Chili 2025. Dossier spécial et fil d'actualités
- La rédaction

- 14 déc. 2025
- 27 min de lecture

Pour suivre l'élection présidentielle au Chili, de midi à minuit (heure française), un fil d'actualités, complété par un dossier évolutif (articles, analyses, enquêtes, entretiens...), dont l'accès en direct fut réservé à nos abonnés et souscripteurs.
Finalement, c'est donc Kast, le fils d'officier nazi. Il n'a aucun programme, hormis celui d'entretenir la peur. Il a réussi à agréger les voix de la bourgeoisie "libérale", celle-là même qui s'est fort bien accommodée de la dictature de Pinochet ; mais aussi, sans doute, des "petites gens" qui se font fait duper par une propagande agressive. Les autres médias avaient raison (la presse défaitiste, bientôt collaborationniste). Mais Jeannette Jara, candidate de toute la gauche, n’avait réuni "que" 26,85 % des voix au premier tour. Avec 40 % des suffrages exprimés au second tour, elle a considérablement amélioré son score. Mais ça n’a pas été suffisant pour battre Kast. De toute évidence, Jara a pâti de son étiquette de "communiste". Pour beaucoup de Chiliens, aujourd’hui, le communisme ce n’est plus Cuba mais le Venezuela. Et ils voient concrètement les conséquences du régime de Maduro : il y a plus d’un demi-million de Vénézuéliens aujourd’hui réfugiés au Chili (sur près de 8 millions de Vénézuéliens qui ont choisi l’exil). La plupart de ces migrants, sans papiers, sont condamnés à la misère. Et l’extrême-misère favorise évidemment la "délinquance".
Dit autrement : le "communiste" Nicolas Maduro (soutenu bec et ongles en France par Jean-Luc Mélenchon qui voit en lui un modèle de la "démocratie" qu’il aimerait ici instaurer sous couvert de VIe République) est le principal artisan de la défaite d’une autre communiste, vraie celle-ci. Il conviendra de méditer la leçon.
Ne pas désespérer pour autant. Au Chili, tout n’est pas perdu. D’abord, pour gouverner, Kast ne disposera pas vraiment de majorité au Parlement. D’autre part, hors partis politiques, la "société civile" chilienne, incarnée par de jeunes figures, a su se former et s’organiser. Elle n’a pas dit son dernier mot.
Merci à celles et ceux qui ont bien voulu suivre cette édition spéciale en direct du Chili, qui nous a demandé, compte tenu de l’extrême modestie de nos moyens, un effort considérable.
Pour clore cette séquence, avant de futures analyses dans les prochains jours, encore une chanson, "Cuando cuando", de Joé y el Toro. C’est une chanson qui parle d’amour, elle parle aussi de politique, et d’espérance :
« Dis-moi seulement jusqu'à quand / Je t'attendrai autant que tu veux / Je t'attendrai jusqu'au jour où les vaches voleront / et où les planètes s'aligneront / Dis-moi seulement qu'il y a une chance / Aussi infime soit-elle / Je t'attendrai jusqu'au jour / où il pleuvra vers le haut / et où les montagnes bougeront / Dis-moi seulement jusqu'à quand quand quand quand / Je t'attendrai assis, jusqu'à ce que tu me dises / quand quand quand quand quand / Je décrocherais la lune si tu me dis / quand quand quand quand / Même si ce jour est lointain / Et qu'il n'y a pas de quand / Invente un quand / Et je continuerai à attendre / Si tu as besoin de temps Je te le donne, c'est gratuit. / Je t'attendrai jusqu'au jour où l'hiver sera chaud et l'été froid. / Heureusement que je suis patient. / Tu as de la chance. / Je t'attendrai jusqu'au jour où tu ne pourras tout simplement plus m'aimer. / Dis-moi seulement quand / Quand quand quand Quand / J'attendrai assis jusqu'à ce que tu me dises / Quand quand quand Quand / Je te décrocherais la lune si seulement tu me disais / Quand quand quand Quand / Même si ce jour est lointain / Et qu'il n'y a pas de quand / Invente un quand / Que je continuerai à attendre. »

22 h 59. Aïe, ça va à toute vitesse. Kast reprend l'avantage, mais reste encore 80 % de bulletins à dépouiller. En attendant, une autre chanson, avec Mon Laferte, "Otra noche de llorar" : Encore une nuit pour pleurer. Espérons que non...
22 h 55. 33.215 votes dépouillés (moins de 5 %). Kast : 52.62% Jara : 47.38%
Le résultat s'annonce beaucoup plus serré que que ce que tout le monde annonçait (sauf les humanités). Une chanson pour attendre les résultats définitifs, avec Francisca Valenzuela
La chanson au Chili s’inscrit dans une longue histoire où se croisent folklore rural, chanson de protestation, rock et hip‑hop, avec quelques grandes figures devenues des symboles politiques autant que musicaux.
Pionnières et Nueva Canción
Violeta Parra : figure fondatrice, collectrice du folklore et autrice de chansons devenues des classiques, elle ouvre la voie à une chanson populaire ancrée dans le monde paysan et les luttes sociales.
Víctor Jara : chanteur, metteur en scène et militant, lié à l’Unité populaire, dont la voix devient emblématique de la Nueva Canción Chilena avant son assassinat après le coup d’État de 1973.
Groupes de la Nueva Canción : Quilapayún, Inti‑Illimani, Illapu, mais aussi Patricio Manns, Rolando Alarcón, Margot Loyola, Isabel et Ángel Parra, qui articulent instruments andins, poésie politique et soutien aux mouvements populaires.
