israël.


Le 13 janvier 1953 dans La Pravda, un article fait sensation : 9 médecins de la clinique du Kremlin auraient assassiné Andreï Jdanov,

bras droit de Staline et membre du Bureau politique chargé de l'idéologie et de la culture. L'affaire du "complot des blouses blanches" commence. "Sous le masque des médecins universitaires", se cacheraient "des espions tueurs et vicieux"... dont le médecin personnel de Staline et le médecin-chef de l'Armée rouge ! Presque tous les accusés sont juifs, et seraient les agents d'un complot sioniste mondial... financé par la CIA, les services secrets américains. Le 5 mars, Staline meurt. Et dès le 4 avril, La Pravda

avoue que les accusations étaient mensongères. 7 des médecins sont libérés ; les 2 autres sont morts en détention...


Le complot des blouses blanches


Les délires antisémites de Staline et de l'appareil à son service minaient depuis longtemps la politique de tous les partis communistes. D'une manière évidente, pour ceux qui avaient les yeux ouverts, Staline et ses amis avaient bien trahi, sur cette question (entre autres) Lénine, le Père fondateur. Comment purent-ils oublier que de très nombreux Juifs russes, lituaniens, ukrainiens... (à l'exemple de Trotsky-Bronstein, Karl Radek, Zinoviev, Kamenev) participèrent à la révolution ? Comment purent-ils nier qu'ils occupèrent, aux cotés de Lénine, des postes-clés dans le nouveau pouvoir ? Mystère de l'esprit de secte. (3)


En France le point d'orgue du délire fut atteint au moment de l'affaire dite du "complot des blouses blanches". Quelques mois avant que le dictateur russe ne décède, fut dénoncé une conspiration, une de plus, organisée par des médecins juifs russes pour l'assassiner.

Le 1er décembre 1952, Staline déclarait au Politburo : « Tout sioniste est agent du service de renseignement américain. Les nationalistes juifs pensent que leur nation a été sauvée par les États-Unis, là où ils peuvent devenir riches, bourgeois. Ils pensent qu’ils ont une dette envers les Américains. Or parmi mes médecins, il y a beaucoup de sionistes. » Puis la chasse commença.


La direction du PCF, dans la foulée, lança une pétition de dénonciation du supposé complot, au sous-texte antisémite, pour entonner, d'une même voix, l'air des conneries russes. De nombreux communistes d'origine juive refusèrent de signer ce texte et quittèrent le Parti, ravagés. Victor, notre médecin de famille, un « pays » et ami cher de mes grands parents, natif comme eux de Iasi en Roumanie, proche des communistes depuis sa Résistance avec les FFL, prit définitivement ses distances politiques. Des amis de mes parents, du même groupe de résistance de l'UJRE ( L'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide) de Lyon, quittèrent le PCF. D'autres signèrent la pétition de dénonciation du crime inventé et, jamais, ne s'en remirent. Malgré mon jeune âge, je fus bouleversé par ces événements qui agitaient ma famille et mon entourage.


J'avais, nous avions, inventé une manière de résoudre ces problèmes. Nous détournions le regard. La guerre d'Indochine, la guerre de Corée, nous le permettaient, elles nous offraient un échappatoire... en toute bonne conscience.


Penser "droit"

Cette manière de penser, je l'ai, nous l'avons, beaucoup pratiquée. Ainsi nous ne nous affrontions pas à de réels problèmes gênants, dont ceux, fondamentaux, de la société et de la politique soviétiques.

De la même façon, nous nous imposions de penser « droit », en suivant, au plus « juste », les effets de la realpolitik soviétique.


Par exemple, nous avons accepté sans broncher la politique du PCUS sur le Proche Orient et l'avons suivi, à la virgule près, y compris dans ses retournements.

Nous avons même entériné la persécution des PC des pays arabes alliés à l'URSS. A notre manière, nous avons participé à la quasi-disparition des partis communistes irakien, syrano-libanais, tunisien, égyptien, libyen, somalien. Cet anéantissement s'organisa avec le feu vert de Moscou donné aux dictateurs nationalistes ou grâce à son silence complice.


