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Magdah Abu Kassem, 12 ans, n'aura pas la Palme d'or

Sur une plage de la Croisette à la veille du 79e Festival international du film de Cannes, le dimanche 10 mai 2026. Photo John Locher/AP.


Une seule planète, mais tant de mondes ! De la Croisette aux faubourgs de Tripoli, des salles climatisées de Cannes aux classes de fortune de Tajoura, où étudie Magdah Abu Kassem, réfugiée soudanaise, ce « tour du jour en 80 mondes » traverse un paysage de crises (Ebola au Congo, la canicule en Inde, les coupures d’électricité à Cuba, les manifestations antigouvernementales en Bolivie), de croyances (le pèlerinage du Hadj à La Mecque, mais aussi le mouvement QAnon aux États-Unis) et de mises en scène du pouvoir, à Saint-Pétersbourg comme à Téhéran. Et on fait halte au Bénin, avec des vendeuses de mangues, et à Curaçao, île autonome des Caraïbes au sein du royaume des Pays‑Bas… Le meilleur du photojournalisme, avec l’agence Associated Press.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


FRANCE


Festival de Cannes, 14 mai 2026. Photo Andreea Alexandru/AP


Festival de Cannes, 13 mai 2026. Photo John Locher/AP


Sous les structures métalliques et les chantiers de la Croisette, un tapis rouge imprimé sur une palissade de chantier suffit à rejouer le mythe cannois. Ici, pas besoin d’invitation ni de badge : il suffit de se placer dans le cadre pour s’offrir, le temps d’une photo, la montée des marches que les officiels réservent à quelques‑uns.

Un peu plus loin, la « boutique officielle » propose son propre décor de foule de photographes, vendant en produits dérivés ce que le festival peine à concilier sur le fond : glamour, marketing, débats #MeToo et polémiques politiques. En posant devant ce mur d’objectifs factices, chacun peut se rêver star d’un soir, tandis que Cannes tente, édition après édition, de canaliser critiques et controverses pour ramener l’attention vers les films.


RUSSIE


Saint-Pétersbourg, 19 mai 2026. Des employés du Musée de la sculpture urbaine nettoient la statue

de la tsarine russe Catherine la Grande. Photo Dmitri Lovetsky/AP


Sous les jets d’eau, la silhouette de Catherine II se découpe dans la brume, comme une apparition venue d’un autre siècle. À Saint‑Pétersbourg, où la tsarine incarne encore le « siècle d’or » de l’Empire russe, le pouvoir réactive à plein la mythologie impériale pour justifier ses ambitions territoriales et sa guerre en Ukraine. Tandis que des monuments à Catherine sont déboulonnés en Ukraine et ailleurs dans l’ex‑empire, la Russie de Vladimir Poutine restaure statues et symboles, au nom d’une continuité historique qui gomme conquêtes sanglantes et colonisation. Ici, le nettoyage de la pierre ressemble moins à un simple entretien urbain qu’à une tentative de polir, encore une fois, l’image d’un passé présenté comme glorieux et indiscutable.


Dmitri Lovetsky, photographe basé à Saint‑Pétersbourg depuis la fin des années 1990, documente la Russie contemporaine, entre héritage soviétique, retour de l’empire et guerre en Ukraine.


ÉTATS-UNIS


Washington, 17 mai 2026. Micki Larson-Olson, qui a été reconnue coupable d’un délit mineur

pour ses actes du 6 janvier 2021, lorsque des partisans du président Donald Trump ont pris d’assaut le Capitole,

touche un écusson QAnon sur sa tenue, lors de « Rededicate 250 », un rassemblement de prière

à dominante chrétienne conservatrice organisé en l’honneur du 250e anniversaire des États-Unis,

sur le National Mall. Photo Julia Demaree Nikhinson/AP.


Sur le plastron, rien n’est laissé au hasard : QAnon, Trump 2024, drapeaux, slogans bibliques et premières lignes de la Constitution composent une véritable icône portative du mouvement « Make America Great Again ». À l’appel du président Trump, le rassemblement « Rededicate 250 » entend « reconsacrer » les États‑Unis à Dieu pour le 250e anniversaire du pays, en fusionnant prière évangélique, patriotisme blanc et récit révisionniste d’une nation supposément fondée comme République chrétienne. La présence mise en avant d’une condamnée du 6 janvier, assumant toujours ses positions complotistes, illustre la manière dont le trumpisme intègre QAnon et les émeutiers du Capitole dans un roman national victimaire, où christianisme, conspiration et revanche politique se confondent.


