Kirill bientôt dans le bac à ordures ? (et autres nouvelles du monde)
- Jean-Marc Adolphe

- 14 juin
- 7 min de lecture

Le patriarche Kirill. Photo AP
Nouveau Tour du jour en 80 mondes. Où va-t-on ce dimanche ? On ne peut s'empêcher de prendre le pouls de la Poutinie, où le Tsar ouvre à tout va le robinet des dépenses militaires, et de Trumpland, où le clown sinistre qui siège à la Maison Blanche mélange, combats de MMA à l'appui, son propre anniversaire avec celui de l'indépendance de son pays. En Afrique sous Ebola, on manifeste au Kenya et on se marie encore au Congo. On manifeste aussi au Mexique, en marge de la Coupe du monde de football; dont la finale aura lieu aux États-Unis. Mince, on a oublié de réserver, à 7 000 dollars la place...
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
RUSSIE
Enfin. Il aura fallu attendre un 21e paquet de sanctions — proposé, mais pas encore adopté — pour que l’Union européenne se décide à inscrire sur liste noire Kirill, le patriarche de l’Église orthodoxe russe. Une première tentative avait échoué en 2022 : le Premier ministre hongrois Viktor Orbán avait alors opposé son veto au nom de la liberté religieuse. Par « liberté religieuse », entendre : liberté de présenter la guerre en Ukraine comme une « guerre sainte », liberté de bénir des missiles qui fauchent des civils, liberté de participer aux déportations d’enfants ukrainiens, à leur endoctrinement et à leur militarisation. Sur ce dernier point, l’enquête des humanités n’a été reprise ni même mentionnée nulle part : il faut croire que cela n’est pas très important. De même, nous avons été presque les seuls à nous étonner de l’étrange mansuétude dont bénéficie, aujourd’hui encore, en plein cœur de Paris, la « cathédrale Poutine » et son centre culturel russe, qui poursuit en toute impunité sa propagande sous couvert de bénitier (*).
Pour des responsables de haut rang comme Kirill, une seule destination : le bac à ordures — et, sans doute un jour, une comparution devant un tribunal spécial appelé à juger les crimes de guerre commis par la Russie de Poutine en Ukraine. En attendant, les sanctions que devrait prononcer l’Union européenne resteront une demi-mesure. Certes, les avoirs personnels de Kirill seront gelés et il ne pourra plus voyager en Europe, mais il n’est pas excessif de considérer que c’est l’Église orthodoxe russe elle-même qui devrait être sanctionnée, voire désignée comme « organisation terroriste ».
(*) - Sur les humanités, voir notamment "Le djihad orthodoxe du Kremlin" (ICI) et "La mafia orthodoxe russe, au cœur des déportations d'enfants" (ICI) ; et "Pâques au balcon… du Kremlin-sur-Seine" (ICI).

