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Michigan : un pipeline sacrifie les Grands Lacs et trahit les populations amérindiennes


Whitney Gravelle, présidente de la Bay Mills Indian Community

Whitney Gravelle, présidente de la Bay Mills Indian Community. Photo Sarah Rice pour Earthjustice


Le 15 juillet 2026, alors que les fumées des feux de forêt canadiens enveloppaient son territoire, le Michigan a délivré deux permis clés à une société pétrolière pour construire un tunnel destiné à prolonger de 99 ans l'exploitation d'un pipeline sous le détroit de Mackinac. Pour la Bay Mills Indian Community, qui se bat depuis quinze ans contre cette infrastructure, la coïncidence a des allures de symbole.

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Ce jour-là, Whitney Gravelle, présidente de la Bay Mills Indian Community, au bord du lac Supérieur, évacuait la fumée des bâtiments tribaux, fabriquait des purificateurs d'air de fortune et prenait des nouvelles des membres souffrant d'asthme ou de maladies cardiaques. Le même jour, le département de l'Environnement, des Grands Lacs et de l'Énergie du Michigan approuvait les permis autorisant Enbridge, société pétrolière canadienne, à construire son tunnel sous ce détroit sacré reliant les lacs Michigan et Huron.


« J'étais vraiment bouleversée. Nous recevions la décision, et nous avions littéralement une crise climatique sur les bras. Sachant que d'autres Premières Nations avaient perdu leur maison dans les incendies, j'ai eu l'impression que la terre elle-même criait pour que quelqu'un remarque ce qui se passait », confie Whitney Gravelle. Ces fumées, qui ont recouvert une large partie du Midwest et du Nord-Est américain, provenaient d'incendies de forêt boréale en Ontario et au Minnesota, dont la probabilité a été multipliée par trois à cinq sous l'effet du réchauffement climatique, selon l'organisme de recherche américain Climate Central.

Un pipeline vieux de 73 ans, un combat de quinze ans

Line 5 transporte pétrole et gaz depuis le Wisconsin jusqu'à l'Ontario depuis 73 ans. La mobilisation contre son tronçon sous le détroit trouve son origine dans un autre désastre : en 2010, l'oléoduc Line 6B de la même société Enbridge s'était rompu, déversant plus d'un million de litres de pétrole dans un affluent de la Kalamazoo, l'un des plus importants déversements continentaux jamais enregistrés aux États-Unis.


Denise Keele, du Michigan Climate Action Network, qualifie Line 5 de « pipeline le plus dangereux d'Amérique » : il traverse 20 % de l'eau douce mondiale, la source d'eau potable de 40 millions de personnes, et les terres souveraines des nations anishinaabe. Les courants du détroit, rapides et changeants, rendraient un déversement très difficile à contenir, un risque aggravé en hiver par la glace. Depuis les années 1970, plus de 4 millions de litres se seraient échappés de Line 5, et en juin 2026, Enbridge a déversé du fluide de forage dans des zones humides du Wisconsin.

Des recours juridiques encore possibles

Les permis accordés en juillet ne garantissent pas la construction du tunnel : Enbridge doit encore obtenir l'aval du corps des ingénieurs de l'armée américaine, ainsi qu'un nouveau permis de la Commission des services publics du Michigan, la Cour suprême de l'État ayant jugé, fin juillet, que celle-ci n'avait pas suffisamment évalué les impacts environnementaux de son approbation de 2023. Debbie Chizewer, avocate d'Earthjustice -- cabinet d'avocats à but non lucratif basé aux États-Unis, spécialisé dans le litige environnemental -- représentant Bay Mills, s'attend à de nouveaux recours.


Pour Whitney Gravelle et Denise Keele, l'État du Michigan et sa gouverneure Gretchen Whitmer — qui avait promis de fermer Line 5 — ont trahi les tribus. « Les gens n'ont pas peur des écologistes. Ce dont ils ont peur, c'est d'être poursuivis par Enbridge », observe Denise Keele, qui y voit la preuve qu'« un géant pétrolier a plus de pouvoir qu'un gouverneur en exercice ». La communauté de Bay Mills a, elle, réduit sa dépendance aux énergies fossiles : pompes à chaleur, panneaux solaires sur ses bâtiments, et une ferme solaire de 17 millions de dollars en construction. Kyle Whyte, professeur de justice environnementale et ancien conseiller de la Maison Blanche sous Joe Biden, juge que l'administration Biden a, elle aussi, manqué l'occasion de fermer Line 5.

Des droits issus des traités bafoués

Le pipeline traverse des terres cédées par les Anishinaabe au gouvernement américain en échange du maintien de « leurs privilèges habituels d'occupation ». « Cela signifie la possibilité de vivre selon un mode de vie autochtone, explique Whitney Gravelle. Nous ne pouvons pas être des Anishinaabe des Grands Lacs sans les Grands Lacs. Il n'existe aucun autre endroit où aller en cas de déversement ; c'est nous qui sommes pris au piège. » Selon Kyle Whyte, aucune tribu n'a été consultée lors de la création de Line 5, en violation de leur souveraineté.


Pour l'avocate Debbie Chizewer, ce combat recouvre plusieurs enjeux : la souveraineté tribale, la protection face au changement climatique, et la préservation des écosystèmes sacrés des Grands Lacs. « Nous faisons tout notre possible pour que nos enfants n'aient pas à subir les mêmes conséquences ni à vivre avec les mêmes craintes que nous aujourd'hui », conclut Whitney Gravelle.


Dominique Vernis

(Source : Yale Climate Connections, service journalistique indépendant et non partisan, adossé au Yale Program on Climate Change Communication -- Yale School of the Environment).


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