Julia Demaree Nikhinson, photojournaliste américaine basée à Washington, est photographe attitrée de l’agence Associated Press ; elle documente la vie politique des États‑Unis, des campagnes électorales aux mobilisations trumpistes, et expose régulièrement son travail dans des festivals comme Visa pour l’Image.


IRAN


Téhéran,18 mai 2026. Un groupe de jeunes filles se tient à côté d'un missile « Khaybar-buster »

lors d'une cérémonie de mariage collectif réunissant des couples participant

à la campagne pro-gouvernementale « Janfada » (« Sacrifice pour l'Iran »). Photo Vahid Salemi/AP.


Sous le missile rose bonbon et l’arche de ballons, la campagne « Janfada » mêle romantisme officiel et préparation à la guerre, en invitant de jeunes couples à lier leur mariage à une promesse de sacrifice pour la République islamique. En exhibant un « Khaybar‑buster » – du même type que ceux utilisés contre Israël – au cœur d’une cérémonie présentée comme festive, le pouvoir iranien met en scène une société supposée unie derrière son arsenal, au moment où les tensions régionales et les menaces d’escalade demeurent élevées. La juxtaposition de ces silhouettes blanches, tournées vers l’avenir conjugal, et de l’ogive qui plane au‑dessus d’elles, résume la manière dont le régime cherche à encadrer la jeunesse : en transformant l’intime lui‑même en espace de mobilisation patriotique.


Vahid Salemi, photojournaliste iranien et photographe attitré de l’agence Associated Press à Téhéran, couvre depuis des années la vie politique et sociale de la République islamique, des cérémonies officielles aux mouvements de contestation.


ARABIE SAOUDITE


La Mecque, 21 mai. Des pèlerins musulmans touchent les murs de la Kaaba, l'édifice cubique de la Grande Mosquée, lors du pèlerinage annuel du Hadj. Photo Altaf Qadri/AP.


Au pied de la Kaaba, les mains se superposent sur la pierre sombre, chacune cherchant à saisir, ne serait-ce qu’un instant, le contact avec le cœur symbolique du pèlerinage. Cette année encore, plus d’un million et demi de fidèles sont attendus pour le Hadj, organisé sur fond de fortes chaleurs et de dispositifs de contrôle toujours plus sophistiqués pour encadrer les foules et filtrer l’accès à La Mecque.


Altaf Qadri, photojournaliste basé en Asie du Sud, suit depuis des années les grands rassemblements religieux, les conflits et les crises sociales, en cherchant à capter la dimension intime derrière les foules.


CONGO


Congo, 19 mai 2026. Des femmes portant des masques de protection attendent dans le couloir d'un hôpital à Bunia. Photo Dirole Lotsima Dieudonné/AP.


À Bunia, au cœur d’une province d’Ituri déjà ravagée par des années de violences et de déplacements, les autorités congolaises et l’OMS tentent de contenir une nouvelle flambée d’Ebola, liée au rare virus Bundibugyo, qui a déjà fait des dizaines de morts et des centaines de cas suspectés. Ici, l’hôpital devient à la fois refuge et lieu d’angoisse : on y vient chercher des soins, mais on y craint aussi la contamination, dans un système de santé fragilisé par le conflit, la pauvreté et le manque chronique de moyens.

(Reportage complet ICI)


Dirole Lotsima Dieudonné, journaliste et photographe congolais, documente les conflits, les crises sanitaires et la vie quotidienne dans l’est de la République démocratique du Congo, au plus près des populations déplacées.


CUBA


La Havane, 19 mai 2026. Une femme vêtue d'un pantalon orné du drapeau américain passe devant un bâtiment abritant une installation artistique consacrée à la révolution cubaine, sur laquelle figurent des photos de l'ancien président cubain Raúl Castro et de l'ancien président vénézuélien Nicolás Maduro. Photo Ramon Espinosa/AP.


La Havane, 14 mai 2026. Des personnes s'éclairent à la lumière de leurs téléphones tout en jouant aux dominos,

tandis que brûle un feu allumé par des habitants protestant contre les coupures de courant prolongées.

