Venezuela, au cœur du séisme
- La rédaction
- il y a 2 jours
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Les décombres d'un immeuble à Catia La Mar, le 25 juin 2026. Photo Pedro Mattey/AP
TOUR DU JOUR EN 80 MONDES Un double séisme a éventré, en quelques secondes, le mince ruban de terre qui relie Caracas à la mer. À La Guaira, port historique du Venezuela arrimé entre montagne instable et Caraïbe, les maisons se sont affaissées comme des cartes, réveillant la mémoire encore vive des coulées de boue de 1999. Trois jours plus tard, au‑delà des bilans qui s’alourdissent, c’est tout un pays déjà exsangue qui vacille, pris entre solidarité de voisinage, colère sourde et arrivée au ralenti des secours venus de l’extérieur.
les humanités, ça n'est pas pareil.
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Avant que la terre ne se mette à trembler, La Guaira vivait au rythme des tambours de Naiguatá - processions, carnavals et veillées rituelles -, des processions de la Cruz de Mayo hants dévotionnels, « parrandas » et tambours forment un répertoire local très vivant, où se croisent héritages afro‑vénézuéliens et catholiques populaires -. La Guaira, port accolé à Caracas entre mer des Caraïbes et montagne, est depuis le XVIᵉ siècle la porte d’entrée maritime du Venezuela et l’un de ses principaux poumons commerciaux.
Fondée à la fin du XVIᵉ siècle comme débouché de Caracas, La Guaira s’est imposée très tôt comme principal port colonial, protégé par une chaîne de forteresses face aux corsaires et aux flottes anglaises, françaises ou hollandaises. Coincée sur un étroit ruban de terre entre la cordillère littorale et la mer, la ville s’est développée en un dense tissu de maisons basses, entrepôts et patios, arrimé au tracé stratégique du « Camino de los Españoles » qui reliait le port à la capitale.
Capitale de l’État du même nom, La Guaira reste aujourd’hui un maillon essentiel pour l’approvisionnement de Caracas, deuxième port commercial du pays, mais aussi zone d’urbanisation précaire, saturée entre montagne instable et littoral exposé. Frappée par de grands séismes comme celui de 1812 et par les coulées de boue meurtrières de 1999 - la « Tragedia de Vargas » -, la ville vit avec la mémoire des catastrophes et la conscience aiguë d’habiter, au plus près de la faille, la frontière mouvante entre mer et ville.
C’est là que le double séisme de 2026 a choisi, ironie tragique, de fixer son épicentre. Survenus en fin de journée – deux secousses de forte magnitude, ressenties jusqu’à Caracas –, les tremblements de terre ont frappé sans prévenir un littoral déjà saturé, où nombre d’habitants vivent à flanc de montagne ou au bord de l’eau, dans des constructions fragiles. Le bilan, encore très provisoire, fait état de 1 430 morts et de plus de 3 300 blessés. Mais près de 60 000 personnes sont toujours portées disparues, trois jours après le séisme.
L’état d’urgence a été décrété, l’aéroport international de Maiquetía fermé, et l’aide internationale commence à peine à se déployer, au compte‑gouttes, dans un pays déjà ravagé par des années de crise économique, de pénuries et d’exode massif. Dans les rues de La Guaira comme dans les quartiers populaires de Caracas, les habitants fouillent les décombres à mains nues, partagés entre entraide et colère contre un État jugé une fois de plus absent ou débordé. L’état d’urgence, les promesses présidentielles et l’arrivée au compte‑gouttes d’équipes étrangères de sauvetage et d’aide humanitaire – françaises, européennes, latino‑américaines – peinent à masquer l’ampleur d’un désastre qui met à nu vingt ans de crise, de désinvestissement et de fuite massive des forces vives du pays.
Victoria Luz

A La Guaira, épicentre du séisme, le 27 juin 2026. Photo Matias Delacroix/AP

Des habitants et des secouristes fouillent les décombres deux jours après le séisme qui a frappé La Guaira, le 26 juin 2026.
Photo : Juan Pablo Arraez/AP

A La Guaira, le 25 juin 2026. Photo Javier Campos/AP

Les secouristes fouillent les décombres trois jours après les tremblements de terre qui ont frappé Catia La Mar, au Venezuela,
samedi 27 juin 2026. Photo Fernando Vergara/AP

