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Le plan secret de Poutine pour gagner l'élection présidentielle française

Participants à la session "SputnikPro / IA" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou.

Participants à la session "SputnikPro / IA" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou.


Un participant à la session de juin 2026 du programme « SputnikPro AI in Media » — la formation de journalistes étrangers organisée à Moscou par la holding publique Rossiya Segodnya — témoigne : à l'issue du stage, on lui aurait proposé 8 000 euros par mois pour « collaborer » avec les services de renseignement russes. Ce détail inédit, recueilli par notre rédaction, éclaire d'un jour nouveau un dispositif présenté officiellement comme un simple échange culturel entre jeunes professionnels des médias, mais déployé du Ghana à l'Inde en passant par la Jordanie — et qui vient compléter un tableau plus large : deepfakes contre des personnalités politiques françaises, réseau de propagande Pravda, ministère russe consacré à l'IA de désinformation, et canal politique entretenu à Paris. Notre enquête reconstitue pièce par pièce la stratégie que le Kremlin déploie à dix-huit mois de la présidentielle française de 2027.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Enquêtes exclusives, chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Ce n’est pas un scoop : Poutine est en pétard. Contre Emmanuel Macron, contre la France, contre nous. La présence de soldats ukrainiens sur les Champs-Élysées, lors du défilé du 14 juillet, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase du Kremlin, où Poutine pisse chaque jour sa bile. Et la bile, en ce moment, elle est en surchauffe. Parce qu’il n’y a pas que la France.


Après la Hongrie, où malgré des moyens considérables Moscou a échoué à maintenir Viktor Orbán au pouvoir [1], et après le fiasco en Arménie, où Londres a sanctionné le 11 mai 2026 quarante-neuf employés supplémentaires de la Social Design Agency ainsi qu’une structure dédiée, ANO Strategic Communications Caspian 2030, spécifiquement accusée d’avoir tenté de peser sur les élections législatives de juin 2026 [2], l’élection présidentielle française est la prochaine échéance dans le viseur. Les stratèges du Kremlin ont, si l’on en juge par le mode opératoire déjà observé ailleurs, une stratégie toute prête.


Sans surprise, il devrait y avoir, une dizaine de jours avant le premier tour de l’élection, un attentat « islamiste » sur le sol français — sans doute pas à Paris, trop surveillée. Les artificiers de ce crime à venir sous faux drapeau [3] sont peut-être déjà en poste. Non pas à l’ambassade de la Fédération de Russie, ce serait trop visible, mais quand même en plein cœur de Paris, à deux pas de la tour Eiffel : à la Sainte-Trinité, alias « cathédrale Poutine », ou encore « Kremlin-sur-Seine ». Les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables ?


Les coupoles de la cathédrale orthodoxe russe sur le territoire du Centre spirituel et culturel russe. Photo Dominique Boutin / TASS

Sous le dôme de Kremlin-sur-Seine

Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe, inauguré quai Branly le 19 octobre 2016 par la maire de Paris Anne Hidalgo, avait été voulu dès 2007 par Vladimir Poutine lui-même. Son dôme culmine à 37 mètres — le maximum autorisé par l’urbanisme parisien. Depuis avril 2023, notre enquête [4] documente de sérieux soupçons sur ses activités, au-delà du culte et d’un « salon littéraire » parrainé par une fondation pourtant sous sanctions européennes. Mais cette enquête, qui n’a été reprise par aucun autre média, n’a servi à rien.  Si le ministère de l’Intérieur a signé le 29 juillet 2026 un arrêté d’expulsion contre Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France devenue chroniqueuse vedette des médias du groupe Bolloré – et au fond, assez insignifiante –, Emmanuel Macron n’est pas disposé à déloger le nid d’espions qui complotent Quai Branly en faisant mine de prier.

L’été des boules puantes

L’attentat « islamiste » d’ores et déjà projeté ne sera, si l’on peut dire, que la cerise sur le gâteau. Les « ingérences », elles, se multiplient déjà. Raphaël Glucksmann a été la cible, le 4 août 2026, d’une opération attribuée au réseau Storm-1516 — « directement piloté par le GRU », selon les informations qu’il dit tenir du SGDSN —, via un faux site répliquant 181 pages du média Blast et un hypertrucage vocal imitant Edwy Plenel. Le même jour, Gabriel Attal était visé par de faux reportages usurpant l’identité visuelle de RFI, BFM-TV, France 24 et Le Monde, le présentant atteint de la maladie de Parkinson — une opération que VIGINUM impute au réseau Matriochka « avec une confiance élevée ». Dix jours plus tôt, le 24 juillet, c’était au tour d’Édouard Philippe d’être visé par de faux contenus l’annonçant frappé de démence sénile. Ces boules puantes ont fait couler plus de salive médiatique qu’elles n’ont réellement fait boule de neige sur les réseaux sociaux — moins de 30 000 vues sur X pour l’attaque contre Raphaël Glucksmann — mais les réseaux sociaux restent le cheval de Troie des attaques à venir.

Mode test, écran de fumée

Un flop, alors ? Pas vraiment. Pour l’heure, le Kremlin est encore en mode « test ». Et si le contenu de ces « ingérences » est assez mal fichu, c’est sans doute volontaire. Ce n’est pas encore « l’opération spéciale » de la guerre hybride, juste les prémisses — des prémisses qui servent aussi d’écran de fumée. Pendant que les services de vigilance étatique s’échinent à décrypter la provenance de ces attaques grossières, ils risquent de moins bien voir ce qui se prépare ailleurs, et sous quelle forme.


La diversion est une vieille doctrine militaire russe et soviétique : la maskirovka, l’art de faire regarder l’adversaire là où il ne se passe rien d’essentiel. Le Monde le confirme d’une autre manière : les deepfakes grossiers contre Édouard Philippe, Gabriel Attal ou Raphaël Glucksmann n’ont eu, à ce jour, « à peu près » aucun impact mesurable sur l’opinion — mais leur dénonciation publique par les candidats eux-mêmes sert les intérêts des officines qui les fabriquent, qui peuvent s’en prévaloir auprès de leurs commanditaires pour réclamer davantage de budget. Le vrai risque, documenté depuis 2017, reste ailleurs : le piratage suivi de la fuite de documents internes — le « hack and leak ». Faire du bruit avec le faux pour mieux dissimuler le vrai : c’est, très précisément, la logique de la diversion.