Je n'en donnerai que deux exemples :

La fusion entre la Syrie et l’Égypte étant en voie d'accomplissement , le secrétaire général des partis communistes libanais et syrien, Farjallah Hélou, venu clandestinement à Damas, est alors capturé par les services secrets syriens. Il périt sous la torture le 25 juin 1959, son cadavre dilué dans l’acide, afin d’éliminer toute trace de son existence. Que croyez-vous que fit Moscou ? Rien. Leur camarade passa au compte des profits et pertes. Et Khrouchtchev continua d'entretenir les meilleures relations du monde avec les assassins.


Autre exemple, le colonel Kadhafi, soutenu par l'Union soviétique, menait une chasse aux communistes en toute quiétude. En juillet 1971, le colonel organisa le détournement d'un avion de ligne, avec l'appui de ses "ennemis" britanniques, pour livrer à son ami et voisin soudanais, le général Gaafar Al-Nimeiry, les auteurs communistes d’une tentative de coup d’État et notamment le colonel Hachem Al Attah, un jeune officier communiste. Moscou, une fois de plus, ferma les yeux.


Nous suivions donc les contorsions de la politique de l'URSS pour la justifier. Au nom de son rôle, estimé central dans la révolution mondiale. Sa realpolitik devenait parole d’Évangile et Moscou la nouvelle Jérusalem.


Abjection stalinienne


Le sacrifice des communistes étrangers par le Kremlin remonte à loin. Elle ne fait que poursuivre l'assassinat de dizaines de milliers de communistes soviétiques par le Moloch de Moscou.

Margarete Buber-Neumann, communiste allemande réfugiée à Moscou en 1938, condamnée au Goulag

puis livrée par Staline à la Gestapo en 1940.


Cette mise à mort atteignit un sommet d'abjection en 1938, quand Staline accepta de remettre des listes de communistes allemands aux services de Hitler. Les documents retrouvés dans les archives des Affaires étrangères soviétiques après la chute de l'URSS corroborent le témoignage en 1947 de Margarete Buber-Neumann, la veuve du numéro deux du PC allemand, Heinz Neumann. Ce couple se réfugia à Moscou à l'arrivée au pouvoir d'Hitler. Lui fut rapidement exécuté par le NKVD. Elle, Staline la fit emprisonner dans un camp à Karaganda au Kazakhstan. Puis, appliquant les clauses secrètes du Pacte de non agression germano-soviétique, il la fit expulser vers l'Allemagne nazie. La camarade Buber-Neumann fut immédiatement déportée à Ravensbrück.


Notre déni communiste de réalité s'exerça à plein au cours du fameux procès Kravchenko, en 1947. Le PCF eut la bonne idée d'intenter un procès contre ce dissident soviétique, le premier d'une longue suite, qui dénonçait les crimes de Staline. Madame Buber témoigna de cette tragédie communiste qu'elle vécut en première ligne. Et le PCF rejeta la réalité des faits exposés.


Pourtant, loin d'être un cas isolé, ce sont un millier de communistes allemands qui furent envoyés à la mort par Staline, les jetant dans les griffes de Hitler. (4)


Mais ce que nous dévoilent ces archives dépassent l'entendement. Staline livrera également à Hitler des milliers de juifs qui avaient trouvé refuge en URSS. Autant dire que l'antisémitisme russe tsariste continuait de courir dans les veines des dirigeants soviétiques.


On anticipe mieux la persécution qui s'annonce avec ce « Nous sommes ici pour disperser la synagogue » lancé par Molotov, an 1939 quand il remplace Maxime Litinov, d'origine juive, comme ministre soviétique des Affaires étrangères. On sait que ce brillant diplomate s'était opposé au Pacte de non-agression. Même intonation de Khrouchtchev, pourtant libérateur (momentané) des esprits, quand il déclare à Varsovie : « Il y a trop d'Abramovitch à la direction du Parti ! »


C'est dans cette ambiance chargée, dans ces informations tues, dans ces dénis de réalité, que je fis mes premiers pas en politique avec comme souci cet impératif catégorique : L'URSS a toujours raison.


