Enquêter sur les extrême-droites. Face à la fabrique de l’obscurantisme, explorer ses rouages, et faire contre-feux
- Jean-Marc Adolphe

- 15 janv.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours
Description du projet d’enquête

Voilà qui était écrit en 2013 dans le manifeste fondateur d’un "festival des humanités", issu des sphères culturelle et associative (1).
Ce "festival des humanités" a finalement éclos en 2020-2021 dans le contexte des confinements liés à la crise sanitaire (Covid). Non pas un festival au sens classique du terme, mais dans l’esprit d’une Poétique de la Relation (Édouard Glissant), une constellation d’événements locaux et participatifs, un peu partout en France, mais aussi au Canada, en Afrique (Burkina Faso), en Amérique du Sud (Brésil, Mexique, Colombie) et en Indonésie.
En mai 2021, ce "festival des humanités" s’est transformé en média d’information politique et générale, les humanités. Son éditorial fondateur (ICI) se place sous exergue du philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman : « Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons pour cela, assumer nous-mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la faculté de faire apparaître des parcelles d'humanité, le désir indestructible. Nous devons donc, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur, devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensée à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle. » (2)
Pour aviver ces « lueurs », nous avons affirmé les humanités comme « média acter-actif » et « journal-lucioles », avec la modeste ambition « d’inventer un journalisme du 21ème siècle ». Un journalisme qui sache cultiver l’exigence et la rigueur de l’investigation -comme nous l’avons fait, de façon pionnière, sur les déportations d’enfants ukrainiens en Russie (3)-, tout en invitant à la table de montage littérature et poésie, photojournalisme et "munitions" pour la pensée. Rejetant catégoriquement la « préférence nationale », les deux tiers de nos publications sont consacrées à l’international (jusqu’à informer en exclusivité, récemment, sur la création d’un "Parti des enfants" en Colombie, ICI).

Enquêter sur l’extrême droite en France, à la mesure de nos moyens, nous l’avons déjà fait (voir par exemple ICI et ICI), et sur ses soutiens médiatiques (ICI) mais nous avons aussi épinglé « le fascisme européen » (ICI), nous avons été parmi les premiers à enquêter sur la facho-tech aux États-Unis (ICI et ICI) et le très secret « Rockbridge Network » (ICI), sur l’extrême droite au Chili (ICI) ou sur le milliardaire ultranationaliste Konstantin Malofeev en Russie (ICI).