De la dictature à la pop/rock
Sous la dictature, une partie de ce courant passe dans la clandestinité ou l’exil, tandis que le rock et la pop chilienne prennent le relais de la critique sociale (Los Prisioneros en tête). À partir des années 2000, une nouvelle génération revisite cet héritage : Los Bunkers, Gepe, Javiera Mena, Manuel García, Francisca Valenzuela, entre autres, combinent mémoire politique et codes de la pop, du rock ou de l’électro.
Voix contemporaines
Aujourd’hui, deux noms féminins dominent la scène internationale :
Ana Tijoux, rappeuse franco‑chilienne, qui mêle hip‑hop, jazz et parole politique (féminisme, antiracisme, luttes sociales) et dont des titres comme « 1977 » ou « Somos Sur » sont devenus des références du rap en espagnol.
Mon Laferte, chanteuse qui croise boléro, rock et pop, et dont des chansons comme « Tu falta de querer » l’ont imposée dans les classements internationaux, tout en assumant un positionnement féministe et engagé.
En filigrane, la chanson chilienne a souvent servi de bande‑son aux grands moments de l’histoire politique du pays – Unidad Popular, dictature, estallido social – ce qui explique son poids symbolique dans l’imaginaire collectif.

21 h 55. Les bureaux de vote ferment dans 5 minutes.

Photo Victor Reyes.
21 h. Le résultat vote des Chiliens de France n'est pas encore connu. Jeannette Jara arrive largement en tête avec 56,85 % des voix, 62,9 % en Espagne, 67,85 % aux Pays-Bas, 74,82 % en Norvège, 75,71 % au Danemark et 86,59% en suisse.
En revanche, José Antonio Kast, fils d'un officier nazi qui s'est "réfugié" au Chili à la fin de la Seconde Guerre mondiale obtient... 95,45 % des voix en Israël ! Kast arrive également en tête en Chine et aux Émirats Arabes Unis.
ANALYSE Le Raspoutine de Kast
Ce soir, si c’est le candidat d’extrême droite, José Antonio Kast, qui est élu, quel sera son entourage ?

Cristián Valenzuela, le stratège politique le plus proche de José Antonio Kast
Le cercle rapproché de José Antonio Kast ne s’est pas improvisé en 2025 : il s’enracine dans deux matrices solides de la droite chilienne, la Faculté de droit de l’UC des années 1980 (1) et la galaxie de la Fondation Jaime Guzmán (2). Autour du candidat républicain gravitent ainsi un groupe d’anciens camarades de fac, formés au gremialisme (3) sous l’ombre tutélaire de Guzmán, et une génération plus jeune issue de la fondation, aujourd’hui aux commandes de l’appareil intellectuel et programmatique du parti.
Dans le premier cercle figurent des juristes et ingénieurs commerciaux qui connaissent Kast depuis quatre décennies et se pensent comme le « comité de crise » capable de l’appeler à trois heures du matin pour recadrer une sortie ou verrouiller un virage stratégique. Ces anciens de Derecho UC – Julio Pérez, Patricio Dussaillant, Marco Antonio González et consorts – portent la mémoire longue du projet d’une droite autoritaire, catholique et anti‑étatiste, telle qu’elle s’est forgée à l’université et dans les travaux de Guzmán pour la Constitution de 1980.
Le deuxième noyau s’est constitué à partir de la Fondation Jaime Guzmán, véritable école de cadres de la droite dure, dont sont issus plusieurs des cerveaux de la campagne républicaine. L’avocat Cristián Valenzuela y joue le rôle de stratège en chef, souvent décrit comme « le cerveau » de Kast, aux manettes de la communication et du cadrage idéologique, pendant que des profils plus jeunes, comme Sebastián Figueroa ou la juriste Carmen Sosa, travaillent sur le profil d’un futur cabinet et sur la traduction législative des promesses de campagne.
Cristián Valenzuela est l’avocat et stratège politique le plus proche de José Antonio Kast, souvent décrit comme le « cerveau » ou le « Raspoutine » de la campagne républicaine. Diplômé en droit de l’Université catholique (Derecho UC) et formé dans le courant grémialiste lié à Jaime Guzmán, Valenzuela a d’abord travaillé comme conseiller législatif à la Fondation Jaime Guzmán, puis dans des cabinets de la droite gouvernementale (chef de cabinet au sous‑secrétariat aux Finances puis au ministère de l’Énergie sous Piñera). Il est ensuite devenu directeur de développement de la faculté de droit de l’UC et directeur exécutif du think tank Ideas Republicanas, laboratoire programmatique du Parti républicain. Plusieurs enquêtes ont toutefois mis en lumière ses rémunérations comme « expert » du Système d’Alta Dirección Pública, chargé de sélectionner des hauts fonctionnaires, alors même qu’il attaquait dans une tribune virale les employés publics qualifiés de « parasites », ce qui alimente les critiques sur son double rôle de stratège d’extrême droite et de consultant rémunéré par l’État.
Le dispositif autour de Kast combine ainsi loyauté personnelle et densité doctrinale. Le cercle intime donne à Kast une armature idéologique qui va bien au‑delà de la figure du « père de famille anti‑establishment » : un projet de droite « républicaine » assumant l’héritage guzmanien, articulé autour d’une vision ultralibérale de l’économie, d’une conception répressive de l’ordre public et d’un conservatisme moral constant. Derrière quelques visages de moins de 40 ans mis en avant pour séduire l’électorat féminin et les classes moyennes urbaines, le cœur de la machine reste contrôlé par des hommes blancs issus de la même matrice universitaire et de la même fondation, pour qui le Chili idéal ressemble davantage à l’utopie ordonnée des années 1980 qu’aux revendications d’égalité et de diversité portées par l’estallido social.