Autant dire que ma famille campait hors les murs de la tradition. Et que ceci entraînait, à l'évidence, un regard négatif sur le pays d'un certain judaïsme, Israël. D'autant que ses gouvernements de droite et, parfois, de gauche, menaient une politique détestable à l'égard des Palestiniens.


Quand ma cousine Françoise, dans les années soixante, décida, avec l'accord de ses parents ( elle était mineure) de partir tenter l'aventure kibboutzim, mes parents trouvèrent invraisemblable cet exil temporaire. Ma mère tut, auprès de son frère, son profond désaccord, mais dans le petit cercle familial, l’incompréhension se conjuguait à la condamnation. Mon père, j'en suis certain, considérait l'aventure comme un ralliement à l'ennemi. Moi, je me disais, "elle est gonflée la cousine" avec une pointe d'envie pour celle qui avait échappé au poids de la famille et s'était émancipée de ses règles. Partir en kibboutz représentait un voyage vers une société proche de notre utopie d'égalité et de justice sociale. Et puis, c'était ma cousine ! Mais en même temps c'était soutenir un gouvernement qui s'opposait aux revendications palestiniennes. Inextricable...


Je me souviens d'un déjeuner rue Racine, lors d'un de ses retours à Paris. Je lui affirmai qu'un jour ou l'autre, les Israéliens seraient obligés de négocier avec Arafat. L'avenir me donna raison et tort. Raison car ce que j'avais anticipé advint. Tort car l'assassinat commis par un fanatique religieux, bras armé d'une conspiration juive d'extrême droite, mit fin à toute évolution positive du conflit. Pour toujours ?


Quelques années auparavant, en 1956, une agitation antisémite commença à courir la France, organisée par les anciens de la collaboration et leurs enfants, associés aux poujadistes, ce parti populiste au remugle fascisant. Pierre Mendès-France avait été ministre d’État puis Premier ministre peu auparavant. Les anciens collabos, dont une partie avait été amnistiée par son gouvernement, s'en donnaient à cœur joie. Pour la première fois, je décidai de porter ostensiblement un pendentif en forme de mézouzah que ma grand-mère m'avait rapporté d’Israël. Ce petit bijou contient des parchemins comportant deux passages bibliques, à l'image de ceux installées à l'entrée des habitations juives. Je l'exhibais comme un signe d'appartenance à une communauté meurtrie, martyrisée. J'étais prêt à en découdre à la moindre réflexion désobligeante. Malgré les distances prises avec cette origine culturelle si prégnante, j'étais rattrapé par l'histoire.


Cimetière juif de Cracovie. Photo Norbert Leroy


C'est à ce moment là que mon regard sur les sionistes de gauche, sur le sionisme, commença à changer. Je vivais ce que Sartre avait théorisé dans ses Réflexions sur la question juive : on devient Juif par le regard de l'autre. Texte intéressant mais Sartre, à mon sens, est incomplet. Le philosophe oublie dans son raisonnement la force de la transmission du capital culturel. Il existerait, en quelque sorte, un Juif en soi et un Juif pour soi (5).


Cette dimension, qui m'échappait totalement, intervint alors, d'une manière ou d'une autre, dans mes analyses à l'emporte-pièce. Non pas que je devins croyant, religieux, partisan du retour et sioniste accompli, adepte de la Judée -Samarie réunifiée. J'ai été et je suis toujours pour l'existence de deux États, côte à côte, viables. Mais je me mis à comprendre ceux qui choisissaient de partir bâtir une société nouvelle là bas.


Mon refus du communautarisme ne me faisait pas pour autant adopter les positions des extrémistes pro-palestiniens qui ne juraient que par le rejet vers la mer des Israéliens, la disparition de l’État et qui applaudissaient à la naissante vague d' attentats terroristes.


Je n'entonnai donc pas Alléluia quand les émeutiers arabes tunisiens brûlèrent la grande synagogue de la capitale le 5 juin 1967 et lancèrent des pogroms contre les dizaines de milliers de tunisiens juifs dans tous le pays, appliquant le terrifiant slogan de « la valise ou le cercueil ». C'était là leur réponse à l'attaque israélienne de ses voisins arabes, dite « guerre des six jours ».