Photo Ramon Espinosa/AP.


Dans la première photo, la scène résume à elle seule le paradoxe cubain actuel : alors que l’île traverse sa pire crise énergétique depuis les années 1990, conséquence directe du blocage quasi total des livraisons de carburant sous sanctions américaines renforcées, les symboles de la révolution continuent d’occuper l’espace public. L’alliance historique avec le Venezuela de Nicolás Maduro, longtemps vitale pour l’approvisionnement en pétrole, est aujourd’hui prise pour cible par Washington, qui a durci sa pression économique sur les deux pays, accentuant pénuries, coupures d’électricité et colère sociale. Dans ce contexte de nouvelles inculpations américaines visant Raúl Castro et d’un discours de « changement de régime », le pantalon aux couleurs des États‑Unis qui traverse le décor révolutionnaire dit quelque chose de la fatigue, des désillusions et des contradictions d’une population coincée entre embargo, propagande et survie quotidienne.

Et dans les rues de La Havane plongées dans le noir, la table de dominos devient une île de lumière improvisée, alimentée par les écrans de téléphones portables. À quelques mètres, les feux allumés pour bloquer la circulation disent la colère contre des coupures d’électricité qui laissent certains quartiers sans courant jusqu’à vingt heures par jour, au plus fort d’une crise énergétique historique.


Ramon Espinosa, photographe basé à La Havane pour Associated Press, suit depuis des années les crises politiques et sociales de l’île et de la Caraïbe, avec une attention particulière aux scènes de la vie quotidienne.


BOLIVIE


El Alto, 16 mai 2026. Des manifestants antigouvernementaux, debout dans un champ, se découpent sur les nuages

de gaz lacrymogène lancés par la police. Photo Juan Karita/AP.


À El Alto, au-dessus de La Paz, les mobilisations contre la flambée des prix, la pénurie de carburant et la crise économique se sont transformées en mouvement national, avec blocages de routes, coupures d’approvisionnement et appels à la démission du président Rodrigo Paz. Dans ce paysage de pampa, ces manifestants dispersés semblent à la fois minuscules et tenaces, rappelant que les soulèvements boliviens naissent souvent ici, dans ces hauteurs populaires qui surplombent la capitale et peuvent, en quelques jours, l’assiéger.


Juan Karita est un photojournaliste bolivien, membre de l’agence Associated Press et basé à La Paz, où il couvre depuis de nombreuses années l’actualité politique, sociale et culturelle de la Bolivie et de la région andine.


CURAÇAO


Curaçao, 16 mai 2026. Un homme est assis devant une épicerie dans le quartier de Fuik à Seru Grandi.

Photo Matias Delacroix/AP.


Île autonome des Caraïbes au sein du royaume des Pays‑Bas, Curaçao dépend étroitement des décisions prises à La Haye, qu’il s’agisse de finances publiques, de normes sociales ou de politique migratoire. Derrière les couleurs éclatantes et le slogan « Born in Curaçao », l’île vit une reprise touristique robuste, mais qui laisse une partie de la population sur le bord du trottoir. La croissance, tirée par les hôtels, les résidences secondaires et les investissements étrangers, coexiste avec une pauvreté et des inégalités en hausse, dans une île où près d’un tiers des ménages peine à couvrir ses besoins de base. Entre caisses de bière, affiches publicitaires et promesse de modernité, cette pause devant l’épicerie dit le décalage entre le récit d’une île « ouverte sur le monde » et la réalité d’une économie où beaucoup restent cantonnés à la survie informelle.


Matias Delacroix, photojournaliste chilien basé au Panama, suit les mutations sociales et politiques de l’Amérique latine et de la Caraïbe, entre scènes de rue et moments de crise.


INDE


Lucknow, 20 mai 2026. Un homme dort sur le seuil de sa maison tandis que des chiens errants se prélassent

à l'ombre dans la rue, par une chaude après-midi. Photo Rajesh Kumar Singh/AP.


À Lucknow et dans tout l’Uttar Pradesh, les températures dépassent régulièrement les 43 °C, avec des nuits qui restent au‑dessus de 27 °C, plaçant des millions de personnes en situation de stress thermique permanent. Les vagues de chaleur, plus longues et plus intenses, frappent d’abord les travailleurs précaires et les habitants des quartiers populaires, qui n’ont guère d’autre choix que de transformer les seuils, les trottoirs et les cages d’escalier en abris improvisés. Tandis que les autorités indiennes multiplient alertes météo et plans d’adaptation, ces corps allongés à même le sol disent ce que signifie vivre au quotidien avec un climat qui bascule.