Ce mélange des genres est la signature même de l’appareil d’influence russe visant la France : d’un côté, des Pieds Nickelés — de faux sites qui ne trompent personne, des voix de synthèse identifiables en quelques secondes, des messages rédigés en anglais pour un public censé être français ; de l’autre, une infrastructure d’État redoutablement organisée. Le réseau de sites "Pravda", cartographié par VIGINUM dès 2024 sous le nom de code "Portal Kombat", publiait environ 6 000 articles par jour en 2024 ; il en publie désormais près de 23 000, selon une étude de l’Institute for Strategic Dialogue relayée par The Guardian [5]. L’objectif n’est plus de convaincre un lecteur humain, mais d’inonder le web pour contaminer les modèles de langage que des millions d’électeurs interrogeront pendant la campagne. C’est, à ce jour, le vecteur le plus sophistiqué — et le plus sous-estimé — pour 2027.

Budapest, répétition générale — ratée

La Hongrie reste le cas le mieux documenté. Le 21 mars 2026, le Washington Post révélait qu’une unité du renseignement extérieur russe (SVR), inquiète de l’effondrement du soutien à Viktor Orbán, aurait envisagé de mettre en scène une tentative d’assassinat [6]. Une analyse de plus de 628 000 messages Telegram, publiée par Reuters le 10 avril, établissait que les six principales sources amplifiant les récits pro-Orbán étaient liées à la Russie. Le 12 avril 2026, Orbán perdait malgré tout : le Tisza de Péter Magyar remportait 141 sièges sur 199 [7]. La machine d’influence russe s’est mobilisée à plein régime sur un scrutin national européen. Elle n’a pas empêché la défaite de son candidat. C’est l’avertissement le plus utile pour la France : la mobilisation du dispositif est un fait vérifiable ; son efficacité électorale, non.


Participants à la session "SputnikPro / IA" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou.

Participants à la session "SputnikPro / IA" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou (capture d'écran)

La Russie contrainte de former de nouveaux bataillons

Alors, comment Poutine compte-t-il vraiment remporter l’élection présidentielle française ? Pour gagner cette nouvelle bataille de la « guerre hybride » que mène le tsar du Kremlin, il faut d’abord former de nouvelles compétences. Or, comme pour l’armée sur le front ukrainien, le Kremlin a des problèmes de recrutement. La chair à canon nord-coréenne, ça va un temps, mais ça ne tient pas dans la durée. Sur le front désinformationnel, la Russie a bien ses usines à trolls, loin d’être inactives — on l’a vu plus haut avec le réseau "Pravda" —, mais ça manque d’ouvriers qualifiés. Pour générer du code, imiter et reproduire le graphisme d’un média comme Blast, pas de problème, elles sont douées ; mais côté rédactionnel, ça manque de cervelle.


Heureusement, le Kremlin a la parade. L’opération est baptisée « SputnikPro AI in Media ». Officiellement, il s’agit d’un « module international de formation », organisé par la holding publique Rossiya Segodnya — maison mère de l’agence Sputnik et de RIA Novosti — en partenariat avec l’agence fédérale Rossotroudnitchestvo, chargée de la coopération humanitaire et culturelle russe à l’étranger, dans le cadre du programme de mobilité pour jeunes étrangers « Nouvelle génération » (Novoe pokolenie). Lancé en 2011 par décret présidentiel, ce programme a déjà attiré à Moscou plus de 11 000 participants venus de plus de 150 pays, avec l’objectif assumé, selon une enquête du média d’investigation iStories, de constituer à terme un réseau de dirigeants étrangers « constructivement » disposés envers la Russie [8].


Participants à la session "SputnikPro" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou.

Participants à la session "SputnikPro / IA" du 21 au 27 juin 2026 à Moscou. Photo Vitali Beloussov / RIA Novosti


La dernière session « SputnikPro » s’est déroulée du 21 au 27 juin 2026 et a réuni vingt-deux jeunes journalistes et professionnels des médias venus de dix-huit pays — Serbie, Liban, Tunisie, Oman, Maroc, Indonésie, Malaisie, Sénégal, Congo, Brésil, Vietnam, Kenya, Égypte, Népal, Cambodge, Turquie, Éthiopie, Pérou [9] —, dont une partie recrutée dans l’espace francophone (Maghreb, Afrique subsaharienne) via les Maisons russes et centres culturels russes à l’étranger, qui servent de relais locaux au programme « Nouvelle génération » depuis 2011.


Au programme : veille et monitoring algorithmique de l’actualité, production audio et vidéo assistée par intelligence artificielle, outils de traduction et de gestion des réseaux sociaux, et des sessions sur les « enjeux éthiques et juridiques » de l’IA, toutefois exposés... depuis la perspective des institutions russes. Point d’orgue du séjour : une rencontre au ministère russe des Affaires étrangères avec Maria Zakharova, directrice du département de l’information et de la presse [10]. « "Nouvelle Génération" est un projet international phare destiné aux jeunes », s’est félicité Kirill Bogomolov, directeur adjoint de Rossotroudnitchestvo, pour qui ce stage chez Rossiya Segodnya est « l’endroit idéal pour observer comment les professionnels utilisent l’IA pour résoudre des problèmes concrets du secteur » [11].


