Vaincre l’extrême droite. Un cabaret des "humanités" (manifeste)
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 5 heures
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Valeska Gert pose en clown (1928)
Parce que « finir bleu marine n’est pas très excitant comme horizon », les humanités lance « Lucioles 2027 » : une campagne éditoriale et un cabaret nomade pour documenter, déjouer et désirer autrement. Rien n’est perdu.
les humanités, ça n'est pas pareil.
Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût :
Ce n’est pas gagné, mais au moins s’y employer.
Entrer en résistances. Est-il temps de baisser les bras, de céder plus ou moins consciemment à la résignation, au fatalisme sondagier ?
« Finir bleu marine n’est pas très excitant comme horizon », écrivais-je en 2013 dans le texte manifeste d’un festival des humanités qui n’a connu que trois éditions à ce jour (1), mais dont la constellation a accouché d’un journal-luciole. Et un journal, quoi qu’on en pense, ce n’est pas rien.
Préambule d’un festival des humanités (2013), extrait
Parce que Google, nouvel empire.
Parce que pas envie de finir totalement « transhumaniste » avec intelligence totalement artificielle.
Parce que d’autres valeurs à défendre.
Parce que bien souvent, au lieu d’« humanité augmentée », il faudrait parler d’humanité diminuée.
Parce que devenir robot n’est pas très excitant, comme horizon.
Parce que nous avons le droit, et même le devoir, d’être imparfaits,
D’avoir encore des sentiments, des émotions (à revendre, même gratuitement).
Parce que les extrêmes droites, parce que les radicalismes meurtriers.
Parce que pas envie de macérer dans le repli sur soi et la haine des autres.
Parce que d’autres valeurs à défendre.
Parce que nos identités sont multiples, composites, hospitalières, en devenir.
Parce que finir bleu marine n’est pas très excitant, comme horizon.
Parce que nous avons le droit, et même le devoir, d’être rebelles,
De ne pas nous sentir en dette d’une « crise » qui n’est pas la nôtre.
Et qu’il est urgent de « couper la mèche qui brûle avant que l’étincelle n’atteigne la dynamite » (Walter Benjamin, en 1940)
Cent fois remettre son métier sur l’ouvrage.
Malgré les défaites et les échecs, les luttes pour rien et les humiliations,
les obstacles et les contre-temps, les vertes et les pas mûres.
Il n’y a pas de fatalité à croire à toutes les sornettes qui se CNewsent (entre autres),
pas d’obligation à renoncer à qui nous sommes,
à brader nos désirs sur leboncoin, à se dire qu’il n’y aurait plus d’avenir,
à se laisser avoir par la peur et tous ses dérivés,
etc., la liste serait longue comme un jour sans pain.
Résister, ce n’est pas sans cesse crier au loup
mais prendre soin de la bergerie avant qu’on nous tonde la laine sur le dos.
Résister, ce n’est pas se réfugier dans l’incantation de mots dévalorisés, même liberté égalité fraternité, tellement ils ont été attaqués au marteau-piqueur de l’arrogance des puissants,
ne parlons même pas des « valeurs républicaines », puisque c’est précisément le ressentiment de celles et ceux qui y ont cru et s’en trouvent exclu.e.s qui nourrit le vote rance. Comme une sourde volonté de revanche.
Pour vaincre l’extrême droite, il faut inventer du neuf, de l’inouï, du joyeux, du singulier collectif.
Avec les humanités, sans avoir toutes les questions aux réponses, on a la ferme intention d’y contribuer, pour peu que moyens nous en soient donnés.
Les humanités lancent « Lucioles 2027 » : une campagne éditoriale et un cabaret nomade pour documenter, déjouer et désirer autrement.
Avec les moyens du journalisme :
Nos enquêtes sur les ingérences russes, sur la facho-tech au royaume pourri de Trumpland, ou encore dans la fabrication des extrême droites en Amérique latine, nous donnent quelques longueurs d’avance pour anticiper les campagnes de désinformation qui vont déferler ici, et pour les dézinguer avant même qu’elles ne sèment la pagaille. On sait comment faire – mais ça relève pour l’heure du « secret défense », disons juste qu’il faudra quelques outils technologiques et quelques moyens humains, mais rien d’exorbitant.
Avec des chroniques et analyses qui seront autant de munitions pour défaire les récits qui saturent l’espace public, et pour rouvrir l’imaginaire collectif.
Contre une politique hors sol, raconter un pays réel, celui des initiatives solidaires, des luttes écologiques locales, des engagements associatifs ou culturels. A partir du mercredi 11 novembre 2026 – jour d’armistice – et jusqu’au second tour de la prochaine élection présidentielle, les humanités entre en campagnes : sur les terrains, dans les territoires et dans le débat public. Non pas pour soutenir quelque candidat providentiel que ce soit, mais pour reprendre le pouvoir sur le réel. En allant chercher, parfois au ras des pâquerettes ; des nouvelles qui sauront redonner l’espoir dont on voudrait nous démunir.
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Avec d’autres moyens que ceux du journalisme :
Journal luciole, les humanités est aussi média alter-actif, né, comme on l’a dit, de la constellation d’un festival des humanités.