Mercredi dernier, Vladimir Poutine et Kim Jong-un se sont chaleureusement serré la paluche à Pékin, lors d'un grand défilé militaire qui commémorant les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Asie. Le premier a remercié le second pour pour « le courage de ses troupes » qui se battent en Ukraine du côté russe. Le second a exprimé sa gratitude en déclarant que les relations bilatérales entre les deux pays avaient « avancé dans tous les domaines ». Ça valait bien le sacrifice de quelque 2 000 troufions nord-coréens déjà passés de vie à trépas sur le front ukrainien…
En Russie même, Poutine a signé vendredi un décret portant l'effectif autorisé des forces armées russes à 2 399 130 personnels, dont 1 510 000 militaires en service actif. Cette mesure représente une augmentation de 7 360 soldats par rapport au chiffre précédent de 1 502 640, établi par un décret de mars. Au premier trimestre 2026, la Russie a consacré 46 % de l'ensemble des dépenses de son budget fédéral aux activités militaires, soit une hausse de 30 % par rapport à la même période en 2025. En face, les recettes publiques, en chute libre, n'ont totalisé que 8 300 milliards de roubles au cours de dc trimestre : les dépenses militaires ont absorbé près des deux tiers de l'ensemble des recettes du budget fédéral. Les coûts cumulés depuis le début de l'invasion à grande échelle en février 2022 s'élèvent à environ 42 340 milliards de roubles (environ 505 milliards d’euros).
Pendant ce temps, la campagne soutenue de drones ukrainiens contre les infrastructures pétrolières russes a porté le nombre de régions touchées par des pénuries de carburant de 15 à au moins 25 en moins d'une semaine, contraignant le Kremlin à chercher des solutions d'urgence alors que la demande estivale s'intensifie.
- « Дорогая, этим летом, возможно, нам не удастся позагорать на Крыме » (« Chérie, cet été, on n'ira peut-être pas se dorer la pilule en Crimée »)
MEXIQUE
La Coupe du monde de foot, c’est parti, aux États-Unis, au Canada, mais aussi au Mexique.
Pour assister à un match de cette Coupe du monde, les prix vont de 60 à120 dollars - pour quelques rares places en catégorie 4 – à plus de 7 000 dollars pour la finale au MetLife Stadium (New Jersey). Aux États-Unis, pour les matches où joue l’équipe américaine, le prix d’entrée est souvent proche ou au‑delà de 1 000 dollars. Au Mexique, le prix moyen pour les matches en phases de poule tourne en moyenne autour de 700 dollars. Pour voir jouer la sélection nationale, le tarif moyen grimpe à 2 000 dollars. Ça fait quand même cher l’opium des peuples !
Photos ci-dessous :
Lors de la cérémonie d'ouverture, avant le coup d'envoi du match de football de la Coupe du monde (Groupe A) opposant le Mexique à l'Afrique du Sud à Mexico, le 11 juin 2026. Photo Natacha Pisarenko/AP
Un supporter sud-coréen avant le match opposant la Corée du Sud à la Tchéquie à Zapopan, près de Guadalajara, le jeudi 11 juin 2026. Photo Matias Delacroix/AP
Des manifestants lors d'une marche de protestation avant la journée d'ouverture de la Coupe du monde à Mexico, le 11 juin 2026. Photo/Ginnette Riquelme/AP
Des proches des personnes disparues au Mexique et des manifestants défilent à Mexico, le 11 juin 2026, à la veille de la cérémonie d'ouverture de la Coupe du monde de football. Photo Alejandro Cegarra/AP




ÉTATS-UNIS
C’est parti. Pour le 250ème anniversaire de l’indépendance des États-Unis, place au show « Freedom 250 », cliché vivant de l’Amérique version Trump 2.0 : mélange de culte du président, patriotisme de stade, privatisation du récit national et confusion totale entre pouvoir politique, show business et violence spectacle. Jamais un événement sportif professionnel n’avait eu lieu à la Maison‑Blanche ; installer un octogone de MMA sur la pelouse sud revient à transformer le symbole suprême du pouvoir civil en arène de combat sponsorisée, estampillée « Freedom ». En installant la cage au plus près du pouvoir exécutif, l’événement consacre le MMA comme divertissement officiel de l’Amérique trumpiste, au croisement du patriotisme de stade, du culte de la violence spectaculaire et du soft power national.
« Freedom 250 » et une structure créée par décret et pensée pour contourner le cadre public classique des célébrations du 250e anniversaire, en confiant une partie de la mémoire nationale à un partenariat Trump–secteur privé. On n’est plus dans une commémoration pluraliste type bicentenaire 1976, mais dans un récit recentré sur la grandeur virile et blanche de l’Amérique, avec un président qui fait coïncider l’anniversaire du pays, le Flag Day et… son propre 80e anniversaire.
Le budget annoncé pour ce « gala » très spécial tourne autour de 60 millions de dollars. Entrée gratuite pour le peuple tenu à distance, devant des écrans géants, et… 1,5 million de dollars le billet pour trinquer au bord de la cage avec Trump : la démocratie en catégories VIP.
Photos ci-dessous :
L'arène où se dérouleront les combats de l’Ultimate Fighting Championship « Freedom 250 », située sur la pelouse sud de la Maison Blanche, à Washington. Photo Alex Brandon/AP
Le commentateur de l’Ultimate Fighting Championship, Joe Rogan lors de la cérémonie de pesée de l'UFC Freedom 250, le samedi 13 juin 2026, à Washington, en amont du combat prévu ce dimanche sur la pelouse sud de la Maison Blanche. Lui-même ancien pratiquant d’arts martiaux, Joe Rogan a lancé en 2009 le podcast « The Joe Rogan Experience », devenu le plus écouté au monde avec des épisodes suivis en moyenne par plus de 10 millions d’auditeurs en moyenne. En 2020, il a signé avec Spotify un contrat d’exclusivité évalué à une centaine de millions de dollars. Ce libertarien invite régulièrement dans son podcast toute la galaxie de figures antivax, complotistes, anti‑« woke », etc. Photo Julia Demaree Nikhinson/AP
Ilia Topuria lors de la cérémonie de pesée officielle de l'UFC Freedom 250, samedi 13 juin 2026, à Washington. Ilia Topuria est un combattant de MMA hispano‑géorgien, devenu l’une des superstars actuelles de l’UFC et champion du monde dans les petites catégories. Photo Julia Demaree Nikhinson/AP