Sur le terrain, les premiers concernés jouent le jeu avec un enthousiasme qui confine parfois à la candeur promotionnelle. Laith Alassaf, responsable des réseaux sociaux du quotidien jordanien Ad-Dustour, y voit « une précieuse opportunité professionnelle d’explorer les dernières avancées de l’intelligence artificielle et son application croissante au journalisme et aux médias », saluant « le format international du programme », qui « crée un cadre unique pour le partage d’expériences et des échanges constructifs sur les principaux défis auxquels sont confrontés les médias à travers le monde » [12]. Même son de cloche chez Agouram Abdelaaziz, journaliste au quotidien marocain Hespress [13] : « SputnikPro répond pleinement aux besoins croissants des journalistes à l’ère de l’intelligence artificielle. Les participants pourront mettre à profit les connaissances acquises pour améliorer l’efficacité et la performance de leur travail journalistique » [14]. Depuis le Vietnam, Nguyen Thuy Linh, de la chaîne publique VTV, se dit surprise par la manière dont les médias russes intègrent l’intelligence artificielle au journalisme, ajoutant que « l’humour des intervenants a rendu les échanges plus interactifs et agréables » [15]. Une autre participante, identifiée dans la légende d’une vidéo promotionnelle diffusée par Rossotroudnitchestvo comme la jeune journaliste tunisienne Sana Sadouina, y loue une formation « vraiment très utile », qui lui aurait donné « une compréhension bien plus large des nouveaux outils et compétences » [16] — sans qu’aucune autre trace d’activité journalistique à son nom n’ait pu être retrouvée en ligne.



Cette formation est intégralement financée par le budget fédéral russe : Rossiya Segodnya a reçu 9,4 milliards de roubles en 2023, et devrait en recevoir 11,18 milliards (environ 135 millions de dollars) en 2026 — une enveloppe qui s’inscrit dans une hausse générale des crédits alloués à la propagande d’État russe, désormais supérieure à 146 milliards de roubles (1,78 milliard de dollars) par an [17].


Mais, comme pour certains DVD, il existe un bonus dont ne parle aucun communiqué de Rossotroudnitchestvo. Selon un témoignage recueilli par notre rédaction auprès de l’un des participants de la session de juin 2026 — qui a requis l’anonymat, les risques pour sa sécurité et sa carrière étant réels —, un arrangement non écrit lui aurait été proposé à l’issue du stage : 8 000 € par mois pour « collaborer » avec les services de renseignement russes. Cette somme n’apparaît dans aucune ligne budgétaire publique de Rossiya Segodnya ou de Rossotroudnitchestvo ; notre source l’attribue à un financement extérieur, celui de l’oligarque fasciste Konstantin Malofeev — financier historique des séparatistes du Donbass, mais aussi des extrême droites européennes -dont le Front national - sous sanctions européennes et américaines depuis 2014, inculpé par la justice américaine en 2022 pour violation de ces mêmes sanctions.

La corrida du Kremlin

Comme on verra plus loin, le recrutement de « plumes digitales » ne s’arrête pas là…


Depuis quelques mois, les drones ukrainiens sèment la zizanie dans la maison Russie et son annexe criméenne. Bien que piètre matador, Poutine a décidé de saisir le taureau par les cornes… Depuis fin juin 2026, les opérateurs de drones du SBU affirment avoir mené plus d’une centaine de frappes contre des cibles stratégiques russes — sites industriels de défense, aérodromes, postes de commandement, navires, pétroliers et raffineries —, visant jusqu’en Crimée les aérodromes de Saky, Hvardiiske, Belbek et Baherove [18]. Riazan, Perm, Taganrog, Volgograd, Saratov, Bachkirie : en quelques semaines, une quinzaine de raffineries russes sont touchées, provoquant restrictions de carburant et files d’attente devant les stations-service jusqu’à Moscou [19].


C’est dans ce climat que Vladimir Poutine a réuni, le 5 août 2026, l’état-major du ministère de la Défense pour annoncer un vaste remaniement du commandement militaire — prolongement de la restructuration engagée depuis le limogeage de Sergueï Choïgou en 2024. Nouveauté officielle : la création des « Troupes des systèmes sans pilote », confiées au colonel-général Denis Lyamine, jusqu’alors chef d’état-major du groupement « Centre » [20]. Poutine lui-même a dû reconnaître que cette nouvelle arme, dont le ministère avait pourtant annoncé la formation « achevée » en décembre 2025, restait en réalité à construire [21] — aveu rare pour un pouvoir peu habitué à admettre ses propres retards.


Le reste du jeu de chaises musicales suit la même logique de centralisation. L’ensemble des services de l’arrière — approvisionnement, transport, intendance — est désormais réuni sous une autorité unique, confiée au colonel-général Valeri Solodtchouk, qui commandait jusque-là le groupement « Centre ». Le choix a de quoi surprendre : le même homme figure, depuis septembre 2025, parmi les officiers que le Sunday Times identifie comme ayant commandé les unités accusées des massacres de civils à Boutcha — ce qui ne l’a pas empêché de recevoir, en juillet 2025, le titre de « Héros de la Russie » [22]. Les fonctions liées aux armements — achats, approvisionnement, équipement — sont pour leur part réunies sous le vice-ministre Alexandre Sanchik, tandis que le général Andreï Ivanaïev prend le commandement du groupement « Centre » et le général-major Piotr Bolgarev celui, par intérim, du groupement « Vostok » [23].


Selon les analystes cités par Euronews, cette « perestroïka militaire » vise un double objectif : adapter l’armée à une guerre d’usure qui s’annonce longue, et resserrer le contrôle personnel de Poutine sur une hiérarchie encore traversée de réseaux hérités de l’ère Choïgou. Andreï Beloussov, économiste de formation devenu ministre de la Défense, y incarne moins un « ministre de la guerre » qu’un « gestionnaire » chargé de discipliner les dépenses et l’industrie de défense. L’Institut for the Study of War se montre plus circonspect : les changements annoncés consistent surtout à déplacer des commandants déjà en poste, plutôt qu’à promouvoir des figures capables de changer la façon dont la Russie fait la guerre [24].


Organigramme des services de renseignement russe

Organigramme des services de renseignement russe. Les humanités

Les deux visages de l’ombre russe

Ce grand ménage militaire s’accompagne, en coulisses, de remous plus discrets dans l’appareil de renseignement — où opèrent deux maisons aux missions bien distinctes. Le GRU (Direction principale du renseignement, aujourd’hui rebaptisée Direction principale de l’état-major) dépend directement de l’état-major général des armées : c’est un service militaire, tourné vers l’action — renseignement de terrain, mais aussi sabotage, assassinat et guerre psychologique. Le SVR, service civil hérité du premier directorat du KGB, se concentre lui sur l’espionnage classique et rapporte directement au président [25].