On aurait tort de penser que la montée en puissance du Rassemblement national (et dans une moindre mesure, de Reconquête) soit une "exception culturelle" française, il s’agit d’une lame de fond mondiale qu’il importe d’analyser et de comprendre. Voilà pourquoi notre projet d’enquête porte sur « les extrême-droites ». Mais en France, la prochaine échéance électorale sera sans doute cruciale.
Du local au global, et vice-versa. En complément de ce que font déjà, de façon remarquable, certains médias (Mediapart, StreetPress, Basta!, Blast, Mediacités…), et en association avec des projets retenus par le Fonds pour une Presse Libre en 2026 (4), notre projet propose une enquête au long cours (des élections municipales de mars 2026 à l’élection présidentielle en avril 2027), en trois volets complémentaires :
1/ Scruter l’échelon local. Juste après les élections municipales, nous sélectionnerons une dizaine de communes (de taille différente) gagnées ou non par le RN (présence au conseil municipal). Nous scruterons au fur et à mesure le profil des élu.e.s, les choix budgétaires, les orientations et décisions prises dans plusieurs domaines (sécurité et police municipale, vie associative, culture, sport, etc). Derrière la façade de la « normalisation », nous irons chercher les lignes de fracture, les petites violences administratives, les lignes de crédit qui disent beaucoup plus que les discours policés…
2/ Démonter la mécanique de la "fabrique de l’obscurantisme ». Les stratégies de conquête du pouvoir du Rassemblement national reposent bien évidemment sur ses forces militantes et son implantation dans les collectivités locales, y compris dans la ruralité -un tiers de la population française, selon l’Insee (5) mais que la presse nationale oublie souvent de considérer - , mais aussi sur une nébuleuse de "conseillers", de structures intellectuelles et de réflexion (think tanks ou laboratoires d'idées), de centres de formation, qui alimentent la "boîte à idées" du Rassemblement national, lui fournissent outils de marketing politique et éléments de langage (6). Grâce à l’expertise que nous avons acquise en OSINT (enquête sur les déportations d’enfants ukrainiens), nous nous emploierons à disséquer les rouages de cette nébuleuse, et à pister ses éventuelles ramifications avec des "cercles de pensée" internationaux (comme The Heritage Foundation aux États-Unis).
3/ Faire contre-feux. En juin 1998, dans un entretien réalisé par Jean-Marc Adolphe pour le premier numéro en kiosques de la revue Mouvement, Bruno Mégret, alors "idéologue" du Front national, disait très explicitement : « j’adhère à [l’] analyse de Gramsci, selon laquelle la victoire culturelle précède la victoire politique » (7). Aujourd’hui, « l’extrême droite a-t-elle gagné la bataille culturelle ? », demandait voici peu le syndicat UNSA Éducation : « Derrière une façade policée, voire sympathique et amusante, se cache une offensive culturelle parfaitement huilée. L’extrême-droite a ainsi réussi à ancrer ses thématiques dans le débat public » (8). Pour contrer ce story-telling de l’extrême-droite et ses "éléments de langage" savamment distillés dans le débat public, nous mobiliserons écrivains et intellectuels, collectifs culturels et réseaux d’éducation populaire, syndicats et associations, afin de produire un "contre-discours", tout en faisant reportage sur des initiatives, locales ou internationales, qui inventent d’autres manières de raconter le monde et démontent les fables d’extrême droite – sur l’insécurité, l’« invasion », la soi‑disant « préférence nationale » – en éditorialisant des récits qui donnent envie de rester humains, solidaires, insoumis à la fatalité.
NOTES
(1). Festival des humanités : initié par Jean-Marc Adolphe, fondateur et rédacteur en chef de la revue "indisciplinaire" Mouvement (1993-2014).
(2). Georges Didi-Huberman, Survivance des lucioles, Éditions de Minuit, 2009.
(3). « L'enquête qui a la première révélé en France la déportation des enfants ukrainiens en Russie et Biélorussie. Depuis le début de la guerre, un journaliste précurseur, Jean-Marc Adolphe, développe sur son site, leshumanites-media.com, l'investigation pointue qui a catalysé en France la prise de conscience de l'existence du transfert d'enfants, de sa nécessaire qualification en génocide et l'appel à l'action à un niveau médiatique, politique et humanitaire », pourlukraine.com
(4). Mais aussi en s’appuyant sur les travaux d’ONG, associations et collectifs tels que Transparency International France, Anticor, le Collectif FAF40, la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) et SOS Racisme, des collectifs locaux de vigilance citoyenne, etc.
(5). (5). En France, environ 33% de la population vit dans les territoires ruraux selon la définition actuelle de l'Insee, qui repose sur la densité de population et distingue les communes peu ou très peu denses. Cette proportion, représentant près de 22 millions de personnes sur 67 millions d'habitants, résulte d'un changement de méthode en 2021 passant de 25% à 33% en intégrant les zones périurbaines peu denses. Parmi les ruraux, 14% habitent des campagnes autonomes hors influence urbaine forte, tandis que 19% sont en zones sous attraction des pôles urbains.