La réponse du peuple de Tunis se traduisit par des violences antisémites tant elles sont une réaction, enfouie dans l'imaginaire musulman depuis fort longtemps. Malgré la tentative désespérée des militants communistes de Tunis qui tentèrent de faire barrage à la foule pour protéger les magasins dont les propriétaires étaient juifs, les émeutiers les débordèrent, pillèrent et brûlèrent tout.


Personne dans la famille ne soutint l'agression israélienne "préventive" de 1967. Et le désert se fit alors autour de mes grands-parents. Leurs amis juifs, ceux là mêmes qu'ils avaient accueillis à Lyon, à leurs risques et périls, pendant l'Occupation, leur tournèrent le dos. Il n'y eut plus de parties de belote pour ma grand-mère au café Lemaire du bas du Boulevard Barbès où, l'après midi, elle retrouvait ses amies. A la synagogue de la rue Doudeauville, aux jours du Grand Pardon, ses amies de toujours lui battaient froid. Mes grands parents payèrent ainsi, au prix fort, leur refus de soutenir cette offensive menée par Yitzhak Rabin et Moshe Dayan.


Ces événements me mettaient en totale contradiction avec moi-même. D'un coté, je considérais la guerre menée par Israël comme inopportune et agressive, d'autre part la violente montée de l'antisémitisme des populations arabes me révulsait. J'étais pris à contre-pied, je ne savais plus quelle maison idéologique j'habitais.


Cette situation dura longtemps. Avec mes amis sionistes, je défendais la position de l'OLP et avec mes amis pro-palestiniens je défendais Israël. Du moins son existence et, parfois, sa politique quand les travaillistes étaient au pouvoir. J'espérais la paix. Je pensais souvent aux communistes israéliens dont la vie devait être un enfer. Elle était bien plus compliquée que la nôtre, militants communistes, à l'époque de la guerre d'Algérie dont nous souhaitions l'indépendance contre l'avis quasi général de nos concitoyens.


Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin, lorsd e la remise du Prix Nobel de la Paix 1994, à Oslo


Ce drame en continu s'insinua comme un poison tout au long de ma vie. Aussi, quand Rabin, Peres et Arafat se serrèrent la main à Washington sous le regard de Zeus-Clinton, cet événement me réconciliait avec moi-même. L'espoir ainsi suscité allait hélas s'évanouir quelques mois plus tard, avec l'assassinat, au soir du 4 novembre 1995, d'Yitzhak Rabin par Ygal Amir, un terroriste juif d'extrême-droite. Je me revois abasourdi, l'apprenant, quasi en direct, de Charles Enderlin, notre courageux et affûté correspondant, téléphonant de la place des Rois d’Israël à Tel Aviv où venait de se produire le crime. Il était 21h40 et je partais de France 2 après la conférence critique du JT de 20 heures.

Ainsi, un seul acte, commis dans des circonstances particulières, peut changer le cours de l'Histoire et, annihiler, d'un geste meurtrier, des dizaines d'années d'effort et d'espoir.


Étrange pays


J'ai visité Israël trois jours et trois nuits, en juin 1994, pour préparer les directs de l'arrivée de Yasser Arafat à la suite des accords de Washington. Mon refus d'y voyager jusqu'alors était, à la réflexion, une solution de facilité, une sorte d'abstention afin de ne pas avoir à affronter la réalité de ce monde complexe. Au contact de ses populations, ma prudence me parut désuète.


Quelle étrange pays ! Que de mythes, de légendes et d’événements historiques, fondateurs de notre univers culturel et idéologique, vous croisez en cheminant au long des ruelles juives, chrétiennes et arabes de Jérusalem, en insérant un petit papier de prière destiné à Dieu dans les interstices des blocs de pierre du Mur des Lamentations, en déambulant devant l'enceinte anéantie de Jéricho, dans les sables du Néguev, au Golgotha dans l’Église du Saint Sépulcre. Et surtout, surtout en ressentant une émotion comme une submersion au Mémorial de la Shoah, à Yad Vashem. Parcourir ces lieux représente un voyage comme nulle part au monde car à chaque coin de rue, vous vous cognez à vos mythes d'origine.