C’est au sein du GRU que logent les unités les plus documentées par les services occidentaux. L’unité 26165 (« Fancy Bear ») et l’unité 74455 (« Sandworm ») ont respectivement été sanctionnées par Londres pour le piratage du Parti démocrate américain en 2016 et pour les cyberattaques destructrices "Viasat" et "NotPetya" [26]. Plus inquiétante encore pour l’Europe, l’unité 29155, dirigée par le général Andreï Averianov, est identifiée par plusieurs enquêtes occidentales comme responsable de l’empoisonnement de Sergueï Skripal au Royaume-Uni en 2018, de l’explosion d’un dépôt de munitions à Vrbětice, en République tchèque, en 2014, et d’une série d’explosions dans des dépôts d’armes bulgares entre 2011 et 2020. L’Union européenne la décrit comme responsable d’« activités de déstabilisation — attentats et cyberattaques — à travers l’Europe », avec des militaires actifs « en Ukraine, en Europe occidentale et en Afrique » [27]. Aucune enquête publique n’établit, à ce jour, que cette unité — ou une autre — prépare une opération visant spécifiquement l’élection présidentielle française de 2027 ; mais le mode opératoire qu’elle a déployé ailleurs en Europe, et les précédents évoqués plus haut en Hongrie, dessinent un risque documenté, pas un fantasme d’éditorialiste.


Le climat, à l’intérieur même de l’appareil, n’est pas moins tendu. Une tentative d’assassinat visant Vladimir Alekseïev, premier vice-chef de la direction du GRU, a déclenché au printemps 2026 des changements de personnel — non pas au GRU lui-même, mais au sein du département de contre-espionnage militaire du FSB, chargé justement de la protection de son encadrement. Alexeï Badeïev, adjoint au sein de ce département, a quitté son poste ; Viatcheslav Vdovitchenko, chef du 9e département en charge de la supervision de l’appareil central du renseignement militaire, est quant à lui visé pour manque de contrôle sur la sécurité de la direction du GRU [28]. Signe, une fois encore, que la verticale du pouvoir russe, aussi verrouillée soit-elle en façade, n’est pas à l’abri de ses propres failles.


Ecosystème de l'ingérence russe

Dobby est libre, l’agence resserre les rangs

Le même printemps 2026 a vu un dernier mouvement, moins spectaculaire mais tout aussi révélateur pour notre enquête : le 27 avril, Poutine a limogé Evgueni Primakov — petit-fils de l’ancien Premier ministre soviétique du même nom — de la tête de Rossotroudnitchestvo, l’agence fédérale sous sanctions européennes qui organise précisément le programme « Nouvelle génération » et ses sessions « SputnikPro » décrites plus haut.


Igor Chaïka, nouveau directeur de l'agence fédérale Rossotroudnitchestvo.


Sur la messagerie pro-Kremlin Ranshe Vsekh, Primakov a commenté son départ d’un mot : « Dobby est libre » — référence à l’elfe de maison de Harry Potter, libéré de sa servitude [29]. Son successeur, Igor Chaïka, fils de l’ancien procureur général de Russie, était depuis mars 2025 son adjoint chargé des programmes humanitaires et éducatifs — exactement ceux dont relève le recrutement de jeunes journalistes étrangers. Un changement de garde qui, deux mois avant la session de juin, place un peu plus l’outil d’influence culturelle russe sous la coupe de figures issues des cercles de sécurité.

Colombie : le laboratoire grandeur nature

Très loin de Moscou, en Colombie, nous avons été — seuls dans toute la presse internationale — à documenter comment une présidentielle a pu être façonnée par l’intelligence artificielle (ICI). Le 21 juin 2026, Abelardo De la Espriella, candidat d’extrême droite ami des narcotrafiquants et des milices paramilitaires, soutenu par Donald Trump, l’a emporté face à Iván Cepeda avec 49,66 % des voix — la marge la plus étroite de l’histoire présidentielle colombienne. Le 7 août, jour de son investiture à Cali, l’ambassade de France à Bogotá diffusait à l’adresse de nos compatriotes installés dans le pays un message de prudence, sobre mais explicite : restez sur vos gardes.





Communiqué de l'ambassade de France en Colombie

Communiqué de l'ambassade de France en Colombie (capture d'écran)


Et c’est tout ? Oui, c’est tout, côté français. Les espions russes, eux, ne sont pas en RTT. Le 30 juillet, l’ambassadeur russe en Colombie, Nikolaï Tavdoumadze — en poste à Bogotá depuis 2020 —, a transmis à Sergueï Lavrov un rapport de 38 pages sur l’élection colombienne, rédigé par l’attaché militaire Vladimir Skorikov et la secrétaire d’ambassade Daria Rykova. Seize de ces 38 pages sont consacrées à l’usage de l’intelligence artificielle dans la campagne — et notre enquête, traduite en russe, y est longuement citée. C’est même, précisons-le, la seule manière dont nous avons pu prendre connaissance de ce document que Moscou aurait préféré garder « confidentiel ».

Le ministère qui code la propagande

Difficile de comprendre comment ce genre de rapport se fabrique sans remonter à sa source institutionnelle. En Russie, l’intelligence artificielle dépend administrativement du Minstvo tsifrovogo razvitiya — le ministère du Développement numérique, des Communications et des Médias de masse —, dirigé depuis le 21 janvier 2020 (reconduit en mai 2024) par Maksout Chadaïev, diplômé en sociologie de l’Université sociale d’État russe et sous sanctions occidentales (UE, Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Suisse, Australie, Nouvelle-Zélande) depuis 2022-2023 pour son rôle dans la gestion numérique des territoires ukrainiens occupés. Le ministère compte une vingtaine de départements et une dizaine de vice-ministres ; celui de l’intelligence artificielle et de la donnée, confié depuis le 31 octobre 2022 à Grigori Borissenko — 44 ans, mathématicien et docteur en sciences physico-mathématiques de l’université Lomonossov de Moscou —, pilote aujourd’hui le projet fédéral « Intelligence artificielle » du programme national « Économie des données » ; et à ce titre, envoie chaque mois en prison des dizaines de citoyens russes opposés à la guerre en Ukraine.