(6). A priori, nous laisserons à d’autres projets le soin d’enquêter sur les "réseaux Bolloré" et la "galaxie Stérin".
(7). « La "guerre culturelle" et la querelle des "valeurs identitaires" », entretien avec Bruno Mégret, Mouvement n°1, juin 1998. Cette même année 1998, Pierre Vial, élu pour le FN vice-président de la commission culture du Conseil régional Rhône-Alpes, revendiquait le rôle du fascisme italien qui, expliquait-il, « a su intégrer les analyses perspicaces du Marxiste Antoinio Gramsci, qui attribue au combat culturel un rôle décisif dans la conquête et l’exercice du pouvoir » (il évoquait notamment la création par Mussolini de Cinecittà, la grande cité du cinéma).
(8). "L’extrême droite a-t-elle gagné la bataille culturelle ?", publié le 23 octobre 2025. https://www.unsa-education.com/article-/lextreme-droite-a-t-elle-gagne-la-bataille-culturelle/
Qui réalisera l'enquête ?
L’enquête sera conduite sous la coordination éditoriale de Caterina Zomer, rédactrice en chef adjointe des humanités, journaliste en formation, ex-chargée de mission à la Maison des Droits de l’Homme de Limoges,
avec :
Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef des humanités, ex-fondateur et directeur de la revue Mouvement ;
Michel Strulovici, ex-rédacteur en chef Antenne 2,
Isabelle Favre, urbaniste et docteure en géographie (EHESS), spécialiste des ruralités,
Nadia Mével (pseudonyme), journaliste en presse quotidienne régionale,
Claude Favre, poète et performeuse, lauréate du Prix Rimbaud 2025 pour son recueil Membres fantômes | Temps mêlés (éditions LansKine)
Ana Milena Romero Gamez, Colombienne exilée en France, journaliste en formation.
Malena Hurtdao-Desgoutte, lycéenne à Toulouse, cofondatrice d’un média lycéen sur Instagram.
Cette équipe d’enquête sera complétée par deux stagiaires étudiant.e.s en journalisme, recrutés d’avril à juin 2026, puis de janvier à mars 2027.
D’autre part, des collaborations seront engagées avec des journalistes de PQR et certains médias locaux « alternatifs » (sites internet, radios).
D’autre part, abonnés et souscripteurs des humanités seront sollicités pour participer à l’enquête (équivalents correspondants presse locale) au sein d’un Observatoire de la vie locale et démocratique (association-loi 1901 constituée le 7 janvier 2026).
Phases et temps de durée de l'enquête
Avril 2026 (volet 1)
Repérage et sélection des communes choisies (de taille différente) après les élections municipales, profilage d’élus, mise en place de « veilles » sur les instances municipales
Repérage des « conseillers et des structures intellectuelles et de réflexion (think tanks ou laboratoires d'idées), centres de formation, etc., qui alimentent la "boîte à idées" du Rassemblement national. Constitution d’une veille éditoriale OSINT sur réseaux sociaux.
Mai 2026 – Février 2027 (volet 2)
Poursuite de l’enquête, avec publication d’un dossier mensuel sur « les humanités », avec extensions (réseaux sociaux, podcast pour radios associatives, chaîne YouTube, etc)
Coopération avec médias retenus par le FPL.
Constitution et animation d’un pôle éditorial (écrivains et intellectuels, collectifs culturels et réseaux d’éducation populaire, syndicats et associations) afin de déconstruire les éléments de langage du RN.
Mars 2027 (volet 3).
Conclusion de l’enquête, publication d’un livre « Dans les coulisses du Rassemblement national ».
Type de formats
1. Formats internet
publications sur le site des humanités, au fil de l’enquête et en fonction de l’actualité
dossier mensuel, chaque fin de mois, au format flip book
2. Réseaux sociaux
Création de comptes dédiés à intitulés spécifiques (Instagram, page Facebook, X, BlueSky, Mastodon, Linkedin, peut-être TikTok)
3. Podcast
Podcast mensuel à destination de radios associatives
4. Chaîne YouTube
Chaîne YouTube à intitulé spécifique (détails restant à définir)
5. Formats innovants
Avec étudiant.e.s Ecoles d’art et de graphisme : journaux muraux, stickers
6. Ateliers d’écriture, rencontres-débats, en partenariat avec structures culturelles et associatives
7. Livre-enquête « Dans les coulisses du Rassemblement national », parution mi-mars 2027.
Actions de valorisation
Toolkit contre-discours : Package gratuit (PDF + infographies) avec éléments de langage alternatifs, debunking des fables RN (insécurité, « invasion »), témoignages et visuels poétiques. Diffusion : 50 collectifs locaux (LDH, SOS Racisme), syndicats, associations éducation populaire. Partenariat avec FPL-projets 2026.
Événements hybrides « lucioles » : 5 soirées performatives (live + stream) post-volets : lectures (Claude Favre), tables rondes (géographes comme Isabelle Favre sur ruralité RN), concerts militants. Lieux : 10 communes scrutées (volet 1) + en ligne. Coopération avec médias locaux/nationaux (Basta!, Mediacités).
Réseau « Zéro RN » : Cartographie collaborative des territoires résistants (ex. communes non-RN), avec guides d’actions citoyennes. Ouvert aux contributeurs FPL pour maillage national/international.
A compléter...
Montant demandé
30.000 €
- sur un budget total de 46.170 €
-Autofinancement les humanités (28,5 %) : 13.170 €
-Autres (convention de partenariat éditorial) : 3.000 €
Budget







.png)



Commentaires