Voir également, sur les humanités : « Chili, les visages de l’extrême droite », publié le 19 décembre 2021, petit trombonoscope de la fachosphère chilienne, nostalgique de Pinochet) : https://www.leshumanites-media.com/post/chili-les-visages-de-l-extr%C3%AAme-droite
(1). Faculté de droit de la Pontificia Universidad Católica de Chile, l’une des plus anciennes et plus prestigieuses du pays, fondée en 1888 pour former des élites juridiques dans une perspective explicitement chrétienne.
(2). La Fondation Jaime Guzmán est un think tank chilien de droite conservatrice, créé en 1991 pour perpétuer l’héritage idéologique du sénateur Jaime Guzmán, principal architecte de la Constitution de 1980. La Fondation Jaime Guzmán est considérée comme l’un des principaux centres de pensée de la droite chilienne, avec une forte présence au Congrès via des contrats d’« asesorías » financés par les groupes parlementaires. Accréditée comme ONG à statut consultatif auprès de l’ONU, elle combine travail doctrinal, formation de cadres et lobbying législatif, au service d’un projet conservateur en matière de société, de famille et de droits humains, et ultralibéral sur le plan économique.
(3). Le grémialisme (gremialismo) est un courant politique chilien de droite, né dans les années 1960 à l’Université catholique de Santiago autour de Jaime Guzmán, qui a ensuite fourni la matrice idéologique d’une partie de la droite actuelle. Sur le plan doctrinal, le grémialisme combine doctrine sociale de l’Église, anticommunisme, national catholicisme et défense d’une société structurée par des « corps intermédiaires » forts entre l’individu et l’État. Cette vision justifie à la fois la critique de la démocratie de partis et l’appui à un État autoritaire « subsidiaire », tel qu’il sera ensuite consacré dans la Constitution de 1980, dont Guzmán est l’un des principaux architectes. Aujourd’hui encore, la Fondation Jaime Guzmán et une partie de la droite républicaine revendiquent explicitement cet héritage.
REPORTAGE Les Mapuches, peuple autochtone du Chili, craignent pour leur avenir sous l'extrême droite
De gauche à droite : Le río Truful (ou Truful‑Truful), rivière andine de la région de l’Araucanie, au sud du Chili, célèbre pour ses cascades et ses canyons volcaniques ; Millaray Huichalaf (au centre de la photo) est une machi (autorité spirituelle et guérisseuse) mapuche‑huilliche et l’une des figures centrales de la défense du río Pilmaiquén, dans le sud du Chili ; La première centrale hydroélectrique sur le Pilmaiquen, construite au milieu du XXe siècle, se trouve en face
d'un jardin botanique géré par les Mapuches qui met en valeur les arbres indigènes.
Les Mapuches, le plus grand groupe autochtone du Chili, ont enduré des siècles de combats. Ils ont d'abord résisté à la conquête des Incas, puis à celle des Espagnols. Ils se sont battus lorsque l'État chilien naissant a annexé leurs territoires et lorsque le dictateur militaire Augusto Pinochet a dévasté leurs communautés en mettant fin à la propriété collective, permettant ainsi la confiscation et la vente de leurs terres à des entreprises forestières. Aujourd'hui, les Mapuches, qui représentent environ 12 % des 19 millions d'habitants du Chili, craignent qu'un chapitre plus violent de leur histoire ne soit à venir, alors que le pays s'apprête à élire son prochain président dimanche dans le cadre d'une élection qui devrait donner le pouvoir à l'extrême droite.
« La situation va empirer avec un gouvernement d'extrême droite. Nos prisons accueilleront davantage de Mapuches », déclare la politologue mapuche Karen Rivas Catalán, 37 ans, depuis son luxuriant terrain où paissent des poulets. Le favori pour remporter les élections de dimanche est José Antonio Kast, un ancien législateur ultra-conservateur qui promet d'expulser des centaines de milliers d'immigrants sans statut légal et d'accorder des pouvoirs d'urgence à l'armée et à la police pour lutter contre la criminalité. Sa rivale, la communiste Jeannette Jara, qui représente la coalition au pouvoir, a également adopté un programme axé sur la loi et l'ordre pour séduire les électeurs.
Les Mapuches sont dans le collimateur d'une répression planifiée
Un tournant pour les Mapuches s’est produit lors du soulèvement social de 2019, lorsque les manifestants chiliens réclamant un changement de l'économie de marché du pays ont adopté le drapeau mapuche et insufflé une nouvelle vie à leur cause. Le président de gauche Gabriel Boric est arrivé au pouvoir en promettant de retirer les troupes de leurs terres et de remplacer la constitution de l'époque de la dictature par une autre qui consacrerait leurs droits. Mais Boric a rapidement redéployé l'armée. Des groupes armés mapuches ont attaqué les forces de sécurité. Le gouvernement a prolongé l'état d'urgence. Les électeurs ont rejeté la constitution proposée qui aurait entraîné un changement social radical.
Le conflit mapuche qui couve dans les collines vallonnées et les forêts verdoyantes de la région méridionale de l'Araucanie est l'une des questions les plus délicates auxquelles devra faire face le prochain président du Chili. Mais contrairement aux précédentes élections présidentielles, les solutions possibles à ces troubles ont à peine été évoquées dans une campagne axée sur les craintes des électeurs concernant le crime organisé et l'immigration clandestine, au détriment de presque tout le reste.