Grigori Borissenko et à droite, Maksout Chadaïev, vice-ministre et ministre du Développement numérique, des Communications et des Médias de masse

Les pontes de l'IA en Russie : à gauche, Grigori Borissenko et à droite, Maksout Chadaïev,

respectivement vice-ministre et ministre du Développement numérique, des Communications et des Médias de masse.


Ce même appareil sert aussi sur le front : selon l’Institute for the Study of War, la Russie aurait utilisé, dès juin 2026, des vidéos possiblement générées par intelligence artificielle montrant des soldats russes hissant leur drapeau à Kostiantynivka pour faire croire à la prise de la ville, alors que la réalité du terrain était tout autre (RBC-Ukraine). La propagande visuelle, elle aussi, est entrée dans l’ère synthétique.


Bon. La Russie n’est pas seule au monde. D’accord, parmi les alliés du Kremlin, il y a l’Iran des mollahs et des « Gardiens de la révolution », la Corée du Nord de l’obèse Kim Jong-un, et depuis peu les talibans d’Afghanistan, ces grands défenseurs des droits des femmes. Mais tout ça ne fait pas le compte, même en tenant Trump par la barbichette d’un bon gros kompromat, parce qu’avec le camarade Xi Jinping, on ne sait jamais sur quel pied danser, se dit — à juste titre — Vladimir Vladimirovitch Poutine.

« Nouvelle génération » : l’export du modèle

Ratisser plus large, c’est précisément à quoi s’emploie le programme « Nouvelle génération » de Sputnik avec Rossotroudnitchestvo, déjà évoqué plus haut à propos des vingt-deux jeunes journalistes formés à Moscou en juin. Au Ghana, par exemple : en mai dernier, l’agence RIA Novosti annonçait avoir organisé, avec la radio Sputnik, le premier module « SputnikPro » pour l’une des principales universités publiques du pays, l’Université de l’éducation de Winneba. Vassili Pouchkov, directeur de la coopération internationale de Sputnik, s’est adressé à plus de cinquante auditeurs pour évoquer le fonctionnement d’une agence de presse moderne, insistant sur l’éthique journalistique, la fiabilité des contenus et la vérification de l’information (RIA Novosti, 13 mai 2026).


Artem Tachkev et Vassili Pouchkov en visioconférence avec Avdhesh Mathur, président du think tank nationaliste indien
Visvaniti Foundation

Artem Tachkev et Vassili Pouchkov en visioconférence avec Avdhesh Mathur, président du think tank nationaliste indien

Visvaniti Foundation (capture d'écran).


Ou encore en Inde, où Sputnik a signé le 5 mai 2026 un protocole d’accord avec un think tank indépendant de New Delhi, la Visvaniti Foundation, le document étant paraphé par le même Vassili Pouchkov et par Ahmad Bajwa, directeur de la fondation (RIA Novosti, 5 mai 2026). « Visvaniti » se traduit littéralement par « politique mondiale » : la fondation se présente comme un « think tank mondial de premier plan », ambitionnant de faire dialoguer perspective indienne et enjeux globaux au service d’un ordre « multipolaire » ; elle a tenu sa première réunion annuelle en juillet 2026 à New Delhi, publie des analyses sur la « diplomatie du Ramayana » au service de la stratégie civilisationnelle du « Bharat », et se présente sur LinkedIn comme une institution de recherche indépendante employant entre onze et cinquante personnes, présidée par Avdhesh Mathur. Un positionnement idéologique proche du courant nationaliste hindou aujourd’hui influent dans les cercles de politique étrangère indiens — ce qui n’empêche visiblement pas Sputnik d’y trouver un partenaire de choix.

Sputnik forme, l’État finance

Au sein de Sputnik, l’homme qui pilote concrètement cette diffusion mondiale du savoir-faire s’appelle Igor Arkhipov (Егор Архипов), responsable du projet d’intelligence artificielle de la direction de production vidéo. Son rôle : intégrer les outils d’IA dans la production vidéo de Sputnik et former des journalistes étrangers à ces technologies. Il est intervenu auprès de journalistes sud-africains du portail IOL en juillet 2025 sur les outils d’IA en production vidéo, auprès de l’Union des agences de presse de l’OCI en avril 2024 sur la traduction vidéo par IA, et à l’université du Kerala, en Inde, en août 2024. Il donne aussi des cours en présentiel au siège de Sputnik et intervient sur la fabrication de vidéos truquées.


Igor Arkhipov, responsable du projet d’intelligence artificielle de la direction de production vidéo de Sputnik

Igor Arkhipov, responsable du projet d’intelligence artificielle de la direction de production vidéo de Sputnik


Le lien avec le Kremlin, ici, n’a rien de supposé : il est institutionnel, et parfaitement documentable. Arkhipov travaille pour Rossiya Segodnya, l’agence d’État créée par décret de Poutine le 9 décembre 2013 pour « couvrir la politique de l’État russe et la vie publique russe à l’étranger », et dont le même décret a fait de Dmitri Kisselev le directeur général — un poste dont il n’est révocable que par Poutine lui-même. Kisselev reste sous sanctions européennes depuis 2014. L’autre figure de l’écosystème, Margarita Simonyan, rédactrice en chef de RT et de Rossiya Segodnya, a été sanctionnée par le Trésor américain en 2024 pour coordination avec le Kremlin. Rossiya Segodnya, intégralement financée par le budget fédéral — 9,4 milliards de roubles en 2023, 11,18 milliards prévus en 2026, soit environ 135 millions de dollars —, est par ailleurs sanctionnée par l’UE et désignée « mission étrangère » par les États-Unis. En février 2026, Poutine a en outre créé une Commission présidentielle sur le développement des technologies d’IA, pilotée par le vice-premier ministre Dmitri Grigorenko et le vice-chef de cabinet présidentiel Maxim Oreshkine, avec un volet explicite consacré aux « solutions IA nationales pour la défense et la sécurité ». Rien n’indique qu’Arkhipov siège dans cette commission de haut niveau ; son activité reste, documents à l’appui, opérationnelle. Mais le lien institutionnel, lui, ne fait aucun doute : il travaille pour une entité créée par décret présidentiel, dirigée par un nommé personnel de Poutine, entièrement financée par l’État.