Aujourd'hui aucun des problèmes en suspens n'est résolu et la situation empire.

D'un coté l'antisémitisme, souvent recouvert d'un voile antisioniste, se muscle (6). De l'autre les juifs d'extrême droite, les colons, les Fous de Dieu, les adeptes racistes du suprématisme, sortent considérablement renforcés d'élection en élection en Israël. Leur implantation hystérique au cœur de la société israélienne modifie le message des Pères fondateurs.


Vue aérienne de la manifestation du 11 mars 2023, à Tel Aviv, en Israël. Photo Ilan Rosenberg / Reuters


Aujourd'hui, le réveil de la gauche et des démocrates réussira-t-il à empêcher le coup d’État institutionnel de Nétanyaouh et de ses alliés fascistes juifs? Rien n'est moins sûr. Israël deviendra-t-il un cauchemar ? Les valeurs humanistes pour lesquelles nombre de Juifs européens combattirent et moururent sont liquidées et l'idéologie de nos ennemis les plus violents se retrouvent au pouvoir à Jérusalem !


Ce cheminement vers l'Enfer est engagé depuis longtemps. On raconte que Golda Meir, alors secrétaire général du Parti Travailliste, à l'annonce de l'arrivée du général Moshe Dayan au Mur des Lamentations déclara : « Catastrophe. C'est foutu ! Israël va passer aux mains des religieux ». Si l'apostrophe est vraie, cette femme, mère fondatrice de l’État, ne manquait pas de vista.


Désormais Israël est fracturé comme jamais. D'une part, communautairement entre juifs et arabes, musulmans et chrétiens. Fracturé culturellement entre laïcs et religieux, politiquement entre gauche, toujours présente mais affaiblie, et droite de plus en plus extrême et, pour l'heure, victorieuse. Fracturée, Israël l'est sur l'avenir à définir pour sa population arabe (apartheid ou pas ?), sur l'avenir de l'extension vorace des colonies au détriment des territoires palestiniens de Cisjordanie, investis par des groupes de fascistes juifs.


Israël est fracturé géographiquement entre une Jérusalem aux mains des hommes en noir des sectes religieuses juives (jusque et y compris dans l'ancienne partie, morcelée désormais, de la ville arabe) et les villes les plus "libérées" au monde que sont Tel-Aviv la festive et Haïfa la scientifique. Fracturé entre un monde dont les regards sont tournés vers les royaumes mythifiés du passé et un monde de technologie dont les labos sont les plus performants de la planète. Et nombre d’Israéliens se sentent fracturés en eux mêmes, tiraillés entre un sionisme au message humaniste, qui se voulait créateur d'un « Juif nouveau », héritier des survivants de la persécution antisémite, de la Shoah et la fuite en avant vers le pire où la domination et la persécution des Palestiniens s'imposent comme la règle.


Sculpture "Pour l'enfant", Gare de l'Ouest à Vienne Elle rappelle les transports d'enfants juifs vers la Grande-Bretagne en 1938 1939

Le contenu des valises était la seule chose qui leur rappelait leur famille...

Le génocide et ma mémoire


En France, il existe différentes manières de se souvenir de la Shoah et du rôle des uns et des autres dans l'extermination organisée, programmée des Juifs d'Europe. L' hommage aux millions d' assassinés se vit, bien sur, pour beaucoup comme une nécessité morale. Et, vu mon âge, je peux mesurer combien la prise en compte de cette réalité et la dénonciation du crime sont aujourd'hui installées dans nombre de consciences. A cet égard, la déclaration chiraquienne sur le rôle de l’État français dans le génocide représente un grand pas en avant. Merci aux époux Klarsfeld pour leur incessant combat afin de faire reconnaître cette responsabilité.