Lorsque les Mapuches ont été évoqués, c'était dans le contexte de plans de répression sévère en matière de sécurité. La dernière version du programme de Kast promettait que son gouvernement « utiliserait tous les outils constitutionnels, juridiques et administratifs, tous les moyens de renseignement et technologiques, toute la force et toutes les ressources nécessaires pour éradiquer le terrorisme dans la région ». Kast a clôturé sa campagne à Temuco, une ville du sud largement considérée comme la capitale du peuple mapuche. Dans un discours enflammé prononcé derrière une vitre pare-balles, Kast a déclaré que la région de l'Araucanie autour de Temuco était « frappée par la peur, la terreur et le vandalisme ». « Ce sont des lâches qui attaquent la nuit, le visage couvert, et qui ne pardonnent rien, ne respectent les droits de personne », a-t-il déclaré à propos des militants mapuches qui ont mené des attaques de sabotage contre des soldats et des entreprises forestières qu'ils considèrent comme des envahisseurs de leurs terres ancestrales. « Nous allons démanteler ce groupe », a-t-il ajouté, sous les acclamations de ses partisans.
Depuis des années, la région est sous le contrôle de la police militarisée chilienne, que les Mapuches accusent d'utiliser une force excessive. La méfiance du groupe envers l'État s'est accentuée ces dernières années avec des scandales tels que les meurtres de civils par les forces de sécurité, comme celui d'un jeune agriculteur mapuche non armé en 2018. Dans une affaire dramatique, une unité de renseignement de la police a fait l'objet d'une enquête en 2017 pour avoir fabriqué de fausses preuves afin d'impliquer à tort des Mapuches dans des activités terroristes. Le procès des policiers accusés est en cours.
Le groupe autochtone craint un retour aux conflits de l'époque de la dictature
Pour Angelina Cayuqueo, 58 ans, professeure de langue mapuche, cette élection revêt un caractère existentiel. Elle est rongée par une « peur terrible » que, sous un gouvernement Kast, sa communauté revive les traumatismes de la dictature brutale de Pinochet. « Nous craignons déjà que les choses se passent comme sous Pinochet, car c'est ce qu'ils ont l'intention de faire », déclare-t-elle, tout en cueillant des cerises sur ses terres. Au cours de ses deux précédentes campagnes présidentielles, Kast a exprimé à plusieurs reprises son désir de modifier une loi sur la restitution des terres mise en place après le retour du Chili à la démocratie en 1990, qui permet aux Mapuches de récupérer les terres ancestrales saisies sous la dictature.
Lors de son dernier rassemblement, Kast a critiqué ce programme, le qualifiant de moyen « d'exproprier des terres pour les donner à ceux qui les occupent illégalement ». Bien que des centaines de milliers d'hectares qui avaient été cédés à des agriculteurs non mapuches et à des entreprises forestières pendant la dictature aient été rendus aux Mapuches au cours des dernières décennies, le programme n'a guère contribué à changer la marginalisation et la pauvreté endémique de ce groupe. « Pour eux, il n'est pas juste que nous, les Mapuches, récupérions nos terres », déclare Angelina Cayuqueo : « Ils souhaiteraient que le peuple mapuche n'ait jamais existé dans l'histoire. »
Victor Caivano et Isabel Debre / Associated Press
18 h 15

18 h GRAND ENTRETIEN Claudio Fuentes, politologue : « La polarisation n'est pas perceptible dans la vie quotidienne, mais elle est très forte au niveau politique. »
Claudio Fuentes, directeur de l'Institut de recherche en sciences sociales de l'UDP explique pourquoi la polarisation chilienne est plus perceptible dans la sphère publique qu'au sein des familles, et comment différents « niches » sociales font face au choix entre l'espoir, la peur et la résignation. Il ajoute que le Chili ne s'est pas orienté vers la droite, selon ses sondages. « Dans l'ordre des priorités, ce segment intermédiaire veut plus d'État, veut des garanties, veut être protégé, veut la police, mais veut aussi une certaine sécurité et protection, ce que promet Kast »
On a beaucoup parlé de polarisation. Vos réponses à l'enquête reflètent-elles cela ? En examinant les conclusions, on constate que de nombreux Chiliens s'identifient encore comme centristes, par exemple, ou disent qu'ils n'ont aucun problème à s'asseoir à table avec quelqu'un d'une autre opinion politique.
En ce qui concerne la polarisation, nous avons posé la question suivante : dans quelle mesure vous sentez-vous polarisé dans votre famille, votre entourage familial, vos amis, votre travail, votre pays et la politique ? Et, en général, il y a une perception selon laquelle il n'y a pas de polarisation dans mon entourage proche, mais qu'il y en a au niveau du pays et de la politique en particulier. La perception de la polarisation n'est donc pas présente dans la vie quotidienne, peut-être en raison d'un effet de bulle : on fréquente des personnes qui nous sont plus proches et, par conséquent, on a moins de disputes idéologiques. Mais elle est très forte au niveau politique. En d'autres termes, la polarisation est perçue comme un phénomène national, mais qui n'entre pas dans mon espace personnel.
Vous avez dit que vous vouliez savoir de quoi parlaient les Chiliens, qui ne parlent pas vraiment de politique à table. De quoi parlent-ils alors ? De sécurité et d'immigration, qui sont les thèmes abordés par les candidats à la présidence, ou parlent-ils d'autres choses ?
La question des craintes et de l'insécurité est clairement un sujet qui est sur la table. Je ne sais pas si c'est le cas dans les conversations du dimanche à table, mais c'est le cas dans les conversations entre amis sur les "chats". Les gens vivent dans un état d'alerte, en raison de cette massification, en plus de l'information.
L'autre sujet très présent concerne l'instabilité économique, le sentiment que les choses ne fonctionnent pas très bien.
L'autre phénomène est qu'il y a aussi un désir de vouloir passer un meilleur moment, de vouloir avoir une meilleure qualité de vie. Vouloir voyager, vouloir sortir, vouloir avoir des relations plus saines, et cela génère également des conversations. Aujourd'hui, le Chili est très segmenté en niches, les conversations vont être très différentes selon le groupe auquel vous parlez, s'il s'agit de jeunes ou de personnes âgées, s'il s'agit de niveaux socio-économiques élevés ou faibles.