(Reportage complet ICI)


Rajesh Kumar Singh, photographe et cinéaste basé en Inde du Nord, documente depuis des années pour l’agence Associated Press les effets sociaux des crises climatiques, économiques et sanitaires sur la vie quotidienne.


BÉNIN


Bohicon, au nord du Bénin,16 mai 2026. Des femmes vendent des mangues au bord d'une route.

Photo Sunday Alamba/AP.


Sous l’arbre, les bassines de mangues alignées au bord de la route racontent une économie largement invisible dans les statistiques : celle des marchés informels, tenus en grande partie par des femmes, qui assurent l’écoulement de la production locale et complètent des revenus agricoles fragiles. Dans la région de Bohicon, comme dans une bonne partie du Bénin, les variations climatiques — alternance de sécheresses et de pluies violentes — pèsent sur les récoltes, rendant plus incertaine encore cette petite activité de bord de route, soumise aux caprices du temps, des prix et des contrôles. La scène semble paisible, mais elle condense les enjeux d’un pays où plus de la moitié des emplois restent informels, et où la moindre rupture d’approvisionnement, la moindre hausse des carburants, se répercute immédiatement sur ces vendeuses de fruits qui tiennent, en réalité, un morceau clé de la sécurité alimentaire quotidienne.


Sunday Alamba, photojournaliste basé à Lagos pour l’agence Associated Press depuis le début des années 2000, documente les transformations sociales et politiques en Afrique de l’Ouest, des rues de Lagos aux campagnes béninoises.


SOUDAN / LIBYE


Tajoura, 18 mai 2026. Magdah Abu Kassem, une élève soudanaise de 12 ans qui a quitté le Soudan

avec sa famille pendant la guerre civile, pose avec son cahier devant sa salle de classe

dans une école pour enfants réfugiés, à Tajoura, à l'est de Tripoli. Photo Yousef Murad/AP.


Le cahier levé devant le visage, Magdah semble vouloir prouver qu’elle est encore élève, même si la « classe » n’est plus qu’une structure de fortune plantée dans le sable de Tajoura. Comme des centaines de milliers d’autres enfants soudanais réfugiés en Libye depuis le début de la guerre, elle essaie de rattraper une scolarité brisée par les bombardements, l’exil et les traversées de frontières, dans un pays lui‑même fragmenté et instable. Les organisations humanitaires rappellent que plus de huit millions d’enfants soudanais sont privés d’école, et que l’accès à l’éducation dans les camps et les quartiers informels reste fragile, dépendant de financements incertains et de la tolérance fluctuante des autorités locales.


Yousef Murad, photojournaliste libyen collaborant avec l’agence Associated Press, couvre les recompositions politiques et les crises sociales de la Libye post‑2011, des lignes de front aux marges où s’installent réfugiés et déplacés.


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2 commentaires


yanitz2018
yanitz2018
il y a 9 heures

Cronopes et Fameux, Julio Cortazar !!!

Voici une photo prise derrière le musée Galliera, rue Pierre 1er de Serbie. Une volonté de liberté, et la nature ... beinh elle se laisse pas faire.

Hommage à Cortazar via Monk -> Randy Weston : "Well You Needn't" (1990)

" https://www.youtube.com/watch?v=gHtevNNsvmY&list=PLRIeyy8z4VOWiSMGNMme0oUDDRI-HwXti "



Modifié
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yanitz2018
yanitz2018
il y a 9 heures

Religion business (source Gogol)

A propos de la photo de la Kaaba :

"Quel est le prix d'un pèlerinage depuis la France ? ** Partez depuis la France pour un voyage spirituel unique vers La Mecque, avec un accompagnement complet et un retour assuré. Nos 4 formules et prix Hajj 2026 : Offre Standard – Long séjour : à partir de 6 652 €, avec hébergement confortable et programme complet. "

** premier prix car cela monte selon "la formule" choisie (6.900 à 10.000€)

Et prix d'un pèlerinage à Rome, tout compris : 899€ ( prix du vol aller-retour : autour de 350€/pèlerin)


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