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Russie-Ukraine : déportations d’enfants, vers un rythme "industriel"


L’annexion par la Russie des territoires occupés en Ukraine va permette d’industrialiser la déportation d’enfants raflés dans le Donbass et à Marioupol, qui relevait jusqu’à présent d’un système « artisanal ». Et pour Maria Lvova-Belova, la conseillère de Poutine aux droits des enfants (sic), pas question de restituer à l’Ukraine ces enfants volés. Leur "russification" est en cours. « La "dénazification" ne peut en aucun cas être inférieure à une génération », ne prophétisait-il pas l’idéologue Timofeï Sergueitsev…


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Dans la logique de prédation qui est celle de Poutine et de sa mafia, aucune règle internationale ne saurait freiner l’appétit du Führer. Crimes de guerre, prison d’Olenivka, centrale de Zaporijjia, etc. : à chaque fois, les instances internationales, Nations Unies en tête, ont été ridiculisées, bafouées, humiliées. Il n’y a pas de quoi s’en étonner. Comme le professait l’idéologue Timofeï Sergueitsev dans son délirant plan de conquête de l’Ukraine : « La dénazification ne peut être effectuée que par le vainqueur, ce qui suppose son contrôle inconditionnel du processus de dénazification et le pouvoir d'assurer ce contrôle. » (Lire « Le Mein Kamp de Poutine », publié par les humanités le 4 avril 2022).

Avec d’autres fanatiques de la cause impériale russe, Sergueitsev a asséné pendant des années ce thème de la « dénazification », qui constitue aujourd’hui encore le carburant -de plus en plus frelaté- de la propagande russe. Si Poutine s’en est saisi, au moment de lancer l’invasion contre l’Ukraine, c’est que cet argument, à lui seul, lui semblait pouvoir duper l’opinion publique russe, qui n’a comme dernier ressort d’une "identité nationale" que le récit passablement travesti d’une Union Soviétique qui aurait, à elle seule, vaincu le nazisme en 1945.

Le "peuple frère" a alors été présenté comme totalement infesté par le "nazisme" depuis la chute du Mur de Berlin. Un "nazisme" évidemment sponsorisé par les puissances occidentales, États-Unis en tête. Les "révolutions de couleur", obsession de Poutine réitérée hier lors d’un discours devant les services de renseignement des États de la CEI, ne sont pas aspiration des peuples à la démocratie, mais manipulation des "nazis" qui contrôlent « l’Occident collectif », au premier rang desquels la « racaille mondialiste », sous-entendu juive. Donc, pour faire vite : démocratie + occident = nazisme. Et les Juifs sont les premiers sponsors du nazisme. CQFD… La ficelle est un peu grosse, mais elle est censée justifier, aux yeux de l’opinion publique russe, la poursuite d’une guerre qui ne dit pas son nom. Quelle que soit les déroutes militaires sur le terrain (ce matin du 30 septembre, Lyman est sur le point d’être reprise par les forces ukrainiennes), quel que soit le coût en vies humaines, quelle que soit l’ampleur des désertions à l’annonce d’une mobilisation partiellement générale, Poutine s’est condamné à une fuite en avant dont nul ne connait l’issue.

A gauche : Vladimir Poutine, plus affaibli que jamais. A droite : Dmitri Rogozine, probable prochain vice-premier ministre

de la Fédération de Russie, en charge des territoires récemment annexés en Ukraine.


Selon David Gaüzère, directeur du Centre d’observation des sociétés d’Asie centrale, Poutine « sera chassé du pouvoir avant la fin du mois d’octobre, la fin de l'automne tout au plus. Et il sera chassé soit par son cancer, soit par un coup d’Etat qui viendra du sérail militaire » (Lire ICI).

En attendant, le maître du Kremlin brûle ses dernières cartouches. Ce 30 septembre, à 15 h à Moscou (14 h en France), il validera l’annexion de quatre régions d’Ukraine, après les pseudo-référendums qui viennent de s’y dérouler. La Fédération de Russie devrait alors "s’enrichir" d’une nouvelle "république autonome", dont la présidence devrait être confiée à Dmitri Rogozine, politicien d’extrême-droite qui était jusqu’en juillet dernier patron de Roscosmos, l’agence spatiale russe. Rogozine devrait même hériter du titre de vice-premier ministre de la Fédération de Russie, ce qui serait un gage donné par Poutine aux ultra-nationalistes de tout poil qui gravitent dans les sphères du Kremlin (A lire : « Vladimir Poutine débordé par l’extrême droite russe ? », article de Jules Sergei Fediunin sur The Conversation, 27/09/2022).