Photo Carlos Rodríguez / The Clinic
Le dernier sondage Clima Social interrogeait les personnes interrogées sur leurs sentiments à l'égard du second tour ; 42 % avaient des mots négatifs, et les plus répétés étaient « espoir » et « peur ».
Tout d'abord, il s'agit d'un cycle long, qui fait suite à cinq années d'élections ininterrompues. C'est la première fois que nous allons avoir deux ans sans élections. Il y a donc clairement une fatigue électorale. Deuxièmement, il y a un mélange. D'une part, ceux qui ont des sentiments ou des émotions plus positifs et pleins d'espoir sont les électeurs de Kast. Les personnes qui s'identifient à la droite ont tendance à avoir une vision plus optimiste de la fin du gouvernement, l'idée de changement est importante. La "tribu" progressiste est très incertaine, elle a très peur de perdre ses avantages sociaux. Cela représente environ 35 à 40 % des personnes qui ont peur de ce qui va arriver.
Peur de quoi ?
En raison de la question de la sécurité et des forces armées, la perte des droits sociaux est très forte dans ce segment. Et il y a un autre segment qui est optimiste et qui a tendance à être plus à droite. Il a tendance à vouloir que les choses changent rapidement et radicalement. Je pense que Kast a bien ciblé ce segment, les désirs de changement radical, ce qu'il a proposé dans son programme. Et puis il y a un segment que nous avons estimé à environ 20 %, presque 30 %, qui est celui de ce que nous appelons le « pragmatisme résigné ». C'est-à-dire qu'il veut des choses, il veut que des choses lui arrivent, mais il a aussi un certain sentiment de résignation. Une certaine frustration, une certaine façon de dire : « Je dois continuer à travailler ». Mais ils veulent que les choses bougent : ils veulent qu'il y ait des emplois, qu'il n'y ait pas ce sentiment d'insécurité. Et cela touche beaucoup ce segment, qui est très anti-politique. Ce segment est contre la politique en général et ne croit pas beaucoup en elle, mais il doit quand même aller voter.
Peut-on établir un lien entre ces 20 % et quelques et les électeurs de Parisi ?
Oui, tout à fait. C'est là que se trouve la niche des électeurs de Parisi. Il s'agit des classes sociales les plus défavorisées, des classes moyennes inférieures, principalement des hommes. Ce sont des segments qui sont très préoccupés, d'abord par la sécurité, puis par l'emploi et la croissance économique.
Vous avez également demandé aux personnes interrogées comment elles voyaient l'avenir du Chili au cours des quatre prochaines années, et la réponse dominante était « optimiste » ou « très optimiste ». Est-ce parce que les Chiliens se tournent vers la droite ? Beaucoup seraient-ils soulagés de la fin du gouvernement Boric ?
Tout d'abord, je pense que le Chili ne s'est pas tourné vers la droite. Car quand on observe d'abord ce que signifie être de droite et ce que signifie être de gauche, être de droite est généralement lié à une certaine façon de penser, à une certaine vision de la vie. Par exemple, les personnes de droite au Chili sont plus favorables au marché. Ils aiment moins l'État, ils sont donc plus conservateurs sur les questions de libertés individuelles, d'avortement, d'euthanasie, de diversité sexuelle. La gauche veut plus d'État, mais elle est aussi plus favorable aux libertés individuelles. Ce que nous avons constaté dans les sondages, c'est que ces modes de pensée restent plus ou moins stables et qu'en fait, ce segment intermédiaire, qui va déterminer l'issue de l'élection, a voté contre la constitution de gauche, puis contre la constitution de droite.
Peut-on donc dire que tout le Chili s'est orienté vers la droite ? Non, cela dépend de la conjoncture. Et je pense que nous sommes aujourd'hui dans une conjoncture où la demande de ce segment particulier est très favorable à l'ordre, très désireuse de rétablir un certain ordre social. Et Kast lui promet cela. Je pense que, suivant la logique que toute l'Amérique latine a suivie en matière de remplacement des gouvernements, ils se disent : nous avons besoin d'un changement, donnons une chance à Kast. Mais il y a un segment, 40 %, qui continuera à ne pas voter pour Kast.
Dans vos sondages, les Chiliens sont en grande majorité favorables à l'avortement dans trois cas, à l'euthanasie, à l'éducation sexuelle et à l'éducation au genre, ce qui a également marqué la campagne. Savoir que même si Kast est élu, sur le plan des valeurs, il y a déjà eu un changement irréversible au Chili.
Tout à fait, c'est le grand paradoxe de cette élection : vous avez un candidat qui a dû cacher ou ne pas mentionner une partie de son programme qui, selon lui, concerne les libertés individuelles, et qui pourrait lui faire perdre l'élection. Il sait que s'il aborde ces questions, il perdra des électeurs. Par exemple, les femmes. En général, depuis le premier mandat de Bachelet, à partir de 2006, elles ont commencé à voter de manière plus progressiste et cela s'est maintenu. En fait, ce sont les femmes qui ont donné la victoire à Boric. Aujourd'hui, les femmes sont beaucoup plus libérales que les hommes sur ces questions : l'avortement, l'euthanasie, l'éducation sexuelle à l'école, la pilule du lendemain, toutes ces questions. Et pourtant, elles sont plus enclines à voter pour Kast, pourquoi ? Parce que la sécurité est devenue la priorité numéro un. Ce n'est donc pas que les femmes soient moins libérales, elles ne se sont pas radicalisées dans ce sens.