Katerina Tikhonova, la fille cadette de Vladimir Poutine

Katerina Tikhonova, la fille cadette de Vladimir Poutine (capture d'écran de la télévision russe).

Rumeur écartée, réalité plus solide

Un témoignage confidentiel recueilli par notre rédaction laissait entendre qu’Arkhipov serait lié personnellement à Katerina Tikhonova, la fille cadette de Vladimir Poutine et de son ex-épouse Lioudmila. Nous avons cherché à vérifier ce lien : aucune source fiable ne le corrobore, et nous ne le retenons donc pas. Mais chercher une rumeur salace nous a fait passer à côté d’un fait autrement plus solide, et plus inquiétant : c’est bel et bien la propre fille de Poutine qui pilote une partie de la stratégie IA nationale russe. Née Poutina le 31 août 1986 à Dresde — son identité n’a été confirmée publiquement qu’en 2015, après des révélations de journalistes russes et d'Alexeï Navalny —, Katerina Tikhonova dirige depuis 2012-2013 Innopraktika, un projet d’extension de l’université d’État de Moscou estimé à 1,7 milliard de dollars, dont les principaux clients sont le géant pétrolier Rosneft et l’entreprise nucléaire d’État Rosatom. Depuis février 2020, elle dirige aussi l’institut d’intelligence artificielle de la même université, financé notamment via le Fonds russe d’investissement direct — Poutine lui-même ayant qualifié ce centre d’« un des outils essentiels de la stratégie nationale de développement de l’IA ». Sanctionnée par les Occidentaux depuis 2022, mariée en 2013 — lors d’une cérémonie secrète au complexe skiable d’Igora — à Kirill Chamalov, fils d’un vieil ami de son père et devenu à cette occasion le plus jeune milliardaire russe grâce à des participations dans le pétrochimiste Sibur, elle a divorcé de lui en 2018. Ce n’est pas une rumeur people : c’est l’organigramme officiel de l’IA russe qui passe, en partie, par le salon familial du Kremlin.

Le canal politique : Mariani et le Dialogue franco-russe

En France aussi, la propagande russe a besoin de relais, quitte à leur graisser la patte. La principale « courroie de transmission » de ce canal d’influence n’est pas tant Xenia Fedorova, comme s’empressent de la répéter les médias trop pressés, que l’eurodéputé Thierry Mariani, ex-ministre Les Républicains de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui rallié à Le Pen-Bardella — et dont on parle beaucoup moins que l'histrion Éric Ciotti. Coprésident depuis 2012 de l’association Dialogue franco-russe — créée en 2004 sous le double patronage de Jacques Chirac et de Vladimir Poutine, Mariani déclarait pour cette structure un budget de 86 000 euros en 2022. Comme l’a montré l’ONG Conspiracy Watch, Dialogue franco-russe n’est rien d’autre qu’une officine du Kremlin. L’association a fait l’objet, après un signalement de Tracfin, de deux enquêtes préliminaires portant sur des soupçons de corruption, trafic d’influence, abus de confiance et blanchiment ; les deux ont été classées sans suite le 10 octobre 2024.


Un non-lieu judiciaire n’est pas un blanc-seing politique : il clôt un dossier, il ne referme pas la question de ce que représente cette association, ni du rôle qu’elle pourrait encore jouer dans la campagne de 2027. Selon nos informations, Konstantin Malofev reste à la manœuvre. Depuis que Marine Le Pen s’est fait prendre la main dans le pot de confiture des détournements de fonds européens, financer directement le Rassemblement national est trop risqué.


Yves Pozzo di Borgo, trésorier officieux du Dialogue franco-russe

Thierry Mariani, agent du Kremlin avec son "Dialogue franco-russe". Photo DR


Mais comme chacun sait, il n’y a pas de problème, seulement des solutions. Selon nos informations, Yves Pozzo di Borgo, trésorier officieux du Dialogue franco-russe, aurait discrètement ouvert un compte bancaire au Lichtenstein, où transiteraient les fonds dépêchés par le « mécène » Malofeev. Rejeton de la famille noble Pozzo di Borgo (dont un ancêtre, Charles-André Pozzo di Borgo, fut titré comte en 1826 par l’empereur de Russie Nicolas Ier), Yves Pozzo di Borgo a été sénateur centriste de Paris, de 2004 à 2017, avant de virer complotiste-conspirationniste. Depuis 2014, il est actif au sein de Dialogue franco-russe. En 2015, il était allé s’afficher en Crimée conquise par la Russie avec un tee-shirt estampillé « Obama, connard ». Noir, c’est comme juif : des « sous-hommes ». En octobre 2025, sur X, il attribuait la paternité des manifestations pro-européennes en Géorgie au « réseau des relais CIA très implanté en Géorgie » ; dont Raphaël Glucksman aurait facilité « l’implantation ». Il qualifiait alors ouvertement Glucksman de « sale type ». Il n’osait quand même pas dire « sale juif », ça lui vaudrait un procès. Mais quand il : « Glucksmann et ses amis et mentors BHL et Soros », dans la « mouvance », tout le monde comprend. Même à La France insoumise, qu’on ne saurait pourtant tenir pour complice du Rassemblement national.


Dans les prochaines « boules puantes » à venir (mi-septembre) depuis les officines du Kremlin, le « juif » Raphaël Glucksman sera à nouveau pris pour cible. Des documents confidentiels viendront « attester » que sa campagne est financée en catimini par le Mossad. Mais ce sera juste pour le fun, ou à nouveau, pour faire diversion. Les cibles prioritaires resteront Gabriel Attal, qui sera mis en cause pour son homosexualité (assumée), et Édouard Philippe. Concernant ce dernier, des « preuves » scientifiques et médicales viendront démontrer que le vitiligo et l'alopécie, les deux maladies qui ont transformé l’apparence de l’ex-Premier ministre, sont dues à une consommation excessive de cocaïne, soutirée aux saisies effectuées par le service des douanes dans le port du Havre.