Mais, nous assistons aujourd'hui à une alliance négationniste qui mêle d'une même voix les néo-nazis comme Soral, les salafistes et autres hystériques d'un Islam des ténèbres. Aussi, ceux qui, comme moi, ont senti le boulet de l'extermination passer si près et l'ont vu frappant leur entourage, ressentent d'une manière particulière ce retour de l'antisémitisme après la Shoah. Car il existe deux haines des Juifs. La "traditionnelle", issue du catholicisme (qui réussit l'exploit d'oublier le judaïsme de Jésus), et celle d'aujourd'hui.


Pour ma part, je continue d'être hanté par ces départs en wagons plombés vers l'extermination, et mon sang ne fait qu'un tour à l'idée de l'assassinat des bébés, des enfants, des handicapés. Je pense souvent à ma grand mère et à mes grand-tantes, à leur atroce enfermement dans la chambre à gaz. La Shoah continue d'être un cauchemar au présent.


Nous les survivants, les rescapés, notre mémoire est bâtie sur ce crime. L'horreur et la peur, la colère et le désir de vengeance habitent notre espace mental. Pour nous, les rescapés, il ne s'agit pas d'une connaissance livresque, théorique. Ce crime nous dévore charnellement. Certains d'entre ces rescapés de l'horreur n'ont même pas pu survivre à leur survie des camps. Comme Primo Levi, leur suicide mit fin à leur enfer. Pour d'autres le désespoir les annihila.


D'autres enfin plongèrent dans le rêve de la construction d'une société nouvelle, sure, où, par empathie, chacun avait vécu une part de l'histoire de l'autre et en chassait les démons de la même manière militante. Beaucoup d'entre eux prônaient un athéisme intransigeant après avoir été croyants. Ils avaient tant à dire sur la disparition de Dieu au moment de la Shoah. (7)


D'autres kibboutzim, partisans d'une laïcité sans faille, mangeaient du rabbin matin, midi et soir.

Pour les ignorants ou les peu avertis, il est difficile de comprendre l'affirmation de sa judaïté alors que la personne est athée. Ils ont du mal avec l'idée d'une culture juive débordant de partout la foi en la Torah. Le judaïsme de mon grand-père maternel, qui exécrait les Rabbins, lui était pourtant chevillé au corps, tout comme le yiddish qu'il pratiquait quotidiennement. Le judaïsme dans ce cas, est une vaste culture transnationale, faite d'une histoire commune, d'un imaginaire de contes et de légendes, de récits et d'humour souvent noir dont la racine est l’auto-dérision (8). Tous les ashkénazes se ressemblent, cultivent des représentations, signes, symboles communs mais divergent sur la croyance en Dieu (9). Culturel mais pas cultuel. La rabbin Delphine Horvilleur nous dit tout de cette étrangeté dans son ouvrage cité en ouverture, ce magnifique Il n'y a pas de Ajar.


Je ne demande pas à ceux qui, par chance, n'ont pas vécu (directement ou indirectement) la violence de l'extermination de partager mes angoisses. Mais je leur rappelle qu'il ne s'agit pas là d'un méfait mineur, à l'égal d'insultes, d'injures ou, même, d'exactions. Il ne s'agit pas d'une domination, même à coups de schlagues. Il s'agit de la mise à mort d'une communauté entière parce qu’elle est ce qu'elle est. Une exclusion de l'Humanité.


Aussi tout déni du crime, tout affadissement de ce qu'il représente, y compris toute gêne à prononcer « génocide contre les Juifs », toute alliance avec ceux qui amalgament des concepts différents (domination, occupation, apartheid, génocide), pour remplacer la nécessaire recherche historique et la prise en compte de la violente réalité israélo-palestinienne par des à peu près militants, tous ceux là passent peu ou prou à coté de l'horrible événement. Qu'ils se pensent de gauche ou pas.


Je n'étais pas sioniste. Je n'étais pas croyant. J'étais communiste et comme partisan de la lutte des classes, je refusais l'appartenance culturelle, unidimensionnelle, à cette communauté juive. Je ne suis toujours pas croyant, ni sioniste tout en étant partisan de l'existence de l’État d’Israël. Tout comme je suis laïc sans mettre en cause le droit des fidèles à ériger leur lieu de culte. Je sais qu'en cas de danger génocidaire mortel (le pire ne peut s'exclure) il existait pour les Juifs un endroit où la survie restait possible.