Au vu du débat de cette semaine, l'un des grands défis du prochain président ou de la prochaine présidente sera de rassembler. En fin de compte, il s'agit d'un choix entre un candidat républicain et une candidate communiste. Comment rassembler l'électorat après cela ? Comment diriger ce pays ?
Tout à fait, je pense que cela va poser problème au cours du prochain mandat. En effet, le Congrès actuel est plus polarisé que le précédent, les canaux de communication entre ses membres sont moins nombreux, et son expérience politique est moindre, car il compte beaucoup plus de nouveaux venus dans le domaine de la législation et de la négociation. Et avec des projets très différents pour le pays entre le monde de Kast et celui du progressisme, il sera très difficile de gérer ce prochain gouvernement.
Le Chili risque-t-il de connaître quatre années très agitées si Kast doit diriger le pays ?
Cela dépendra beaucoup de sa capacité à résoudre les urgences qu'il a définies, à savoir l'immigration, la criminalité et la croissance économique, sans porter atteinte à certains droits. Si le Parlement décide d'interdire l'avortement dans trois cas, il y aura évidemment une réaction féministe. Ou de limiter le temps de travail à 40 heures, ce qui a fait l'objet d'un débat. C'est pourquoi il a pris soin de souligner qu'il ne ferait pas cela, car il sait qu'à partir du moment où il commencerait à le faire, cela pourrait accroître le niveau de conflit. Mais je pense qu'il va y avoir une période d'attente, au Chili, il y a toujours eu une période d'installation.
D'après les réponses des personnes interrogées, est-il possible qu'une candidate communiste soit élue au Chili ?
Je pense que la probabilité est faible, car bien sûr, l'histoire du Parti communiste a une charge symbolique beaucoup plus forte, et il est donc très difficile qu'une personne affiliée au PC devienne présidente...

A midi au Chili (16 h en France), Jeanette Jara : a voté.
17 h (13 h au Chili). De la fraude dans le gaz
Avec un ciel nuageux et des températures atteignant 13 °C, la capitale chilienne connaît une journée électorale partiellement froide dans la matinée, la température maximale devant atteindre 20 °C dans l'après-midi. À 10 heures du matin, selon le Servel (l’organisme public qui organise et contrôle les élections au Chili), 98 % des votes avaient déjà été enregistrés. Comme lors du premier tour, de longues files d'attente ont commencé à se former dans les commissariats pour ceux qui souhaitent se dispenser du vote.

José Antonio Kast, a voté à 10 heures du matin. La candidate de gauche était attendue vers midi pour voter à Conchalí, et elle a déjà passé quelques minutes avec la presse ce matin, après être arrivée chez sa mère dans la même commune, où elle a pris son petit-déjeuner avec sa famille. Peu après 9 heures, mais à Punta Arenas, le président Boric a exercé son droit de vote lors de ce second tour (photo ci-contre). Dans ce contexte, il a déclaré : « Aujourd'hui, pour la dernière fois en tant que président de la République, j'ai exercé mon droit de vote. C'est l'occasion de souligner que nous ne devons jamais tenir ce droit et ce devoir pour acquis. Nous devons le protéger, le respecter et l'honorer. Nous devons également être conscients de la responsabilité que cela implique. La décision de chacun d'entre vous a une incidence sur le destin commun de notre patrie ».
Un peu plus tard, l'ancienne présidente Michelle Bachelet a voté à La Reina. Interrogée sur la question de savoir si son soutien à Jara, en cas de victoire de Kast, pourrait affecter ses intentions de rejoindre l'ONU, elle a déclaré : « Il ne m'appartient pas de décider de la politique étrangère du président ou de la présidente élu(e). Maintenant, la vérité est que j'ai mes principes et que je ne me vends pas. J'ai mes principes et personne ne doute de mon choix électoral. Je pense que certaines personnes pensaient que je n'allais rien faire parce que je devais préserver mon électorat. Mais la vérité, c'est que si j'arrive aux Nations unies, ce sera pour la même raison, sans craindre les pressions de qui que ce soit. Une candidature à l'ONU est une question d'État, pas de couleur politique ».
Entre-temps, l'une des polémiques de la matinée a été marquée par la plainte officielle déposée auprès du Servel par l'équipe de campagne de Jeannette Jara, en raison d'une situation inédite qui s'est produite avec la société de gaz Lipigas, certains de ses clients ayant reçu, par le biais de messages envoyés sur leurs téléphones, un appel explicite de la société à voter au second tour pour le candidat d'extrême droite José Antonio Kast : « Lipigas avec Kast #Evopoli. Votez pour Kast. #NoMigrantesDelincuentes. Chez Lipigas, nous nous engageons à reconstruire notre pays ! #ChileXLosChilenos #NoMigrantes #CaribeñosAlCaribe », indique le curieux message envoyé par l'entreprise à ses clients via l'application LipiApp. L'entreprise a répondu en affirmant que ses comptes avaient été piratés.
Les premières nouvelles concernant le second tour qui parviennent au Chili concernent la fermeture des bureaux de vote à l'étranger. La Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Corée du Sud et le Japon, entre autres, ont été les premiers pays à ouvrir les urnes aux 160 000 compatriotes qui votent à l'étranger. Selon des chiffres non officiels, de mauvaises nouvelles sont arrivées de Nouvelle-Zélande pour Jeannette Jara, lors de ce second tour. Elle obtient 68 % des voix, contre 28 % pour Kast : le pourcentage semble prometteur, mais c'est le résultat le plus bas obtenu par la gauche dans ce pays (en 2021, Gabriel Boric s'était imposé avec 86 % des voix).

Titre du journal Le Monde, ce matin à 6 h : "chronique d'une défaite annoncée".