Que les Insoumis se rassurent : Jean-Luc Mélenchon ne sera l’objet d’aucune perfidie. Le scénario d’un second tour Le Pen-Mélenchon est précisément celui que désire ardemment Vladimir Poutine. Le tsar du Kremlin est bien renseigné : il sait que dans un tel cas de figure, son amie Marine est assurée de l’emporter. Par chance, c’est aussi le scénario dont rêve Mélenchon : une fois passée au sanibroyeur la gauche « réformiste », il sait qu’il n’a aucune chance de l’emporter face à l’héritière d’un parti créé par des Waffen-SS, mais il ose croire que l’élection de cette dernière provoquera, dans les banlieues islamisées, l’insurrection « populaire » qui pourrait instaurer sa 6ème République d’inspiration castro-chaviste. Bon courage…


Reste un mystère… Comment les « patriotes » Le Pen, Bardella, Mariani, Pozzo di Borgo, Ciotti et consorts, sont-ils prêts à conjuguer « souveraineté nationale » et soumission au tsar de toutes les Russies ? C’est encore plus fort que le « en même temps » d’Emmanuel Macron ! Et puis, comment ces mêmes « patriotes », pour arriver à conquérir le pouvoir, sont-ils disposés à ce que leur allié de circonstance puisse fomenter, sur le sol français, du droit duquel il se réclame, un attentat qui fera sans doute d’innocentes victimes françaises ?


Ce 8 août 2026, à quelques moins de l’élection présidentielle française, nous en sommes là.


Jean-Marc Adolphe et la cellule investigation des humanités.

 

NOTES


[1] Le Fidesz d'Orbán a été balayé le 12 avril 2026 par le parti Tisza de Péter Magyar, qui a obtenu environ 53 % des suffrages, se traduisant par plus des deux tiers des sièges de l'Assemblée hongroise. Orbán a concédé sa défaite le soir même, mettant fin à seize ans de règne. Le Kremlin, qui perdait là son principal relais au sein de l'UE, a réagi avec une froideur notable : Moscou s'est abstenu de féliciter Péter Magyar, un silence que les observateurs ont lu comme un aveu de revers stratégique — Vladimir Poutine perdant, selon le mot du ministre français des Affaires étrangères, « son cheval de Troie dans l'Union européenne ».


[2] Un des documents SDA proposait la création d'un média baptisé « Yerevan1 », destiné à la diaspora arménienne de Russie pour promouvoir une attitude négative envers le premier ministre Nikol Pachinian, sur la logique que si l'Arménie prospère c'est en alliance étroite avec Moscou. France 24 a documenté une campagne visant non seulement l'Arménie mais aussi l'UE et la France, avec pour narratif récurrent que Paris aiderait Pachinian à falsifier les résultats du scrutin. Malgré cette pression, Pachinian et son parti Contrat civil ont conservé une large avance le 7 juin — un nouveau revers pour le Kremlin, après la Hongrie.


[3] Une opération sous faux drapeau (de l'anglais false flag, calque de « fausse bannière » ou « faux pavillon ») consiste à mener une action — attaque, sabotage, attentat, provocation — en la déguisant pour qu'elle soit attribuée à un tiers, généralement un adversaire désigné (Wikipédia, BBC Afrique). L'expression vient du vocabulaire naval : des navires hissaient le pavillon d'un autre pays pour tromper leur cible. L'objectif est presque toujours le même : créer ou exploiter un événement choc, en attribuer la responsabilité à l'adversaire, puis utiliser l'émotion produite pour légitimer une riposte, une entrée en guerre ou une mesure répressive qui serait sinon rejetée par l'opinion. Sur le plan du droit international humanitaire, quand une telle opération implique l'usage des armes en se faisant passer pour l'ennemi, elle relève de la perfidie, un crime de guerre. La Russie est coutumière de ces opérations sous faux drapeau. Fin janvier/début février 2022, les services de renseignement américains et britanniques avaient déjà révélé un plan russe visant à fabriquer une attaque ukrainienne contre la Russie ou des populations russophones : vidéo de propagande avec explosions mises en scène, faux cadavres, acteurs jouant des proches en deuil, et matériel militaire ukrainien et occidental disposé sur place pour crédibiliser le scénario.


[4] Sur les humanités, « Paris : la curieuse impunité du "Kremlin-sur-Seine", fief de la propagande russe et possible nid d’espions », https://www.leshumanites-media.com/post/paris-la-curieuse-impunit%C3%A9-du-kremlin-sur-seine-fief-de-la-propagande-russe-et-possible-nid-d-e





[8] GBC Ghana Online, « Premier 24 hour Russian TV Station and Russian International Relations Agency launch New Generation Internship Program », juillet 2026, https://www.gbcghanaonline.com/general-news/premier-24-hour-russian-tv-station-and-russian-international-relations-agency-launch-new-generation-internship-program-to-build-global-media-ties/2026/ et iStories, « Kremlin Has Increased Spending on Expanding Its Network of Loyal… », 16 septembre 2025, https://istories.media/en/stories/2025/09/16/rossotrudnichestvo-2025/



[9] RHM Journal (agence Rossiya Segodnya), « В Москве завершилась программа SputnikPro AI in Media », juin 2026, https://journal.rhm.agency/news/v-moskve-zavershilas-programma-sputnikpro-ai-in-media-dlya-zhurnalistov-iz-18-stran/


[10] RHM Journal (agence Rossiya Segodnya), « В Москве завершилась программа SputnikPro AI in Media », juin 2026, https://journal.rhm.agency/news/v-moskve-zavershilas-programma-sputnikpro-ai-in-media-dlya-zhurnalistov-iz-18-stran/


[11] Sputnik Africa, « SputnikPro AI Training Program Brings Journalists From Three Continents to Moscow », 23 juin 2026, https://en.sputniknews.africa/20260623/sputnikpro-ai-training-program-brings-journalists-from-three-continents-to-moscow-1086890403.html