Ce « festival » n’aura ni dates, ni lieux fixes. En quelque sorte nomade et permanent.
Il pourra avoir lieu ici et là, simultanément (dans des théâtres, centres d’art, mais aussi en places publiques, dans des cafés, des librairies, des lavomatiques, ou même virtuellement, sur la Toile).
Il pourra avoir lieu ici ou là, séparément (au centre et en périphéries, ici et dans d’improbables ailleurs).
(…) Il y aura donc des « spectacles » et des « expositions », des « performances » et des « installations », des mots et des images, des sons et des volumes, mais aussi des temps pour rien, des zones d’échanges, des tchatches et des joutes oratoires, des banquets et du carnaval.
Il s’inventera en compagnie d’artistes, d’écrivains, poètes, philosophes, scientifiques, etc., mais aussi de « gens de la moyenne » (Colette Magny).
(…) Il sera bien sûr éco-responsable et tout ça, mais sera aussi suffisamment fou pour déjouer toutes les routines asphyxiantes.
Préambule à un festival des humanités (2013), extrait
Les temps changent (vite), il faut suivre le mouvement.
En 2027, le festival des humanités se transformera en cabaret (du picard cambrette, « petite chambre »).
Il ne s’agit pas de jouer au Moulin Rouge pour faire plaisir à Rachida Dati, mais quand même faire un peu de cancan : s’entre-causer de comment ça va, en buvant quelques coups au passage, avec musique, poésie, projections, ateliers en prime.
Attention : les humanités n’a pas vocation à être tourneur de spectacles. Ce cabaret des humanités tiendra de l’auberge espagnole : il y aura certes un « mode d’emploi » liminaire -- qui pourra être retourné dans tous les sens --, mais ce sera à chacun.e d’en inventer chaque fois, en co-construction, les formes et contours.
Une luciole n’éclaire pas seule toute la nuit. Mais elle signale qu’il y a encore des vivants, des regards, des chemins à inventer.
« Lucioles 2027 » cherchera à rassembler celles et ceux qui veulent enquêter, accueillir, jouer, penser, cuisiner, projeter, débattre, danser, transmettre et faire circuler des nouvelles du réel.
Pour s’y joindre : lucioles2027@proton.me
Jean-Marc Adolphe
(D’autres projets éditoriaux mijotent, mais un jour après l’autre…)
(1). Première édition les 7 et 8 avril au Teatro Tolima à Ibagué (Colombie). Seconde édition en 2020-2021 pendant les périodes de confinement et leurs interstices, lors de la crise sanitaire liée au Covid. Troisième édition à Cenne-Monestiés, dans l'Aude, du 31 août au 3 septembre 2023, avec l’association L’Art en Cenne.
Quelques premières lectures recommandées :
Bernard Noël, Monologue du nous, P.O.L, 2015. Une fable politique portée par un « nous » de militants confrontés à l’épuisement de leurs certitudes : pour interroger ce qui tient encore ensemble lorsque l’idée même de révolution semble vaciller.
Daniel Sibony, La haine du désir, Christian Bourgois, 1994 (édition revue ; première édition en 1978). Une réflexion psychanalytique sur les ressorts de la haine, de la culpabilité et du désir entravé : utile pour comprendre comment le ressentiment prospère lorsqu’il ne trouve plus de langage, de partage ni d’horizon.
Mia Couto, Murer la peur, Chandeigne, 2016, traduction de l’édition portugaise par Elisabeth Monteiro Rodrigues. Un bref texte incandescent contre l’instrumentalisation politique de la peur : une invitation à ne pas laisser la peur enfermer les imaginaires, les corps et les sociétés.
Et une chanson, peut-être ? Mouloudji, Faut vivre (1973)
Photo en tête de publication : Valeska Gert (1892-1978), danseuse, actrice, cabaretière et performeuse allemande, fut une figure indocile des avant-gardes berlinoises des années 1920. À rebours de la grâce codifiée et des récits bien ordonnés, elle faisait danser les secousses de son temps : la peur, l’ivresse, la prostitution, la mort, la guerre, la fatigue des villes et les corps que la société préfère ne pas voir. Ses solos — souvent brefs, féroces, grotesques ou bouleversants — tenaient du cabaret, de la pantomime, de la satire et du cri.
L’arrivée des nazis au pouvoir la contraignit à l’exil en 1933. Après des années de survie en Europe puis aux États-Unis, elle revint en Allemagne et ouvrit à Berlin puis à Munich des lieux de cabaret où se croisaient artistes, marginaux et dissidents. Valeska Gert n’incarne pas une nostalgie des « belles années » : elle rappelle que l’art peut faire de l’inconfort une force, du rire une arme et de l’excentricité une manière de ne pas céder.
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Vive le cabaret nomade !
Un slogan actualisé : " Au RN on n'a pas d'idée mais on a le voile ! "
Brigitte Fontaine + Art Ensemble Of Chicago " Comme à la Radio " (album "Comme à la Radio", 1970)
" https://www.youtube.com/watch?v=kXqjnZ9nUeU&list=RDkXqjnZ9nUeU&start_radio=1 "