S’il y a quelqu’un que l’annexion des territoires occupés par la Russie réjouit au plus haut point, c’est bien Maria Lvova-Belova. Est-il encore besoin de présenter ici la Poutinasse du Kremlin en charge des « droits des enfants » (sic) ? Elle s’occupe en personne, avec l’aval du boss (Poutine) de la rafle et de la déportation d’enfants raflés dans les territoires occupés de l’Ukraine. Comme l’a révélé une précédente enquête des humanités, ce vol d’enfants (en vue de les « russifier ») a commencé avant même le 24 février. Plus de 7.000 enfants ont d’ores et déjà été « exfiltrés » d’Ukraine, et leur adoption en Russie va bon train. Mais jusqu’ici, déplorait Maria Lvova-Belova, cette entreprise criminelle (qu’elle qualifie « d’œuvre charitable ») ne pouvait être menée que de façon « artisanale ». Grâce à l’annexion, à l’abolition des frontières et des tracasseries administratives, ces déportations d’enfants vont pouvoir se poursuivre à un rythme « industriel ».

Ci-contre : Maria Lvova-Belova


« Le discours du président aux citoyens de notre pays, aux résidents des républiques de Donbass et des autres territoires libérés confirme la position absolument ferme de la Russie : protéger le peuple frère contre les nazis », a-t-elle déclaré le 22 septembre. Et pas question que l’UNICEF, les Nations Unies et tutti quanti ne viennent mettre leur nez dans ce monstrueux trafic d’enfants. Rappelons-le : « La dénazification ne peut être effectuée que par le vainqueur, ce qui suppose son contrôle inconditionnel du processus de dénazification et le pouvoir d'assurer ce contrôle. » En outre, ajoutait Timofeï Sergueitsev, « la durée de la dénazification ne peut en aucun cas être inférieure à une génération, celle qui va naître, grandir et mûrir dans les conditions de la dénazification. »

La déportation d’enfants a été, en quelque sorte, l’avant-garde de la politique de prédation-annexion que Vladimir Poutine va entériner ce jour.


La commissaire aux droits des enfants le confesse sans trop se faire prier. Le 28 septembre dernier, s’exprimant devant une commission dela Douma russe, elle évoquait le cas concret d’enfants "évacués" de Marioupol (selon elle, des enfants « abandonnés dans des caves », quand de multiples témoignages attestent de ce que des enfants ont été séparés de leurs parents lors des "filtrations"). « Au début », dit-elle, « ces enfants étaient négatifs. Ils insultaient Poutine, ils chantaient l’hymne ukrainien… » Au bout de quelques semaines, ils ont été placés dans des familles d’accueil, et ont exprimé « leur amour pour la Russie » (lire ICI, sur Meduza). Ben voyons. On aimerait en savoir plus sur les « camps de rééducation » par lesquels sont passés ces enfants avant de devenir tellement positifs


L’inénarrable Marie Lvova-Belova juge « incompréhensible » que l’Ukraine puisse réclamer le retour de ces enfants, y compris de ceux qui ont une famille identifiée. Comme le disait Elena Zaitseva, cheffe du département de la tutelle et de la protection des mineurs au sein du département du travail et de la protection sociale de Moscou : « Maintenant, ils sont à nous » (Lire ICI).

Face à l’ampleur d’un tel crime de guerre, les réactions de la communauté internationale sont encore bien timides. Si la pétition « Sauvons les enfants ukrainiens déportés en Russie » a d’ores et déjà recueilli plus de 94.000 signes, en France, ni le président de la République, ni son gouvernement n’ont émis la moindre émotion / indignation à ce sujet (ni aucune formation politique en tant que telle). Cela pourrait changer prochainement. Ce lundi 3 octobre, l’Assemblée nationale ouvrira ses travaux par un débat sur l’Ukraine. La question des enfants déportés devrait enfin être à l’ordre du jour. Frédéric Petit, député (Modem) représentant des Français établis à l’étranger (Allemagne, Europe centrale, Balkans), et qui a lui-même travaillé dans le Donbass, a déposé un projet de résolution qui incite notamment « la France à faire pression sur la Fédération de Russie afin que les organisations internationales et européennes concernées par les migrations, les droits humains et les droits des enfants, puissent accéder librement aux « camps de filtration » et autres lieux où se trouvent les civils et enfants ukrainiens. » Ce n’est pas grand-chose, ; mais ce serait déjà ça…


Jean-Marc Adolphe

Photo en tête d'article : une petite fille volée à Marioupol, dans les bras de sa "mère adoptive" à Moscou (capture d'écran).


Séquence photos


Maria Lvova-Belova avec, dans ses bras, une petite fille enlevée à Marioupol (capture d'écran)

La "russification" des enfants volés dans le Donbass (captures d'écran)

Le 22 septembre 2022, le gouverneur de la région de Nijni Novgorod, Gleb Nikitin, et Maria Lvova-Belova, participent à la rencontre d'une vingtaine d'"orphelins" arrivés du Donbass avec des familles d'accueil de Nijni Novgorod. "Certains des enfants ont pris l'avion pour Moscou depuis Rostov-sur-le-Don, d'autres depuis Koursk. Ils ont été évacués de Donetsk en février vers Rostov-sur-le-Don, où ils sont restés pendant sept mois. Plus de 300 enfants de Donbas ont maintenant été placés dans des familles russes. 104 autres orphelins de la République populaire de Louhansk devraient bientôt arriver en Russie. Il est prévu de les "distribuer" dans six régions, a déclaré Maria Lvova-Belova." (source : Kommersant)






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