Le Monde a pourtant, sur place, une envoyée spéciale. Preuve de son sérieux professionnel : elle est sortie de chez elle sur aller au centre de Santiago (faudrait pas voir à se risquer au-delà des quartiers bourgeois) sur la place Baquedano, laquelle est en travaux, entourée de palissades en bois. Elle y a quand même rencontré Evangelina Gonzalez, une vendeuse de 37 ans. C'est la seule personne "interviewée" (une phrase) de tout l'article. Du très grand journalisme !

Dans la région du Maule, 196 services de transport gratuits fonctionnent à 100 % pour transporter les électeurs des zones rurales vers leurs bureaux de vote.
16 h 00. Défaite ou victoire : la peur ou l'amour ?
14 h 15. In memoriam. Violeta Parra
Violeta Parra (1917‑1967) est la grande figure fondatrice de la chanson populaire chilienne moderne, à la fois chanteuse, compositrice, poétesse, plasticienne et inlassable collectrice du folklore rural. Née dans une famille modeste de musiciens et paysans, elle parcourt dès les années 1950 les campagnes chiliennes pour recueillir chants, cuecas et romances, qu’elle enregistre, réarrange et diffuse à la radio, tout en composant ses propres œuvres.
Dans les années 1950‑60, ses séjours en Europe, notamment à Paris, l’installent comme ambassadrice d’une culture populaire chilienne réinventée, avant son retour à Santiago où elle crée un Musée d’art folklorique à Concepción puis la « Carpa de La Reina », espace de concerts et de création mêlant musique, arts visuels et vie de quartier. Son répertoire – de « Gracias a la vida » à « Run Run se fue pa’l norte » ou « Volver a los 17 » – devient un socle de la future Nueva Canción Chilena, par sa manière d’embrasser à la fois l’amour, la pauvreté, l’injustice et la dignité populaire.
Violeta Parra se suicide en 1967, à 49 ans, laissant une œuvre fulgurante qui irrigue encore la chanson chilienne et latino‑américaine, autant par ses mélodies que par sa conception de l’art comme acte de mémoire et de résistance.
14 h. Dans le rétroviseur
Depuis mai 2021, d'ores et déjà 104 publications consacrées au Chili.

Quelques suggestions de lecture pour se mettre au goût du jour.
En 2021-2022, autour de l'élection de Gabriel Boric et des travaux de l'Assemblée constituante :
7 juillet 2021. Chili : Elisa Loncon, pour l’Histoire
Pour Javier Agüero Águila, professeur de philosophie, l’universitaire mapuche Elisa Loncon, élue le 4 juillet à la présidence de l’Assemblée constituante du Chili, «fait parler la démocratie d'une manière complètement différente de la manière dont on nous a appris à la concevoir. Elle déconstruit l'écosystème endogamique d'une classe politique qui, dans son autoreproduction -incestueuse-, s'était donnée les moyens de prévaloir éternellement.»
21 novembre 2021. Le Chili à pile ou face
Gauche ou extrême-droite ? Deux ans après l’énorme mouvement social de 2019, l’avenir du Chili se joue dans les urnes, ce dimanche 21 novembre. Présidentielle, mais aussi législatives et sénatoriales, où pourraient émerger des candidat.e.s indépendant.e.s, comme Fabiola Campillai dans la banlieue de Santiago, une ouvrière qui a perdu la vue suite à un tir de la police.
19 décembre 2021. Chili, les visages de l’extrême-droite
Gabriel Boric a remporté le second tour de l'élection présidentielle, avec 55,8% des suffrages : il incarne une "génération de trentenaires" prête à prendre la relève. Mais le candidat d'extrême droite José Antonio Kast, réunit 44,13 % (il était arrivé en tête du premier tour avec près de 28% des voix). Dans son sillage, 15 député.e.s sont entrés au parlement chilien sous la bannière du Front Social Chrétien. Petit trombinoscope de la fachosphère chilienne, nostalgique de Pinochet.
Elisa Loncon : « avancer dans la reconnaissance des diversités et des droits fondamentaux »
Élue présidente de l’Assemblée constituante au Chili, chargé d’écrire une nouvelle constitution pour le pays, l’universitaire mapuche Elisa Loncon donne un entretien à la chaîne publique allemande Deutsche Welle. Malgré les obstacles du processus, elle fait part de ses espoirs, pour un pays plus égalitaire et inclusif.
Chili. Le temps de vivre, par Daniel Ramirez
Faisant référence à une chanson de 1972 d’Osvaldo Rodríguez, le philosophe Daniel Ramirez analyse l’élection de Gabriel Boric à la présidence du Chili, fruit d’une longue attente qui semblait sans fin, mais qui ne doit pas ignorer les obstacles qui vont se lever sur la route. Sans illusions ni messianisme, la jeunesse d’un monde à venir est cependant possible.
22 décembre 2021. Chili : Elisa Loncon quitte la présidence de l’Assemblée constituante
Elle a ouvert la voie. Mais la présidence de l'Assemblée constituante, au Chili, est une présidence tournante. Après 6 mois de mandat, confortée par l'élection de Gabriel Boric, Elisa Loncon s'apprête à passer la main, le 4 janvier prochain. Qui pour lui succéder ? Les humanités misent sur une scientifique de 42 ans, qui avait fait campagne pour une constitution écologique.
11 mars 2022 : D’Allende à Boric, le retour de la gauche au Chili
Élu le 19 décembre dernier face au candidat d’extrême-droite José-Antonio Kast, le jeune et nouveau président du Chili, Gabriel Boric, prend ses fonctions ce vendredi 11 mars 2022. Économie, tensions migratoires, question Mapuche, nouvelle Constitution : quelles difficultés l’attendent pour les premiers mois de son mandat ?