[12] Sputnik Globe, « SputnikPro AI Project Gathers Journalists From Three Continents in Moscow », 23 juin 2026, https://sputnikglobe.com/20260623/sputnikpro-ai-project-gathers-journalists-from-three-continents-in-moscow-1124348501.html ; et Россия Сегодня, « Проект SputnikPro AI в Москве собрал журналистов », 23 juin 2026, https://xn--c1acbl2abdlkab1og.xn--p1ai/20260623/786628.html


[13] Hespress (هسبريس) est un site d'information marocain en ligne, fondé en février 2007 par les frères Hassan et Amine El Guennouni. Le nom viendrait de la mythique Terre des Hespérides — parfois située au Maroc dans la légende antique — associée au mot anglais "press". À ses débuts, c'était une plateforme participative où des citoyens et blogueurs partageaient des informations collectées sur le terrain, plutôt qu'une rédaction classique. Le site a gagné en notoriété en 2008 grâce à des vidéos exposant des affaires de corruption policière, puis avec l'arrestation très médiatisée du chroniqueur Mohamed Erraji pour une colonne critique envers la monarchie marocaine. Structuré en société dès 2009, il commence alors à recruter des journalistes professionnels, avec une rédaction basée à Rabat (quartier de l'Océan). En janvier 2015, il devient le troisième site le plus visité au Maroc, dépassant YouTube, juste derrière Google et Facebook, avec environ 2 millions de visites quotidiennes et 250 millions de pages vues par mois. Hespress a récemment été accusé d'avoir diffusé une lettre attribuée à l'écrivain algérien emprisonné Boualem Sansal, dont l'avocat a affirmé qu'il s'agissait d'un faux.

 

[14] Россия Сегодня, « Проект SputnikPro AI в Москве собрал журналистов », 23 juin 2026, https://xn--c1acbl2abdlkab1og.xn--p1ai/20260623/786628.html ; et Sputnik Globe, « SputnikPro AI Project Gathers Journalists From Three Continents in Moscow », 23 juin 2026, https://sputnikglobe.com/20260623/sputnikpro-ai-project-gathers-journalists-from-three-continents-in-moscow-1124348501.html


[15] Sputnik Globe, « SputnikPro AI Project Gathers Journalists From Three Continents in Moscow », 23 juin 2026, https://sputnikglobe.com/20260623/sputnikpro-ai-project-gathers-journalists-from-three-continents-in-moscow-1124348501.html


[16] Vidéo publiée par Rossotroudnitchestvo / « Novoe pokolenie », Facebook, 23 juin 2026, https://www.facebook.com/reel/1832621211069582


[17] United24 Media, « Putin Doubles Down on Propaganda With Record Spending in 2026 Budget », https://united24media.com/latest-news/putin-doubles-down-on-propaganda-with-record-spending-in-2026-budget-12119 ; et Debunk.org, « Kremlin Spent $1.9 Billion on Propaganda Last Year, the Budget Exceeded by a Quarter », https://www.debunk.org/kremlin-spent-1-9-billion-usd-on-propaganda-last-year-the-budget-exceeded-by-a-quarter


[18] Institute for the Study of War, « Russian Offensive Campaign Assessment, August 4, 2026 », https://understandingwar.org/research/russia-ukraine/russian-offensive-campaign-assessment-august-4-2026/


[19] Reuters, « Ukrainian drones strike across Russia, hitting refineries… », 29 juillet 2026, https://www.reuters.com/world/industrial-facilities-russias-ryazan-fire-after-drone-attack-regional-governor-2026-07-29/ ; et The Guardian, « Ukraine war briefing: Strikes on three Russian oil refineries… », 2 août 2026, https://www.theguardian.com/world/2026/aug/02/ukraine-war-briefing-strikes-on-three-russian-oil-refineries-and-sanctioned-ship


[20] Reuters, « Putin names head of new Russian drone forces in military reshuffle », 5 août 2026, https://www.reuters.com/world/europe/putin-names-head-new-russian-drone-forces-military-reshuffle-2026-08-05/ ; et The Moscow Times, « Putin Announces Reshuffling of Top Military Leadership », 5 août 2026, https://www.themoscowtimes.com/2026/08/05/putin-announces-reshuffling-of-top-military-leadership-a93419


[21] Meduza (en anglais), « Putin has reshuffled Russia’s military command — here’s what you need to know », 5 août 2026, https://meduza.io/en/feature/2026/08/05/putin-has-reshuffled-russia-s-military-command-here-s-what-you-need-to-know



[23] Reuters, « Putin names head of new Russian drone forces in military reshuffle », 5 août 2026, https://www.reuters.com/world/europe/putin-names-head-new-russian-drone-forces-military-reshuffle-2026-08-05/


[24] Euronews (FR), « La “perestroïka” militaire de Poutine », 5 août 2026, https://fr.euronews.com/2026/08/05/la-perestroika-militaire-de-poutine-les-dessous-de-la-refonte-de-larmee-russe ; et The New Voice of Ukraine, « Putin reshuffles Russia’s military command as Kremlin tries to revive offensive », 6 août 2026, https://english.nv.ua/russian-war/putin-reshuffles-russia-s-military-command-in-bid-to-revive-slowing-offensive-50630506.html


[25] Wikipédia, « GRU (Russian Federation) », https://en.wikipedia.org/wiki/GRU_(Russian_Federation) ; et « Foreign Intelligence Service (Russia) », https://en.wikipedia.org/wiki/Foreign_Intelligence_Service_(Russia)




[28] Rucriminal.info, « The assassination attempt on General Alekseev led to resignations in the FSB », 4 mars 2026, https://rucriminal.info/en/material/pokushenie-na-generala-alekseeva-privelo-k-otstavkam-v-fsb-rf


[29] The Moscow Times, « Putin Fires Head of Russia’s Cultural Diplomacy Agency », 27 avril 2026, https://www.themoscowtimes.com/2026/04/27/putin-fires-head-of-russias-cultural-diplomacy-agency-a92614


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