Reconstruire. Urgence et solidarité Colombie
- Jean-Marc Adolphe

- il y a 14 heures
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures

Légende xxxx
Terremoto
Lundi 10 août 2026. 7 h 34 (heure locale). La terre tremble. Séisme. En espagnol : terremoto.
Samedi 15 août 2026, ce n'est pas l'assomption pour tout le monde. Dernier bilan en date : 281 morts, 379 personnes portées disparues, 3 971 blessés, 44 936 familles et 102 105 personnes affectées, 65 841 logements endommagés et 10 677 logements détruits, etc.
Le nom de Colombie
Colombie. Le nom vient d'un certain Cristóbal, qui n'a en réalité jamais posé le pied sur le territoire actuel de la Colombie, se contentant d'en effleurer la côte caraïbe lors de son quatrième et dernier voyage, en 1502. C'est le révolutionnaire vénézuélien Francisco de Miranda qui invente le nom vers 1806, en imaginant un vaste État hispano-américain indépendant qu'il baptise "Colombia" en hommage au navigateur. Avant cela, le territoire s'appelait Nouvelle-Grenade, du nom donné par l'explorateur espagnol Gonzalo Jiménez de Quesada en souvenir de sa ville natale.
Mais même si le choix de "Colombie" a été choisi par les artisans de l'indépendance eux-mêmes, il y a quelque chose à réparer de la conquista espagnole (1492-XVIIe siècle) qui a provoqué un effondrement démographique sans précédent : la population des Amériques a chuté de 50-60 millions d'habitants en 1492, à un peu plus de 5 millions vers 1650... Les causes sont multiples : choc microbien (variole, rougeole, typhus, grippe — maladies contre lesquelles les populations amérindiennes n'avaient aucune immunité), massacres et violences de la conquête, travail forcé dans les mines et les encomiendas, désorganisation des structures agricoles et familiales, etc.
Raphael Lemkin, inventeur du terme "génocide", et plusieurs chercheurs contemporains qualifient cet épisode de premier acte de génocide à grande échelle de l'époque moderne.
Un pays riche et pourtant pauvre
Un tremblement de terre, c'est une "catastrophe naturelle". Ce qui est moins naturel, c'est l'état de pauvreté-précarité dans lequel sont maintenus les trois quarts de la population colombienne. Second pays au monde en termes de biodiversité, la Colombie devrait être un pays riche. De fait, la Colombie regorge de richesses, naturelles, culturelles, humaines. Mais celles-ci sont captées par les héritiers des conquistadores de jadis, au premier rang desquelles certaines multinationales états-uniennes (lire ou relire Les veines ouvertes de l'Amérique latine, d'Eduardo Galeano).
La gente de bien, comme on dit en Colombie (c'est à dire la bourgeoisie blanche, fortunée, au pouvoir depuis des lustres) n'a guère eu à souffrir du terremoto. Ce sont les quartiers pauvres, souvent des habitats informels, qui concentrent la plupart des victimes. Et ces gens-là ne sont évidemment pas assurés. En quelques minutes, au matin du 10 août, des milliers de personnes ont tout perdu. Le nouveau président d'extrême droite, Abelardo De la Espriella, dont les humanités ont raconté dans quelles conditions il a été élu (ICI) a promis, avec un énorme culot, « des subventions pour le loyer et des solutions de logement pour les familles sinistrées » et « des allégements temporaires sur les services publics pour les foyers touchés ». Tout cela est faux. Des « allégements temporaires sur les services publics » ? En Colombie, tout est privatisé : l'eau, le gaz, l'électricité... Mais aussi l'éducation et la santé.

Le nouveau président colombien Abelardo De la Espriella, d'extrême droite, s'est illustré en refusant
que des équipes de secouristes étrangères puissent intervenir en Colombie.
Le président qui refuse les secours
Le même Abelardo De la Espriella a refusé l'aide de secouristes internationaux, sauf ceux venus de pays à gouvernement fascisant : Équateur et Salvador, Chili, États-Unis et Israël (voir article du Figaro). On ne peut pas blâmer la France de n'avoir point envoyé de secouristes : le tout nouveau gouvernement colombien d'extrême droite ne les a pas sollicités.
En revanche, à l'instar de l'Union européenne, de la Grande Bretagne et de la Suisse, la France d'Emmanuel Macron avait la possibilité de décider spontanément l'envoi d'une aide humanitaire. Cela n'a pas été fait. C'est d'autant plus choquant qu'en mai 2021, le même Emmanuel Macron avait refusé de condamner la très brutale répression du mouvement social — contrairement à la plupart des instances internationales. Pire, même, Emmanuel Macron, son Premier ministre (Jean Castex) et son ministre des Affaires étrangères (Jean-Yves Le Drian), s'étaient alors d'empressés de confirmer l'accord de coopération politique et militaire entre la France et la Colombie (voir sur Médiapart : "Colombie : la France approuve le massacre en cours" (ICI).