12 mars 2022. Gabriel Boric : « Ensemble sur le chemin de l’espérance »
« Nous sommes profondément latino-américains, et depuis ce continent, nous ferons en sorte que la voix du Sud soit à nouveau écoutée et respectée dans un monde en mutation, face à tous les défis que nous rencontrons », a notamment déclaré hier à Santiago le nouveau président chilien Gabriel Boric, lors de son discours d’investiture.
4 septembre 2022. Chili : une journée historique pour se re-constituer
Apruebo ou rechazo ? Le Chili vote pour approuver ou rejeter une nouvelle Constitution, élaborée par une assemblée citoyenne, qui tournerait la page des années Pinochet, mélange de dictature et de néo-libéralisme décomplexé, et qui engagerait le Chili sur la voie d'une véritable révolution écologique.
5 septembre 2022. Chili : les raisons d’un échec
Vaincue à l’élection présidentielle de décembre 2021, l’extrême-droite nostalgique de Pinochet tient sa revanche. Avec une participation record, cependant marquée par l’abstention des jeunes et une campagne polluée par une multitude de fake news, les Chiliens ont rejeté, à 61,9 % des voix, la nouvelle Constitution qui leur été proposée. Deux ans plus tôt, ils étaient pourtant à 78,3 % à plébisciter un changement de constitution. Pour sortir du néolibéralisme de l’extrême, le Chili devra encore attendre. Les héritiers des "Chicago Boys", qui s’étaient ralliés à Pinochet, sont encore parvenus à tenir en laisse les exigences sociales et écologiques qui avaient pourtant porté la gauche au pouvoir. Et cette fois-ci, sans coup d’État.
7 septembre 2022. Chili, à la croisée des chemins
Remaniement ministériel, difficile poursuite d’un processus de révision constitutionnelle, défaite de l’écologie, blocage de la réforme des retraites… Quelles leçons tirer de la victoire du "Rechazo" au référendum du 4 septembre dernier ?
Et aussi :
24 novembre 2021. Le Chili en route vers le mariage gay
30 décembre 2021. Le Chili, avec ou sans lithium ?
La nature, sujet de droits ? Après l’Équateur, le Chili sera-t-il le second pays au monde à consacrer ce principe dans sa future constitution, en cours d’élaboration ? D’ores et déjà, un sujet attire l’attention : l’extraction de lithium, dont le Chili est le second producteur mondial. Si ce matériau passe pour être essentiel à la transition vers une « énergie verte », il engendre dans le désert d’Atacama, où il est extrait, de graves dommages écologiques. Et la colère suscitée par les puissants intérêts miniers, la crise de l'eau et les inégalités pousse le Chili de Gabriel Boric à repenser l’usage de ses ressources. Journaliste émérite du New York Times, Somini Sengupta a mené l’enquête.
6 janvier 2022. À ta santé, Chili !
A l’issue d’un scrutin-marathon, une femme de 39 ans, María Elisa Quinteros succède à Elisa Loncon à la présidence de l’Assemblée constituante. Son vice-président, militant de la diversité sexuelle, a 32 ans. Elle est chercheure en santé publique, lui est médecin rural. Autant dire que la réforme du système de santé sera au cœur de la prochaine Constitution. Sans oublier l’écologie. Ce vendredi 7 janvier, manifestations dans tout le pays contre de nouvelles concessions d’extraction de lithium que le président sortant veut offrir aux multinationales.
2 janvier 2022. Estefanía Leigthon, alias Stfi!, la jeunesse du muralisme chilien
L’une de ses dernières œuvres, Égalité, est une fresque de 60 mètres de haut, peinte sur un immeuble de 26 étages à Santiago. Autodidacte, Estefanía Leigthon, alias Stfi! a déjà derrière elle, à 33 ans, une œuvre conséquente semée au Chili, en Amérique latine mais aussi en Europe. Le muralisme chilien reste un art particulièrement vivant.
22 février 2022. la dernière des Yaghans. Avec elle, une langue disparaît
Au Chili, Cristina Calderón a œuvré toute sa vie pour préserver la langue yagan.
24 mai 2023. Herbes sèches et autres fétus de paille (journal de bords, 24/05/2023)
Ce qui est certain, c’est que le Chilien Felipe Galvez Haberle ne remportera pas la Palme d’or. Son film Los Colones ("Les Colons") est présenté hors-compétition dans la catégorie "Un certain regard". Le film se déroule en 1901, à l'extrême sud du Chili, et revient sur le génocide des indiens Onas en Terre de feu, un territoire immense et fertile que l'aristocratie blanche occidentale de l'époque n’a cessé de vouloir "civiliser".
20 novembre 2024. Les soulèvements (autochtones) de la Terre
Douze portraits. Douze témoignages. Ils et elles sont venus de Russie, des États-Unis, du Chili, d’Équateur, de Vanuatu, du Brésil, du Népal, du Tchad, de Papouasie Nouvelle-Guinée, de Bornéo, pour faire entendre la voix des peuples autochtones à la COP Climat de Bakou. Sommes-nous prêts à entendre ce que nous disent, en simplicité, ces lobbyistes du bien commun ?
22 octobre 2025. Des voix autochtones pour changer de cap
Le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui vient de se tenir à Abu Dhabi, s'est prononcé pour la reconnaissance de l’écocide comme crime international. Un congrès marqué, en outre, par le premier Sommet mondial des peuples autochtones et de la nature. Cela n'a rien d'exotique : gardiens légitimes de la vie sur Terre, les peuples autochtones exigent aujourd'hui d'être pleinement associés à la gouvernance de leurs territoires. Militant.e.s et scientifiques, artistes et leaders communautaires : la preuve en dix portraits.













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