A Catia La Mar, le 27 juin 2026. Photo Fernando Vergara/AP

Arkelis Izaguirre, à droite, cherche son frère, Manuel, parmi les décombres d'un immeuble effondré,
trois jours après les tremblements de terre qui ont frappé La Guaira, le 27 juin 2026. Photo Matias Delacroix/AP

Ezequiel Frontado observe des corps recouverts alors qu'il recherche des proches disparus, trois jours après les tremblements de terre
qui ont frappé Catia La Mar, au Venezuela, le 27 juin 2026. Photo : Fernando Vergara/AP

Des patients sont allongés à l'extérieur d'un hôpital évacué après avoir été endommagé par le tremblement de terre à Catia La Mar,
le 25 juin 2026. Photo Pedro Mattey/AP

Des habitants campent devant leur immeuble trois jours après que les tremblements de terre ont endommagé leurs logements à La Guaira,
le 27 juin 2026. Photo Fernando Vergara/AP

Des personnes touchées par le séisme font la queue pour recevoir de la nourriture à La Guaira, le 27 juin 2026. Photo Matias Delacroix/AP

Kevin Tovar est assis près de sa maison endommagée, tenant des affichettes sur lesquels figure une photo de son père disparu, à La Guaira, le 26 juin 2026, deux jours après les deux séismes qui ont frappé le pays. Photo Ariana Cubillos/AP

A La Guaira, le 27 juin 2026. Photo Ariana Cubillos/AP
CORÉE DU SUD

La Sud-Coréenne Jang Eun-jin et sa fille Lee Beom s'inclinent devant la tombe de son grand-père Jang Jae-hong,
qui a combattu pendant la guerre de Corée, à l'occasion du 76e anniversaire du début de la guerre de Corée,
au cimetière national de Séoul, en Corée du Sud, le 25 juin 2026. Photo Ahn Young-joon/AP
À Séoul, la commémoration du 76e anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée rappelle que le conflit, suspendu par un armistice en 1953, n’a jamais débouché sur un traité de paix, laissant les deux Corées techniquement en guerre et séparées par une frontière toujours militarisée. Au cimetière national, où reposent plus de 165 000 personnes ayant « sacrifié leur vie pour la nation », les familles se recueillent devant les stèles de soldats et de civils tombés lors de la guerre ou dans les décennies suivantes, dans un pays qui fait de juin le « mois du souvenir » consacré aux vétérans.
CORÉE DU NORD

Sur la banderole, on peut lire : « Anéantissons les agresseurs impérialistes américains, ennemis jurés du peuple coréen ! ».
Le 25 juin 2026, des jeunes et des étudiants sont rassemblés à Pyongyang pour célébrer ce que la Corée du Nord appelle
« la journée de lutte contre l’impérialisme américain ». Photo Cha Song Ho/AP.
Cette manifestation de jeunes et d’étudiants à Pyongyang s’inscrit dans la réactivation, par le régime nord‑coréen, d’une rhétorique de « guerre de revanche » contre Washington, à l’occasion de la « journée de lutte contre l’impérialisme américain », commémorée chaque 25 juin, date à laquelle la Corée du Nord affirme que la guerre de Corée a commencé par une agression des États‑Unis et de leurs alliés. Organisée à la veille de cet anniversaire au Youth Park Open-Air Theatre de la capitale, la mobilisation fait partie d’un mois de « lutte anti‑américaine » jalonné de rassemblements, d’expositions et de projections qui réaffirment la version officielle de l’histoire – celle d’un peuple martyrisé mais désormais doté, selon la propagande, de « l’arme absolue » pour punir les « agresseurs impérialistes ». Alors que Pyongyang intensifie depuis 2022 essais balistiques et discours martiaux, ces foules en chemise blanche et cravate rouge, brandissant le poing sous une banderole appelant à « anéantir les agresseurs impérialistes américains, ennemis jurés du peuple coréen », servent autant à mettre en scène l’unité de la jeunesse derrière Kim Jong‑un qu’à rappeler, à l’intérieur comme à l’extérieur, que la guerre de Corée demeure un conflit inachevé dont le régime se nourrit pour légitimer sa militarisation.
PHILIPPINES