Voilà en quoi a consisté mon attachement à l'existence d’Israël tout en étant un citoyen, un républicain, un laïc, un progressiste français.

Israël comme une bouée. Éventuelle.


Sonia Wieder-Atheron, "Prière juive", extrait du film de Chantal Ackerman, "Avec Sonia Wieder-Atherton" (2012)


Mais si son évolution récente vers une forme de fascisme se prolonge, alors la tragédie emportera tout. Comment pourrais-je soutenir, au nom de tous les miens, un État qui prône le suprémacisme juif sur sa population laïque, sur les populations palestiniennes et qui enterrerait l'humanisme juif ? Cette transformation des Israéliens en un secte fanatique religieuse est une véritable trahison de ceux qui moururent victimes de la barbarie nazie. En quoi cette dérive correspond elle aux valeurs des martyrs combattants du ghetto de Varsovie ? Je dis non.

Ces dérives donnent des arguments en béton à tous ceux qui cachent, sous un survêtement anti-sioniste, leurs oripeaux antisémites. Cette relation que je souhaite exigeante et amicale à l'égard de ce foyer juif ne me fait pas oublier la haine créée, diffusée, entretenue par ces fous de Dieu hébraïques, par cette droite israélienne qui arma le tueur de Rabin. Comme un "collage", une référence identique à la stratégie de la droite française armant le bras de l'assassin de Jaurès. (10)


Pour ma part, je reste partisan de la proposition de l'écrivain israélien Amos Oz, membre fondateur du mouvement La Paix maintenant, dans Aidez-nous à divorcer ! Israël-Palestine, deux États maintenant » (éditions Gallimard). Maniant la métaphore il nous explique :

« Évidemment, de tels murs devront être faits au bon endroit, entre mon jardin et celui de mon voisin, et pas au milieu de l’un d’eux comme aujourd’hui. Ce n’est jamais beau, ni esthétique une frontière, mais nous avons besoin d’une séparation entre la Palestine et Israël. De deux États. Deux gouvernements. Un poète américain, Robert Frost, a écrit que les bonnes clôtures font les bons voisins. Les problèmes ne viennent pas des murs ou des barrières, mais des émotions liées aux murs. Ce sont les murs émotifs, les murs intérieurs que nous devons abattre, pas les murs physiques. »


L'avenir de ce que représenta Israël est désormais en suspens. Nul ne peut dire comment l'histoire s'écrira. Mais Torah brandie d'une main, fusil mitrailleur de l'autre, les fous de Dieu ne seront-ils pas paradoxalement, à la longue, les vrais destructeurs de l'utopie sioniste ? Blaise Pascal nous avait prévenu : « Qui veut faire l'Ange fait la Bête ». Le message a du mal à passer.


Michel Strulovici

Photo en tête d'article : Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, Berlin


NOTES


1. Rappelons qu'en pleine guerre, le grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Al Husseini crut voir en Hitler le sauveur qui allait « régler » la question de la présence des Juifs en Palestine. Reçu par Hitler à Berchtesgaden, son nid d'aigle, il lui proposa de constituer des unités palestiniennes pour combattre aux cotés de la Wehrmacht. La confrontation entre émigrants juifs rescapés et palestiniens n'allait donc pas s'avérer tendre.


2. Jean Jacques Marie, "En Ukraine des pogroms dont l'Occident se lavait les mains", Le Monde diplomatique, décembre 2019.


3. Un exemple : Lénine choisit l'avocat juif Isaac Nachma Steinberg comme Commissaire du peuple à la Justice, dans le premier gouvernement bolchevik. Celui-ci démissionna en mars 1918 après avoir déclaré à Lénine que « le Commissariat du Peuple à la Justice aurait du être rebaptisé Commissariat du Peuple à l'Extermination. » Lénine lui aurait répondu : « C'est une bonne idée, je vais y réfléchir. » Nachma Steinberg eut l'intelligence de s'exiler en1923 à Berlin. Il écrivit un texte témoignage sur cette période : Souvenirs d'un commissaire du Peuple (éditions Gallimard, 1930).