En novembre 2021, quelques mois après la brutale répression du mouvement social en Colombie, Emmanuel Macron
recevait très chaleureusement à l’Élysée son homologue colombien Iván Duque. Photo Présidence de la République.
Début novembre 2021, cinq mois après le massacre qui a fait 83 morts pendant les manifestations, 96 victimes de violences oculaires (yeux crevés ou endommagés par des projectiles), 35 victimes de violences sexuelles commises par la force publique, 1 661 victimes de violences physiques policières et 2 053 détentions arbitraires de manifestants (selon un rapport à la Commission interaméricaine des droits de l'homme), Emmanuel Macron recevait en grande pompe à l’Élysée l'alors président colombien Iván Duque, et annonçait à cette occasion plus de 2 milliards d'euros d'investissements d'entreprises françaises en Colombie (notamment technologiques). « Je veux vraiment ici saluer un ami de la France, des valeurs démocratiques, un ami de la paix et du développement économique », s'enthousiasmait alors sans la moindre vergogne Emmanuel Macron (ICI).
"Vergüenza" : la honte
Cinq ans plus tard, après le tremblement de terre qui vient de frapper la Colombie, le site internet de l'ambassade de France n'affiche aucun mot de compassion pour les victimes, juste un "Manuel de sécurité et fiches pratiques en cas de crise ou de séismes" à destination des ressortissants français. "Honte", en espagnol se dit vergüenza. C'"est la même origine étymologie que "vergogne" en français, "vergogna" en italien, "vergonha" en portugais et en occitan, "vergonya" en catalan.
Seules les ONG déjà implantées en Colombie portent une réponse française : Médecins du Monde à Quibdó et Bogotá, le Secours populaire français qui a débloqué 50 000 € de son fonds d'urgence dès le 12 août, pour soutenir son partenaire local de Medellín dans l'organisation des secours, à court et long terme, et Action contre la Faim, déjà présente dans la région, a lancé son intervention dans le Chocó dès le 11 août : l'ONG disposait sur place de 772 kits d'hygiène, 470 systèmes de filtration d'eau, une station de traitement pour 2 000 personnes, 324 colis alimentaires et 200 kits d'hébergement, avec la capacité d'effectuer jusqu'à 550 transferts monétaires aux familles touchées.

Enfants de la Cachaca III, dans le département de la Guajiria, en Colombie, en janvier 2026.
Photo Liliane et Claude Bernhardt / Crear escuela
D'autres actions, plus discrètes, sont en cours. L'association toulousaine Crear escuela est engagée depuis quinze ans auprès des communautés wayuu de La Guajira, dans l'extrême nord de la Colombie, à la frontière du Venezuela, comme les humanités l'ont raconté en janvier dernier (ICI). Dans une région quasi désertée par l'État, minée par la corruption, l'extrême pauvreté et le racisme envers les populations autochtones et afro-colombiennes, le projet a consisté à soutenir la création d’une école, qui porte l’espoir d’un accès à une éducation digne pour les enfants des communautés wayuu.
A l'ouest du pays, sur la côte Pacifique, bordant le Panama, le Chocó est le département le plus pauvre de Colombie. C'est là que se situait l'épicentre du séisme. Le Chocó est habité en grande partie par des afro-colombiens et par des autochtones Emberas. Les secours y sont difficiles : pas d’aéroport, routes en très mauvais état, fortes chaleurs et pluies tropicales. La ville de Buenaventura (dans le département du Valle del Cauca, frontalier du Chocó) a été tout particulièrement touchée.
Solidarités en actes
Les habitants de Buenaventura dénoncent la négligence chronique de l'État : Alfonso Grueso, président de l'Association des conseils d'action communautaire, estime que dans le seul Barrio Oriente, environ 750 résidents (près de 15 % de la population du quartier) ont vu leur logement endommagé. La gouverneure du Valle del Cauca, Dilian Francisca Toro, a signalé que certains quartiers comptaient des dizaines de maisons effondrées sur un seul pâté d'immeubles, tandis que les équipes continuaient d'évaluer lesquelles pourraient être réparées ou devraient être démolies.
Avec d'autres association et collectifs, Crear escuela se joint à une association artistique de Colombiens vivant à Toulouse — le Collectif Artistique Anacaona — pour venir en aide, en urgence. Une collecte de dons a été lancée : https://www.onparticipe.fr/c/FQ4hNmP0. Les fonds seront directement versés à une organisation sociale qui travaille au développement communautaire et à la construction de la paix dans le Choco, la la fondation Manglar Innato de Buenvantura : https://www.manglarinnato.org/

Le 3 avril 2017 à Ibagué (Tolima), réunion préparatoire à la toute première édition d'un festival des humanités.
A droite, au premier plan (en rouge) : Ana Milena Romero Gamez, assistante sur ce festival.
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Solidarité Colombie. Pour reconstruire, cagnotte solidaire :
(dons à montant libre, défiscalisables à hauteur de 66%)





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