Melencio Neuda, au centre, et d'autres fidèles ayant participé au festival des « hommes de boue » lèvent les mains
lors d'une messe célébrée à l'occasion de la fête de saint Jean-Baptiste à Bibiclat, dans la province de Nueva Ecija,
au nord des Philippines, le 24 juin 2026. Photo Aaron Favila/AP
Dans le village de Bibiclat, au nord de Manille, la fête de saint Jean-Baptiste prend, chaque 24 juin, la forme d’une liturgie de boue : dès l’aube, les fidèles se roulent dans les rizières, s’enduisent le corps de terre humide et se couvrent de feuilles de bananier avant de rejoindre, pieds nus, la messe en l’honneur de leur saint patron. Ce « Taong Putik », littéralement le festival des « hommes de boue », mêle catholicisme populaire et mémoire locale : selon le récit transmis de génération en génération, un miracle attribué à saint Jean aurait sauvé les hommes du village d’une exécution japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale, d’où ce rituel d’action de grâce où l’on se fait humble et méconnaissable pour rappeler la fragilité des vies épargnées. Aujourd’hui, familles entières et pèlerins venus de toute la région s’y pressent, demandant guérison, travail ou protection en échange de cette mise en scène d’abaissement de soi – une piété spectaculaire qui attire caméras et touristes, tout en restant revendiquée par les habitants comme un héritage propre à leur village, à la fois ancré dans la terre et dans l’histoire.
ROUMANIE

Une jeune fille tient une couronne faite d'épis de blé lors d'un événement inspiré des traditions préchrétiennes, selon lesquelles des fées, appelées « Sanziene » en roumain, viendraient sur terre aux alentours du solstice d'été pour apporter la fertilité à la terre et aux êtres vivants, à Bucarest, le 24 juin 2026. Photo Vadim Ghirda/AP.
En Roumanie, la fête des Sânziene, célébrée le 24 juin, mêle depuis longtemps croyances préchrétiennes liées au solstice d’été et calendrier orthodoxe, puisqu’elle coïncide avec la Nativité de saint Jean-Baptiste. Les Sânziene, fées de l’été censées descendre sur terre pour bénir les champs et les humains, sont associées à la fertilité, aux moissons à venir et aux rites de divination amoureuse : les jeunes filles tressent des couronnes de fleurs ou d’épis qu’elles portent dans les cheveux, jettent sur les toits ou laissent dériver sur l’eau pour savoir si elles se marieront bientôt.
À Bucarest, le Musée national du village « Dimitrie Gusti » a fait de cette date un rendez‑vous patrimonial, « La porţile soarelui. Sânzienele », où se mêlent ateliers d’« împletit coroniţe », démonstrations de danse rurale et marché d’artisans, dans un décor de maisons paysannes reconstituées. En invitant enfants et adultes à enfiler la ie blanche brodée et à tresser des couronnes de blé ou de fleurs d’été, l’institution muséale transforme un vieux rituel agraire – supposé assurer la fécondité des terres et la santé de la communauté – en célébration identitaire « soft », entre folklore touristique et tentative de réancrer une urbanité post‑socialiste dans un imaginaire de village éternel.
HONGRIE

Un drapeau arc-en-ciel à l'effigie de Viktor Orbán lors de la Gay Pride de Budapest, samedi 27 juin 2026. Photo Marton Monus/Reuters.
Annulée à Paris pour cause de canicule et de services d’urgence déjà saturés, la Marche des Fiertés a bien eu lieu à Budapest, sous une chaleur similaire mais dans un tout autre climat politique. Dans la capitale hongroise, c’est le premier défilé des Fiertés depuis la chute de Viktor Orbán, battu aux législatives du 12 avril et contraint de reconnaître sa défaite après seize ans d’un pouvoir marqué par les campagnes contre les personnes LGBT+ et une « loi sur la protection de l’enfance » assimilant l’homosexualité à une menace pour les mineurs. Quelques semaines seulement après ce basculement, le cortège record qui a traversé Budapest s’est transformé en exutoire politique : les manifestants ont brandi des drapeaux arc‑en‑ciel où le visage de l’ancien Premier ministre, affublé de rouge à lèvres, est tourné en dérision, comme pour signifier que la fin de son règne ouvre, au moins symboliquement, une parenthèse de respiration démocratique dans un pays longtemps présenté comme le laboratoire européen de l’« illibéralisme » identitaire.






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