4. Arkadi Vaksberg, Staline et les Juifs, éditions Robert Laffont, 2003.


5. Voir l'étude comparée de Joelle Hansel, « Être juif » selon Lévinas et Blanchot, Presses Universitaire de Nanterre. L 'auteure note notamment : « Le choix de Blanchot est lié à sa conviction qu’il existe "une vérité du judaïsme, non seulement présente dans un riche héritage de culture, mais vivante et importante pour la pensée d’aujourd’hui, même lorsque celle-ci récuse tout principe religieux". La positivité du judaïsme ne réside pas uniquement dans son passé glorieux – le « riche héritage de culture » dont il est porteur – mais dans sa présence vivante au cœur du débat intellectuel, aujourd’hui. (...) Bien que son propre article sur "Être juif" paraisse juste après la Shoah, Lévinas, à la différence de Blanchot, y traite peu du malheur d’être juif. Il y décrit, au contraire, le "virement inattendu de la malédiction en exultation". Le lien irrémissible du Juif à son être juif n’est pas seulement l’effet de la persécution nazie. Dès l’avant-guerre, Lévinas avait discerné ce mouvement de retour aux sources juives et à l’étude de la langue hébraïque, qui sera à l’origine du renouveau de la pensée juive en France après la Shoah. »


6. Ainsi, au cours d'une discussion un peu vive, un ami d'un ami (tous deux partisans d'une gauche révolutionnaire, tous deux soutiens indéfectibles des mouvements palestiniens) mit en cause ma nationalité parce Juif. « Mais tu n'es pas Français », m'asséna-t-il, reprenant inconsciemment, les slogans des Nazis.


7. Une blague juive résume la situation. Deux rescapés d'Auschwitz se remémorent l'atmosphère du camp d'extermination. « Tu te rappelles de la violence du Kapo Schmil », dit l'un. L'autre prolonge le propos : « Tu te souviens de l'appel, les pieds dans la glace, le matin par moins dix ? ». Alors passe Dieu qui cherche à mettre son grain de sel. Et les deux de lui asséner : « De quoi tu parles, toi. Tu n'étais même pas là ! »


8. Les mères juives sont réputées attentives et culpabilisatrices a l'égard de leur rejeton, surtout masculin, jusqu'à l'excès. Les blagues sur leur comportement sont innombrables. Celle ci est l'une de mes préférées : « Rachel offre deux cravates à Moshe, son fils. Le dimanche suivant, invitée à déjeuner, elle sonne à la porte. Celui ci, pour lui faire plaisir porte fièrement une de ses cravates. Rachel s'exclame : « Tu n'aimais pas l'autre ! »


9. La plupart d'entre nous partageons un humour proche du non sens, à la Marx Brothers. Ainsi cette histoire : « Deux voyageurs de commerce concurrents se surveillent sur un quai de gare. - Bonjour Samuel ! Salut David ! Silence. -Et alors... où vas-tu ? demande Samuel. - Je vais à Cracovie, répond David. Silence. « Ecoute David, si tu me dis que tu vas à Cracovie, c'est que tu veux me faire croire que tu vas à Varsovie. Mais je trouve que je sais que tu vas à Cracovie. Alors pourquoi me mens-tu ?


10. Yehoshua Amishav, ancien diplomate israélien, dans une tribune, le 9 janvier 2023, écrivait dans le Times of Israel : « Comment est-il possible que des gens qui iraient en prison ou subiraient de lourdes amendes en France pour incitation à la haine raciale ou à la discrimination, soient ici des ministres légitimes ? (...) Et enfin, la plus grande et la plus grave question de toutes : la religion et la tradition juives sont-elles vraiment ce condensé d’intolérance, de haine, de racisme et de violence ? Et s’il en est ainsi, le temps n’est-il pas venu de poser publiquement les questions qui dérangent ?»


A suivre (30 mars) : "Marx, et le printemps revient...


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