KENYA

Un manifestant est arrêté par la police antiémeute lors d'une manifestation contre le projet de centre de quarantaine pour Ebola que les États-Unis envisagent d'installer à la base aérienne de Laikipia, à Nanyuki, le 9 juin 2026. Photo Brian Inganga/AP.
Depuis plusieurs jours, la petite ville de Nanyuki, au pied du mont Kenya, est le théâtre de manifestations contre un projet de centre de quarantaine pour Ebola financé par les États‑Unis sur la base aérienne de Laikipia. Malgré une décision de la Haute Cour kényane ordonnant la suspension du chantier, Washington et Nairobi ont confirmé leur intention de poursuivre l’installation de cette unité de 50 lits destinée à accueillir des citoyens américains potentiellement exposés au virus, alimentant la colère de riverains qui accusent les deux gouvernements d’exporter les risques sanitaires vers l’Afrique. Mardi 9 juin, la police antiémeute a dispersé les rassemblements à coups de gaz lacrymogènes et de tirs, faisant au moins un mort et plusieurs blessés, tandis que des dizaines de manifestants étaient arrêtés dans les rues de Nanyuki.
CONGO

Des femmes applaudissent lors d'une cérémonie de mariage alors qu'une épidémie d'Ebola sévit dans la province d'Ituri, à Bunia, au Congo, le 6 juin 2026. Photo Moses Sawasawa/AP.
À Bunia, au cœur de la province d’Ituri frappée par une nouvelle flambée d’Ebola, la vie tente de suivre son cours malgré la peur et les restrictions sanitaires. Les autorités congolaises ont imposé des limitations aux rassemblements, des mesures de distanciation et des consignes strictes d’hygiène, mais les mariages restent des moments essentiels de sociabilité, parfois aménagés pour réduire les contacts physiques. Depuis la mi‑mai, l’Organisation mondiale de la santé et le ministère de la santé congolais recensent plusieurs centaines de cas confirmés et une centaine de décès, la quasi‑totalité concentrés en Ituri, dont Bunia est l’un des principaux foyers.
ET AUSSI
Loin de la Coupe du monde de foot...

Des jeunes disputent un match de football lors d'une rencontre avec le pape Léon XIV et la communauté diocésaine au stade Santiago Bernabéu de Madrid, en Espagne, le 8 juin 2026. Photo Alessandra Tarantino/AP

Des enfants palestiniens regardent un jeune colon israélien qui vient de récupérer leur ballon de football, envoyé au-delà d'une clôture barbelée entourant un petit terrain de foot près de la colonie de Carmel, dans le village bédouin d'Umm al-Khair, en Cisjordanie. Photo Leo Correa/AP.

À Mexico, le 9 juin 2026, l'équipe d'Aztlán Tenochtitlan dispute une partie d'ulama, un jeu de balle traditionnel mésoaméricain dont les origines remontent à l'époque préhispanique. Photo Marco Ugarte/AP.






Tout change et rien ne change.
Kirill, ancien -du KGB- a le même rôle auprès de Poutine que Grigori Raspoutine avait à la cour de Nicolas II ... Le destin de Kirill sera-t-il identique ? "Kirill vendredi, dimanche mourra" J-B Botul.
Les USA sont gouvernés par une brute abrutie. Des combats sans merci pour la fête à Trump$, c'est logique.
Et le foot ? On s'en fout !!!
Tout ce bazar / business m'évoque Jean-Luc Bideau, dans un film d'Alain Tanner ("La Salamandre" ?) expliquant à Jacques Denis le non-sens de l'affaire : d'abord 11sportifs qui tapent dans un balle pour finir par la construction d'un parking géant pour des milliers de voitures ! (celles des spectateurs du stade énôôôrmes…