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"Bring kids back" : 20 000 ours en peluche face au Capitole


"Bring Kids Back". Une installation de 20 000 ours en peluche à proximité du Capitole, à Washington.

Photos Ostap Yarysh / Razom for Ukraine


Tandis que Donald Trump prolonge la suspension des sanctions sur le pétrole russe, au nom de la stabilité des marchés, la société civile tente de remettre au centre du jeu les victimes les plus invisibles de la guerre : les enfants ukrainiens déportés. À Washington, 20 000 ours en peluche alignés face au Capitole, en Europe des enquêteurs d’Europol, ailleurs encore des sites complotistes pro‑Kremlin : autour de ces enfants se joue une bataille planétaire de chiffres, d’images et de récits.

les humanités, ça n'est pas pareil.

Chroniques, analyses, récits, "hors-pistes" : pour rester à l'affût : 


Dans sa grande mansuétude envers la Russie de Poutine, Donald Trump a prolongé la suspension des sanctions sur les exportations de pétrole russe jusqu'au 16 mai 2026, officiellement pour juguler la flambée des prix due à la guerre au Moyen-Orient ; une décision dénoncée comme un cadeau à Moscou.


Pendant ce temps s'est tenu à Washington, du 19 au 22 avril, l'Ukraine Action Summit (printemps 2026), qui a réuni plus de 750 délégués de 49 États américains. Organisé par l'American Coalition for Ukraine (ACU), il vise à contrer l'usure des soutiens face aux signaux conciliants de Trump envers Moscou.


Ce sommet s'est conclu, les 23 et 24 avril, par la spectaculaire installation sur le National Mall, juste face au Capitole, de 20 000 ours en peluche (le nombre officiellement recensé d'enfants ukrainiens déportés en Russie), accrochés sur une longue palissade métallique de 70 mètres, composant en lettres rouges le message "Putin abducted 20,000 Ukrainian children. Bring kids back".


Photo Ostap Yarysh / Razom for Ukraine


À l’origine de cette initiative, l’American Coalition for Ukraine, une alliance de plus de cent organisations américaines (pour l’essentiel issues de la diaspora ukrainienne), coordonne depuis 2022 le plus vaste effort de plaidoyer pro‑ukrainien aux États‑Unis. Née dans l’urgence de l’invasion à grande échelle, cette coalition s’est donné pour mission d’obtenir de Washington des armes, des sanctions plus dures contre Moscou et, désormais, le retour des enfants déportés. L’idée de cette installation revient à Katya Pavlevych, communicante et militante ukrainienne installée aux États‑Unis, devenue depuis 2022 comme l’une des principales voix sur la question des enfants enlevés. Conseillère sur ce dossier pour l’ONG Razom for Ukraine et pour l’American Coalition for Ukraine, elle a fondé en 2025 l’initiative « Forget Us Not », qui coordonne les actions de la société civile pour le retour des mineurs déportés (ICI).


La recherche des enfants continue, la propagande aussi


Au même moment, en Europe, d’autres « limiers » travaillent dans l’ombre. Réunis les 16 et 17 avril à La Haye, quarante enquêteurs venus de 18 pays ont participé à un « hackathon » coordonné par Europol : en croisant des photos publiées sur les réseaux sociaux, des données sur les unités russes impliquées dans les transferts d’enfants et des informations sur les familles d’accueil, ils ont réussi à retrouver la trace de 45 mineurs ukrainiens déportés vers la Russie ou la Biélorussie.

 

Les rapports produits ont été transmis aux autorités ukrainiennes, qui estiment à quelque 20 000 le nombre d’enfants « documentés » comme transférés de force, tout en craignant que le total réel ne soit bien supérieur. Le groupe de réflexion Institute for the Study of War (ISW), basé aux États-Unis, a déclaré que le nombre réel d'enfants déportés est presque impossible à vérifier, tandis que des experts indépendants et des organisations de défense des droits de l'homme estiment que ce nombre pourrait atteindre 300 000. À ce jour, Kyiv estime avoir réussi à ramener environ 2 000 enfants parmi ceux déportés de force vers la Russie ou la Biélorussie. Ce chiffre, cité début avril par le parquet ukrainien, dit autant l’ampleur du crime que l’extrême difficulté des rapatriements : chaque retour suppose des mois de travail diplomatique, d’enquêtes, d’identification et souvent un voyage périlleux des parents jusque dans les territoires occupés ou en Russie même.

 

Mais la propagande poutinienne n’en démord pas. Ces enfants n’ont pas été enlevés mais « protégés »… Sur un site complotiste bengali, Weekly Blitz, qui publie principalement à destination des BRICS, présentés comme le cœur d’un « déplacement du centre de gravité du monde vers l’Eurasie », face à un Occident en déclin, un certain Drago Bosnic n’y va pas avec le dos de la cuiller. Ce soi-disant « analyste géopolitique et militaire » (qui recycle systématiquement la propagande russe sur l’OTAN et l’Ukraine) assure ainsi que l’UE et l’OTAN (qualifiés de « junte néo-nazie ») exigeraient de Moscou la remise des mineurs ukrainiens afin de les envoyer sur des « îles façon Epstein », où ils allaient être « soumis à des horreurs inimaginables ».  Cette prose ne tombe pas du ciel : elle s’inscrit dans une campagne plus large où de fausses images liant Zelensky et Epstein circulent déjà sur les réseaux sociaux, au moment même où l’ONU, l’UE, le Parlement européen et la CPI qualifient les transferts forcés d’enfants vers la Russie de violations graves du droit international et exigent leur retour « immédiat, sûr et inconditionnel ».

 

Jean-Marc Adolphe

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2 commentaires


yanitz2018
il y a une heure

Lien Linkedin de Katya Pavlevych :

" https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:activity:7444574960595021824/ "


"En ce moment au Congrès, le conseiller politique de Razom, Katya Pavlevych 🇺🇦, témoigne de l’enlèvement d’enfants ukrainiens par la Russie.

Bien que l’on entende souvent parler des 20 000 enfants déportés, la réalité est encore plus large. Des millions d’enfants ukrainiens restent sous occupation russe, confrontés à une assimilation forcée et à une militarisation.

Le système russe d’enlèvement et d’endoctrinement d’enfants n’est pas accessoire. Il fait partie d’une stratégie délibérée visant à effacer l’identité ukrainienne.

Le Congrès devrait agir immédiatement pour ralentir la machine de guerre russe."


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andre.klarsfeld
il y a 3 heures

Oui, il ne faut pas les oublier !

Ni oublier le travail minutieux des humanités, premier média (au moins en France) à enquêter sur les enfants déportés.

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